jeudi 23 février 2012

L'heureux destin des fous - Francine Allard

Marcel Broquet, nouvelle maison d’édition pour moi, nouvelle auteure pour moi. Le « pour moi » est important à mentionner, elle est nouvelle pour moi mais Francine Allard est loin d'être une nouvelle auteure ! Elle a écrit plus de 45 ouvrages pour des publics de tout âge.

En parlant d’âge, par l’épaisseur du volume et son apparence, j’ai cru qu’il s’adressait aux adultes. J’ai rapidement compris qu’il s’adresse également à la jeunesse, par le style, par le ton.

C’est justement l’histoire de personnes qui resteront toute leur vie des jeunes de cœur, Bertrand Chenette et Nadia Simard, tous deux retardés mentaux. Ils forment un couple, sont âgés dans la vingtaine avancée et pourtant leur mère Sylvia les appelle « les enfants » et parle d’eux en n’ayant pas peur des mots. J’ai quelque peu sursauté quand elle les a nommé corniauds ! De ce couple d’enfants naîtra un enfant, Félix qui, lui, sera intelligent. Jusqu’à date, nous sommes sur le plancher des vaches mais ne vous y fiez pas, ce roman flirte avec le monde extra normal.

Un scientifique, Paul Simard, le père de Nadia et amoureux de Sylvia, a inventé une machine pour faire avorter les tornades, la Zéphira X-56. Il travaille en secret, ou plutôt tente de travailler en secret. Mais comment garder le secret avec des fouines candides et crédules comme « les enfants » Bertrand et Nadia. Et quant à naviguer sur les vagues de l’imaginaire, aussi bien s’en donner à cœur joie, rien de moins que Le Pentagone finira par s’en mêler.

Toute l’action se déroule dans un chic et chaleureux manoir où tout va bien, même quand ça va mal. Je m’explique. Ce roman contient de l’action bien sûr, ce n’est pas un roman fourmillant de réflexions existentielles, sinon il n’aurait pas été classé « famille », j’imagine. Il faut que ça bouge et ça bouge. Mais même au cœur de l’action, la tension dramatique ne perdure jamais plus que quelques paragraphes. Nous habitons à demeure dans le meilleur des mondes, même quand les événements tournent mal, même devant les personnes viles. Les malchances, catastrophes, odieuses transactions sont rapidement récupérées et on se console rapidement autour d’un chocolat chaud, si je peux m’exprimer ainsi.

Bien sûr, les enfants, surtout les faux, sont candides pour ne pas dire innocents, mais je crois que j’aurais embarqué plus sûrement dans l’histoire, si ce ton ne s’était pas propagé aux adultes. J’aurais apprécié un contraste plus accentué entre le monde des adultes, conscients du facteur temps, et celui des « enfants » où tout semble assez magique. Le scientifique et la sœur de Sylvia, Myriam, tout le monde a un ton qui chante la mélodie du bonheur. Par exemple, quand Sylvia voit Paul la première fois, tout de suite son cœur bat la chamade et à la deuxième rencontre, ils en sont à l’engagement, comme s’ils se connaissaient depuis cent ans. La mort, l’amour, la trahison, les découvertes extravagantes, tout se passe sous le facteur temps en accéléré, ce qui m’a procuré la sensation de surfer à la surface de l’instantané. J’ai tenté d’apprivoiser cette approche, me convaincant qu’ainsi vont les livres « jeunesse » mais j’ai eu de la difficulté, je l’avoue. Pas au point cependant de rester insensible à la thématique ; les prérogatives de l’intelligence dans notre société. A-t-on absolument besoin d’être intelligent pour être heureux ? L’histoire répond à cette question par le biais de ses personnages et de ses situations. À partir de là, on peut pousser la question ; les personnes dont le mental n’est pas farci de données et de connaissances ne seraient-elles pas plus ouvertes au monde invisible ?

Je suis contente, malgré certains agacements, d’avoir poursuivi ma lecture, car j’ai fini par m’habituer et l’empreinte de cette histoire « bon enfant » restera dans ma mémoire.

2 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Ah, il me chatouille, ce livre. Curiosité, quand tu nous tiens... et puis, cette question que tu poses :
" A-t-on absolument besoin d’être intelligent pour être heureux ?" - j'aurais tendance, moi, à penser que plus on est intelligent, plus on est lucide, et que plus on est lucide, moins on arrive à être heureux - forcément. Le bonheur nécessite tout de même un peu de candeur....non ? j' ai dans l'idée que le pauvre "Félix" serait peut-être bien mal nommé, et devra avoir les épaules larges....:)

Suzanne a dit...

J'aime les écrits de dame Allard mais je n'ai lu aucun de ses écrits pour la jeunesse cependant. Celui-ci probablement.