vendredi 3 août 2007

À chaud !


Je vous parle à chaud ; j'arrive du spectacle de Richard Séguin. La salle était pleine à craquer, on a même rajouté des chaises. Le Théâtre La Marjolaine est très typique, charmant et extrêmement chaleureux. Oui, très chaleureux ... particulièrement ce soir où malgré les portes laissées ouvertes (au risque de l'apparition d'un raton laveur curieux), malgré les éventails au plafond ou à la main, l'ambiance était surchauffée.

Mais ce Séguin, que je voyais pour la première en spectacle, ne déçoit pas. Il arrive qu'un album soit aussi bon, ou pire encore, meilleur qu'un spectacle. C'était loin d'être le cas du spectacle ce soir ! Une chose parfaitement impossible avec l'intensité de cet homme qui sent chaque mot qu'il dit ou chante. Et en plus, il sait le transmettre. S'il y avait un mot, un seul, pour qualifier le spectacle dans son ensemble, je prendrais entre tous : complicité. Celle avec le public, oui, car l'homme est vrai et ne fait jamais semblant. Il fait chaud, c'est un peu difficile, on ne s'y attarde pas mais on s'éponge et on en parle. Cela crée une synergie, nous étions tous dans le même bateau et l'eau coulait à flot ! Et cette complicité plus que évidente avec ces camarades musiciens. C'est sciemment que j'utilise le mot camarade, au lieu d'ami. Il se dégageait de leurs regards en coin, leur sourire victorieux devant une entourloupette musicale particulièrement réussie, beaucoup de connivence masculine. Richard Séguin nous a fait un aveu en catimini : C'était la première fois qu'il donnait ce spectacle à trois. Oui, oui, deux musiciens seulement ... sérieusement, les yeux fermés je voyais un orchestre au grand complet ! Et on pouvait gager qu'ils l'avaient déjà promené partout, ce spectacle à trois lurons. Le chef de cet orchestre est Séguin car même si la camaraderie est tangible, il rayonne de leadership. Est-ce la paix qui anime son âme mais même la rébellion, chez lui, se vit aussi sereinement que férocement.


Il a choisi un amalgame bien dosé de ses classiques les plus entraînants, avec ses petites nouvelles ses « Lettres ouvertes ». Celles-ci sont empreintes d'un souffle fort et doux. « Comme une flamme » m'a coupé le souffle, je respirais en même temps qu'eux, s'entendait l'écoute dans ce sain silence. « Si près, si loin », la lettre chantée à sa fille, et tant de fois recommencée, nous a-t-il confié, est touchante de simplicité. La lettre à sa soeur, Marie-Claire Séguin « Où va l'instant », ces mots tel un pont jeté entre deux rives, remplie du regret d'avoir manqué d'écoute rejoint tout le monde pour toutes les fois où cela nous est arrivé. Toutes ces lettres soufflées par la musique m'ont émue et le miracle fût : j'ai frissonné ! Pourtant, je n'avais pas encore été enlevée par « Les héritiers ». N'y a-t-il que lui qui puisse faire monter progressivement et d'une manière contenue l'intensité d'une émotion avant qu'elle n'éclate en voix et en sons ? Ceux qui étaient là comprendront qu'il a introduit la chanson en paroles, de plus en plus gravement dites, jusqu'à son apogée où le trio a mordu dedans à pleines dents.

J'espère que malgré ma fatigue, je suis arrivée à vous transmettre un peu du bon, beau et chaud de ce spectacle grandiose de simplicité.

Il est tard, presque minuit et une journée très fourmillante m'attend demain ; remplie de mots, de jardins, de rencontres. Il faut que j'aille faire de la place dans ma tête.

Je ferme les paupières, le rideau tombe.

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