lundi 23 juin 2008

Le hasard a besoin d'aide

Isabelle Richer, pas la comédienne mais la journaliste judiciaire à Radio-Canada est une boulimique de lecture. C’est donc à ce titre (qui n’en est pas un !) qu’elle devient chroniqueuse littéraire à l’émission Sans Détour qui remplace celle de Christiane Charrette tout l’été.

La semaine dernière, elle a amorcé sa chronique en posant cette question aux auditeurs « Quel livre avez-vous le plus offert en cadeau ? ». Une question simple mais qui dévoile beaucoup et j’espère que vous aurez le goût d’y répondre. Cette semaine, ne reculant devant rien, l’animateur, François Bugingo et elle-même initient le « Livre-Passeur ». Vous imaginez bien qu’au Passe-Mot, il serait inadmissible de passer à côté !

Le « Livre Passeur » consiste à oublier volontairement un livre dans un endroit public avec, cette fois, les coordonnés de la Radio de Radio-Canada. Ils invitent celui qui en fera la trouvaille de le lire, de les rejoindre et d’en faire le compte-rendu. Isabelle Richer a laissé traîné La Promesse de l’Aube de Romain Gary et François Bugingo, Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel. L’intention est louable mais je doute fort qu’ils vont entendre parler de ces livres « bouteille-jetée-à-la-mer». Premièrement, même en raison de 2 livres par semaine, il n’y en a pas suffisamment, on en demande beaucoup au hasard, destin, providence, ces agents secrets des coulisses de la vie qui trament des surprises. Deuxièmement, et là il y a une belle part de naïveté, on demande au découvreur de trésor livresque de leur faire un compte-rendu trois semaines plus tard !

Bon, jouons le jeu, admettons que ce soit possible et que le livre tombe entre les mains d’un grand lecteur qui n’attendait que cette manne du ciel, encore faut-il qu’il ait le temps de le lire en 3 semaines et qu’il se sente suffisamment audacieux pour présenter « publiquement » son compte-rendu de lecture. Petite escalade du « si » qui nous mène rapidement à un mot en renfermant un gros « imposSIbilité ».

Vous me trouvez pessimiste, je me trouve réaliste. Le réalisme a ceci de très positif qu’il nous pousse à s’ajuster à la réalité. Pour donner un coup de pouce au hasard (vous ne trouvez pas qu’il en besoin parfois ?), j’aurais commencé par demander au « découvreur » de s’identifier ce qui, déjà, ne risque pas d’arriver à tout coup. Au bout de la ligne, en profiter pour lui demander s’il a l’intention de le lire. Évidemment, la question pourrait aussi se formuler par « Lisez-vous ? » mais restons diplomates. On pourrait rapidement y rajouter « ... des œuvres fictives ? » (éviter le mot roman, synonyme de futilité pour certains). Combien de personnes lisent que les journaux, ou les rapports financiers ou les livres documentaires ou les cas vécu. Je ne dénigre personne, c’est une réalité. Mais revenons au « découvreur » qui conserverait son droit de répondre « non » et en quel cas, on pourrait lui suggérer de l’offrir à quelqu’un qui lit des œuvres fictives. Un hasard secondé par un destin d'Homme, voilà !

Je crois que le hasard a besoin d'aide, ce pauvre incompris de moi. Oui, depuis le temps qu'il me boude, depuis le temps que j’attends de gagner un concours, n’importe lequel : une machine à laver, un voyage en Alaska … un livre.

Radio de Radio-Canada - Sans Détour (9 h à 11 h 30) avec François Bugingo, chronique à chaque vendredi : Isabelle Richer et ses livres. Deux compte-rendu de lecture, dont un polar (elle en est friande, je me demande bien pourquoi !).

2 commentaires:

Danaée a dit...

L'idée est très bonne, c'est vrai. Mais comme toi, je me dis que le "si" fait partie du mot "imposSIbilité" dans ce cas-ci.

On a vu un peu la même idée du livre qui circule lors de la Journée du Livre et du droit d'auteur. Mais à plus grande échelle.

Quant à savoir quel livre j'ai le plus offert en cadeau, je pense que ce sont Les nourritures terrestres, d'André Gide.

Je suis Pierre-Luc a dit...

Le concept existe depuis longtemps et je sais qu'il existe plusieurs tentatives d'"organiser" le tout... mais c'est assez difficile en effet de garder le contrôle sur un livre lancé dans l'inconnu.
Je me souviens qu'au Cégep, il était coutume de laisser des livres dans les salles de toilettes. Une amie y a trouvé "Justine", du Marquis de Sade. Dans les toilettes, c'est amusant !