mercredi 4 juin 2008

Portrait inachevé

C’est mon dernier billet sur Gabrielle Roy, en lien avec « Mon cher grand fou ». En bout de ligne, qu’est-ce que j’ai appris sur elle ? Plusieurs informations comme vous le verrez mais elle reste un mystère pour moi. En plus, je n’ai aucune trace des dernières années de sa vie. La dernière lettre est un peu désespérée, elle est malade et à l’étranger, elle abrège son séjour et rentre au pays.

C’est important les départs, donc les avant-départs. En plus de lire « Femmes de lettres », parallèlement à d’autres lectures, j’ai fait venir de la maison d’édition Les Plaines le recueil de correspondances Au pays de Gabrielle Roy, préparé par Annette St-Pierre et peut-être que j'y trouverais ce que je cherche. Mais, en attendant, voici ce portrait inachevé :

Elle était nerveuse, n’aimait pas les mondanités, pour son incapacité à faire les choses à moitié. Elle préférait de beaucoup les lettres aux appels téléphoniques où elle figeait et perdait toute sa verve. Elle suivait un régime sévère, s’inquiétait beaucoup de qu’il y aurait sur la table. Elle avait la bougeotte, n’aimait pas être confinée à une vie ménagère, adorait les promenades en auto mais ne conduisait pas, elle aimait changer de lieux, elle avait plusieurs ennuis de santé ; estomac, thyroïde, hormone, sommeil, elle prenait différents médicaments suivant des périodes de sa vie, des piqures aussi, elle adorait son mari, le priait qu’il lui écrive et en retour, ralentissait son débit de correspondance s’il n’écrivait pas suffisamment, adorait la nature, désirait connaître le nom précis des plantes, arbres, oiseaux, c’était très important pour elle, elle a mis en chantier certains écrits qu’elle n’a pas menés à terme, elle a stoppé toute correspondances (ou presque) dans les 4 dernières années de sa vie, les cérémonies de remises de prix la rendaient malade de nervosité, à partir d'un moment donné, elle les refusait toutes, a accordé une seule entrevue télévisée, elle est revenue à la religion catholique après la mort de sa sœur religieuse, elle faisait dactylographier ses textes par différentes dames et ça prenait des semaines, elle corrigeait les épreuves, même en anglais, elle a toujours eu des aides domestiques, croyait beaucoup à la discipline ; se coucher tôt, marcher, manger suffisamment et à heure fixe et exhortait son mari à suivre ce régime de vie, elle marchait énormément surtout quand elle s’ennuyait, tenait beaucoup à la solitude mais en même temps pouvait en souffrir, elle aimait les petites attentions et que l’on prenne soin d’elle, j’oserais dire maternellement, elle admirait énormément son mari et l’encourageait dans tout ce qu’il faisait, elle planifiait tout dans le moindre détail, la météo avait de grandes incidences sur son humeur, avait besoin de vivre près d’une étendue d’eau, ne supportant pas la chaleur, elle ne passait pas ses étés dans les grandes villes, ne supportant pas le froid, elle ne passait pas ses hivers dans les grandes villes, lisait beaucoup mais parlait peu de ses lectures à son mari, le service postal était capital pour elle ; utilisant cette voie pour expédier vêtements (pour faire de la place dans ses valises), des caisses d’oranges pour Marcel, même une caisse de homards vivants (!), des bibelots, revues, livres. Autant son besoin de bouger l'ont poussé à séjourner dans des lieux différents, autant son besoin de stabilité l'ont fait conserver les mêmes adresses, sur la Grande-Allée à Québec (30 dernières années de sa vie) et son chalet à La Petite Rivière St-François. Elle avait un franc-parler surprenant quand elle abordait les caractéristiques d’une nationalité, québécoise compris, elle tenait mordicus à maintenir la qualité de son lien d’amitié avec son mari, l’a toujours embrassé tendrement en terminant ses lettres, elle travaillait à son œuvre l’avant-midi seulement, elle avait souvent peur de perdre son inspiration et après des moments d’abstinence, se sentait rouillée, au début de sa relation amoureuse, j’ai senti un grand désir de plaire à son mari par des œuvres fortes qu’elle voulait lui offrir pour qu’il se sente fier d’elle.

Si vous voulez voyager, lire de superbes lettres d’une femme de lettres, entrer dans l’intimité d’une femme intense et amoureuse de son mari, faire un retour dans le passé (plusieurs annotations historiques), vous serez plus que satisfait mais comblé par « Mon cher grand fou … »
Les cahiers Gabrielle Roy – Boréal – édition préparée par Sophie Marcotte, 811 pages

1 commentaire:

Lucie a dit...

Wow, tu en sais des choses sur elle maintenant! Quelle lecture en profondeur... comme si tu nous parlais d'une amie, d'une sœur....