mardi 16 août 2011

Chambres d'amis - Dominique Robert

Voici mon repêchage du 15 du mois, n'ayant pas participé à la Recrue du mois "Versicolor" de Marc Forget, médecin dans le Grand Nord québécois. Si je vous l'envoie le 16 au lieu du 15, c'est un décalage que je mets sur le vaste dos de vacances en Gaspésie :-) ...

Une exposition au vernis lustré
Le quatrième de couverture nous suggère de prendre Chambre d'amis comme un album de photographies de personnages « avec la poésie qu’il donne à voir et la voix qu’il fait entendre, œuvre au roman émouvant de la vie ».

Ce roman fragmenté m’a plus fait penser à un recueil de nouvelles, ne serait-ce que pas ses nombreuses divisions, trente-six brefs chapitres étalés à raison de douze sur trois murs : « Mur gauche, petit format en noir et blanc » « Mur du fond, grands formats en couleur », « Mur droit, petits formats en noir et blanc ». Des titres de chapitre précis « Minh marchant sur la rue Ste-Catherine ouest (décembre 2008) », relatant le lieu et le temps, rappellent un titre de photographie vraisemblablement. Certaines de ces photographies traduites en mots sont d’ailleurs des hommages à de réputés photographes : Daido Moriyama, Diane Arbus, Raymonde April, et autres.

Cet esprit de prévision de l’auteur pour tenir le rythme, même longueur pour chacun des trente six- chapitres (3 à 4 pages), mène à penser que chacun des mots de ces textes ont été pesés, soupesés, repesés. Écriture tenue sous brides et, si elle était calligraphie, je la verrais anguleuse. Des personnages, Juliette, Francis, Isa, John, Daniel, Minh, Allison et autres, sont dispersés d’une photo à l’autre, ou se retrouvent sur la même. Au départ, on cherche le lien entre eux, même s’ils ont un point commun, une âme sombre et barbouillée. Ce n’est pas parce que la part de créativité et d’originalité est grande que le pessimisme du propos s’en trouve allégé. Peut-être est-ce pour cela que plusieurs personnages éprouvent une nette attraction pour l’astre soleil. C’est sous ses rayons qu’ils trouvent un éphémère bonheur de vivre.

Le portrait des personnages est rendu sous des angles à la lueur de mots durs, crus, provocants. La chose sexuelle est abordée sans pudeur. L’indifférence est exclue.

Quelle gageure que ce concept de présenter une enfilade de photos sous forme de mots pour les exposer sur des « murs » et faire traverser aux personnages certains incidents qui provoquent des rencontres. Une contrainte de cette importance exige un contrôle du texte et le défaut de la qualité devient, selon moi, le manque d’abandon. Il faut aussi s’attendre à un ordre de descriptions strate par strate. Personnellement, je suis continuellement restée consciente d’être la lectrice d’un concept. J’y ai trouvé un esthétisme certain, qu’on aime ou pas, mais ce qui m’a le plus rebuté est sa part d’hermétisme. Par exemple, en ce qui a trait aux hommages aux photographes contemporains, si on ne connait pas leur style, il est facile de passer à côté de la subtilité du chapitre qui leur est consacré. Certaines phrases alambiquées exigent de travailler pour les comprendre et, parfois, sans succès.

Par ce texte dense à parts égales de poésie, de psychologie et de philosophie, Dominique Robert, une poétesse qui signe ici un premier roman, nous repait de certaines perles qui éclatent le texte sans prévenir. Elle réussit à ramasser l’aspect fragmenté pour assembler sa fin nous renvoyant une exposition au vernis lustré.

Chambre d’amis, Dominique Robert, Les Herbes rouges, 2011, 164 p.

1 commentaire:

anne des ocreries a dit...

ouh là là ! ça me déconcerte ? je ne suis pas certaine d'avoir tout compris ? Non pas que tu ne sois pas claire, mais j'ai l'impression de me trouver devant une sorte d'objet mi-chair mi-poisson, incertaine quand à sa nature véritable.

T'a-t-il plu ?