dimanche 14 octobre 2007

"La fin de l'alphabet" : Correspondance

Vous avez peut-être entendu parler de ce charmant petit livre ? Cela serait normal, il a du succès, tout le monde en parle ! Presque ... presque ... c'est le fun d'exagérer un peu, ça délie la langue de l'ex-conteuse que je suis. La fin de l'alphabet de CS Richardson a provoqué un échange de courriels entre moi et Antoine Tanguay, éditeur chez Alto. Je vous le dis, c'est un livre qui fait couler de l'encre, et fait sortir les caractères ... d'imprimerie ! En passant, l'auteur est un designer réputé et directeur d'un département de graphisme.

V. (à mi-chemin de lecture) Je suis à lire "La fin de l'alphabet" . Vraiment différent, je trouve le style splendide et la manière de nous égarer intéressante, ça nous restructure un cerveau ça ! Mais en même temps, l'intrigue ne me happe pas beaucoup et les personnages, même si esthétiquement forts, ne me touchent pas beaucoup non plus. Malgré tout, je conseille cette lecture. Il me semble qu'il est plutôt question de goût, car l'oeuvre elle-même vaut la peine. Mon mari, qui le lit aussi, se demande si la lecture serait différente en anglais. On dirait que j'entends ce texte en anglais dans ma tête. L'esprit anglais est resté, c'est une bonne note pour la traductrice, Sophie Voillot.

A.T. .... Ça devient plus fort vers la fin. Il faut le lire vite, comme on regarde un film en après-midi. Une lecture active, simple et sans prétention. [...]

V. C'est précieux ce que vous m'exposez. Vous me faites réalisez jusqu'à quel point il y a plusieurs "manières" de lire une histoire. Je vais en tenir compte à l'avenir, surtout que je ponds des commentaires, sans prétention, surtout pour la stimulation à lire, le plus important à mon avis.

A.T. Sophie Voillot a fait un beau boulot pour la traduction. Son nouveau projet, Parfum de poussière de Rawi Hage, traduction d’un des livres les plus forts sur la scène anglo-saxonne ... Il sort à la fin du mois d’octobre au Québec chez Alto et en janvier chez Denoël en France.

V. Nous sommes très attirés par Jardin de papier. Mon mari est illustrateur (bientôt sa BD à La Pastèque), il se laisse conquérir par l'image autant que le mot et l'apparence des livres chez Alto nous plaît beaucoup. Je porterai attention à Parfum de poussière ... déjà que j'adore le titre !

Je laisse le dernier mot à Antoine Tanguay, je n'aurais pu dire mieux. Il n'a pas cerné le livre, il en a élargi le sens ce qui est à notre portée avec le pouvoir de notre imaginaire. Richarson, est un écrivain généreux car il laisse la plus large part au lecteur qui peut ainsi y aller de sa vision, de ses interprétations, de ses valeurs. Un intellect se ressemble d'une personne à l'autre, pas l'imaginaire !


A.T. La fin de l’alphabet est un roman où tout se passe sur la surface pour mieux faire comprendre la détresse qu'il y a l'intérieur d'Ambroise et, surtout, dans le coeur de sa femme. On comprendra plus tard son rôle véritable dans le couple et, du coup, l'importance que revêt la présence de l'autre quand on est aux prises avec la peur du vide, la chute de l’angoisse. C'est un roman qui n’a jamais prétendu analyser outre mesure la psychologie des personnages, ce qui aurait sans doute pu alourdir le texte. Des centaines d'écrivains ont écrit sur le deuil, sur la crainte qui accompagne le condamné jusqu'au dernier souffle, souvent de bien plus belle façon que CS Richardson. Mais là où La fin de l'alphabet diffère des autres, c'est dans son approche presque prude, analytique, mais aussi ponctuée de souvenirs précis qui déclenchent une mémoire avant tout affective et, à plus d'une reprise, imaginée, idéalisée, affranchie des limites du réalisme. Ambroise n'a jamais su voir plus loin que l'océan. Mais en se concentrant, sa femme y parvient. C’est ça aussi l’amour.

La méthode Richardson consiste, en somme, à raconter une histoire universelle selon un angle personnel. Nous mourrons tous, mais tous ne se paient pas le luxe de voir leurs derniers jours romancés. Vers la fin de cette fable sur la perte, le souvenir et l'importance du voyage, on a l'impression de sortir d'un film, les yeux encore un peu fatigués. On est allé partout, nulle part. Certains lecteurs disent avoir été bouleversés par la pudeur, l'humour subtil et la délicatesse avec laquelle Richardson a abordé un thème déjà vu, déjà lu. D'autres auraient voulu en savoir plus sur Ambroise, sur sa relation avec sa femme ou, même, aller jusqu'au bout du voyage. Mais la lecture, comme la mort, est avant tout une chose qui ne concerne que nous...

3 commentaires:

Lucie a dit...

Le livre est charmant, c'est vrai. Est-il suffisamment fort pour être mémorable et résister à l'épreuve du temps et de l'oubli? J'en doute fort. Effectivement, à lire comme on gobe un film, d'un seul coup, sans trop se poser de questions... Par contre, visuellement, c'est particulièrement attrayant.
Chez le même éditeur, j'avais beaucoup aimé Un jardin de papier, que je recommande sans aucune réserve.

Réjean a dit...

Je suis content de voir que je ne suis pas le seul à avoir des réticences sur ce livre. Je comprends mal l'engouement de la critique et les coups de coeur de certains libraires. Pour tout vous dire, je suis resté sur ma faim. Et les conseils de Tanguay sur la manière de lire ce livre me semblent tirés par les cheveux.

Frisette a dit...

C'est étrange, même si la lecture des commentaires d'Antoine Tanguay donne un nouvel éclairage au roman. Ça n'atténue pas mon sentiment face à ma lecture. C'était bien mais il manquait ce petit quelque chose qui nous touche. Même si je comprend l'intention de rester pudique et cartésien chez le héros, il me semble qu'il aurait tout de même été possible de toucher le lecteur d'une manière ou d'une autre. Comment, je ne saurais le dire, mais ça m'a tout de même manqué au cours de ma lecture.

Donc comme Réjean, je ne comprend pas vraiment le coup de cœur des libraires même si ce n'est pas non plus dénué d'intérêt. Et je te remercie de nous avoir fait partager cet échange avec l'éditeur. :)