lundi 21 juillet 2008

Sans rien ni personne de Marie Laberge

J'ai trouvé Marie Laberge téméraire de vouloir se lancer dans le genre polar, ou ce qui y ressemble. D'emblée, l’audace attire ma sympathie. En plus, me suis-je dit, comme je ne suis pas une lectrice assidue du polar, pourquoi ne pas commencer avec une auteure qui n’écrit pas assidument du polar ?

Elle a opté pour une histoire extrêmement complexe tablant beaucoup, ou même tout, sur les ramifications tordues et extrêmement noires de la psychologie humaine. Elle y a ajouté un tandem de détectives « Québécoise-Français » et les a mis en scène dans d’interminables discussions pointilleuses, au point d’en être redondantes, sur une enquête vieille de 35 ans. Ce qu’on y découvre, strate après strate, supposition après supposition, hypothèse après hypothèse est le « jackpot » du meurtre. Elle en a tellement mis, elle a tout mis ! J’imagine que c’est de l’ordre du réflexe de débutant qui veut en faire beaucoup de peur de ne pas en faire suffisamment.

J'ai eu l'impression que l’écrivaine entendait et voyait l’histoire, qu’une trame cinématographique se déroulait dans sa tête et qu’elle essayait de la rendre. Et tant qu'à faire des hypothèses, allons jusqu’à supposer que l’auteure a été influencée par des films policiers plus que par des polars.

J’éprouvais une certaine curiosité, malgré tout, pour cette histoire abracadabrante que j'ai aussi abordée sous l’angle de l’observation d’une écrivaine qui tente de faire de l’enquête. J’en suis même arrivée à développer une sympathie pour son imagination, ses excès, ses maladresses. Et si je suis restée ferrée à sa trame policière, c’est qu’il y a tellement de personnages, que ça devient un jeu de voir jusqu’où l’imagination va les pousser. Mais en ce qui concerne la crédibilité, la démarche ne passe pas l’examen. Recalé !

Aussi, je me permets de répéter ce que (presque) tout le monde a dit : « De grâce, madame Laberge, revenez-nous en terrain connu ! »

10 commentaires:

Caro[line] a dit...

Donc je ne me laisserai pas tenter par ce polar de Mme Laberge et vais me tourner vers sa si célèbre trilogie Le goût du bonheur, qui a en plus l'avantage d'être déjà dans ma bibliothèque !

Danaée a dit...

Ouch!
J'ai déjà le bouquin qui attend patiemment sur mes tablettes (je l'ai reçu à ma fête, en novembre passé!)

Je vais le lire un de ces quatre, mais c'est certain que ta critique ne m'en donne pas particulièrement envie! Déjà que je ne suis pas une inconditionnelle de Marie Laberge (sauf de Quelques adieux!). Et que les polars ne sont pas non plus mes livres favoris.

Soupir. Il attendra donc. Mais c'est certain que je vais le lire.

Venise a dit...

@ Caro(line) : Oui, je dois avouer que ce polar donne le goût de lire "Le goût du bonheur". Cela ne sera pas difficile d'être un meilleur choix.
@ Danaée : Quant à l'avoir, aussi bien le lire ! Comme je dis, il y a moyen de l'aborder d'une manière un peu technique, voir un peu comment elle a procédé, qu'est-ce qui ne faut pas faire. Je sais, dit comme ça, c'est peu attirant ! Par contre, il y a un fil à suivre, difficilement crédible mais quand même, il y a une intrigue, elle n'est pas née d'hier comme auteure. J'ai aimé une des idées de la fin mais malheureusement, elle l'a peu exploitée.
Soyons positifs, ça pourrait être pire et que je l'aie abandonné !

Karine a dit...

J'ai aimé plusieurs livres de Marie Laberge ainsi qu'une partie de son théâtre... mais je ne suis pas tentée par celui-ci et tu me confirmes dans ma première idée!

Phil a dit...

Et bien voilà une critique franche et directe !
Je viens de terminer un livre de Marie Laberge que j'ai trouvé pas mal du tout. Ce qui me donne envie de lire d'autres livres écrits par elle. Mais manifestement pas "Sans rien ni personne".

Beo a dit...

Je vais laisser faire moi aussi alors, surtout que c'est compliqué par ici pour me le procurer.

C'est pas pour rien que j'ai dévoré avec extase la trilogie - Le goût du bonheur.

C'est quand même bien qu'elle aie tenté de faire différent, au moins elle ne se conforte pas dans ses acquis.

Puis qui sait... elle avait peut-être besoin de ce genre d'exercice pour qu'Adélaïde et cie prennent leur distance...

Venise a dit...

@ Phil : Il y a pour moi un réel défi d'arriver à dire ce que je pense d'une oeuvre d'une manière directe quand je lui trouve de grosses failles. Pour y arriver, je m'encourage en me disant que si je ne le fais pas, quelle va être la valeur quand je dis qu'une oeuvre littéraire est réussie et que je l'aime.
@ Béo : C'est à peu près ce que je me suis dit, elle avait besoin de cet exercice de style pour se parfaire en tant qu'écrivaine. C'est une démarche qui se respecte puisqu'elle a pris des risques et je l'admire pour cela. Et ce sont ses lecteurs qui vont profiter de cette évolution !

Phil a dit...

@ Venise : je vois ce que tu veux dire. Quand je rends compte d'une lecture que je n'ai pas aimée, j'essaie d'expliquer pourquoi. Et même chose avec un livre que j'adore, je m'efforce d'expliquer pourquoi le livre est bon à mes yeux. Et à chaque fois je cherche un certain équilibre en présentant à la fois des points positifs et négatifs. L'important pour moi est de parler à la première personne, ce bon vieux je, pour souligner qu'il s'agit avant tout d'une opinion et d'un ressenti personnel.
Et comme tu le dis, c'est le fait d'être honnête qui donne de la valeur à ce qu'on pense d'un livre. Après, je peux me tromper ou être passé à côté de quelque chose mais je l'assume. Et les commentaires sont là aussi pour donner un autre son de cloche.

Venise a dit...

@ Phil : Tu as tellement écrit les choses exactement comme je les pense que je t'ai lu, puis je me suis laissée aller à la satisfaction ... en oubliant de te répliquer !

Le paragraphe que tu as écrit là est exactement ma philosophie. Assumer ce que l'on dit et ensuite, laisser la parole aux autres. Tant mieux s'il y a d'autres personnes qui ont un avis différent, tous les goûts sont dans la nature et tous les styles trouvent leurs lecteurs.

Daniel Fattore a dit...

... justement, j'ai bien aimé, moi... et c'est le premier livre que je lis d'elle: j'en voulais un qui tienne en un volume, pour commencer. Tordu, complexe, oui; mais n'est-ce pas le cas des pires histoires de famille?

J'en ai fait un petit compte rendu ici:

http://fattorius.over-blog.com/article-21877228.html

Et je vais poursuivre l'exploration de ce blog qui, du fait de son québécisme, ne peut qu'être instructif de ce côté de l'Atlantique.