samedi 8 novembre 2008

Reconnaissance

Je savais que le roman « Les Carnets de Douglas » de Christine Eddie, mon “Coup de Coeur” et celui de La Recrue, s’apprêtait à être publié en France. Ce que j’apprends est qu’il a aussi gagné le Prix littéraire France-Québec. Une belle reconnaissance. C’est toujours une sensation un peu étrange de venir se faire dire ; votre goût est celui de bien d’autres aussi. Le jour où me suis exclamé sur cette oeuvre, j’avoue ne pas avoir pressenti qu’elle se rendrait aussi loin. C’est un joyau qui ne m’appartient plus, le trésor va se partager entre tous, et c’est de la bonne nouvelle. Pour l’auteure, évidemment, et pour nous, pour moi, car cela nous assure d’en lire d’autres ! Voici ce que les pontifes du Prix Littéraire France-Québec en ont pensé :
"L’histoire met en scène des personnages singuliers, écorchés que la vie se chargera de métamorphoser. Malgré sa gravité, Les Carnets de Douglas demeure aérien grâce à la légèreté d’une écriture empreinte de tendresse et de poésie. »

Quant à être dans le sujet reconnaissance, je le vide, ce qui me pousse à revenir sur mon dernier billet « Ce qui me frappe ». La nouvelle qui a frappé n’est pas du tout celle que j’avais escomptée. L’échange a été chaud et prolifique autour de Jacques Poulin, lui, qui désire par-dessus tout passer inaperçu. Ça porte à philosopher, je trouve. Il y a des auteurs qui vendraient leur chat et leur âme en extra pour faire parler d’eux, et les médias les tamisent à l’ombre de leur œuvre. Et ce sont les écrivains les plus discrets qui font le plus parler d'eux. Pensons aussi à Réjean Ducharme et dernièrement Sylvain Trudel (La mer de la tranquilité). C’en est quasiment du ressort de la leçon de vie. On dit, faire parler en mal, mais faire parler, je n’en suis plus aussi sûre.

L’autre question litigieuse est la source financière du Prix Gilles Corbeil, à même la Fondation Émile-Nelligan. Les litiges ont ceci de bon qu'ils nous obligent à s’informer. Je suis allé lire l’historique de la Fondation qui donne de précieux renseignements mais sans répondre à la question lancée hier, il faudrait examiner les livres comptables pour le faire !

J’y ai tout de même appris que la Fondation est née grâce aux droits d’auteur de 40,000 $ d’Émile Nelligan dont les versements ont débuté en 1979. Le chiffre parle, c’est un montant substantiel qui révèle une reconnaissance incontestée du talent d’Émile-Nelligan. On fait allusion au testament de Gilles Corbeil, neveu du poète, où il aurait légué en 1986 une part de sa fortune pour le Prix littéraire Gilles Corbeil. Mais quelle part ? Aucun chiffre n’est avancé.

Comme les chiffres ne parlent pas aussi bien que les mots, j’ai pensé que la meilleure des reconnaissances à offrir à Émile Nelligan serait de publier un poème que j’aime beaucoup. Sous un titre un peu trompeur, c’est de missive qu’il s’agit et comme j’aime la correspondance des mots et au-delà des mots …

La Garde-Malade

Elle était au couvent depuis deux mois déjà
Et le désir divin grandissait dans son être
Lorsqu’un soir, se posant au bord de sa fenêtre,
Un bel oiseau bâtit son nid, et s’y logea.

Ce fut là qu’il vécut longtemps et qu’il mangea,
Mais comme elle sentait souvent l’ennui renaître
La garde, au cou, lui mit par caprice une lettre
L’oiseau ne revint plus, elle s’en affligea.

La vieillesse neigeant sur la Visitandine
Fit qu’elle rendit l’âme une nuit anodine
Les yeux aux ciels levés, par l’extase agrandis.

Or comme elle y montait au bruit d’un chœur étrange
Elle vit, demandant sa place au Paradis,
L’oiseau qui remettait sa lettre aux mains d’un ange

ÉMILE NELLIGAN – avril 1941

1 commentaire:

Suzanne a dit...

Superbe.... Merci Venise.