jeudi 17 janvier 2008

Une vie normale de Louis Tremblay

J'ai reçu « La vie normale » de mon fils à Noël, j'avais à coeur de le lire et même de l'aimer. Vous me voyez venir ? Non ? Entendez mon long et profond soupir : "Ooouuuffff !". Vous voyez mieux maintenant ? Je ne l'ai pas aimé mais pas du tout, ce qui me désole beaucoup. Comme si la première raison, un cadeau de mon fils, ne suffisait pas, j'en avais deux autres pour tenir à l'aimer. Le roman est passé inaperçu, et qui n'aime pas exhiber à la lumière un trésor niché dans les ténèbres de l'indifférence ? Ou de l'oubli, même si Danielle Laurin, cette critique littéraire reconnue, lui a donné son coup d'envoi ici. L'autre raison est la bouille vraiment très sympathique de l'auteur (ci-dessous). Ma lecture a pourtant bien démarré, j'ai beaucoup apprécié le deux pages de « Remerciements » du début que, personnellement, j'aurais appelé « Prologue ». Je vous en ai tiré un extrait :


Je m'apprêtais à faire mon deuil de l'écriture, non sans en éprouver beaucoup de regrets, lorsque j'ai croisé en musique Tom Yorke, chanteur du groupe britannique, Radiohead. En écoutant « How to Disappear completely" de l'album Kid A que l'idée du roman m'est venue. Le thème de la pièce musicale porte sur la sensation de dissociation mentale que peut éprouvé un individu lorsque confronté à une situation difficile. Lorsque j'ai écouté ce titre pour la première fois, je vivais un phénomène que je m'expliquais mal. À cette époque, et depuis un certain temps déjà, j'éprouvais la peur irrationnelle de perdre mes enfants, soit à la suite d'un divorce ou – Dieu m'en garde – d'un décès. (...) Cette angoisse était telle que lorsque j'allais leur donner un bisou sur leur front dans leur lit, (...) je m'étonnais presque de les trouver vivantes. La charge émotive véhiculée par la pièce musicale m'a placé en contact direct avec l'expérience personnelle que je vivais et a amplifié l'émotion qui m'habitait. (...) La pièce musicale m'a rempli la tête d'images, de personnages et, en fin de compte, d'une histoire que j'aimerais partager avec vous.


Une entrée en matière pleine de promesses mais mon « petit » problème est que je n'ai pas cru à cet horrible incident qui arrive au fils infirme. Comment alors croire à la douleur de la mère ? Et tout le livre dévoile justement les pensées intimes de cette mère éplorée que Louis Tremblay fait parler « par les tripes ». Je n'ai pas éprouvé les émotions escomptées. Si j'en ai éprouvées, c'est une géante frustration très près de la colère qu'on veuille m'amener dans cet excès, exprès pour que j'en éprouve.


Je me suis bien sûr demandé pourquoi je ne croyais pas à « l'accident » (je ne dévoile pas un punch puisque sur le quatrième de couverture fait allusion au deuil d'un enfant), j'y réfléchis encore, mais j'irai pour un manque de crédibilité des caractères des personnages. La simplicité du style dont parle Danielle Laurin est une qualité que j'apprécie beaucoup chez les écrivains, et chez tout le monde d'ailleurs, mais elle m'est apparue vide. Je n'ai pas rencontré intimement cette petite famille, j'ai plutôt eu l'impression qu'elle servait de prétexte pour m'exposer une anecdote exemplaire du « comment le monde peut être méchant avec un infirme ». Dans ce genre d'histoire, il est indispensable de s'attacher. La douleur de cette mère m'a plutôt agacée, avec sa dissociation mentale et ses rituels pour s'en sortir un jour. J'aurais aimé entendre parler du couple. À chaque fois que Louis Tremblay parlait du père, je me sentais beaucoup plus interpelé. Un homme sait mieux parler d'un homme, surtout quand il se mêle de parler de déchirements d'entrailles de mère. Il y a d'ailleurs une lettre d'amour du père à la mère à laquelle j'ai crue. Je l'ai trouvée émouvante et on la retrouve à brûle-pourpoint, elle s'étale sur un chapitre et jamais l'auteur n'y revient. Pourtant, j'aurais aimé apprendre à connaître cette mère par sa relation amoureuse avec le père. Elle me serait apparue beaucoup plus en chair. En fait, plus j'en parle, plus je comprends que cette mère est malheureusement restée un concept pour moi.


Comme je suis un être unique (attention, je me lance aucune fleur là ... j'ai bien trop peur du vase !), cette magie qui ne s'est pas opérée pour moi pourrait s'opérer pour quelqu'un d'autre. Tous les mots de cette mère dévastée par la douleur auraient tout probablement une portée très forte ...

3 commentaires:

Karine a dit...

Je ne suis pas particulièrement tentée, après ta critique. Mais juste en raison du thème de la méchanceté face aux enfants handicapés, je crois que je n'aurais pas lu... Trop proche de mon boulot et j'aurais trop peur d'y retrouver des clichés. Je passe donc!

rémi a dit...

"Snif, snif", dit l'auteur du cadeau. Moi aussi j'espérais que tu l'aimes, ce roman.

Danaée a dit...

Ah! C'est vrai que lorsqu'on reçoit un livre en cadeau de quelqu'un qu'on aime, on voudrait aussi aimer ce livre! Mais il y a toujours un hasard dans la lecture, la rencontre qu'on fait au fil des mots. Et il y a parfois des déceptions.

Moi, en partant, je ne trouve le sujet de départ vraiment intéressant. Quoique tout sujet peut devenir un petit bijou, selon l'auteur qui se l'approprie. Mais il faut croire que ce ne fut pas le cas ici...