mardi 5 janvier 2010

Sonate en fou mineur - Éloi Paré

Ce roman a traversé l’année avec moi. J’avais un peu le trac quand je l’ai commencé, j’en avais pour 338 pages gros format. Un peu surprise du style au début : d’une grande fluidité, tout simple, direct, avec du dialogue, j’ose dire en abondance (il me semble qu’il y a moins de dialogues dans les romans ... que je lis en tout cas), cette absence de prétention à la « regardez-j’écris-bien » est finalement venu me chercher.

Grosso modo, c’est un compositeur méconnu courant après l’inspiration pour LA création du siècle mais qui, comme tout le monde, doit gagner sa vie. Il entre comme gardien de nuit dans un asile, emploi idéal pour composer. Pensez-vous que nous étions, pendant quelques centaines de pages, pour le regarder composer, alerte et inspiré ? Évidemment que non. C’est Tristan qui va venir le chercher sur sa planète de grand compositeur assez nombriliste. Plusieurs personnages vont venir se greffer : Le grand manitou de l’institut psychiatrique ; grandiloquent et borné. La mécène frustrée et laide de jalousie, Rachel, la juvénile Agathe qui se révèlera plus mâture qu’à prime abord. Je n’oublie pas sa Cour masculine car, semblerait-il qu’elle soit irrésistible cette demoiselle, excepté pour notre virtuose, Pascal.

L’histoire file, on ne s’accroche pas à de longues descriptions qui sont plutôt habilement intégrées à l’action. J’ai vraiment beaucoup aimé tout ce qui se passe à l’Institut, je me suis grandement attachée à Tristan, ou plutôt à leur relation très spéciale. Imaginez, Tristan est enfermé et bourré de médicaments depuis l’âge de 16 ans, et après 7 ans de ce régime, une flamme de vie vacille encore en lui. Il s’accroche donc désespérément à ce gardien de nuit qui n’a pourtant pas le droit de lui parler, ce qui crée des tensions palpitantes. Tristan vit à travers les yeux de Pascal qui lui raconte son quotidien qui devient des aventures trépidantes pour un incarcéré. Même en tant que lectrice libre, je me suis aussi intéressée à ces histoires, c’est pour dire qu’elles sont bien menées. Je me suis fait prendre à ce jeu au point que mon attention se relâchait à l’extérieur des murs.

Je ne suis pas juste là, la relation de Pascal avec Agathe m’a aussi intéressée, même si un peu plus banale. La relation avec sa mécène m’a fortement intriguée au départ et puis, ce personnage m’est apparu tellement tiré par les cheveux et la réaction de Pascal à cette vile femme aussi. J’ai un peu décrochée. Mon seul petit problème, si c’en est un, est que le personnage principal, le compositeur m’intéressait en autant qu’il soit en relation. Sa ferveur vis-à-vis la musique, son ambition démesurée, m’est passé comme de l’eau sur le dos d’une cane. Je ne l’ai pas pris à cœur comme l’auteur l’aurait désiré, je crois. Mais qu’importe puisque Pascal a passé 338 pages à être en relation !

Cependant, j’ai un « mais » : la fin. À partir d’un lancement littéraire qui sent le dénouement à plein nez, une escalade d’actions débridées, pour ne pas dire complètement folles m’ont perdue. Pourtant, encore là, j’imagine que j’aurais dû trembler de peur mais trop, c’est trop. J’ai trouvé la scène maladroite de A à Z assez pour sortir de l’histoire et regarder l’auteur écrire. Ce qui n’est pas bon signe. Et en passant, quant à parler de fin, on a appelé épilogue un chapitre mais le dernier (long) paragraphe serait un réel épilogue mais la balance serait plutôt, à mon sens, une suite à la fin de la fin. C’est un détail.

Donc en gros, j’ai apprécié cette lecture et je garde un souvenir indélébile de la relation Pascal-Tristan et de cet asile assez barbare, en ayant apprécié la critique sociale – dans l’humour – sur le bourrage des cerveaux par les médicaments et la prétention outrancière des soignants en chef.

Je vous invite à visiter le passionnant site de l'auteur, Éloi Paré

En nomination pour le Prix de la Relève Archambault : Sonate en fou mineur, Éloi Paré - Éditeur Guy Saint-Jean, 338 p.

11 commentaires:

ClaudeL a dit...

Il m'arrive de penser que je n'ai pas hâte que vous lisiez "mon" livre, si tant est qu'il y en ait un, un jour. J'ai grande peur que vous n'y trouviez bien pire que ce que vous voyez dans vos lectures commentées.
Pourtant, en tant que lectrice, j'aime vos observations. En tant qu'auteure, je les craindrai.

Venise a dit...

Ah, ClaudeL, si vous saviez comme cela me fait bizarre d'être crainte !
Je suis toute ouïe pour les livres ouverts. Je les traite comme des êtres humains, alors surtout sortez ce livre que j'en parle :-)

Anonyme a dit...

Message à Claudel.
Vous savez, il y a bien pire que quelques mauvais mots sur votre livre. Le pire du pire, c'est si personne n'en parle.
Alors, passer entre les mains de Venise ou d'un autre est déjà une sorte de consécration. C'est ainsi que je l'ai vécu.

Alors, bonne année Venise.
Et à vous, Claudel, je vous souhaite que Venise parle de vous.

Pierre Szalowski

Anonyme a dit...

ARGH!
Dans la petite fenêtre, j'ai corrigé une phrase et laisser un mauvais bout. Je voulais dire "Passer entre les mains de Venise est une consécration".
PS : Faut arrêter de laisser courrir le bruit que pour écrire, faut se lever tôt. On écrit des conneries, pareil... :-)

Allie a dit...

J'ai adoré ce premier roman. Je le trouve extrèmement bien maîtrisé. Même si certaines scènes sont un peu poussées, la grande force de l'auteur c'est qu'il sait nous garder captivé. Et captivée je l'ai vraiment été! Il y a quelque chose de fascinant dans la relation de Pascal avec Tristan. L'asile donne même par moment le frisson je trouve!

Venise a dit...

@ P. Szalowski : Un gros merci ! Comme les écrivains, j'apprécie une part de reconnaissance, on s'en nourrit, surtout qu'à quelques exceptions près, il y a beaucoup de bénévolat des deux côtés !

Continuez à vous lever tôt pour continuer à faire des erreurs, vous êtes trop comique ;-)

Venise a dit...

Allie : Tu l'as dit : captivé, captif de l'intrigue dans l'asile. Bizarre à dire, j'ai trop aimé cette intrigue, je voulais toujours y revenir, au dépends des autres.

J'ai lu ta critique sur le site de l'auteur. Bonne idée d'être passé ici :-)

Suzanne a dit...

N'ai pas détesté mais pas autant accroché que toi. Cependant, faut donner à César ce qui lui appartient: Éloi paré a un très beau talent et je ne m'arrêterai pas qu'à un seul roman.Dès nouvelle parution, j'en serai.

Venise a dit...

Moi aussi, Suzanne, j'ai hâte au deuxième. Je crois que c'est un auteur qui nous réserve des surprises, ses thèmes sortent de l'ordinaire et il ne s'essouffle pas à raconter.

Anonyme a dit...

Merci pour cette information interessante

Danielle a dit...

Cet auteur a effectivement du souffle et de l'imagination. Je me suis prise d'une réelle affection pour Tristan. J'ai compatis à sa peine, à son besoin démesuré de vivre par procuration. Le dénouement est peut-être abracadabrant, mais OUF! je n'aurais pas supporté de le voir sombrer.