jeudi 11 décembre 2008

Les déliaisons de Martin Robitaille

Un premier roman dont on a peu entendu parler. Je vais tenter de le résumer, sans trop le dévoiler et j’avoue que ce ne sera pas facile car il y a peu d’histoire, alors quoi en dire ? Raphaël, le narrateur, quitte et est quitté. Il est un prof de littérature désabusé du milieu, il quitte la profession. Sa belle, désabusée de son désabusement, le quitte.

Et continue de plus bel ce qui s’amorce dès les premières pages, les réflexions du narrateur. Celui-ci a une opinion sur tout et tient mordicus à la partager avec nous, au détriment d’avancer l’histoire. J’ai eu la nette impression de suivre un chroniqueur que je n’ai absolument pas choisi, et qui se plaît à élaborer de long en large, des questions psychologiques, certains livres, des phénomènes sociaux, philosophiques, des films, des articles de revue. La durée n’est pas d’un paragraphe, durant lequel on cernerait le propos d’une manière imagée et percutante qui viendrait compléter l’histoire, non, les exposés se détachent de l’histoire pendant trois, quatre, parfois cinq pages. Si nous retirons ces opinions ; de deux-cent quarante pages, l’histoire passerait à … un maigrelet cent pages.

Mon agacement a été grand que l’on m’impose ces chroniques d’opinions, tout ce « je » s’étendant à outrance, ce qui a sûrement dérangé mon appréciation de l’histoire elle-même. J’arrive quand même à dire qu’elle est aussi intéressante que n’importe quelle histoire de séparation à laquelle suit une quête de soi (qui suis-je, que veux-je ?), la nature de cette quête impliquant l’inévitable retour au nid parental et aussi, bien sûr, la quête de l’autre, entendre par là, du sexe opposé.

C’est le regard d’un célibataire qui cherche, qui chasse. Il y a un chapitre « Gogo Galère » où nous est relaté la nuit où Raphaël se défonce avec ses amis, une nuit typique de destruction massive du « je ». J’ai tout de même apprécié, malgré le côté déconnecté de ce chapitre sur les autres. Au moins, dans un état avancé de dépravation, les chroniques m’ont été épargnées. Pourquoi déconnecté alors ? Pour la situation de l’homme qui a perdu la tête et dont je ne reconnaissais plus les principes, pour le style cru, dur, vulgaire. À mettre sur le compte du cocktail explosif drogue-alcool.

Il y a des fluctuations du langage passant de populaire à peu près comme le « chat » (clavardage) entre ados à, soudainement, celui du professeur de littérature qu’il est supposé être. D’ailleurs, l’auteur, Martin Robitaille est lui-même un professeur de littérature qui a pondu un essai sur Proust. Serez-vous surpris d’apprendre que le « personnage » nous abreuve de Proust ? Autre exemple du côté chronique de la chronique Silvio Fanti, ça vous dit quelque chose ? Un psychanalyste père de la micropsychanalyse inspiré de l’aïeul Freud ? Si ça vous chante d’en entendre parler, entre autres divers sujets d'actualité, vous savez quoi lire : Les déliaisons.

Je tiens à finir en beauté, je préfère ça ainsi, c’est mon style à moi. Sa relation avec sa grand-mère Simone est inspirée de tendresse. Le style s’en ressent et à chaque fois qu'il nous entretient de sa maminou, son style est plus inspiré :
« Je recevais Simone aux chandelles, sur la terrasse. J’espérais qu’il n’y ait pas trop de vent. Je pouvais toujours mettre des lampes-tempête. On aurait eu l’air de deux marins d’eau douce perdus dans le ventre de la bête montréalaise, qui attendent qu’elle nous régurgite sur une île déserte. On aurait été bien, là, tous les deux, au soleil à discuter littérature et musique, tout en sirotant des drinks dans des noix de coco. On aurait refait notre vie. Ça me fait penser à un article que j’ai lu sur … (… je vous l’épargne !)" p.127
Les déliaisons, premier roman de Martin Robitaille - Québec Amérique, 240 p.

8 commentaires:

Audrey a dit...

J'ai justement ce livre dans ma PAL, ton avis m'intrigue, je le lirai certainement bientôt !

Laurence a dit...

J'imagine qu'avec ce genre de livre, il ne faut pas trop s'attacher au récit, mais se laisser aller au gré des réflexions (si elles sont pertinentes et intéressantes). Et si l'histoire n'était qu'un prétexte ici? Enfin, je ne l'ai pas lu mais peut-être que je me laisserai tenter durant les Fêtes, avec un bon chocolat chaud et une "grosse couvarte"... ;-)

Venise a dit...

@ Audrey : Tu me fais plaisir. Tu vas le lire bientôt et nous allons avoir ton avis, c'est merveilleux. Aussitôt qu'il sort sur ton blogue, je fais un lien vers ton blogue Chroniques d'un premier roman.

Danaée a dit...

Finalement, moi, c'était le titre qui m'intéressait. Mais ta critique me décourage d'en savoir plus. Je passe mon tour! Ma PAL est déjà monumentale!

Venise a dit...

@ Laurence : On va se voir un moment donné, non ? J'aimerais te le prêter, mon doux que j'aimerais avoir ton opinion ! Je vais avoir celle de Lucie, très bientôt. CElle d'Audrey, ce qu'elle m'apprend à l'instant.

Cela totaliserait 4 opinions, cela sera plus complet. Et oui, tu as raison, il s'agit de voir si le côté "chronique" nous intéresse, si oui, déjà, ça va mieux.

Quant à moi, roman et chronique sont trop imbriqués, cela passe comme les longues, très longues réflexions du narrateur et je n'ai pas cliqué avec ses réflexions.

Venise a dit...

@ Danaée Je continue d'adorer ce titre, est-ce que mes attentes allaient en conséquence du titre ?

Tu ne seras donc pas le cinquième avis. On ne peut pas tout lire et, en plus, écrire !

Lucie a dit...

Bon... prenons une grande respiration... je vais lire un autre livre avant, histoire d'oublier ton regard et plonger.

Suzanne a dit...

Je passe les mots de monsieur Robitaille. Pas envie c'est tout, euh pour l'instant.