jeudi 4 juin 2009

OLIVIER ou l'inconsolable chagrin - Nicole Fontaine

Roman que j’avais hâte de lire. Pour plein de raisons dont celle que j’ai assez aimée le recueil de nouvelles « Moi, j’avais l’habitude de naître » et puis, aussi bien l’avouer, je connais un peu l’auteure. Elle est d’Eastman, ce qui n’est tout de même pas si courant !

Je flattais la couverture du roman comme un objet précieux, il l’est, par son esthétisme, son élégance. Il reflète bien le style de l’auteure, justement. Cette fois, j’ai lu attentivement la quatrième de couverture, c’est rare que je le fais, mais en voici un extrait : « Il s’agit de la tragédie causée chez un homme de vingt-six ans, Olivier François, par son amour pour un adolescent d’Asie, prénommé Arun. Le coopérant québécois s’est fait prendre au piège dans un village où les amitiés particulières peuvent avoir valeur d’initiation à la vie adulte. Mais pour Olivier lui-même, comme pour sa femme et toute sa famille, on ne saurait trouver quelque excuse à la pédophilie, même affectueuse ».

Je vous l’offre généreusement mais ne vous méprenez pas c’est moi qui en ai besoin ! C’est, qu’encore une fois, il sera difficile de ne pas trop en dire. Parce que Nicole Fontaine, elle, ne s’est pas censurée. Elle a un style direct qui va droit aux maux, prenant un rebond par son cœur vers le nôtre. Il s’agit tout de même de pédophilie, ce n’est pas rien de l’aborder sous l’angle de l’affectueux et de l’intégrer tout naturellement dans une histoire de famille. De l’extirper du secret de l’interdit. Quelle audace ! Il fallait que ce soit fait avec élégance, et Nicole Fontaine est une auteure toute désignée pour l'accomplir dans la plus noble des formes. Et la manière directe ne veut surtout pas dire grossière. Nous avalons la situation un peu comme devant certaines horreurs du Téléjournal ; le monde est ainsi fait parce qu’il y a des raisons pour qu’il soit ainsi fait.

J’ai aimé l’histoire particulièrement pour cette relativité qui se dépose sous le regard du lecteur. On survole des frontières, et les mœurs se transforment à ce point qu’un geste acceptable dans un pays devient condamnable dans l’autre.

Nous aurions pu vivre la tourmente d’Olivier en catimini, prisonnier de ses pensées étouffantes, mais l’auteure a choisi de nous la présenter à travers la dynamique très particulière d’une famille. J’irais jusqu’à dire heureusement. Pourquoi ? C’est que l’habileté de madame Fontaine est grande de passer de la voix de la mère, à celle de la sœur Catherine-la-terrible, la sage et omniprésente tante Odile, du père psychiatre Alex et revenir à celle de Clara, la loyale conjointe du très mal en point, Olivier. Cela donne un propos dense, intense, chaque voix est un fort condensé. J’ai beaucoup apprécié d’autant plus que le style est à la hauteur, précis, juste, sans fioriture, tellement qu’à partir du moment (vers la fin) où le « cas Olivier » devenant celui de toute la famille, j’ai trouvé l’intensité diluée par des dialogues par trop quotidiens pour le tragique du sujet.

Cela m’amène à aborder de ce qui m’a dérangé, et c’est cette omniprésence d’événements sensationnels, qu’à un drame s’en rajoute d’autres comme une chaîne sans fin. À priori, que l’action rebondisse sous ces assauts n’est pas un mal en soi, à moins qu’elles nous empêchent de fouiller les entrailles psychologiques des personnages. À moins évidemment, et c’est toujours possible de le faire, d’aborder ce roman plutôt comme une nouvelle aux ramifications complexes. On dit que la caractéristique du genre nouvelle est la rareté du personnage, eh bien ici, c’est la famille qui en tiendrait lieu. Dans certains romans, le paysage fait office de personnage, ici ce serait la famille. Elle est une entité omnisciente, omniprésente.

Attendez-vous donc à vivre une histoire habilement déclinée par plusieurs voix, à rebondissements dramatiques, admirablement servie par un style devant lequel je m’incline pour son exceptionnelle justesse.

5 commentaires:

helenablue a dit...

Et bien, Venise, encore un livre à ajouter à ma liste de livres québécois ... Une fois de plus grâce à toi.
Et puis c'est un sujet qui me tient à coeur, comme tu le sais.

Merci une fois de plus.
Amitiés
Hélèna

Suzanne a dit...

Quel beau commentaire d,un roman qui va rejoindre ceux que je désire lire en priorité.
Merci dame Venise.

Venise a dit...

@ helenablue : Décidément ... J'ose m'imaginer combien tu lirais de romans québécois s'ils étaient plus faciles à se procurer.

Tu sais combien le ton est important quand on aborde un tel sujet. Ici, c'est avec autant de naturel que d'élégance.

Venise a dit...

Probablement, Suzanne, que tu en avais déjà entendu parler, toi toujours aussi au courant de la littérature québécoise.

Si ma perception de ce roman t'a donné le goût de le lire, et bien me voilà tout sourire :-) :-) :-)

Danielle a dit...

Dans ce livre à la si gracieuse couverture, on sent bien toute l’affection de l’auteure pour Olivier, son personnage principal. Son besoin de justifier l’homme en nous le dévoilant à travers d’autres yeux aimants. Il faut avoir suffisamment vécu pour éviter de juger quelque action que ce soit trop sévèrement. Et je m’en garderai bien.

Il est cependant étrange de constater que de toutes les voix intérieures que l’auteure nous fait entendre, seule celle qui m’importait le plus, celle d’Arun, y fait défaut. Pourquoi? Peut-être est-il plus aisé pour occulter l’odieux, de se convaincre qu’ailleurs, un enfant de 11 ans puisse être reconnaissant de se faire enculer par un sir ? L’expression est choquante, je sais. Mais pas autant que le geste. Et on aura beau évoquer de présumées divergences de mœurs pour amoindrir ces tractations et se donner bonne conscience, je doute que «l’amour» ait été si prégnant s’il n’y avait pas eu quelques avantages pécuniaires à la clé. Il ne faudrait peut-être pas l’oublier.