lundi 2 mars 2009

Point de vue

Endroit où l'on doit se placer pour voir un objet le mieux possible. Dessinateur qui choisit un point de vue pour mettre une scène en perspective. Attention, je change deux mots à cette définition du Petit Robert : Endroit où l’on doit se placer pour voir un objet le mieux possible, remplaçons dessinateur, (son heure de gloire est déjà terminée !) par critique littéraire, choisit un point de vue pour mettre un livre (au lieu de scène) en perspective.

Eh bien, je l’aime cette phrase. Elle s’approche de ma notion de ce que devrait être le critique littéraire. Je continue avec le Petit Robert : Manière particulière dont une question peut être considérée. Adopter, choisir un point de vue. Multiplier les points de vue. Je retiens « multiplier les points de vue ». Je m’attends idéalement à ce que le critique littéraire ouvre la porte pour une multiplication des points de vue.

Voilà pas mal de théorie pour ma nature pas très théoricienne. Je pars d’une expérience pratique pour me diriger ensuite vers la théorie et j’imagine que pour les théoriciens, c’est l’inverse. Mon expérience pratique n’est pas très drôle car elle va complètement à l’encontre de ma théorie. La semaine dernière, à la lecture d’une critique littéraire dans Le Soleil, signée Didier Faissou sur le recueil de nouvelles "Être" d’Éric Simard, j’ai été déçue et même nettement contrariée. Se donner un droit de critiquer qui ressemble à une condamnation quand on a arrêté sa lecture au tiers, ce n’est pas se placer dans la position pour voir le mieux possible un objet. Déjà que c’est difficile avec un objet simple (Peau neuve !), imaginons bien qu’une histoire débordante d’émotions et de personnages porteurs de différents points de vue, c’est plus exigeant.

J’ai exprimé mon point de vue en envoyant une lettre d’opinion via un espace attribué à cette fin sur cyberpresse. On n’a pas publié la lettre. Je l’ai alors courriellée au principal intéressé. Aucune nouvelle dans les deux cas. Déjà loin de ma définition, on s’en éloigne encore plus. Je considère donc que ma lettre me revient et je l’avance ici :
Je m'avoue atterrée de cette critique avortée, tellement, que je prends la parole. Je commence par me présenter, c'est toujours plus poli. Je suis une fervente lectrice de littérature québécoise et en tant que telle, depuis bientôt deux ans, je tiens le carnet littéraire "Le Passe-Mot". Je ne suis donc pas une professionnelle, mais jamais il ne me serait venu à l'idée de rédiger la critique d'un roman que j'aurais abandonné au tiers, soit à la 65e page sur 160.

Ce qui aurait arrêté monsieur Fessou est ce qu’il juge un non-sens et qu’il prend la peine d’exposer en trois paragraphes, copiant-collant et expliquant deux phrases. Je pensais avoir la berlue en lisant cette correction, me demandant sérieusement s’il n’y avait pas erreur sur le métier ; M. Fessou n’est pas un réviseur de manuscrits ! Il est mandaté pour lire une œuvre pour ensuite être capable de la critiquer. Sinon, ce serait trop facile ! J’attends le jour où un critique s’arrêtera à la page 20, sortira son papier, et sera payé le même prix que pour un travail accompli.

À ce compte-là, se voit très clairement la différence entre le professionnel et l’amateur : un, est payé, l’autre pas. Ma définition du professionnalisme est de lire une œuvre jusqu’au bout avant de se donner le droit de la critiquer. Il m’arrive bien sûr d’abandonner une œuvre en cours de lecture, il s’agit alors de ne pas la présenter comme une critique en bonne et due forme. C’est le moindre des respects pour le lecteur.

D’ailleurs ces lecteurs, dont je suis, ont été éconduits. Lisant le début de la critique faisant allusion à la dernière nouvelle « Mourir », un hommage à Pauline Julien, l’attente légitime était de trouver quelques lignes la commentant. Mais non, M. Fessou n’a pas poursuivi sa lecture jusque là !

En ce sens-là, M. Didier Fessou pourrait s’auto-appliquer son titre : « Vingt fois sur le métier, finissez votre ouvrage »

Auparavant, les critiques littéraires parlaient du haut de leur chaire (égo), il n’y avait pas encore les nombreuses tribunes de points de vue ; blogues, carnets littéraires. Il est temps qu'ils descendent de leur chère chaire et qu’ils s’ajustent à notre « ici maintenant », à la voie des voix multiples, autant de capsules toniques pour fortifier l'humilité. Les journalistes d’actualité, les reporters ouvrent de ces tribunes, mais les critiques littéraires se barricaderaient ?

Soleil d’Encrier parle justement de ce sujet et j’adore le titre « La vérité est dans l’œil de celui qui la regarde ». Ça veut tout dire ! Il n’y a pas un seul gigantesque œil, le maître œil parmi tous, le gourou œil, l’œil-Dieu.

23 commentaires:

réjean a dit...

J'espère que Fessou aura la politesse de vous répondre et de faire amende honorable. Sa critique, c'est du travail bâclé. Son manque total de professionalisme est inacceptable. Malheureusement, à Québec, on est pogné avec cet énergumène.

Suzanne a dit...

Pas croyable pareil commentaire s'il en est un!
Grrr parfois y'a des coups de pied au c...qui se perdent.

Inukshuk a dit...

J'ai déjà reçu un "avis de non-lecture" de la part de l'éditorialiste très madame Nathalie Collard de La Presse.

On me dira qu'ils reçoivent beaucoup de courriels mais quand le courriel en question se résume en 4 ou 5 phrases, c'est pas la mer à boire, comme on dit.

Il est rare que maintenant j'envoie des courriels aux journalistes, chroniqueurs ou éditorialistes.

Venise a dit...

@ Réjean : Encore, s'il n'était question que de politesse. Son silence peut laisser supposer que sa position est indéfendable.

Venise a dit...

@ Suzanne : Ça a des airs de condescendance, tu ne trouves pas ? Il y aurait un règlement de compte, qu'on prendrait ce genre de ton. Surtout la fin a ce petit quelque chose qui insinue, qui contourne. Ça dégage pas la franchise tout ça !

Venise a dit...

@ Inukshuk : Dommage. Peut-être que d'autres auraient répondu.

Dans mon cas, qu'il ne me réponde pas passe encore, surtout que ma lettre ne lui est pas adressée personnellement. C'est que cyberpresse ne le passe pas comme une opinion dans sa rubrique d'opinions où nous sommes clairement invités à s'exprimer qui me désole.

Évidemment, c'est de la censure, puisque je n'émets pas un propos haineux, mais une opinion ferme et courtoise. Jusqu'à ce qu'il nous soit refusé, il nous semble que ce soit notre droit !

Martin a dit...

C'est vraiment désolant qu'un quotidien comme le Soleil, qui se prétend sérieux, ait M. Fessou comme principal critique littéraire. Il faut se rappeler que le Monsieur fut d'abord engagé comme critique télé. Mais très rapidement, les gens influents du milieu télévisuel ont obligé les dirigeants du journal à le «tasser». Pris avec lui, ceux-ci ont décidé de le muter à la littérature. Depuis ce temps, le Soleil fait semblant d'avoir une section consacrée à la littérature et quelques lecteurs font semblant d'y croire. Pourtant, ces pages sont une vraie honte pour les amateurs de littérature (je parle évidemment de celles de M. Fessou, car quand on a droit à des textes de Valérie Gaudreault c'est déjà beaucoup mieux). Les imbécilités qu'il a pu écrire depuis quelques années sont tout simplement incroyables. Ce qui est le plus malheureux, c'est que la critique dont nous parlons ici est le résultat direct de commentaires comme celui que je suis en train de rédiger. En effet, Monsieur Simard s'étant déjà manifesté sur la blogosphère comme une des miliers de personnes qui trouvent inacceptable le travail de Monsieur Fessou, celui-ci a décidé de se venger, purement et simplement. L'attaque nominale contre une des dirigeantes de la maison d'édition est une démonstration évidente de la rancoeur et de la basesse du pseudo-critique. L'objectif de ce texte n'était clairement pas d'offrir une critique plus ou moins objective d'un texte littéraire, mais bien de planter des gens qui ont déjà mis en doute les compétences de son auteur. En tous cas, si quelqu'un à Québec décidait de faire une pétition pour faire pression sur les dirigeants du Soleil pour qu'on relègue Monsieur Fessou à une troisième section, genre «style de vie» ou «automobiles», moi je signe tout de suite!!!

Martin a dit...

Je me permets d'ajouter que même s'il était compétent, je trouve scandaleux qu'un «journaliste» se serve de sa tribune pour régler ses comptes, pour se complaire dans un «power trip» juvénile. Décidément, ce bonhomme m'horripile...

Suzanne a dit...

Je te cite: [...] Ça a des airs de condescendance, tu ne trouves pas ? Il y aurait un règlement de compte, qu'on prendrait ce genre de ton. [...]
Condescendance! Le mot est faible.
Concernant un règlement de compte possible, je peux l'admettre mais ce monsieur est payé non pas pour nous débiter quelques vengeances personnelles mais bien ses commentaires et /ou critiques sur ses lectures LUES de la première à la dernière page. Puis s'il ne termine pas l'une de celle-ci, qu'il ait au moins le respect et des lecteurs et de l'auteur de ne pas en ajouter et de passer à autre chose.
Belle journée.

réjean a dit...

@Martin : voilà des propos fort justes.

Gilles Herman a dit...

Je voudrais juste préciser que la personne citée par DF ne travaille pas au Septentrion. L'auteur assume ses textes, l'éditeur assume ses publications, mais attaquer une personne figurant dans les remerciements est d'une bassesse innommable.

helenablue a dit...

Oh ! Venise , comme ton ami Réjean , j'espère que ce Monsieur Fessou aura la délicatesse , ou au pire la présence d'esprit de te répondre !
Hum , à lire ce que dis Réjean , il est genre incontournable , si j'en comprend bien le terme " pogner " ( hum , j'aime bien ce mot , je retiens )
puisqu'il faut faire avec , quand même pas obligé d'accepter autant de désinvolture !



@ Réjean , pardonnez moi , pas l'habitude d'apostropher les gens comme cela , mais j'ai l'impression que cela se pratique , je ne voudrais pas que cela soit mal interprété ... J'aime beaucoup vos commentaires et votre sensibilité . A ma modeste place de lectrice assidue du passe-mot .



Je signe , Venise , chacun voit midi à sa fenêtre et voilà l'intérêt de la diversité et de l'ouverture au monde ( je tien à préciser que c'est pas pour ça que tout est bien , et intéressant , juste je trouve que l'intolérance et les jugements à l'emporte pièce dénotent d'un certain manque d'une certaine forme d'intelligence , pour être plus directe , c'est crétin !)

Mistral a dit...

Ben, tu vois, j'aime mieux cette façon du Passe-Mot d'être pacifique, hihi.

J'en déduis qu'on est back en business.

Danaée a dit...

Salut Venise!
Je suis bien d'accord avec la multiplicité des points de vue. Et surtout, je ne crois pas que ce soit sain de refuser les critiques négatives. Mais évidemment, il faut que ce soit des critiques constructives. Qui vont faire avancer l'auteur. Il est clair que cette critique de Fessou n'allait pas en ce sens!

réjean a dit...

@Helenablue : Merci, c'est gentil.

Martin a dit...

@ Monsieur Hermann: merci de me corriger et de préciser, bien que vous ayez sans doute compris l'essence de mon propos (à savoir que M. Fessou visait la maison d'édition...)

@ Réjean: j'apprécie votre appui, d'autant plus que je trouve toujours vos interventions fort appropriées.

@ Danaée: il est bien vrai qu'il faut apprendre à accepter la critique négative... tant que celle-ci se fonde sur le texte. Mais quand on tombe dans les jeux de pouvoir et d'égo, pour ne pas dire la mesquinerie, c'est plus fort que moi, je m'emporte un peu...

Simon-Pierre a dit...

Il y a de belles choses dites ici. Mais personne qui ose dire, je le crois pour l'avoir lu et avoir baillé plus qu'à mon tour, que le recueil d'Éric Simard est, effectivement, ordinaire ? Ni bon, ni trop mauvais, juste ordinaire. Didier Fessou a raison sur ce point. Par contre, il ne mérite même pas d'être nommé «critique». Il est chroniqueur, nuance ! Aussi, il peut se permettre des écarts. Il le fait souvent, et très bien d'ailleurs (sic). Et sa façon de placer des livres comme le libraire dans une vitrine sur une page complète est d'une paresse scandaleuse. À preuve. cette semaine, il plaçait n'importe quoi sous le titre «salade de saison». Pour revenir au point et sans vouloir offenser les gens ici qui semblent tous fans du responsable des communications - directeur littéraire chez Septentrion, je dirai que le recueil est très moyen. Désolé. Mon opinion. Fessou a sauté sur l'occasion. Et il s'est vengé. Monsieur Simard lui prouvera bien un jour qu'il peut mieux écrire et pondre un texte plus convaincant. Une douce revanche du travail - je parle pas de talent, d'autres l'ont fait ici avant moi -, sur la mesquinerie et l'ignorance.

Mistral a dit...

Vraiment pas pour interrompre vos échanges de manière intempestive et présentant d'avance mes excuses pour mon insondable ignorance, mais who the fuck is Fessou and why should anybody care?

Beo a dit...

Moi j'espère surtout qu'il va lire ton billet qui est tellement juste!

L'indécence de critiquer une oeuvre sans en avoir vu l'aboutissement est peut-être la preuve que ce monsieur se fou complètement autant de l'auteur que du lecteur. Je suis d'ailleurs bien étonnée qu'il avoue ne pas avoir poursuivi sa lecture jusqu'à la fin... me semble que c'est un comble! La maxime: faute avouée est à moitié pardonnée n'a vraiment pas cours dans son cas!

Mais bon... en lisant les commentaires j'apprends que c'est juste un chroniqueur qui a été poussé à la section littérature, ce n'est donc pas sa tasse de thé!

Mistral a dit...

Vous comprenez donc pas que vous allez le faire jouir? Faut faire un dessin, j'cré ben.

Le gars s'appelle Fessou. C'est déjà une punition d'une cruauté telle qu'on peut pas le blâmer d'en vouloir à la vie.

De plus, c'est un imbécile. Qui torche des articulets en province. NOBODY GIVES A CRAP ABOUT FESSOU.

Retournons au boulot, stie.

Venise a dit...

@ Simon-Pierre : Bienvenue ici !

Vous semblez bien connaître M. Fessou, mieux que moi d'ailleurs, en tout cas vous faites une description détaillée des faiblesses que vous lui trouvez.
Et ce serait un chroniqueur, et en tant que tel, on lui en demande moins qu'à un critique, si je comprends bien votre idée.

Tant qu'à moi, je pars du principe que le genre chronique exige autant sa part d'honnêteté et de conscience professionnelle que le genre critique.

S'il avait lu Être au complet, et avait trouvé sa lecture ennuyante comme vous l'avez trouvée, et qu'il nous expliquerait pourquoi, on ne serait pas à en parler. Sinon, demandons à n'importe quel quidam dans la rue, il va dire "non, j'ai abandonné et pas aimé", accompagné d'une moue.

Vous commencez en disant que personne ose dire que le recueil Être est ordinaire. VOUS l'avez trouvé ordinaire. Je ne l'ai pas trouvé ordinaire, tout en ne le trouvant pas extraordinaire (voir mon compte rendu de lecture).

Ça s'appelle des nuances et c'est justement ce que je m'attends que fasse une personne payée par un journal, que son titre soit un critique ou un chroniqueur.

Martin a dit...

La nuance apportée par Simon-Pierre est tout à fait pertinente: on parle bien d'un chroniqueur, et non d'un critique. On aurait donc ici une autre illustration de la place démesurée que prend dans nos médias la chronique d'humeur; plus précisément, je parlerais d'une contamination par le mélange des genres. Finalement, je devrais peut-être me plaindre davantage du quotidien lui-même qui est incapable de nous offrir un «cahier livres» décent et substantiel. Car c'est certain que si les humeurs de M. Fessou n'étaient qu'une chose parmi d'autres, on les remarquerait moins... Mais je persiste à croire que les amateurs de littérature de Québec mérite mieux que ce monsieur.

Non Simon-Pierre, je ne suis pas un fan de M. Simard (je n'ai lu aucun de ses bouquins pour l'instant, mais je le ferai sûrement d'ici peu). La mesquinerie dont M. Fessou fait preuve dans le papier dont on parle m'a simplement donné l'occasion d'exprimer un ras-le-bol vieux de quelques années déjà. De semaine en semaine, depuis des années, je suis découragé par la pauvreté des textes et des idées du bonhomme. Il y aurait de quoi faire un très très gros bêtisier.

Enfin, M. Mistral a peut-être raison: voilà bien assez d'énergie gaspillée. Mais quand même, ça m'a fait du bien en maudit d'en parler!

Laurence a dit...

Quel manque de professionnalisme! Considérant l'impact nuisible que ce manque de professionnalisme peut avoir... ça me donne des mauvais frissons!