vendredi 29 janvier 2010

Le train de Suzanne

Avez-vous vu passé le train de Suzanne ? Le train de la Plume québécoise ? Il passe tranquillement pas vite sur la voie de ma liste de blogues. Et s'arrête à chaque gare où il y a la passion de rencontrer notre littérature québécoise bien portante. Et, peut-être, qui sait, en profiter pour se délester de certains lourds bagages, les préjugés.

Ou encore mieux, faire une vraie rencontre, celle qui entraine avec elle plusieurs autres voyages. Quel beau moment, quand on s’écrie après avoir lu la première œuvre d’un écrivain: « Je veux lire tout ce qu’il écrit ou a écrit ». Retourner en arrière, observer son parcours, se mettre à date avec lui et attendre patiemment le moment de décoller dans ses vies parallèles. Quand on y pense, toutes ces vies que les écrivains nous offrent à vivre ! Mais je m’égare ... Hi Hi... comment je fais mon compte, dans un train pourtant, un train qui sait où il va : destination littérature québécoise.

Suzanne, une grande lectrice en général et de québécois en particulier a lancé ce défi qui ressemble à une invitation : lire quatre écrivains québécois par année. On peut rajouter, si on aime les défis corsés « Découvrir » quatre écrivains québécois. Mais en fait, l'invitation est à la mesure de chacun, pour certains, ils n'auront qu’à tendre la main vers leur pile, d’autres devront emprunter, aller à la bibliothèque, fouiller les blogues, s’informer à des amis, pour lire d’autres titres que Michel Tremblay (moi, qui vient de terminer son petit dernier !) ou Marie Laberge.

« Génial ! » me suis-je exclamé à l’éclosion de l’idée. Quelques jours ont passé, et maintenant c’est plus que génial, plein de gens montent dans le train !!! Des passagers, il y en a, on va faire un beau voyage. Je jubile !

Suivez le train, ou montez, le quai, c’est ici !

mardi 26 janvier 2010

VRAC Sucré Salé

Deux jours que je passe à un poil d’écrire ce VRAC. La vie, c’est prenant n’est-ce pas ? Il y a la vie oui, mais pour être tout à fait honnête, il y a que plus je lis, moins j’écris. Personne n’a encore trouvé moyen de faire les deux en même temps !

Cri de ralliement
J’ai lu un cri de ralliement envers la littérature québécoise. Ne comptez pas sur moi pour le passer sous silence ... malgré le contexte dans lequel il a été écrit (je m’explique à la suite).

Ouvrez n’importe lequel de ces livres à n’importe quelle page : Dickner n’écrit pas comme Plomer. Laverdure et Pellerin, ça n’a rien à voir. Entre Allard et Fortier, impossible de se tromper. Tous ces jeunauteurs (sic) ont une plume distincte, une personnalité propre. Et ça se passe dans l’Arctique, dans les Caraïbes, à Rivière-du-Loup, Tokyo, Saint-Élie de Caxton, Saint-Pétersbourg, Bay City, Hong Kong, Laval, dans un dépanneur Couche-tard… Qui a dit que la jeune littérature était centrée sur elle-même et ne parlait que du Plateau-Mont-Royal ?

Mots de Stéphane Dompierre dont le dernier roman Morlante est en nomination pour le Grand Prix littéraire Archambault. Dans « Côté Blogue, chaque auteur en nomination écrit un billet. En parlant de Archambault ...

Mon dernier achat
J’ai commandé un jouet chez Archambault et un malentendu a fait que je n’ai pas été averti de son arrivée et ils ont eu la gentillesse de le recommander. Comme je l’ai grandement apprécié, je me suis dit, achetons Les révolutions de Marina (ils le tenaient) et quant à y être, Vu d’ici tout est petit de Nicolas Chalifour. J’ai demandé l’aide d’une commis*, j’étais pressée et parfois, le roman n’est pas bien rangé. Je lui ai dit que ce titre était finaliste du Prix des Libraires. J’ai dû le répéter trois fois, elle comprenait toujours Grand Prix Archambault. Je lui ai donc appris l’existence du Prix des libraires qu’elle ne connaissait pas du tout, non plus l’Association des libraires. Je lui ai recommandé de s’informer, que les libraires d’Archambault votaient dans le cadre de ce Prix.

Je n’en reviens pas encore qu'elle n'avait aucune idée de tout cela ! Marc me dit, elle est jeune, sois clémente (parce que patiente, je l’ai été !), elle vient peut-être d’arriver dans cette section. Peut-être oui, n’empêche que la responsabilité d’Archambault serait au minimum d’informer ces libraires. (Je l'ai appelé commis », pas libraire).

Une de nos auteures, fer de lance de Michel Lafon
Michel Lafon, pas Robert Lafond. J’ai été un moment à les confondre.

« Le plus gros succès d'édition de la maison Michel Lafon, c'est chez vous que je l'ai trouvé. C'est avec Anne Robillard, qui a vendu un million huit cent mille exemplaires. Je fais le tour de la France avec Mme Robillard et les admirateurs arrivent habillés en chevaliers. »

Impressionnant n’est-ce-pas ces mots cueillis de la bouche de M. Lafon ? Si vous voulez mieux connaître cet éditeur qui proclame ne vraiment pas aimer l'élitisme, le voici en entrevue avec Christiane Charette.

Mon chroniqueur préféré
Je sais que plusieurs le suivent. Je laisse traîner le lien ici, seulement pour ceux qui ne le suivraient pas, à mes yeux sa dernière chronique est de toute beauté ; un ton senti, plein de noblesse et de justesse. Je l’aime autant comme chroniqueur, ou même sinon plus comme chroniqueur que comme écrivain, et je nomme Nicolas Dickner, lui aussi finaliste du Grand Prix Archambault.

Directrice littéraire ou marraine aimante ?
Une histoire d’amour derrière l’histoire de Miss Pissenlit. Une belle histoire d’autant plus que vraie, entre une écrivaine - Andrée Poulin et sa directrice littéraire, Marie-Josée Lacharité de chez Québec Amérique.

jeudi 21 janvier 2010

Finalistes du Prix des libraires 2010

Je reviendrais à mon dernier billet, l'actualité littéraire prend le dessus aujourd'hui par cette annonce faite dans le cadre d'une conférence de presse donnée par l'Association des libraires du Québec (ALQ) ce matin à la Grande Bibliothèque :


CATÉGORIE ROMAN QUÉBÉCOIS


Vu d’ici tout est petit, Nicolas Chalifour, Héliotrope ***
Maleficium, Martine Desjardins, Alto
L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
L’oeil de Marquise, Monique LaRue, Boréal
La foi du braconnier, Marc Séguin, Leméac


CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC

Vendetta, R.J. Ellory, Sonatine
L.A. Story, James Frey, Flammarion Québec
Jan Karski, Yannick Haenel, Gallimard
Exit le fantôme, Philip Roth, Gallimard
Une vie à coucher dehors, Sylvain Tesson, Gallimard


Le comité de sélection composé uniquement de libraires :

Robert Boulerice (Librairie Le Parchemin, Montréal),
Geneviève Caron (Librairie Renaud-Bray, Montréal),
Martin Gagnon (Librairie Au Carrefour, St-Jean-sur-Richelieu),
Anne-Marie Genest (Librairie Pantoute, Québec),
Caroline Le Gal (Librairie Monet, Montréal),
René Paquin (LibrairieClément Morin, Trois-Rivières)
Franck Vignal (Librairie Gallimard, Montréal)

Prochaine étape, l'ensemble des libraires du Québec éliront le 10 mai prochain le gagnant dans chacune des deux catégories. Quand il est dit l’ensemble des libraires du Québec, on entend, bien entendu, les librairies indépendantes, s'y rajoutent celles du Groupe Archambault, du Groupe Indigo – Livres & musique, du Groupe Renaud-Bray, des coopératives en milieu scolaire, etc.. Près de 200 libraires vont se prévaloir de leur droit de vote.

Bonne chance aux coureurs et au prochain rendez-vous le 10 mai. (ce sera le printemps, il y aura des feuilles aux arbres !)

***Je vais certainement me procurer « Vu d’ici tout est petit », puisque c’est le seul que je n’ai pas sur mes tablettes, à lire ou déjà lu.

mercredi 20 janvier 2010

La renarde et le mal peigné - Pauline Julien et Gérald Godin

Ça fait deux jours que je me promène avec ce petit livre. J’en suis encore fortement imprégnée. Il contient les fragments de la correspondance amoureuse de géants : Gérald Godin, journaliste, écrivain, professeur, poète, politicien qui a été ministre et a battu Robert Bourassa dans Mercier. Pauline Julien, interprète, écrivaine, auteure qui a enregistré vingt disques solos et signé plus de trente chansons. De passionnants passionnés qui ont été au bout du monde, au bout de leurs vies, et au bout de leurs envies.

Ces lettres dormaient dans un coffre depuis dix ans et ont été réveillées par la fille de Pauline Julien. Elle a hésité avant de présenter cet échange intime entre deux passionnels de la chair et du cœur. C’est qu’ils vont loin dans leurs épanchements. Un petit trésor d’impudique nous est offert. Et quand je dis « trésor » je n’exagère pas, autant pour la forme que pour le fond. N’oublions pas que nous avons affaire à un homme de mots, une femme de paroles, ajoutez-y le torride de l’amour, de l’éloquence, de l’élégance (assez souvent, ils se vouvoient), une réflexion avant-gardiste sur l’amour, des dissensions, des remises en questions, des doutes (Pauline, la spécialiste), mais surtout trente-six mille manières enflammées, ou tendres, de dire : « Tu es l’amour de ma vie ».

Ce sont les plus belles lettres d’amour que j’ai lues de ma vie. Pour le désir. Des lettres chaudes de désir, même après vingt ans, trente ans de vie...j'allais dire commune - on ne désire que ce que l’on n’a pas –et justement, ils partageaient si peu de la vie commune.

Un tel échange de sentiments servis par des mots vibrants pique la curiosité. La curiosité entraîne encore plus de curiosité. J’en suis venue à désirer qu’ils s’écrivent même quand ils étaient ensemble, tellement je voulais saisir ce couple insaisissable. Tant de démesure dans l’absence, à chacun leur carrière florissante, à chacun leur continent ; comment trouver l’entente au-niveau de l’abstinence encourue ? Heureusement, ils étaient avant-gardistes, ces enfants terribles, qui, jusqu’à la mort seront restés fidèles ... à leur manière.

Cette correspondance a des trous de mémoire du temps, mais le fil de la passion est si visible, si solide, qu’on le suit, malgré les bonds. Dans les premières lettres, on accompagne la résistance de Gérald à sa Pauline, éprise au point d’être presque soumise, on sent la puissance du sentiment retenu, jusqu’à ce qu’il plonge... si profondément, que l'on comprends la prime hésitation. Une fois la flamme du poète allumée, elle ne s'éteindra plus, même pendant les dix années où il vivra avec un cancer du cerveau (il était trépané).

Si vous aimez les destins vécus par des personnalités marquantes, si vous aimez l’amour dénudé de pudeur, si vous aimez l'épistolaire au mode passionnel, à ras-la-vie et à fleur de peau, ce serait fou de passer à côté de cet recueil épistolaire. Oui, ce serait fou. Et si je ne suis toujours pas arrivée à vous en convaincre, ça se peut pour mon manque de distance vis-à-vis à cette lecture, j’appelle à l’aide ... Louis Hamelin, l'écrivain et chroniqueur. Il vous présentera le côté social et politique de ce celui qu'il appelle le matou, il couvrira certains aspects que j’ai escamotés. La journaliste Catherine Lalonde ajoute du contexte, faisant parler la fille de Pauline, elle a assis cette correspondance sur quelques juteuses anecdotes et citations. J’y rajoute une Monique Giroux qui résume et encense Pauline Julien d'une jolie manière. J’ai trouvé peu d’informations pertinentes sur Gérald Godin, heureusement qu’un documentaire sur sa vie se trame.

samedi 16 janvier 2010

Une flamme, chez moi

J’interromps mes activités de petite bourgeoise qui reçoit de la visite, entre mon sucre à la crème et mon gâteau « fondant au chocolat », pour communiquer. Eh oui, toujours communiquer, cet acte si essentiel à la vie, et au peuple Haïtien, essentiel à la survie.

Bien évidemment je pense énormément à eux, je voudrais les oublier qu’une flamme, chez moi (photo ci-dessus au côté du Nègre Marron – réf. Fin du billet) me ramène inlassablement à ce qu’ils vivent. Je ne nourris pas de culpabilité d’être là où je suis, ça ne les aiderait même pas, je les remercie plutôt de nous apporter un état d’esprit précieux : relativiser nos malheurs.

Les mots que l’on emploie pour décrire ce cataclysme sont importants. Dany Laferrière nous donne sa vision et je l’aime cette vision, et je dirais même plus, je l’adopte.

Lorsque l'ambassade du Canada m'a proposé d'embarquer vendredi, j'ai accepté car je craignais que cette catastrophe ne provoque un discours très stéréotypé. Il faut cesser d'employer ce terme de malédiction. C'est un mot insultant qui sous-entend qu'Haïti a fait quelque chose de mal et qu'il le paye.

C'est un mot qui ne veut rien dire scientifiquement. On a subi des cyclones, pour des raisons précises, il n'y a pas eu de tremblement de terre d'une telle magnitude depuis deux cents ans. Si c'était une malédiction, alors il faudrait dire aussi que la Californie ou le Japon sont maudits. Passe encore que des télévangélistes américains prétendent que les Haïtiens ont passé un pacte avec le diable, mais pas les médias… Ils feraient mieux de parler de cette énergie incroyable que j'ai vue, de ces hommes et de ces femmes qui, avec courage et dignité, s'entraident. Bien que la ville soit en partie détruite et que l'Etat soit décapité, les gens restent, travaillent et vivent. Alors de grâce, cessez d'employer le terme de malédiction, Haïti n'a rien fait, ne paye rien, c'est une catastrophe qui pourrait arriver n'importe où.

(...)

Les Haïtiens espèrent beaucoup de la communauté internationale. Si des choses sont décidées à un très haut niveau, dans le cadre d'un vaste plan de reconstruction, alors les Haïtiens sont prêts à accepter cette dernière souffrance. La représentation de l'Etat, à travers le gouvernement décimé, étant touchée, c'est le moment d'aller droit vers le peuple et de faire enfin quelque chose d'audacieux pour ce pays.
L’article au complet

Il a une attitude de grand seigneur. Avant, je l’admirais, maintenant il m’impressionne. Quelle élégance d’esprit dans sa grande simplicité. Le positivisme d’un homme qui vit les yeux grand ouverts. Conscient. Continuer à être positif et être conscient, alors là, chapeau !

Il représente à merveille cette flamme qui bouge sur mes murs à côté d’une statuette nommée « Nègre marron », une réplique de celle qui était encore en face du palais national à Port-au-Prince avant d’être détruite. La statue s'est effondrée mais pas ce qu'elle représente.
(Si vous voulez en savoir plus long sur cette oeuvre du sculpteur Albert Mangonès, en 1959, symbole de toute une nation et de toute une race - ici).

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Chantal Guy nous sort un ces papiers de journaliste, non ...non, je ne dirai justement pas de journaliste. Un papier d’être humain ébranlé, intitulé "N'y allez pas qu'ils disaient" qui n’utilise pas le ton neutre. Parce que dans certains cas, moi, ce ton de journaliste – qui plane au-dessus des choses – m’agace. Eh bien, ici, ce n’est pas le cas, pas le cas du tout, je vous invite à la lire.

vendredi 15 janvier 2010

Les murs - Olivia Tapiero

Ce mois-ci, l'équipe de La Recrue a lu le Prix Robert Cliche 2009. Les avis divergent. Je dirais même qu'il y en a qui sont diamétralement opposés, c'est à dire que ce qu'une personne a aimé, c'est ce que l'autre n'a pas aimé. Vu comme ça, la critique littéraire prend tout son sens. Pour moi, en tout cas. Personne ne détient LA vérité, nous détenons NOTRE vérité et en voici neuf :


Un tourbillon autodestructif - Jules
Spirale de la douleur - Mylène
Vouloir tuer son corps - Phil
Chapeau bas, madame - Catherine
Vouloir s'oublier jusqu'à en disparaitre - Maxime
Mourir. Seulement mourir. C'est tout. - Caroline
La mort sans excuse - Marc-Antoine
Transgresser le mal à dire - Claudio

Comme un Mantra - Venise

J'avais un rendez-vous avec une jeune femme qui voulait s’effacer de la vie, je le savais, et n’avais pas particulièrement le goût d’aller à sa rencontre. Une histoire nous prend là où on est, le lecteur, et je venais de terminer un roman se déroulant entre les murs d’un asile. Tout ça pour dire que l’auteure avait un chemin plus long à faire pour venir me chercher. Objectif réussi, je suis embarquée dans cet univers clinique, pas de gaité de cœur, mais j’ai suivi cette fille qui tenait tant à disparaître, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi.

Il n’y a pas que son corps qui est entre les murs de sa chair, nous lecteurs, sommes confinés entre les murs des observations obsessives qui résonnent dans notre tête comme un mantra. Les descriptions précises et efficaces de son enveloppe de chair, des entrées et des sorties de la nourriture, m’ont absorbée.

Pour qu’un être dans la fleur de l’âge désire s’effacer jusqu’à ne plus exister laisse imaginer une grande souffrance intérieure. J’ai supposé cette douleur, une équation qu’a fait mon cerveau en mettant les maux ensemble, mais je ne la sentais pas, la projetais seulement. Comprenez bien que c’est la personne folle qui décrit elle-même sa folie. Entendons-nous que cette distance crée une difficulté, la compassion est difficile à naître. Mon intérêt est resté au niveau clinique, je voulais comprendre la démarche thérapeutique de cet établissement de soins qui m’apparaissait complètement inadéquat. La rigidité d’une discipline serait thérapeutique ? Difficile à croire. Je mettais beaucoup d’espoir dans les rencontres avec la psychologue mais on ne s’y attarde pas, et de l’effet de la thérapie sur la malade, encore moins. Ça m’a manquée. Je ne connais pas plus cette femme qu’au début du récit.

Il me reste pourtant une impression forte de l’ensemble. Serait-ce le ciblage inlassable du sujet qui a finalement eu raison de mes résistances ? En tout cas, l’histoire est restée imprimée sur ma matière grise.

mercredi 13 janvier 2010

Festival "Étonnants Voyageurs" en Haïti

Je sais qu’on en parle partout et beaucoup de cette catastrophe qui donne envie de crier sa révolte. Mais se révolter contre quoi ? Mère nature ? On le sait bien que ça fait peu de sens. Ça ne fait que nourrir le sentiment d’impuissance.

Je ne sais pas si vous saviez que plusieurs de nos écrivains devaient partir tôt ce matin pour Port-au-Prince, entre autres : Nicolas Dickner, Michel Vézina, Stanley Péan. Ils se joignaient à un Festival littéraire : Étonnants Voyageurs. TV5 Monde titre ... Un Festival littéraire pour projeter une autre image du pays. Aujourd’hui, cet article sonne un glas pathétique :
Environ 50 écrivains haïtiens et étrangers, dont le prix Médicis 2009 le Canadien d'origine haïtienne Dany Laferrière, prendront part aux activités qui se dérouleront dans onze villes du pays du 14 au 17 janvier..

Pour la responsable de la Direction nationale du livre Emely Prophète, la deuxième édition en Haïti de cet événement littéraire "prolonge l'enthousiasme des prix littéraires décrochés par près de dix écrivains haïtiens en 2009".


Le président du festival, l'écrivain français Michel Lebris, voit ces distinctions comme "les signes d'une reconnaissance par le reste du monde de la formidable créativité littéraire d'Haïti, de sa diversité, de sa capacité à parler au monde entier".


"Le festival littéraire permet d'imposer Haïti dans les salles de rédaction de la Francophonie", croit encore Emely Prophète poétesse. "

C'est une occasion pour les auteurs consacrés et les écrivains d'avenir de faire rayonner Haïti, mal connu à l'étranger", estime pour sa part le journaliste-poète Dominique Batraville.


... si vous voulez l'article au complet, passez par ici.

Chantal Guy, ma journaliste littéraire préférée (bof ... j’envoie promener la diplomatie !), engagée, d’une intelligence qui va au-delà du convenu, nantie d’un humour qui me réjouit, était déjà à Port-au-Prince. Je lui avais même souhaité bon voyage sur Facebook, lui conseillant d’en profiter (!!!), à la suite de sa déclaration (qu’on appelle statut) disant qu’elle éprouvait un certain trac. La veille du séisme, elle disait avoir fait un tour touristique de la ville avec un guide merveilleux : Dany Laferrière. Alors, imaginez-moi sur Facebook, environ une heure après la catastrophe, inquiète au point d’être incapable de penser à autre chose, jusqu’à ce que Patrick Lagacé nous rassure. Toujours sur Facebook. Dans le cas de Nicolas Dickner, c’est lui-même qui est venu nous rassurer, nous disant qu'il était toujours à Montréal, et Stanley Péan, quelques heures plus tard.
Rajout : Soudain, le chaos (reportage de Chantal Guy - 13-01)
Vidéo où les écrivains Ivanoh Demers et Chantal Guy expriment leur désarroi, en attente d'aide.

On a le choix des malaises autour d’une telle horreur : se sentir mesquin de s’inquiéter à ce point pour une poignée de personnes « en visite » pendant que les habitants, eux, vont rester avec leurs pertes insoutenables, leurs deuils cruels, éprouver du malaise de parler d’autre chose, de rire ou de se plaindre. Ou de donner l’impression de ne pas être assez affecté. Ou de ne pas donner de l'argent sonnant. La liste est longue.

Aujourd’hui, les statuts Facebook ont repris à peu près leur cours normal, on reparle de sa propre vie qui n’attend rien d’autre que de continuer son (long ?) cours. On peut aller déposer quelques dollars à La Croix Rouge, pour s’en donner la permission. Ça peut sonner amer ce que je dis là, je ne le suis pas pourtant, je me sens plutôt triste, pour mon impuissance, mais en même temps remplie d’indulgence, au nom de la liberté de réagir comme on l'entend. Ma réaction est de m’attacher plus que jamais à l’indulgence, une forme d’amour de la vie dans ce qu’elle a de plus humain. L’indulgence est un fleuve à la vague forte qui mène sûrement à la compassion. Et la compassion n’est pas un sentiment que l’on endosse comme un vêtement du dimanche pour certaines Causes avec de grands C, pour s’en dévêtir aussitôt revenu à sa vie « normale ».

Je nous souhaite la compassion, un état d’esprit à temps plein pour son voisin, près et lointain.

mardi 12 janvier 2010

Le Vrac à Venise

Permission accordée : vous pouvez lire un livre en avion !
Lisez ... elle est forte celle-là. On peut soigner un individu de la paranoïa mais pas un pays !

Amis canadiens, vous pourrez finalement vous rendre à Los Angeles un livre à la main. Transport Canada a annoncé que l’interdiction d’amener des livres dans ses bagages à main n’était qu’un simple malentendu. Ainsi, les agents de sécurité des aéroports ne pourront plus refuser les bouquins des voyageurs en direction des États-Unis.
Après la tentative d’attentat du 25 décembre, Transport Canada avait augmenté les mesures de sécurité dans les aéroports. Les autorités avaient notamment dressé une liste restreignant les articles pouvant être mis dans les bagages à main. Une liste incluant ordinateurs portatifs et autres caméras, mais excluant les livres. Aussitôt, des groupes de pression, sur Facebook et ailleurs, avaient critiqué la décision de Transport Canada. Mission accomplie.

(tiré du Libraire)

Je ne le lis pas, je le vis
Avez-vous remarqué le titre que je lis ? Maleficium. À voix haute ! Eh bien, pour la première fois de ma vie, j’ai demandé à Marc de terminer la fin du chapitre en silence, j’étais trop dégoûtée. Je considère que je fais un honneur à Martine Desjardins, en arrivant pas à me raisonner, ça proclame combien c'est bien écrit ! Alors hier, quand j’ai déniché cette entrevue signée Elsa Pépin (collaboratrice spéciale La Presse) avec l'auteure, je me suis dit : mission accomplie !

«J'écris pour la même raison que je lis. Je n'ai pas envie de me retrouver dans la cuisine de ma voisine. J'aime apprendre des choses, m'évader. J'ai une vie très tranquille et l'écriture est pour moi une activité d'imaginaire. J'essaie d'arriver à écrire un livre qui ne pourrait être écrit que par moi.» J'ai un faible pour les bizarreries littéraires. Mon ambition était d'écrire une curiosité littéraire.»

Chantal Guy n’a jamais si bien dit !
"Bref, la personne qui donne un livre se dévoile autant qu'elle croit dévoiler celui ou celle qu'elle gâte. D'où le caractère intime du présent, beaucoup plus intime que ces huiles de bain tellement à la mode dans les échanges de cadeaux. On cherche souvent la neutralité dans ce type d'échange, mais elle est impossible lorsqu'il s'agit d'un livre. On dit forcément quelque chose en offrant des mots, qu'ils soient ou pas les nôtres. C'est là tout le périlleux et la beauté de la chose. C'est aussi le meilleur exemple de la complexité de l'autre, qui devient plus évidente à mesure que l'on vieillit".
L'art de donner un livre - cyberpresse - Chantal Guy

Les « meilleurs vendeurs » d’une librairie à l’autre
Après une petite recherche hier - en passant, peu de librairies indépendantes ont des sites Internet - je m'interroge toujours autant sur ce qui fait la différence entre ces listes.

Pantoute (Québec)
1. Ru, Kim Thuy, Libre expression
2. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
3. La canicule des pauvres, Jean-Simon Desrochers, Herbes Rouges
4. La traversée des sentiments, Michel Tremblay
5. Le monde, le lézard et moi, Gil Courtemanche, Boréal

Gallimard (Montréal)
1. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
2. Le Ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis, Boréal
3. Paul à Québec, Michel Rabagliati, La Pastèque
4. Tarmac, Nicolas Dickner, Alto
5. Cœur rouge dans la glace, Robert Lalonde, Boréal

Biblairie GGC (Sherbrooke)
1. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
2. Paradis, clef en main, Nelly Arcan, Coups de tête
3. Le Cocon, Janette Bertrand, Libre expression
4. La traversée des sentiments, Michel Tremblay, Leméac/Acte Sud
5. Faim de la terre, Jean-Jacques Pelletier, Alire

Librairie Vaugeois (Québec)
1. L’énigme du retour, Dany Laferrière, Boréal
2. HKPQ, Michèle Plomer, Marchand de feuilles
3. La traversée des sentiments, Michel Tremblay, Leméac/Actes Sud
4. La faim de la Terre 1, Jean-Jacques Pelletier, Alire
5. Le monde, le lézard et moi, Gil Courtemanche, Boréal
6. Paradis, clef en main, Nelly Arcan, Coups de tête
7. Maleficium, Martine Desjardins, Alto

Je termine par la Librairie Vaugeois, et ce n’est pas un hasard. Ça m’apparait évident que la littérature québécoise y est mise de l’avant. Parce que ce je n’ai pas dit, c’est que chez Gallimard par exemple, le 5ième rang est en fait au 16e rang, si on compte les romans d’ailleurs et autres œuvres non fictives. Je reste convaincue qu’un libraire qui s’implique a un pouvoir sur le choix de lecture de sa clientèle, delà certaines disparités.

Hier, j’ai pris le temps de me pencher sur le blogue de la Librairie Vaugeois (voilà pourquoi ce billet a tardé !) et j’y ai découvert tellement de liens intéressants. C’est une mine d’informations sur la littérature, et qui est fréquemment mise à jour. Bien entendu, je rajoute ce lien à ma liste !

Mon agenda

J'ai un nouvel agenda (coudonc, grosse nouvelle !), et j'y retrouve des citations sur la littérature à chaque semaine, je partage celle de cette semaine :

Les romanciers sont plus à nu dans leurs oeuvres de fiction que dans leur autobiographie.
Madame de Staël

Jolie illustration du titre trouvée ici.

samedi 9 janvier 2010

Branches blanches, feuilles blanches

Cette feuille-ci n’est déjà plus blanche puisque je vous écris, les branches à nos fenêtres, elles, le restent (photo ci-contre : vue de notre balcon). Nos arbres ne ploient pas, ils tendent leurs bois pour accueillir les flocons lumineux. Au retour d’un Montréal gris hier, j’ai été surprise et me suis dit, on dirait deux pays éloigné, pourtant à une heure et demie de route.

Mais tout ça ne dit pas où en suis-je dans mes lectures. C’est que je vois bien que je suis au ralenti dans l’envoi de mes billets. Suis-je suspendue sur une branche comme un motton de neige gelée ? Non, c’est presque le contraire, je bouge beaucoup en corps et en esprit, butine des lignes ici et là (des albums BD, des livres pour enfants), ce qui fait que ma lecture principale avance lentement. Je suis en ce moment avec « Les murs » d’Olivia Tapiero, jeune auteure de 19 ans. Il y a de ces lectures qui ne s’avalent pas goulûment, surtout si elles traitent de l’anorexie. Vous en saurez plus long bientôt puisque ce Prix Robert Cliche 2009 est la vedette du mois - La Recrue.

Je ne vous parle pas de La Recrue bien, bien souvent. Et pourtant, elle ne tourne pas toute seule cette vitrine pour les premières œuvres fictives québécoises, d’innombrables consultations et discussions ont cours par courriels entre la dizaine de rédacteurs que nous sommes. Pourtant, certains rédacteurs ne se sont jamais rencontrés en chair et en os (Anick habite la Gaspésie, Caroline, Paris !), bientôt une réunion aura cours et cette situation changera pour certains. Si vous n’avez jamais été vérifié comment nous fonctionnons, je le jette tout cuit dans votre bec d’oiseau curieux puisqu'après deux années et quart d’existence, ce mois-ci, le bulletin de L’UNEQ (Journal de l’union des écrivaines et des écrivains québécois) parle de nous par la bouche d’un des rédacteurs, Philippe :

" La Recrue Du Mois, c’est une équipe de dix personnes bénévoles qui ont toutes un intérêt marqué pour la littérature et en particulier pour la relève littéraire québécoise. Nous choisissons chaque mois de mettre en avant un auteur et sa première œuvre de fiction (roman ou recueil de nouvelles). Nous votons parmi les publications récentes et la recrue du mois bénéficie d’une visibilité sur notre site pendant un mois. Nous mettons des liens vers les commentaires et critiques déjà parus. Nous publions un questionnaire auquel l’auteur-e a accepté de répondre. Nous avons parfois la possibilité de réaliser une entrevue avec l’auteur-e. Enfin, le 15 de chaque mois, chaque membre de notre équipe publie un commentaire sur le livre en question. Nous avons aussi une catégorie que nous appelons le repêchage. Il se peut que certains livres ne rallient pas les suffrages de la majorité de l’équipe. Dans ce cas, les personnes intéressées peuvent tout de même lire et commenter le livre en question. Donc, même si un auteur ne bénéficie pas du statut de recrue, il peut avoir une certaine visibilité via le repêchage. "

Isabelle Gaumont, responsable de l’article a demandé à Philippe ce qui l’avait incité à participer : « J’ai récemment découvert la littérature québécoise (je suis un immigrant français) et elle compte énormément de talents. C’est pourquoi j’ai eu envie de contribuer à ma manière à la relève littéraire en apportant mon regard sur de nouveaux auteurs. Et je dois dire que je ne suis pas déçu, le niveau des livres que j’ai lus dans le cadre de la Recrue Du Mois est très bon. »
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C'est une mozaille de bonne habitude à prendre de suivre le site de La Recrue du mois, et pas seulement le 15, aussi pour ces diverses catégories :

  • Commentaires de lecture - Repêchage
  • Les entrevues
  • Les médias en parlent
  • Notre site fait parler de lui
  • Nouvelles et Actualités
  • Sur les autres blogues.

Bon, je retourne à ma lecture, Les Murs, que j’achève, et ensuite ce sera le difficile et excitant choix de l’heureux élu parmi la trentaine d'impatients romans québécois qui poireautent sur une tablette de moins en moins planche !

mardi 5 janvier 2010

Sonate en fou mineur - Éloi Paré

Ce roman a traversé l’année avec moi. J’avais un peu le trac quand je l’ai commencé, j’en avais pour 338 pages gros format. Un peu surprise du style au début : d’une grande fluidité, tout simple, direct, avec du dialogue, j’ose dire en abondance (il me semble qu’il y a moins de dialogues dans les romans ... que je lis en tout cas), cette absence de prétention à la « regardez-j’écris-bien » est finalement venu me chercher.

Grosso modo, c’est un compositeur méconnu courant après l’inspiration pour LA création du siècle mais qui, comme tout le monde, doit gagner sa vie. Il entre comme gardien de nuit dans un asile, emploi idéal pour composer. Pensez-vous que nous étions, pendant quelques centaines de pages, pour le regarder composer, alerte et inspiré ? Évidemment que non. C’est Tristan qui va venir le chercher sur sa planète de grand compositeur assez nombriliste. Plusieurs personnages vont venir se greffer : Le grand manitou de l’institut psychiatrique ; grandiloquent et borné. La mécène frustrée et laide de jalousie, Rachel, la juvénile Agathe qui se révèlera plus mâture qu’à prime abord. Je n’oublie pas sa Cour masculine car, semblerait-il qu’elle soit irrésistible cette demoiselle, excepté pour notre virtuose, Pascal.

L’histoire file, on ne s’accroche pas à de longues descriptions qui sont plutôt habilement intégrées à l’action. J’ai vraiment beaucoup aimé tout ce qui se passe à l’Institut, je me suis grandement attachée à Tristan, ou plutôt à leur relation très spéciale. Imaginez, Tristan est enfermé et bourré de médicaments depuis l’âge de 16 ans, et après 7 ans de ce régime, une flamme de vie vacille encore en lui. Il s’accroche donc désespérément à ce gardien de nuit qui n’a pourtant pas le droit de lui parler, ce qui crée des tensions palpitantes. Tristan vit à travers les yeux de Pascal qui lui raconte son quotidien qui devient des aventures trépidantes pour un incarcéré. Même en tant que lectrice libre, je me suis aussi intéressée à ces histoires, c’est pour dire qu’elles sont bien menées. Je me suis fait prendre à ce jeu au point que mon attention se relâchait à l’extérieur des murs.

Je ne suis pas juste là, la relation de Pascal avec Agathe m’a aussi intéressée, même si un peu plus banale. La relation avec sa mécène m’a fortement intriguée au départ et puis, ce personnage m’est apparu tellement tiré par les cheveux et la réaction de Pascal à cette vile femme aussi. J’ai un peu décrochée. Mon seul petit problème, si c’en est un, est que le personnage principal, le compositeur m’intéressait en autant qu’il soit en relation. Sa ferveur vis-à-vis la musique, son ambition démesurée, m’est passé comme de l’eau sur le dos d’une cane. Je ne l’ai pas pris à cœur comme l’auteur l’aurait désiré, je crois. Mais qu’importe puisque Pascal a passé 338 pages à être en relation !

Cependant, j’ai un « mais » : la fin. À partir d’un lancement littéraire qui sent le dénouement à plein nez, une escalade d’actions débridées, pour ne pas dire complètement folles m’ont perdue. Pourtant, encore là, j’imagine que j’aurais dû trembler de peur mais trop, c’est trop. J’ai trouvé la scène maladroite de A à Z assez pour sortir de l’histoire et regarder l’auteur écrire. Ce qui n’est pas bon signe. Et en passant, quant à parler de fin, on a appelé épilogue un chapitre mais le dernier (long) paragraphe serait un réel épilogue mais la balance serait plutôt, à mon sens, une suite à la fin de la fin. C’est un détail.

Donc en gros, j’ai apprécié cette lecture et je garde un souvenir indélébile de la relation Pascal-Tristan et de cet asile assez barbare, en ayant apprécié la critique sociale – dans l’humour – sur le bourrage des cerveaux par les médicaments et la prétention outrancière des soignants en chef.

Je vous invite à visiter le passionnant site de l'auteur, Éloi Paré

En nomination pour le Prix de la Relève Archambault : Sonate en fou mineur, Éloi Paré - Éditeur Guy Saint-Jean, 338 p.