mardi 29 mai 2007

Un facteur compromettant


Me voici victime d'un complot de la vie. Oui, oui, c'est vrai ! Je vous raconte. Tout commence par un aveu : je ne suis pas très versée sur les bédés, les mots à suivre carreau par carreau. J'ai d'ailleurs toujours peur de ne pas les suivre correctement, ce n'est plus aussi aisé que les Tintin de mon enfance. Cette non propension pour le neuviève art, la bédé, devient de plus en plus gênante. Mon mari est un bédéiste, voyez vous. Un bédéiste qui publiera bientôt (le “bientôt” du milieu c'est à dire dans une demie-année environ) à La Pastèque. Vous savez Les Paul dans le métro ou en appartement ou à la pêche, cette série à succès écrite et dessinée par Michel Rabagliati ? C'est sûr qu'il y en a qui connaisse. Je me répète depuis quelques mois : Demain, j'en lis un !

La Vie ne croyant plus ma résolution, elle s'est organisé pour me coincer. Comment ? Vous allez voir, c'est subtil mais efficace. Il faut que vous sachiez que je suis fanatique de la chronique littéraire “Hors Champ” de Nicolas Dickner, auteur de Nikolski, roman si ingénieux (j'y reviendrais) et son avant-dernière chronique nous entretenait d'un album BD. Car, lui, il ose. C'est notable car ce n'est pas tous qui osent parler de cet art parfois considéré comme mineur ou uniquement pour les mineurs. Mais Dickner est un homme hors champ et c'est pour ça qu'on l'aime. Sa chronique louangeait donc “Rapide-Blanc” de Pascal Blanchet, toujours de La Pastèque. Il arrive carrément à me mettre l'eau à la bouche, tellement il vante sa lecture. Je m'empresse d'aller le quérir à la bibliothèque ... de mon mari. Et je le lis, un peu inquiète, c'est le moment de vérité ; vais-je être obligée de me forcer ? Mais non, pas une miette, bien au contraire ! Un sourire étonné aux lèvres, j'ai pris plaisir à lire une page de notre histoire du Québec ; Rapide-Blanc, ce village qui a été effacé de la carte d'un coup de bulldozer. Ce Blanchet a toute mon admiration pour l'ingéniosité et l'audace de son coup de crayon. En tous cas, ça ventilise un cerveau. Parce que ça peut surchauffer, des neurones, toujours devant le même bouillon de culture !

Mais qui a parlé de complot ? Moi, je sais, moi. N'y aurait-il pas là un brin de paranoïa, vous demandez-vous ? Peut-être, mais voyez toujours. J'ai reçu un cadeau cette fin de semaine, et ce n'est même pas ma fête ! Devinez quoi ? Bais oui ! “La bicyclette rouge” un manga. Et qui monte cette bicyclette ? Un facteur ! Et qu'est-ce que j'ai trouvé comme entrée en matière de la dite bédé :

Être auteur c'est un peu comme être facteur
Tout près de chez moi se trouve une poste (bureau)
Une petite poste aux murs de briques rouges
et décorée de plantes vertes grimpantes

Quand je passe devant la poste, un poème vient à mon esprit
Quand je passe devant la poste, j'ai l'impression d'entendre une chanson
Je me sens toujours bien quand je passe devant.

Souvent j'ai envie de recevoir une lettre de quelqu'un
Je souhaite qu'elle soit sur un papier blanc, écrite en bleu
Alors quand arrivent ces moments, j'écris moi-même une lettre

Je n'écris pas grand chose. Je demande des nouvelles et j'y ajoute un poème
Quand je me rends à la poste pour l'envoyer, j'ai l'impression de devenir riche
Comme dans mon enfance quand j'allais à la banque y déposer
l'argent de poche que j'avais économisé

Kim dong Hwa

Je vous l'avais bien dit que c'était un complot !

4 commentaires:

line a dit...

Allo Venise,

J'ai aussi peine à lire des bd... C'est l'image ou le texte qui prime ? Ça me ralentit un peu, mais «j'aimerais ça aimé ça», comme on dit. Peut-être qu'il faut que j'apprenne à respirer en lisant...
Au Centre de doc des Correspondances, tu trouveras deux albums de Rabagliati si ça t'intéresse. On a fait une belle activité bd pour les jeunes en 2004 avec Raymond Parent, un type bien sympathique. Les enfants ont adoré. Pas facile d'écrire une histoire en 3 cases !

Anonyme a dit...

c'est exactement ca! il faut apprendre a respirer, bien sentir l'image , le texte, quand on lit une bd! moi, je les choisit sur conseil de mon beau-frere ( le mari de ...!) ou tout simplement je me laisse tenter par l'image. c'est ce qui est arrivé avec la bicyclette rouge; pure coincidence au rayon nouveautés de la biblio. J'ai adoré puis fut vite impatiente de lire le deuxieme de la collection. il est encore meilleur! alors si vous avez envie d'une petite vacance, offrez-vous une pause bd!

os de lin a dit...

On peut s'entendre pour affirmer que les mots sont le support d'un langage qui se présente sous forme de signes codifiés. Dans un contexte de création, ils s'adressent habituellement à un vécu intériorisé tant sur le plan du créateur que que des témoins. Pour moi, les images, jouent le même rôle : elles sont aussi le support d'un langage qui joue de la même intériorité, mais beaucoup moins codifié. Dans ce contexte, il est donc plus facile de prendre des libertés. Pour les personnes habituées à opérer dans un encadrement linguistique, un certain malaise peut s'installer au contact des images et par le fait même, des «bd». Cette liberté peut engendrer le vertige ou l'exaltation ou la répulsion. Vous remarquerez - du moins, moi j'en fais souvent l'observation - que plus une imageest codifiée, moins elle présente d'intérêt. Et au contraire, plus elle est personnelle ou mystérieuse, plus elle fascinera. Mais je crois bien que tout cela s'apprivoise par immersion... comme une langue.

rémi a dit...

Moi j'ai lu des tintins, tous les Astérix, des Léonard, des Garfields, des Robin Dubois, des Bobos, des Agakuk, et plusieurs autres séries. Ce sont de beaux souvenirs rattachés à des moments mémorables.

Mais je ne sais pas pourquoi, on dirait que plus je vieilli (je n'ai que 22 ans), moins la BD me fascine. J'en lis donc beaucoup moins...