dimanche 15 février 2009

Par sa fenêtre se voit une vie

Le 15 = 9. C'est le jour et l'heure du "cercle de lecture" où 9 personnes échangent sur un premier roman québécois, ce mois-ci le Prix Robert Cliche "Le train de Samarcande" de Danielle Trussart. Je vous rappelle que nous ne nous consultons pas, que nous prenons connaissance du commentaire de l'autre rédacteur en même temps que vous. Ça donne des échanges intéressants en bout de billets c'est direct ici à La Recrue.

"Cette première œuvre veut tout nous dire ... comme si c’était la dernière. Blanche, arrive au bout de la ligne et, seule dans sa maison, elle entend tonitruer un « terminus, descends du train de ta vie ! ».

Quelle est l’action de ce roman ? C’est regarder Blanche observer la vie. Elle nous offre son testament littéraire, nous lègue sa vie et ses cent précieux préceptes. Nous avons droit à bon nombre de sentences bellement dites et profondément réfléchies, de celles que l’on fait tourner dans sa tête pour qu’elles s’arrêtent sur le bon sens, celui qui nous sied, et qu’on aimerait avoir inventé. Je les ai appréciées, oui, mais durement gagnées aussi. Comme l’action est réduite à sa plus simple expression, j’ai parfois eu l’impression d’un soliloque déguisé, et même avec son amie au caractère diamétralement opposé. Ce n’est pas faute de manquer de jugement, celui de Blanche étant bien aiguisé, on a affaire à un esprit sauvage et rebelle, un pur-sang que la vie n’a pas réussi à dompter, mais ça reste un discours dans un corps alangui. Elle rumine sa vie, tapie dans son logement. Elle attend sa mort en pensant à la mort. À celle de son fils mort très jeune à qui elle invente une fausse vie, à celle de son mari, et finalement, à celle de ses amies.


Imaginez-vous visiter une vieille dame qui n’en fait qu’à sa tête, convaincue que son entourage se trompe sur toute la ligne, et dont l’activité principale est de colliger dans un registre ce qu’elle voit par sa fenêtre, ou de son balcon. Vous iriez lui rendre visite un après-midi de temps en temps, mais vous ne seriez peut-être pas porté à vous installer pour vivre 24 heures sur 24 avec elle. Comprenez-moi, j’essaie d’expliquer mon principal malaise de lecture. J’avoue avoir eu le goût de l’abandonner, c’est allé jusque là.


Combien de fois, ai-je dû discipliner mon esprit afin qu’il ne s’enfuit pas. Peu de différence dans le ton, sinon pas du tout, entre la voix narrative, et celle de Blanche quand elle se parle, sa voix quand elle s'adresse à son mari décédé, quand elle est dans ses souvenirs, ou dans son présent, quand elle est à lire ou écrire son registre ou quand elle décrit la vie fabulée de son fils. Les frontières entre ces voix sont floues, c’est peut-être une tactique employée par l’auteure pour rendre la confusion de son personnage, mais de là quand même, un flottement qui n’a pas aidé ma concentration, j’imagine. L’action stagnante aussi. Une des activités de Blanche est d’observer par sa fenêtre la voisine qui peint. On passe de longs moments, donc des pages entières, à regarder Blanche regarder la voisine scruter sa toile, à attendre avec elle qu’elle se décide à appliquer son premier coup de pinceau, ou tout effacer. C’est tout, excepté dynamique !


J’ai été assez intéressé par le regard qu’elle jette sur son voisinage qui m’a un peu fait penser à celui que poserait un dieu du haut de sa tribune, s’il en avait une, un regard plein d’humour et d’amour pour une faune humaine très colorée.


Hormis mon labeur à creuser le sol des mots, à le sarcler attentivement pour en extraire le meilleur à retenir, j’ai grandement apprécié le style à l’eau de poésie, pigmenté de pincées d’humour piquant, il y a vraiment de belles envolées qui m'ont emportées loin."

4 commentaires:

Claudel a dit...

Le lien vers la Recrue ne fonctionnait pas, mais pas grave on n'a qu'à ôter quelques lettres et revenir à l'adresse principale.

Merci de nous faire connaître ce livre. On dirait que tout le monde se donne le mot, il est partout et c'est très bien. J'ai hâte de la lire. Tout ce qui n'est pas roman avec dialogues et écriture quasiment normalisée pour créer/répondre à la mode du jour, je suis partante.
Je serais bien partante aussi pour en écrire, mais il n'est pas facile de convaincre les éditeurs de suivre. Suis fière que quelques auteur(e)s réussissent.

Suzanne a dit...

Ah la la. Tant à lire sirop que je me demande si le temps va toujours être là et m'aider à parvenir à tout découvrir de ces écrits nouveaux. De plus, au travers mes autres acquisitions, je viens de me procurer La Traversée de la ville de Tremblay.

Venise a dit...

@ Suzanne : Je l'ai reçu à ma fête, je trépigne d'envie de le lire. Finalement, hier soir, j'ai opté pour "Le ciel de Bay City" de Catherine Mavrikakis mais, je pense que tout de suite après, je traverse la ville en compagnie de Rhéauna.

Venise a dit...

@ Claudel : Le seul lien qui fonctionne présentement est le 15 cliquable, je comprends vraiment pas le bogue, je vais essayer de réparer. C'est que j'ai voulu varier les liens, nous sommes 9 rédacteurs à la Recrue, je voulais acheminer vers différents billets nous entretenant de ce même train de fin de vie.
La Recrue s'est officiellement donné le mot, et si vous le voyez un peu partout, c'est que vous avez probablement affaire à des rédacteurs de La Recrue, nous sommes 10. Nous publions notre billet en priorité à La Recrue le 15 de chaque mois, et ensuite sur notre blogue personnel.

Je me plais à croire que pour un bon livre, il y aura toujours un éditeur. Le "quand" est une grosse question, le timing est important, participer à des concours aussi. Pour le Prix Robert Cliche, je me suis informé et ils reçoivent un peu plus d'une trentaine de manuscrits, l'année où je me suis informé, c'était 108. Il suffit de se démarquer.
Bienvenue ici et à la prochaine !