jeudi 27 décembre 2012

Magasin Général - Les femmes t.8 - Loisel & Tripp

L’on m’aurait dit qu’un jour j’en serais au tome 8 d’une série BD, je ne l’aurais pas cru. On aurait rajouté que cette série, portant sur le Québec profond des années 20, serait née de deux Français nouvellement arrivés au Québec, j’aurais sursauté.

Je me souviens être entrée dans cette série un peu méfiante en égard à mon œil peu averti à suivre un dessin effiloché, surtout dans les cases sombres assez nombreuses. J’en profite pour mentionner que les cases de cet album me sont apparues plus éclairées et la ligne du dessin moins hachurée. La neige éclaire l’album en entier. Ce petit coin de pays est vite enseveli lors des tempêtes et l’ambiance feutrée se prêtait drôlement bien aux secrets entre femmes et à la solidarité venant d'un rapprochement. Rappelons-nous qu'en ces années-là la majorité des hommes partait dans le bois l’hiver.

Il y sera donc question de préoccupations essentiellement féminines : grossesses, enfants, robes, couture, amour et... bigoterie. Le curé a une crise de foi, Marie est enceinte, ne peut identifier le père, et l’envie prend aux femmes de danser le charleston. Et, pour danser le charleston, il faut la robe en conséquence, de là une expédition hors du nid. Pourtant, un curé qui ne veut plus dire la messe dans un village pieux, des bigotes qui occupent l’église par contestation, une veuve qui tombe en famille en se fichant du père, sont autant d’événement qui pourraient ébranler un village, même en 2012.

Mais Notre-Dame-des-Lacs est une alcôve où règnent d’exceptionnelles valeurs de solidarité et d’ouverture d’esprit. Ces habitants sont marginaux, et le lecteur attaché aux personnages au fil des tomes joue le jeu avec plaisir. Même les mégères du village deviennent amusantes sous les traits d’humour des auteurs. J’ai entendu à la radio à Medium Large une entrevue avec Loisel &Tripp qui s’insurgeaient de ce commentaire généralisé sur leur petit dernier : il n’y a pas d’action. Ils se défendaient, disant qu’il n’y en avait jamais eue ! J’y ai réfléchi et je vais le dire autrement ; on y retrouve moins d’intensité dramatique que certains autres et, quoiqu'en penseront les auteurs, je l’affirme avec aplomb.

Plus que jamais, la vie de ce patelin apparait comme un paradis sur terre, ce genre d’endroit qui existerait peut-être, si ce n'était de la nature humaine étant ce qu’elle est, assez souvent basse et faible. Tout le monde se respecte, se comprend et je dirais même plus, se materne.

Est-ce qu’il en serait ainsi si le monde était dirigé par des femmes, rien que des femmes, y ajoutant quelques hommes, hors du circuit, plus détendus et moins compétitifs ? En tous les cas, la maturité règne et ce volume peut se prendre comme un remède à déposer sur nos plaies vives de voir la misère humaine engendrée par nos travers humains. Certains diront, ça ne se peut pas, mais n’a-t-on pas besoin parfois de voir qu’est-ce qui pourrait être si, oui si, on arrivait à ne jamais juger l’autre ?

Un baume oui, mais qui ne sent à aucun moment l’eau de rose. Lecture idéale dans le temps des Fêtes, cet espace d’accalmie où la neige éclaire les figures les plus sombres.

16 commentaires:

Nomadesse a dit...

Après les avoir entendu à la radio moi aussi, j'ai eu le goût de lire cette série. Trois tômes m'attendent à la bibliothèque...

Kikine a dit...

Ohh que oui, c'est le moment idéal pour s'arrête et lire cette bande dessinée délicieuse ! je l'ai lu hier en savourant chaque seconde. Je me dis que je vais le relire ce soir devant ces beaux flocons qui virevoltent !
Merci pour ce beau billet Venise !

PG Luneau a dit...

Bravo, Venise! Tu me donnes encore une fois envie de m'y remettre! J'ai donné les deux premiers tomes à ma soeur pour Noël!! Petit détail, par contre : Loisel vit au Québec depuis plus d'une douzaine d'années, je crois, donc le terme «nouvellement arrivé» s'adresse moins bien dans un tel cas!! ;^)

Venise a dit...

Nomadesse : Tu t'offres là un grand plaisir et qui va se prolonger dans le temps.

Venise a dit...

Kikine : C'est curieux mais je pense toujours à toi quand je lis ou commente cette série. Je t'y identifie !

Venise a dit...

PG Luneau : Je me doutais bien qu'une personne remettrait en question mon "nouvellement". Tu sauras que j'ai retiré le "fraichement" mais que pour moi, une dizaine d'années (c'est ce que je calculais), ça reste nouveau. Le jour où monsieur Loisel perdra son accent, je considérerais la chose ou, le jour où les services de Jimmy Beaulieu*** ne seront plus requis. Hi Hi !
*** Adaptation des dialogues en québécois.

anne des ocreries a dit...

OH ! Là, tu me fais baver d'envie, Venise !

Venise a dit...

Anne : En arrivant ici, je te mets les 8 tomes entre les mains.

Grand-Langue a dit...

Votre chronique est tout à fait juste. Je viens de lire le dernier né et ce que vous écrivez est à point.

Grand-Langue

Danielle a dit...

Ah! On les attend toujours avec tellement de ferveur, ces nouveaux tomes de Magasin général, que je dois confesser que j’ai été un peu déçue. À la première lecture, du moins. Car aucune des intrigues initiées dans le tome précédent (dont la grossesse de Marie et le questionnement du curé) n’a eut son dénouement attendu dans celui-ci, ce qui m’a amenée à croire qu’on étirait la sauce pour clore plus spectaculairement le prochain tome, qui sera aussi le dernier de la série. Soit! Ce premier moment de frustration passé (et ma voracité de dévorer apaisée), j’ai pu reprendre plus sereinement mon album, pour m’en repaître les yeux et le cœur. Car tout vient à point à qui sait attendre… La mutation déclenchée de façon virale par l’arrivée de Serge dans sur ce petit village continue d’opérer et a pour nom ÉVOLUTION. Évolution face aux idées préconçues et sexistes, face à la peur de l’étranger, du changement, de la connaissance et de la différence. On s’ouvre. On éclot. Et c’est la continuité de ce fabuleux phénomène, tranquille mais inéluctable, qui se déploie encore tout doucement sous nos yeux, dans une ambiance ouatée par la neige. À lire et à relire. ;-)

Suzanne a dit...

Et dire que je n'ai pas encore lu le premier tome.

Venise a dit...

Grand Langue : Ah, mais vous savez parlez aux chroniqueuses vous !

Venise a dit...

Danielle : "... ambiance ouatée par la neige". Quel bon timing pour la maison d'édition - avec la complicité du ciel québécois - de sortir ce tome en ces jours-ci !
Tu es vraiment une fan de cette série !

Venise a dit...

Suzanne : Imagine tous les plaisirs à venir ! Les lire en une journée, ce serait comme décider de faire un voyage dans le temps, sans avoir à monter dans un engin périlleux !

anne des ocreries a dit...

Chic chic chic ! :)

Grominou a dit...

Oye, je suis en retard, je crois que je suis rendue au tome 6!