jeudi 4 avril 2013

On ne rentre jamais à la maison - Stéphani Meunier

On ne rentre jamais à la maison ... (je complète avec) "de son enfance".

Trois personnages principaux, dont un très présent par son absence, Charlie. Toute l’histoire tournera autour d’elle, disparue mystérieusement quand elle était enfant. Pierre-Paul était son ami, son confident, son amoureux, même s’ils n’avaient qu’une dizaine d’années. Les deux enfants vivaient dans une bulle increvable, protégés du reste du monde par leur complicité. Le troisième personnage viendra après la disparition de Charlie : Clara, sa sœur. Voilà pour les personnages sur deux pattes, passons à la maison d’enfance maintenant, également un « personnage » avec sa cave, ses étages, son grenier. Cette maison a beaucoup d’importance pour Charlie et Pierre-Paul. C’est l’extension de leur bulle.

Après la disparition de Charlie, Pierre-Paul vivra la présence harcelante d’un fantôme qui hantera son enfance et sa vie d’adulte. Clara souffrira autant que Pierre-Paul de l’absence de Charlie, même si différemment. D’aucune façon elle n’arrivera à la cheville du portrait de sa sœur que ses parents ont sublimée.

Bref, cette histoire cible tout ce qui marque l’enfance au fer rouge.

* * *
Comment j’ai vécu cette histoire :
On la pénètre par la maison. L’auteure lui a donné une vie palpitante, mystérieuse. Je n’exagère pas en disant qu’elle a l’impact d’un personnage. Le premier tiers du roman m’a envoûtée pour l’odeur pur de l’enfance respiré à plein nez, avec ce Pierre-Paul et cette Charlie. L’auteure brosse un portrait de cette dernière qui exacerbe notre envie de la voir vivre. Et puis, inexplicablement, elle disparait. J’ai vécu un deuil plus important que je ne l’ai cru à prime abord, ne réalisant pas tout de suite que Charlie disparait, elle emporte avec elle son mystère. Avec son départ, s’éteint une part du mystérieux qui me plaisait tant, l’odeur concentrée de l’enfance s’évapore. On se retrouve avec des adultes aux prises avec des souvenirs nostalgiques (Pierre-Paul) ou révoltants (Clara).

Je ne dis pas qu’à partir de là c’est inintéressant, le style précis et révélateur de Stéphani Meunier continue d’enchanter, mais la magie est diluée. La promesse de cette histoire d’enfance était si forte, si vibrante, comment tenir cette intensité quand celle qui représente l’enfance se volatilise et que les adultes s’agrippent à leur deuil et à leur chagrin. 

J’entretiens une légère frustration devant les circonstances de la disparition de Charlie. Je comprends que l’auteure est le dieu de l’histoire et qu'en cela, elle fait ce que bon lui semble, par contre, ce n’est pas une raison pour tomber dans la facilité. Les questions que je me suis légitiment posées sur la disparition de Charlie sont restées en plan. Même si l’auteure ne voulait pas en faire un roman d’enquête, j’y ai quand même vu un vide. Un trou à remplir. Et j’aurais apprécié qu’il soit moins profond.

Je ne laisserai pas planer le doute, j’ai aimé ce roman. Il a été assez fort pour soutenir mon intérêt grâce à des personnages crédibles et un style enveloppant. Et le premier tiers de l’histoire m’a tellement absorbée par son ambiance, hypnotisée même, que je ne regrette nullement cette lecture.

Visitez le recensement de On ne rentre jamais à la maison de mon ami, Maxime ! Comme je l'expliquais sur mon billet "Cher tous," nous soulignons un événement spécial pour nous deux.


15 commentaires:

Amélie a dit...

J'aime tellement le titre de ce roman...! Très évocateur.

Merci pour ce billet joliment nuancé, qui donne envie de lire malgré quelques bémols. Je m'en vais jeter un oeil sur celui de Maxime! ;)

anne des ocreries a dit...

Il a le goût de la tentation, celui-là.

Topinambulle a dit...

Une très belle idée, que cette lecture en duo :)

Il me tente aussi ce roman, pour l'enfance, et ces maisons qui nous habitent.

Maxime a dit...

Commenter en duo est encore plus intéressant quand l'autre n'a pas tout a fait la même lecture que nous! Mais je crois que nous sommes d'accord sur le fond, soit la force des personnages et de l'écriture de Stéfani Meunier.

Le premier tier est plus évocateur, c'est vrai. J'aime cette façon de voir la maison comme un personnage à part entière. Pour ma part, ce tier a donné le souffle nécessaire aux deux autres. Et je n'étais pas du tout frustré de la façon dont l'auteur fait disparaître Charlie, au contraire, j'y ai vu une certaine poésie, une façon ingénieuse de renforcer cette "relation" (puisqu'on parle d'un personnage) entre la maison et Pierre-Paul. Tu vois je parle de génie et toi de facilité! ;-)

Je réponds au commentaire que tu m'as laissé sur mon blogue!

Venise a dit...

Amélie, merci !

Si je t'ai donné le goût de le lire, je suis récompensée de mon partage :-)

Venise a dit...

Anne : C'est un goût récurrent pour une grande lectrice comme toi, chère amie.

Venise a dit...

Topinambulle : Les lectures en duo, c'est merveilleusement stimulant. Je me demandais qu'est-ce que Maxime en penserait. Mais j'avoue que je devinais un peu qu'il aimerait beaucoup.

"Ces maisons qui nous habitent", comme tu dis. C'est joliment poétique.

Venise a dit...

Maxime : Encore une fois, ce qu'un lecteur aime moins peut beaucoup plaire à l'autre. Voilà pourquoi commenter exige de l'humilité !

Il faut trouver l'équilibre entre l'humilité et l'affirmation. À mes débuts, je ne pense pas que j'aurais été en mesure d'affirmer que le "poétique" de la disparition de Charlie m'a dérangée. Le côté poétique, sans explication va très bien pour les visions d'enfant, mais quand on passe à celle des adultes, il me semble qu'il manque un petit morceau de casse-tête.

Venise a dit...

Maxime : N'importe quand un autre duo !

Maxime a dit...

J'imagine que ce morceau de casse-tête a été oublié volontairement. Pour éloigner l'histoire de ces détails, et la concentrer davantage sur le reste? Il faudrait demander à l'auteure!

Venise a dit...

Maxime : "oublié volontairement" : t'es un petit comique toi !

Je suis d'accord, c'est tout probablement volontaire. Je fais une distinction nette entre ce que l'auteure a désiré et moi, la lectrice, qui ait moins aimé.

Qu'est-ce que tu veux, j'étais partie pour rester dans l'ambiance poétique de l'enfance, avec cette Charlie et Pierre-Paul. L'auteure l'a vu autrement, Charlie a disparue, Pierre-Paul a grandi, Clara s'est interrogé.

Mais malgré ma déception, je le répète c'est un roman que j'ai aimé. Pas autant que toi, mais je l'ai aimé.

Anonyme a dit...

Merci Venise. La couverture de ce roman me questionnais, m'intriguais. Je suis content de connaître ton opinion là dessus. Ton billet est très senti, j'aime connaître ton vécu selon les parties de ta lecture.
As-tu lu les finalistes des prix des Libraires, j'en suis à mon troisième, je te conseille la fiancée Américaine, un délice!
Merci!
Dany Arsenul

Jeanmi a dit...

J'ai vécu exactement la même histoire. J'ai du me séparer de cette maison porte-malheur en la revendant à ma sœur. Je n'ai jamais osé écrire cette histoire. En réalité elle est souvent au cœur de certaines actions de mes livres, mais de façon subliminale, jamais explicite...

Venise a dit...

Dany : La fiancée américaine est le prochain titre que je recense. Assurément tout un bouquin !

Venise a dit...

Jeanmi : Merci de ce témoignage confirmant que Stéphani Meunier a frappé juste. Je ne sais pas si vous l'avez lu, mais si c'est le cas, l'histoire doit réveiller certaines de vos émotions à peine assoupies.