mercredi 30 janvier 2008

Des Prix . ... D'Angoulême au Libraire

Angoulême, ça vous dit quelque chose ? C’est une ville de France au nord-est de Bordeaux, d’accord, tout à côté de Cognac, toujours aussi d’accord. Malgré le côté « breuvage alcoolisé » de la toponymie, c’est de bande dessinée qu’il s’agit. C’est dans cette ville que le Festival de la bande dessinée a eu lieu pour une 35ième année. Le Prix du meilleur album a été attribué à « Là où sont nos pères » (Dargaud) de l’Autralien Shaun Tan. L'auteur, âgé de 33 ans, dont c'est le premier vrai album de BD, « traite de façon métaphorique du thème de l'immigration à travers l'adaptation d'un homme à d'autres cultures ». Marsi (nom de bédéiste de mon chum de mari), de son œil super scanneur de la ligne dessinée avait repéré ce très bel album et offert à un ami. Ensuite, comme cela lui arrive souvent et à mon grand dam (budget oblige), il se l’achète. Avoir su qu’il gagnerait ce prestigieux Prix, j’aurais peut-être moins bougonné (si peu, si peu) !

Ce qui me frappe surtout, et qui m’amène doucement à m’ouvrir à cet art, est la fréquence grandissante des thèmes profonds abordés par l’univers bédéiste. Marsi (qui s’est lui ? Mon extraterrestre préféré, voyons !) m’a entraîné, j’ai bien dis entraîné, au cinéma pour découvrir Persepolis. J’ai beaucoup aimé, je peux presque dire, à ma grande surprise, surtout quand j’ai vu les dessins en noir et blanc : « zut ! Moi qui m’attendais au moins à un « trip » de couleurs ! » Et bien, laissez-moi vous dire qu’après 15 minutes, j’avais oublié que cette Iranienne est une masse noire et blanche qui se déplace, elle grandissait et bondissait sous mes yeux et son histoire émouvante me prenait toute entière. Le personnage de Marjane Satrati, belle et bien vivante a le même nom que l’auteure parce que c’est tout simplement son histoire dont il s’agit. Cette Iranienne vit maintenant en France et en a long à dire sur s
a vie passée en Iran. Ce n’est pas moins de cinq albums qui ont été portés à l’écran. Si vous êtes intrigués, fouillez ici, le Voir/Estrie en parle et moi aussi (mon commentaire en première page «cinéma »)

Un autre Prix, Le Grand Prix de la Ville d’Angoulême a été attribué au tandem Dupuy & Berberian. C’est l’équipe auteur-dessinateur des « Jean » qui sont l’équivalent de nos "Paul" ici à La Pastèque. Je me fais une fierté de leur avoir déjà parlés après une heure et demie d’attente (!!!), tenant compagnie à Marsi, lors d’une séance de signature. C’est justement cette série d’albums que mon conseiller bédé, (l’ami, pas le mari !) m’exhorte à lire pour un baptême, immersion en beauté et en grâce garantie.


D’autres Prix ? Ceux des Libraires, la sélection est passée

de 12 à 5 :

  • Les Carnets de Douglas, Christine Eddie (Alto) – Lu et commenté par La Recrue
  • Parfum de poussière, Rawi Hage (Alto) – Bientôt commenté par La Recrue
  • Un taxi la nuit, Pierre-Léon Lalonde, collection Hamac carnets (Septentrion) – Je me l’achète très bientôt, ce que j’ai failli faire à 3 reprises
  • Tarquimpol, Serge Lamothe (Alto) – Je suis justement à le lire
  • Léon, Coco et Mulligan, Christian Mistral (Boréal) – Ça y est, je vais casser la glace avec cet auteur.

Je suis contente, je vais avoir lu les cinq quand le Grand Prix sera dévoilé au mois de mai, je vais même oser une prédiction ... il faut se mouiller dans la vie, et pas seulement par de la neige fondante !

lundi 28 janvier 2008

Une trahison

Vous le savez, le livre en vedette à La Recrue ce mois-ci est « Judas » de Tassia Trifiatis. Eh bien, j’ai eu chaud ! J’ai failli être obligé d’aller l’acheter à Montréal. Il est vrai qu’il y a un peu de ma faute ; je me suis prise deux semaines et demie avant le 15 février. Je comptais sur le fait que c’est encore une nouveauté et qu’alors les librairies de ma région l’auraient encore sur leurs tablettes. Bais non ! J’avais encore oublié que nous n’avons pas la même définition de « nouveauté ». Après trois mois, au mieux quatre, un livre est mis au rencart à moins, bien sûr, de promesses de vente à cause de la réputation. Mais comment les premières oeuvres peuvent-elles jouir d'une réputation ? Voilà qui est une autre paire de manche ou la manche d'une partie à gagner ! Pour moi, donc, « Judas » est encore jeune, il a à peine 5 mois. J’ai contacté trois librairies indépendantes (ou presque !), il y en a même une, La Librairie Médiapaul à Sherbrooke qui m’a confiée ne rien recevoir, ou presque, de Leméac et de ne pas savoir pourquoi ! Si le libraire ne le sait pas, imaginez-moi !!!
J’ai fait une recherche « Google » pour justement connaître l’âge réel de « Judas ». Je n’ai jamais trouvé de site pour Leméac, une adresse courriel et postale, mais pas de site Internet. Pourtant la maison Leméac fête ses 50 ans et il n’y aurait pas de site Internet ?! Je suis un peu dépassée, comme vous pouvez le constater.
J’ai finalement trouvé « Judas » à la librairie où il ne faut pas que j’achète, de préférence, puisqu’ils ont des politiques qui nuisent aux librairies et donc aux livres. Voir mes billets sur le sujet. J’étais mal prise, que voulez-vous, alors je m’y suis résignée. Les autres librairies m’ont pourtant toutes gentiment offert de le commander mais le délai était de 2 à 3 semaines, ce qui m’aurait à peine donné une journée pour le lire et le commenter pour La Recrue . Un peu trop pour mes méninges qui aiment s’éventer un peu avant de plonger (éventer ... plonger ... serais-je dû pour un p’tit voyage en Guadeloupe ?).
J’ai quelque peu trahi mes principes mais j’ai mon « Judas ». Un nom prédestiné, quoi !

samedi 26 janvier 2008

Les Chroniques du lézard

Dans Chroniques du Lézard de Maya Ombasic, il n’est pas question du petit reptile recouvert d’écailles qui aime se chauffer paresseusement au soleil, il s’agit plutôt de sept brèves chroniques, mais j’aurais préféré entendre le mot « nouvelle ». Chronique et lézard sont des mots qui ont trompé mes attentes. J’étais disposée à lire du plus léger, pour la connotation légère de chronique et la langueur naturelle du lézard qui regarde le temps passer.

Est-ce pour ce détournement d’attente que j’ai plus ou moins aimé, et je dirais même, moins que plus ? Heureusement, je peux m’expliquer car je ne voudrais surtout pas causer un préjudice à une écrivaine à sa première œuvre et que, de surcroît, j’ai trouvée talentueuse. Je n’étais tout simplement pas d’humeur à apprécier la trame tragique de ces histoires. Quand je parle de tragique, le mot n’est pas trop fort ; la fatalité, le destin, les oracles, le sacrifice humain, la déesse de la mer rôdant autour des personnages. Et le tour de force de l’auteure est d’avoir donné à la mer la présence (la force) d’un personnage à part entière.

Le style de Maya Ombasic a des tournures évocatrices, imagées, elle s’abandonne à son instinct, ça se sent. Elle sait créer du mystère, j’irai jusqu’à dire, c’est sa force. Un style qui exige que l’on s’abandonne, ne pas rester dans le rationnel, ça non, c’est à proscrire.

Ce qui m’a lassé, toujours à cause de mon humeur, est le tragique attendu au détour de chaque page : aucun élément de surprise. Comme une ritournelle, je devinais le reste de la chanson. À la première histoire, ça va mais quand tu te surprends à penser, à la quatrième ; il va mourir, il va s’enfuir, il va trahir. Une chose est certaine, ce n’est pas parce que le soleil chauffe et que la lumière éclabousse que les sujets traités sont joyeux et optimistes.
Abordé par mon rationnel, je vous avancerais que c’est un très bon recueil de nouvelles mais là, je ferais abstraction de mon émotivité. Le peut-on vraiment quand on aime lire animée de passion ? Pour vous aider à y répondre et à faire la juste part des choses, cliquez ici, c’est le commentaire de Jules (se livre) qui l’a lu récemment avec d’autres yeux et, tout probable, des attentes différentes.

Extrait : "La tradition disait qu'il fallait nourrir la mer pour éviter qu'elle s'alimente de vies humaines"


Chroniques du lézard, Maya Ombasic. Mini livre de 109 pages, Marchand de feuilles. Roman québécois sélectionné pour la première étape du Prix des Libraires

mercredi 23 janvier 2008

Je suis attirée par les rebelles

Je vais vous faire une confidence : « J'aime acquérir des connaissances par les livres jeunesse ». C'est fou mais, même un sujet rebutant par sa complexité, ou qui ne m'attire pas spécialement trouve grâce à mes yeux dès qu'il est destiné à un enfant. Tout s'éclaircit, c'est animé, vivant ; l'angle avec lequel le sujet est abordé me charme.

Un jour, j'ai fait un test. Je venais tout juste de m'acheter un album pour enfants sur les chauve-souris. À partir de ma lecture, j'ai formulé des questions à mon très très très informé chum sur tout ce qui vole ou a 4 pattes (il adore les animaux), eh bien, il a été incapable de répondre à une foule de questions. À partir de ce moment, je me suis dit que c'était pas si bête de vouloir apprendre via les beaux albums pour enfants.

Cet après-midi, j'en ai trouvé un qui me tente, c'est une encyclopédie qui présente :

"... une belle galerie de parcours atypiques et véritablement exceptionnels. Winston Churchill, Albert Einstein, Agatha Christie, Sacha Guitry, l’étonnante révolutionnaire Olympe de Gouges, François Truffaut et ses 400 coups de jeunesse, Thomas Edison ou Alexander Graham Bell y sont réunis particulièrement par leur parcours éducatif, disons… alternatif. L’un fait l’école buissonnière, l’autre apprend toute seule, plusieurs s’emmerdent royalement sur les bancs d’école et font les malins pour se désennuyer. Tout ça en trouvant, en chemin, de quoi garder leur attention suffisamment pour en faire une vocation, une passion, une vie. Car si les premiers de classe font généralement de bons citoyens, c’est peut-être à ceux qui ne tiennent pas dans le moule que revient le privilège de vraiment dépasser les bornes de l’ordinaire. Avec des conceptions parfois étonnantes de la façon de mener sa vie"

Rémy Charest « Entre la connaissance et le divertissement » - www.lelibraire.org

J'ai continué ma recherche et j'ai trouvé cette critique qui a fini de me convaincre. Je le veux cet album (une chance, c'est bientôt ma fête !) :

« Ces cancres deviennent Honoré de Balzac, Louis XIV, Charles Darwin, Charlie Chaplin, Napoléon Bonaparte, Abraham Lincoln, Léonard de Vinci et bien d’autres.

Picasso est nul et ne tient pas en place à l’école. François Truffaut, né de père inconnu, est caché pendant un an afin de ne pas déshonorer la famille de sa maman. Balzac est abandonné par ses parents et enfermé dans un pensionnat où il est traité de joufflu et de paresseux. Alexander Graham Bell n’aime pas l’école et va se rebeller contre un père autoritaire.

Ils semblent tous avoir en commun un fichu caractère, mais finiront par se réaliser, à coup d’échecs et de réussites, à travers leur folie et leurs passions.

Ils sont trente à nous livrer en toute simplicité un bout de leur histoire et de leur génie. Tour à tour, ils stimulent avec humour et sarcasmes notre désir d’en savoir plus. Et la mise en page, la typographie et les illustrations sont vivantes, contemporaines et totalement séduisantes. »

Anne-Martine Jeandonnet - Canoë

Je termine en beauté par une citation tirée de la bouche de Churchill (un rebelle) : «Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme»

Encyclopédie des cancres, rebelles et autres génies, Anne Blanchard, Serge Bloch et Jean-Bernard Pouy, Gallimard Jeunesse, 144 p., 37,95$

lundi 21 janvier 2008

Question et Réponse (livres hameçons)

Commentaire de M. Denis Lebrun à ma question et par la suite, ma réplique à sa très appréciée réponse :

Denis LeBrun :
Dans cette bataille qui s'amorce, je crois que toutes les librairies sont concernées, y compris les petites chaînes comme Raffin et GGC, qui possèdent d'excellentes librairies. Je dirais même que Renaud Bray, qui ne pratique pas de guerre de prix a tout intérêt qu'on civilise le marché du livre. Votre commentaire, Venise, me permet aussi de rectifier votre perception des librairies indépendantes. GGC est une bonne librairie, et vous n'avez aucun "remord" à avoir d'y bouquiner. Quand nous avons formé notre regroupement promotionnel (Les LIQ) pour donner une voix aux petites et moyennes librairies, nous nous sommes fixé un certain nombre de règles d'adhésion. Celles-ci comprenaient un maximum de succursales . Au delà de ce nombre nous avons estimé que les chaînes concernées avaient les moyens de faire leur propre promotion. Dans toute réglementation il y a malheureusement une part d'arbitraire.

Venise :
Ah ... je suis soulagée ! Vous avez démasqué mon remord d'acheter chez ces librairies qui ont récemment été éliminées de l'appellation
"indépendantes".
Ici, en Estrie, je me voyais un peu coincée, mon remord s'en trouvait apaisé mais mon mari et moi éprouvons un attachement à la Librairie Raffin de la rue St-Hubert à Montréal pour l'avoir vu grandir sous nos yeux. On s'attache à tout être qui grandit sous nos yeux ... Et puis, ils sont si chaleureux, nous n'avons pas du tout l'impression d'être un numéro chez eux. On nous appelle par nos noms et on s'informe toujours si on continue d'aimer Eastman (déménagement de Montréal voici 3 ans). Et puis, vous osez nommer "Renaud-Bray", cette chaîne souvent confondue avec le "méchant". Faut dire, qu'ils y a plusieurs comportements que je n'aime pas chez eux, ne serait-ce que l'effronterie d'aller s'installer en face (ou presque) de Chez Raffin sur la rue St-Hubert. Est-ce vraiment faire preuve de la passion du livre ou plutôt de l'argent que génère le livre ? Qu'ils fassent de l'argent avec plein de « gugus » m'importe peu, d'abord qu'ils honorent le livre et ceux qui le servent, comme leurs employés.

Je vous remercie sincèrement, et beaucoup, cela fait longtemps que je désirais une réponse claire sur le sujet.

Mon deuxième sujet annoncé était « Revue et Corrigée » et sa consonance littéraire mais pourtant qui ne l'est pas. C'est la Revue et Corrigée du théâtre du Rideau Vert, spectacle joyeux et percutant qui visite tous les événements de 2007, un Bye-Bye théâtral finalement. C'est rare que je dévie du littéraire mais là, le titre me le permettant (oui, oui, je me fais des « accroires ») mais surtout la teneur exceptionnelle de cette prestation qui jouit d'ailleurs d'une excellente presse. Et pour cause ! J'ai eu tellement de plaisir, toute l'année a été touchée d'une manière moqueuse et amusante. C'est haut en couleurs, le texte est critique mais sans méchanceté. De la joie moqueuse sur tous les tons, par de talentueux comédiens qui habitent une palette colorée de personnages. C'est terminé pour cette année en souhaitant que la tradition perdure, prenez-en note si vous aimez sortir d'un spectacle la rate grosse à éclater et la mâchoire douloureuse.

N.B. : L'illustration n'a pas de rapport avec Revue et Corrigée, c'est seulement que je la trouve belle et appropriée ces temps-ci ...

samedi 19 janvier 2008

Ces Livres « hameçons »

Saviez-vous que le très complet site Le libraire a son blogue ? Il passe un peu inaperçu, peu de personnes y écrivent, faut-il dire. Cette semaine, j'y ai découvert un très intéressant billet de Denis Lebrun sur les librairies indépendantes (LIQ) et leur problème de survie.


Qu'est-ce que j'appelle les livres « hameçons » ? Les librairies de grandes surfaces, certaines chaînes et site Internet ont adopté une « pratique commerciale douteuse » en fixant le prix de vente au prix coûtant pour leurs "meilleurs vendeurs" (best-sellers). Éric Simard, libraire, écrivain et co-directeur de la collection Hamac a déjà abordé le sujet, intitulant son très pertinent billet "David et Goliath"


Pour tous ceux et celles intéressés à s'ouvrir une librairie un jour, et j'ai cru comprendre que nous sommes plusieurs, Denis Lebrun nous fait part de ces informations :

« le prix est fixé par l’éditeur et la marge de remise est une des plus minces dans le commerce au détail. Pour survivre et garder un fonds diversifié, (entre 5000 et±50000 titres) une librairie indépendante a impérativement besoin de ces ventes «faciles» (±500 titres). Un fonds de librairie (les livres qui ne sont pas des nouveautés mais sont considérés comme classiques, importants ou excellents par les libraires) participe à la richesse d’une culture. Au-delà de l’aspect commercial, c’est donc de diversité culturelle qu’il s’agit. Et ce n’est pas là une expression creuse! Dans une ère d’uniformisation de la culture et de médias soumis «aux impératifs du marché» (lire les intérêts de leurs patrons!), le livre est la seule valeur refuge de la pensée libre. Bref, l’accès limité aux livres signifie l’appauvrissement de la pensée! Grandiloquent, peut-être, mais tristement vrai! »


À voir le problème, on crie à la solution. D'après M. Lebrun elle passe par une réglementation du prix unique :

« ... plutôt que de le livrer aux seuls intérêts du néo-libéralisme, ou pour parler plus clairement du capitalisme sauvage (...) L’industrie avait pourtant senti l’urgence d’agir il y a quelques années en réclamant presque unanimement le prix unique. La réponse du «lucide» Bouchard avait été alors un «Niet!» sans appel ».

Ce qui fait que dans l'ignorance totale de cette situation, des clients traitent les librairies indépendantes de «voleurs» quand il arrive qu'un magasin de jouet se serve du dernier Harry Potter comme livre « hameçon » (le vendant au prix coûtant) pour attirer une clientèle qui, une fois dans le magasin achètera un jouet à 40% de profit.


En personne de bonne volonté, pour ne pas nuire au monde du livre, j'ai posé ma situation à Denis Lebrun :


J'avoue que votre commentaire est très pertinent. En même temps, plus je trempe dans le milieu littéraire - c'est peut-être beaucoup dire, mais quand même - par un blogue de littérature québécoise, je réalise jusqu'à quel point des personnes de bonne volonté sautent sur les livres à rabais, convaincues de déjouer le système. Si peu de personnes sont au courant de cette problématique. De mon côté, ici, en Estrie, il est difficile d'encourager les librairies indépendantes. La librairie la plus commode est à Sherbrooke et pour la nommer, c'est GGC à laquelle a été retirée l'appellation "indépendante". Est-ce moins grave d'encourager des "Moyennes" qu'acheter au prix (presque) coûtant chez Costco par exemple ? Je le prends pour acquis et je me réponds oui. Je ne sais pas qu'est-ce que vous en pensez.

Venise Landry

Afin de respecter une certaine longueur de billet, et possiblement soulever une intrigue (!) réponse de Denis Lebrun demain, ainsi qu'un mini potin intitulé « Revue et corrigée »

jeudi 17 janvier 2008

Une vie normale de Louis Tremblay

J'ai reçu « La vie normale » de mon fils à Noël, j'avais à coeur de le lire et même de l'aimer. Vous me voyez venir ? Non ? Entendez mon long et profond soupir : "Ooouuuffff !". Vous voyez mieux maintenant ? Je ne l'ai pas aimé mais pas du tout, ce qui me désole beaucoup. Comme si la première raison, un cadeau de mon fils, ne suffisait pas, j'en avais deux autres pour tenir à l'aimer. Le roman est passé inaperçu, et qui n'aime pas exhiber à la lumière un trésor niché dans les ténèbres de l'indifférence ? Ou de l'oubli, même si Danielle Laurin, cette critique littéraire reconnue, lui a donné son coup d'envoi ici. L'autre raison est la bouille vraiment très sympathique de l'auteur (ci-dessous). Ma lecture a pourtant bien démarré, j'ai beaucoup apprécié le deux pages de « Remerciements » du début que, personnellement, j'aurais appelé « Prologue ». Je vous en ai tiré un extrait :


Je m'apprêtais à faire mon deuil de l'écriture, non sans en éprouver beaucoup de regrets, lorsque j'ai croisé en musique Tom Yorke, chanteur du groupe britannique, Radiohead. En écoutant « How to Disappear completely" de l'album Kid A que l'idée du roman m'est venue. Le thème de la pièce musicale porte sur la sensation de dissociation mentale que peut éprouvé un individu lorsque confronté à une situation difficile. Lorsque j'ai écouté ce titre pour la première fois, je vivais un phénomène que je m'expliquais mal. À cette époque, et depuis un certain temps déjà, j'éprouvais la peur irrationnelle de perdre mes enfants, soit à la suite d'un divorce ou – Dieu m'en garde – d'un décès. (...) Cette angoisse était telle que lorsque j'allais leur donner un bisou sur leur front dans leur lit, (...) je m'étonnais presque de les trouver vivantes. La charge émotive véhiculée par la pièce musicale m'a placé en contact direct avec l'expérience personnelle que je vivais et a amplifié l'émotion qui m'habitait. (...) La pièce musicale m'a rempli la tête d'images, de personnages et, en fin de compte, d'une histoire que j'aimerais partager avec vous.


Une entrée en matière pleine de promesses mais mon « petit » problème est que je n'ai pas cru à cet horrible incident qui arrive au fils infirme. Comment alors croire à la douleur de la mère ? Et tout le livre dévoile justement les pensées intimes de cette mère éplorée que Louis Tremblay fait parler « par les tripes ». Je n'ai pas éprouvé les émotions escomptées. Si j'en ai éprouvées, c'est une géante frustration très près de la colère qu'on veuille m'amener dans cet excès, exprès pour que j'en éprouve.


Je me suis bien sûr demandé pourquoi je ne croyais pas à « l'accident » (je ne dévoile pas un punch puisque sur le quatrième de couverture fait allusion au deuil d'un enfant), j'y réfléchis encore, mais j'irai pour un manque de crédibilité des caractères des personnages. La simplicité du style dont parle Danielle Laurin est une qualité que j'apprécie beaucoup chez les écrivains, et chez tout le monde d'ailleurs, mais elle m'est apparue vide. Je n'ai pas rencontré intimement cette petite famille, j'ai plutôt eu l'impression qu'elle servait de prétexte pour m'exposer une anecdote exemplaire du « comment le monde peut être méchant avec un infirme ». Dans ce genre d'histoire, il est indispensable de s'attacher. La douleur de cette mère m'a plutôt agacée, avec sa dissociation mentale et ses rituels pour s'en sortir un jour. J'aurais aimé entendre parler du couple. À chaque fois que Louis Tremblay parlait du père, je me sentais beaucoup plus interpelé. Un homme sait mieux parler d'un homme, surtout quand il se mêle de parler de déchirements d'entrailles de mère. Il y a d'ailleurs une lettre d'amour du père à la mère à laquelle j'ai crue. Je l'ai trouvée émouvante et on la retrouve à brûle-pourpoint, elle s'étale sur un chapitre et jamais l'auteur n'y revient. Pourtant, j'aurais aimé apprendre à connaître cette mère par sa relation amoureuse avec le père. Elle me serait apparue beaucoup plus en chair. En fait, plus j'en parle, plus je comprends que cette mère est malheureusement restée un concept pour moi.


Comme je suis un être unique (attention, je me lance aucune fleur là ... j'ai bien trop peur du vase !), cette magie qui ne s'est pas opérée pour moi pourrait s'opérer pour quelqu'un d'autre. Tous les mots de cette mère dévastée par la douleur auraient tout probablement une portée très forte ...

mardi 15 janvier 2008

Balade en train sur les genoux du dictateur

C'est le 15 du mois !!! Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est le jour et l'heure des 8 commentaires à La Recrue sur la Balade en train sur les genoux du dictateur de Stéphane Achille (photo ci-contre). Voici le mien, n'oubliez pas d'aller lire les autres ! C'est le fun de pouvoir comparer les avis, c'est rare que l'on puisse le faire tous en même temps.

L'heure du bilan sonne son glas


Le personnage principal est un musicien français qui a misé le tout pour le tout, engloutissant toutes ses économies pour « s'auto-enregistrer ». L'expérience s'est avérée désastreuse, il en sort désabusé, au bord de la déprime. Cet être vidé de lui-même se retrouve à New York, enfermé dans sa chambre d'hôtel jusqu'au moment où un étranger l'entraîne à venir s'enfermer dans un train. S'amorce une relation à huis clos, malgré l'intervention de tierces personnes ou d'événements empreints de violence, c'est d'un face à face dont il s'agit, presque un duel entre un dictateur et un musicien, tous les deux ayant en commun l'heure du bilan. La construction du roman est ainsi faite que le personnage du musicien fait un retour en arrière de son côté, nous mettant à témoin des guet-apens du milieu du disque par un discours critique percutant, tandis que le dictateur, lui, le fait devant ce musicien qui lui doit une écoute soumise et active.


Je ne me suis pas ennuyée à suivre ces protagonistes bizarres, ces habitants confinés dans un wagon roulant. Je me suis sentie à la première rangée d'une scène où deux personnages se donnent la réplique. Les chapitres courts et bien cernés tombent comme des couperets. Il y a dans ce style et cette histoire quelque chose d'un peu solennel avec tout ce que le solennel a d'artificiel. Évidemment, pour tant soit peu arriver à éprouver du plaisir à ces réparties astucieuses, ces silences chargés, ces manipulations sordides, il faut accepter de jouer le jeu de l'homme pris en souricière par un dictateur à vie. Il faut endosser cette prémisse pour apprécier tous les jeux de chat à souris qui se déroulent sous nos yeux car, après tout, il y a ici un homme qui va s'assoir sur les genoux de l'autre ! La situation, le propos, l'ambiance, tout sonne un peu absurde et il est clair, à mon avis, que l'auteur l'a désiré ainsi, ne serait-ce qu'en considérant le titre, on le comprend !

Ce que j'ai le plus aimé est la critique sociale intelligente très bien servie par un humour cinglant. Un humour froid comme une lame qu'on laisse glisser entre deux omoplates. La brièveté des chapitres et les silences inévitables, le temps de tourner les pages, accentuent la lourdeur propre à cette histoire où la vie tient à peu. Par contre, la fin laisse un goût amer de bâclé. C'est malheureux, il y avait matière à prendre les éléments et les pousser d'une manière plus explicite... j'aimerais en dire plus, mais j'en dévoilerais trop.

Pour une première oeuvre, Stéphane Achille a nettement une signature particulière. La sobriété du style, l'intelligence du propos et l'originalité de la structure du texte sauvent les quelques maladresses.

vendredi 11 janvier 2008

L'auteure de "Les Accoucheuses" me répond !

Bonjour Anne-Marie Sicotte, la reine-mère de Léonie et Flavie qui sont devenues mes amies. Elles m'appartiennent à moi aussi maintenant. Leur sort me tient à coeur. J'alimente un blogue littéraire québécois "Le Passe-Mot de Venise" et que j'ai parlé avec enthousiasme des Accoucheuses, tome I et II. Une personne, Danaée, dont le roman va bientôt être publié à Septentrion m'a laissé le commentaire suivant :
Venise, tu es vraiment LA lectrice que tout auteur cherche à séduire! Quel bel enthousiasme! On sent que l'histoire et surtout ce personnage fort de Flavie t'a vraiment interpelée. Je suis certaine qu'Anne-Marie Sicotte serait heureuse de lire ton billet d'aujourd'hui! (Danaée)


La suite est remplie de l'aide de mon cher mari qui trouve tout sur l'Internet. Il y a déniché cette très intéressante entrevue (que je vais m'empresser de faire paraître sur Le Passe-Mot), ainsi que l'adresse de votre courriel, afin que je vous mette dans le coup. Je ne sais pas si vous le réalisez, mais à l'heure actuelle, les très nombreux blogues littéraires jouent un rôle important pour la littérature et particulièrement notre littérature. Pour prendre mon exemple, mais je pourrais en prendre tant d'autres, depuis que je parle de votre saga, plusieurs personnes ont pris la ferme résolution de les acheter et les lire. Et moi de même, je prends souvent mes sources d'inspiration des autres bloggeuses. Je dis bien "bloggeuses", car la réalité des blogues littéraires fait remporter haut la main les femmes. On y retrouve peu d'hommes ... malheureusement !
Je vous invite dans mon blogue, www.passemot.blogspot.com vous y trouverez rapidement le dernier billet sur "La révolte".
Venise
L'amie de vos personnages
Réponse de Anne-Marie Sicotte reçue dans ma boîte courriel cet après-midi :
Bonjour Venise, que je remercie chaleureusement pour l'enthousiasme tellement palpable qu'il irradiait à travers l'écran! J'ai pris soin de lire votre billet sur votre blogue et je tiens à vous dire que si tous les critiques étaient aussi soigneux que vous, cet art s'en porterait cent fois mieux! Ce n'est pas parce que vous m'encensez que je réagis ainsi, mais parce que vous prenez le temps de détailler les sources de votre jugement, y compris les sources intimes qui sont parfois si importantes pour colorer notre opnion. Que l'on aime et surtout que l'on aime pas, il est vital (et instructif) pour l'auteur et pour la santé de l'art de la critique d'expliquer avec précision ses motivations. Il faut en faire un exercice positif et non destructeur. Il faut dire que j'ai été échaudée hier seulement, en visitant le site de Québec Loisirs où une première critique d'une lectrice est affichée pour le tome 2. C'est une critique assassine, comme on dit, et horripilante par sa brièveté. Chacun a droit à son opinion, mais qu'elle soit étayée!
Je n'ai malheureusement pas le temps de consulter les blogues littéraires, mais je suis ravie de savoir leur rôle pour la diffusion des nouvelles du monde littéraire et comme forum de discussion sur les oeuvres valables. Entre mes trois enfants, mes recherches, mes lectures, mon écriture, mon chum et un nécessaire besoin de distraction et de mouvement, je ne suis pas tellement capable de prolonger mon temps devant l'ordinateur. Puis-je vous faire une suggestion? Proposer une chronique à l'Unique, le journal de lUNEQ, à ce sujet. Peut-être que je suis la seule écrivaine ignorante, mais peut-être pas... Vous pourriez peut-être, également, faire des suggestions à l'effet que ces sites deviennent des moyens de communications entre auteures et lectrices. Moi même, je serais ravie de jaser par votre blogue interposé, en autant que ça ne me prenne pas trop de temps.
Votre analyse pénétrante sur les deux premiers tomes de la trilogie me fait chaud au coeur. Vous avez bien compris mon rythme qui, comme vous dites, a le défaut de sa qualité. Sans doute que je pourrai encore m'améliorer, éviter certaines redondances (qui en sont pour certains mais pas pour d'autres), mais il est certain que je préfère, et de loin, installer un monde avant que d'y garrocher mes lectrices. Le meilleur moyen de faire passer un message historique, c'est de faire vivre une réalité par personnages interposés. (Malheureusement, le ministère de l'Éducation ne l'a pas encore compris et l'enseignement de l'histoire à l'école est bancal.) J'ignorais que mes personnages, et surtout Flavie, toucheraient à ce point. En effet, si Flavie est une création de mon imaginaire, mais en fait, elle est vivante; je ne sais pas comment, mais j'ai réussi à lui insuffler la vie. Elle est devenue une créature autonome, qui me dicte son destin autant que je le lui impose.
Vous semblez croire qu'une femme comme Flavie au 19e siècle est un anachronisme: je suis convaincue du contraire. Bien sûr, j'ai imaginé cette révolte précise; mais je suis persuadée que de telles révoltes étaient monnaie courante. Toutes celles qui n'avaient pas intériorisé le discours dominant (comme Flavie), toutes celles qui sentaient la vie courir dans leurs veines, elles ont eu un moment de révolte. Une minute, une heure ou des années... mais cette révolte a existé. Elle s'est exprimée de toutes sortes de manières, même en destruction contre soi, tandis que Flavie, sage-femme, d'un milieu libéral et instruit, l'a exprimée ainsi. Tout le monde n'est pas contre elle: elle a sa mère, son beau-père, sa Marguerite, son Joseph, et même son père et son mari dans une certaine mesure. Elle a Françoise et Marie-Claire, ainsi que ces quelques féministes du temps dont elle a des échos.
Quand vous en aurez envie, j'aimerais que vous me donniez des exemples de quelques tournures de phrases, d'effets de style qui vous ont agacée.
Sur ce, je vous souhaite bonne continuation et je vous remercie encore pour vos phrases d'encouragement.
Au plaisir
Anne-Marie Sicotte
(Vous pouvez utiliser tout ce que vous voulez de ce courriel dans votre blogue, si vous le souhaitez.)

jeudi 10 janvier 2008

Un concours qui n'a pas de Prix ...

Pendant que je chemine dans ma « Balade en train sur les genoux du dictateur » (j'en suis au 43e chapitre), je reste toujours à l'affût de la nouvelle. Eh bien, j'ai justement trouvé un concours de nouvelles pour qui aime écrire. Pour qui aime vraiment beaucoup écrire. En fait, un concours de nouvelles qui n'a pas de Prix. Déjà, la chose est rare de nos jours où tout effort a sa récompense et où les concours pullulent pour tout écrivain en herbe qui veut pousser sur sa feuille de chou ... excusez-la, « herbe ... feuille de chou », elle était trop tentante ! Je m'excuse car j'utilise « feuille de chou » à mauvais escient puisque c'est un journal ou revue de piètre importance. En France, on parle de canard, vous avouerez qu'il y a de quoi attirer le naturaliste. Je me reprends et j'y arrive à ce concours qui n'a pas de Prix et pas la moindre trace sur le web pour vérifier s'il n'y aurait pas tout bêtement une omission. Je vous laisse en prendre connaissance :

Pleins yeux sur la nouvelle
La Société littéraire de Charlesbourg organise un concours de nouvelle depuis le 1er novembre dernier. Il prendra fin le 31 janvier 2008. Le jury est constitué d’écrivains de la ville de Québec et remettra les prix aux meilleurs textes le 9 mars 2008. Si vous avez envie de prendre la plume et si vous êtes inspiré par le thème suivant, «Je l’aurai dans la mémoire longtemps», c’est le moment! Pour y participer, il faudra envoyer un texte, sous pseudonyme, de 3 pages maximum, qui sera imprimé à double interligne. Il devra également être présenté en 3 copies à cette adresse :

Concours de la nouvelle littéraire
Société littéraire de Charlesbourg
Bibliothèque de Charlesbourg
7950, 1ère Avenue
Québec (Québec)G1H 2Y4

Vous voyez, le Prix, c'est l'honneur, comme au temps des chevaliers. Vous sentez-vous une âme de chevalier ? Moi, pas. Je vous déçois n'est-ce pas ? Désolé, mais tous ces chevaliers devaient avoir du temps, tandis que moi, il faut que je me rende au chapitre 78 de « La balade ... » puisque qu'un 15 janvier est si vite arrivé. Les participants de la Recrue savent combien je me plains pour rien, un chapitre de « La balade ... » compte pour un paragraphe, ou deux, ou six. Il y a 78 chapitres pour 189 pages, faites le compte ! Stéphane Achille, l'auteur de « La Balade ... » avant de gagner le Prix Robert-Cliche a participé et gagné plusieurs concours de nouvelles :


  • « Le Mur » - Premier Prix au concours de nouvelles Paul Valéry de l'Université Paul-Valéry à Montpellier - 1997
  • « Le chien » Cinquième au Prix du jeune écrivain avec la nouvelle et a publié aux éditions Mercure de France – 1998

  • « Les chats » Deuxième Prix au concours de nouvelles de la Maison de la culture des étudiants de l'UQAM
  • « Propos écrits recueillis à l'oreille » Sixième Prix à la treizième édition du concours Nouvelles fraîches.


Il a probablement pris connaissance de ce très pertinent conseil :

Avant d'envoyer son manuscrit à un éditeur, il est préférable de s'exercer : il existe plus de 150 concours de nouvelles, et presque autant de concours de poésie. Les revues littéraires permettent aussi de rencontrer des interlocuteurs avertis.

Stéphane Achille n'a pas fait démentir cette recommandation, il a atteint la cible : devenir auteur d'un premier roman. Si vous voulez mieux connaître ce gagnant, rendez-vous au 15 janvier à La Recrue. En attendant nos commentaires (Carole, Éric, Lucie, Danaée, Catherine, Caro(line), Jules, Venise), si vous avez trop hâte, il y a déjà à La Recrue des critiques de journalistes.


lundi 7 janvier 2008

Enfin libérée de la Révolte des Accoucheuses

Je me targue d'être libre depuis que j'ai fermé le couvercle sur ces Accoucheuses du 19e siècle qui se démènaient pour prospérer dans un monde d'hommes. Mais suis-je vraiment libre ? Me voilà attachée à Flavie par des liens tissés serrés. Ma Flavie. Ne touchez pas à cette héroïne, experte sage-femme, débordante d'ambition (un péché pour les femmes de cette époque !), d'impétuosité, de sensualité, d'honnêteté. Une femme pleine et toute d'une pièce qui se fout des qu'en-dira-t-on, en autant que ses proches restent proches d'elle. Une femme saine qui crée des remous, même avec celle qui lui a transmis la vie et sa science d'accoucheuse, sa mère, Léonie. À elle aussi, je suis attachée. Me voilà liée à cette famille d'un autre siècle. Je n'ai qu'une hâte que le troisième tome sorte, et je suis prête à faire une folle de moi pour toucher le volumineux volume avant même qu'il soit déposé sur les tablettes !


Hier soir, j'étais émue, et jusqu'aux larmes, de rage, de révolte, de compassion, avec l'envie d'entrer dans ces pages pour asséner des coups de poing aux endormis et consoler ma Flavie, surtout consoler ma Flavie. Lui dire qu'elle a raison de se battre, qu'un jour viendra où cela ne sera plus une aberration, que dis-je une calamité, d'être doctoresse. J'ai été impressionnée par l'intensité de mes émotions. Ma raison me regardait m'émoustiller, se moquant de moi ; "Ce n'est qu'un livre, une invention d'auteure, elle n'existe même pas ta Flavie !" C'est vrai, c'est même frappant, mais tellement imbibée de cette histoire, parce que Flavie a vécu si près de moi et si longtemps (1,704 pages), que je me suis répliquée ; "Elle n'existe peut-être pas physiquement mais en esprit, elle est très vivante". C'est peut-être banal à dire mais je réalisais plus que jamais la force de création de l'esprit. C'est lui, l'esprit, qui engendre tout, ce grand créateur de personnages désincarnés. Reposant sur le même principe, la force de l'esprit s'applique sur un personnage très incarné ; soi-même ! C'est par la puissance de notre esprit que notre vie se trame.


Vous voyez ce qu'elle me fait cette Flavie ?! Faut dire que Anne-Marie Sicotte se fait un plaisir de partir de l'Histoire pour tricoter son histoire. Je crois vous l'avoir dit qu'à la fin, elle nous fait part de chaque document qu'elle a consulté. Et ils sont nombreux, détaillés, précis. Je vous dirais que la force de ce roman est le temps. L'auteure prend le temps d'installer et on sait, le Petit prince nous l'a si bien dit, qu'il faut du temps pour apprivoiser. Et c'est efficace en diable ! Flavie fait maintenant partie de mes amis et son sort me tient à coeur !

Une personne ou un événement a souvent le défaut de sa qualité et c'est le cas de ce texte. Même au début du deuxième tome, l'histoire s'implante lentement en étant intéressante tout simplement parce que les personnages nous tiennent à coeur. Un peu comme une télésérie où une fois attaché aux personnages et même si l'histoire a des plateaux, piétine un peu, l'attachement fait en sorte que l'on savoure le plus petit rebondissement. On accepte assez bien la redondance du propos en ce qui a trait à l'omnipotence des religieux, ceux-là qui détiennent le pouvoir du pouvoir, l'assujettissement des femmes par l'homme de robe, le père, et surtout le mari et les moeurs des Montréalistes fouillés à fond. Pour vous démontrer que l'auteure ne parle pas à travers son chapeau, pour la « vêture » féminine et masculine, elle a consulté : Bound tu Please : A History of the Victorian Corset, de Leigh Summers et Health, Art & Reason : Dress Reformers of the 19th Century, de Stella Mary Newton. Et ainsi de suite pour étayer l'histoire de cette fougueuse Flavie, couramment appelée « La fauvette » ou « Le petit chat sauvage ».


Est-ce possible que cette ambition de Flavie ait pu survivre assaillie par ces puissants étouffoirs ; son mari, la famille de son mari, sa propre famille, les Monseigneur, les médecins ? Était-elle possible cette résistance à tout crin devant ce monde ligué contre son désir de devenir médecin ? Pas sûr du tout. Voilà la part du fictif, sinon, allons carrément vers du documentaire. Ce que je peux vous dire par contre, c'est que j'ai éprouvé un plaisir fou à y croire. Et mon côté plutôt pointilleux sur le style s'en est trouvé conciliant sur les quelques tournures (parfois, pas si souvent) un peu artificielles. Ce que j'appelle le réflexe de vouloir « faire du style ».


Je recommande chaudement cette lecture à quiconque aime prendre le temps d'établir une relation intime avec des personnages attachants, quiconque apprécie l'Histoire à travers une histoire passionnante de femmes. Ceux qui, en plus, aiment tout ce qui touche au geste encore impressionnant de la naissance d'un enfant et la question féministe à ses premiers balbutiements, vous serez comblés. Plus que comblés, attachés à vie !


Les Accoucheuses, tome 1, La fierté 868 p. Tome II, La Révolte, 836 p.
Historienne, journaliste et écrivaine, Anne-Marie Sicotte.

vendredi 4 janvier 2008

Le profil d'une lectrice

C'est à croire que j'ai pris la résolution de moins écrire ! Ce n'est pas le cas, loin de là, c'est tout bonnement que je lis beaucoup ! Je suis plongée au plus profond des "Accoucheuses" - La Révolte » Tome 2, pas loin de 900 pages de la prolifique Anne-Marie Sicotte. Malgré une certaine redondance dans le discours féministe et l'omnipotente de l'Église décrite et surtout décriée sur tous les tons, j'y trouve amplement mon compte. Trop, même. Ma vie quotidienne en souffre. Tous les prétextes possibles et surtout impossibles sont valables pour sauter sur ma tonne de pages à la gueule ouverte. Oui, vous savez quand le carton est mince et qu'à force de le tenir ouvert, il bâille aux chouettes rayées (on en a vue une stationnée sur une branche récemment). Ça fait naître en moi l'irrésistible envie de lui tenir le clapet, ce que je m'empresse de faire à la moindre occasion qui s'y prête !

Cela ne m'empêche pas de réfléchir sur le profil du lecteur, cette expression à l'air un peu sérieux faisant allusion aux goûts littéraires de mes amies. Mes livres circulent entre plusieurs mains et j'essaie de mieux cerner et même deviner les goûts. Vous savez ce genre de prédictions que l'on assène généreusement "Je suis sûre que tu vas aimer !" J'aimerais ne jamais me tromper et me taxer de grande devineresse de la nature humaine ! Je blague bien sûr mais j'aimerais être un peu plus intuitive et faire circuler les livres à mes amies d'une manière efficace. En passant, si je féminise en disant amiEs, ce n'est pas par déformation de liseuse des Accoucheuses, c'est parce que c'est la réalité ! Aucun ami ne me réclame aucun livre. Même après avoir osé tendre « Nickolski » de Nicolas Dickner à un ami, le roman a fini par aboutir entre les mains de sa conjointe. C'est d'ailleurs sur ce profil de lectrice que je suis penché. J'essaie de comprendre qu'est-ce qui l'attire comme lecture, qu'est-ce qui la comble et je n'y arrive pas. Hier, on discutait ferme autour de "La notaire" de Patrick Nicol, roman qu'elle a lu jusqu'à la dernière page mais qu'elle a fermé éprouvant de la déception. J'essayais de savoir pourquoi (je me reprendrais un jour sans un verre de vin !), cette lecture ne lui avait rien apporté, cette phrase revenant souvent dans sa bouche.
Je me butte à cette phrase, en essayant de me définir, moi. C'est vrai, oui, il faut qu'une lecture m'apporte quelque chose. Rien ne sert de le nier, on est ainsi fait, on ne fait rien pour rien. Ma définition de « m'apporter » semble bien différente de celle de mon amie par contre. Ne serait-ce que simplement le style en soi m'apporte de la satisfaction. Je peux m'arrêter et me remplir d'admiration de longues minutes sur l'habileté à dire avec précision ce qui flottait, égaré, dans mon esprit. Juste de cela, je suis reconnaissante à l'écrivain. Et puis, j'étudie les manières de dire les histoires, de les structurer. Et sous tellement de formes différentes. J'ai lu quelques fois des textes au « tu » et j'étais un peu égarée mais à la longue, le "tu" s'est tu et j'ai écouté tout simplement ce que l'histoire avait à me raconter.

Mais cela ne me dit pas quel genre de lectrice est cette amie. Il y en a d'autres que j'ai mieux cernées, celles qui me ressemblent en fait. Je crois que je n'ai tout bonnement pas encore trouvé les bonnes questions à lui poser. J'y réfléchis. Mes questions ne sont pas prêtes ... et c'est évidemment la faute de ces Accoucheuses qui ne me laisse plus d'espace pour "respirer dans ma tête" .

Les Accoucheuses ont pris le contrôle de ma vie ! C'est principalement ce que je voulais vous confier ce soir ... mais « pour le sûr » (expression des Montréalistes vers 1852 - Les Accoucheuses), je vais y revenir à ce profil de la lectrice !

mercredi 2 janvier 2008

Mes résolutions

Les résolutions sont de moins en moins à la mode en début d'année. Quand les faire alors ? C'est rare que l'on s'assoit en se disant « Tiens, il est temps que je fasse une liste de résolutions » ! Je parle comme ça, je fais ma fraîche mais c'est bien « Mon coin lecture » de Karine qui m'y a incité, sinon ... je passais tout droit ! En lisant la liste des résolutions littéraires de Karine, j'ai réalisé combien cela oblige à se regarder en face, c'est un sain moment de réflexion qui pousse à évaluer son comportement. C'est un geste d'une belle simplicité qui dit : « j'ai affaire à m'améliorer, comment vais-je y parvenir ? »

Je plonge courageusement dans le bain de mes résolutions littéraires :

  • Je vais compiler toutes mes lectures (un miroir dans lequel j'espère aimer mon reflet)
  • Je vais inclure des bédés, au moins une par mois (ouf ... j'ai la trouille là !)
  • Je vais m'occuper d'aménager le Passe-Mot afin que vous puissiez facilement repérer mes lectures (si vous saviez, c'est l'équivalent de grimper une montagne, j'aime ça mais j'ai le vertige)
  • Je vais me rendre à la bibliothèque de Eastman (ouverte 3 demies-journées par semaine !) afin d'y repérer des livres intéressants (surtout depuis que je sais qu'il y a une dividende pour les auteurs)
  • Je vais consacrer du temps à quelques recherches plus poussées. Exemple : comment fonctionne ces dividendes, est-ce qu'elles augmentent à chaque « consommation » ?
  • Je vais vous entretenir brièvement de quelques livres « jeunesse » (je ne mets pas de nombre, j'y vais par confiance ... si je ne me fais pas confiance, à qui vais-je faire confiance ?)
  • Je vais surveiller de plus près mon français (j'y vois parfois des fautes et elles me font dresser les cheveux sur la tête, et comme je me fais allonger les cheveux ... )
  • Je vais être plus disciplinée pour certains extraits inspirants d'auteurs (j'en repère de très frappants mais je suis paresseuse, et pressée, et je ne les prends pas en note)
  • Et la dernière, la plus difficile de toutes : je vais tenter de tenir ces résolutions (en allant les relire de temps en temps par exemple !)