lundi 20 mai 2013

Jusqu'à plus soif de Salomé Girard

Point de départ de cette histoire, Alice, une artiste-peintre (Salomé Girard l’est également) reçoit une invitation à des retrouvailles avec ses collègues des beaux-arts. Elle est bouleversée par ce retour forcé dans le passé qui éveille des souvenirs qu’elle croyait, ou voulait, enterrés. Elle en parle avec Sésame, son chat, un personnage haut sur pattes et en importance. Des dialogues nourris s’échangeront, à qui Alice prête une palette entière d’émotions. Sésame endosse les rôles de philosophe et de confident thérapeute et lui répond intelligemment.

Fait contrastant et un peu étrange, pendant qu’elle dialogue en abondance avec son chat, une plage de silence s’étend entre elle et Ludwig avec qui elle vit depuis dix ans. Ce silence nous fait sentir qu’il y a anguille sous roche. Tous deux tairont une question qui aurait pourtant dissipé le mystère qui imprègne le récit.

Salomé Girard opte pour des allers-retours entre passé et présent, en alternance des chapitres. À mesure que les excursions dans le passé s’allongent et se précisent, le roman prend du tonus, les séances de dialogue entre Alice et son chat étant plus langoureuses que dynamiques. Le style littéraire sensuel, un peu plaqué, où le temps s’écoule en douceur, plaira aux amateurs de relaxation. L’intrigue reste mince : Alice sublime-t-elle son passé ? Rencontrera-t-elle Élie-Naïde, une femme qui l’a marquée, à ces retrouvailles? L’amour tranquille de l’artiste-peintre pour son conjoint résistera-t-il, admettant qu’Élie-Naïde se pointe à cette rencontre ?

J’ai pris plus de plaisir aux flash-back, les personnages jeunes mettant un peu d’action. On y découvre une Alice influençable et impressionnable, qui déjà tait ses émotions, mais qui se bat avec les premiers grands événements d’une vie : amour, mort, amitié. L’auteure rend bien la solidarité d’un groupe d’amis où les liens deviennent indissociables pendant les études.

Salomé Girard manie avec désinvolture un style intimiste et offre au lecteur un face-à-face avec un « je » contemplatif. J’y vois une arme à double tranchant ; si les affinités sont faibles avec le personnage central, le lecteur ne pourra pas se rabattre sur d’autres personnages. Ceci concerne les chapitres « au présent », dont la lecture a fait naître en moi des envies d’entendre du bruit et de voir des personnages s’activer.

J’accorde plein crédit à l’auteure de s’être donné certaines permissions, dont celle-ci assez particulière ; le personnage laisse parfois la parole à l’auteure qui observe le texte : je la [une phrase] jetterai peut-être à la relecture.

Une histoire qui pousse à fond le style intimiste et une approche raffinée des histoires d’amour entre personnes de même sexe.

6 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Moui....ché pas....m'apparaît nébuleux, ce truc là.....bref, il ne m'inspire pas.

Karine:) a dit...

Moi, l'idée de l'auteur qui s'implique à l'occasion m'intrigue au plus au point. Du coup, je note.

amicalsupport a dit...

Je suis pas mal intriguée, également. Ils l'ont, à la bibliothèque...

amicalsupport a dit...

J'ai lu le livre. La trame de ce livre est assez particulière; la plus grande partie du récit se situe entre la nouvelle qu'il y a des retrouvailles de classe et le jour effectif de la rencontre. Alice a-t-elle trop embelli ces années avec ses condisciples et amis; les moqueries de Ludwig ont pour effet de la faire réfléchir sur qui elle est ce qu'elle attend de ces retrouvailles.

Venise a dit...

amicalsupport : Très bon résumé. J'ai été un peu étonné que tu sois attiré par ce titre. En fait, je me suis demandé pourquoi.

Merci de ta contribution.

amicalsupport a dit...

Ça n'est pas tant le titre, ça a été d'abord le nom de l'auteur, Girard, comme Mélanie Girard, que j'ai connue toute petite et que j'aime tellement. Et puis le sujet, j'ai moi-même fait un mois en arts; et puis, il y a eu des retrouvailles l'an dernier à mon école secondaire, alors ça me rejoint; c'est vrai que les retrouvailles ça ramène au passé, ça fait penser beaucoup. Les retrouvailles que j'ai vraiment vécues c'est quand je suis revenue vivre il y a trois ans à Giffard, un quartier de Québec où je vivais il y a un peu plus de trente ans, ça m'a jusqu'à un certain point rebranchée, c'est là que j'ai connu Mélanie, mes cousines demeurent pas loin.