dimanche 20 octobre 2013

Le vent en parle encore de Michel Jean

Quel merveilleux titre ! Pas seulement pour ce qu’il charrie de poétique, mais pour sa justesse. Une fois le roman reposé, je l’entends encore siffler lugubrement, ce vent, fouetter les murs de cette prison nommée pensionnat, par les représentants du gouvernement, aux parents des Inuits pour leur arracher leurs enfants.

Cette histoire nous rappelle une mauvaise farce, qu’on aimerait effacer, de ces enfants autochtones pris en otage au nom du savoir, arrachés à leur famille pour aller s’instruire, se civiliser, se convertir. Et dans un fort, le Fort Georges, sur une île située au bout du monde.

Dans cette histoire romancée qui part de faits réels, Michel Jean approche de son viseur trois adolescents de quatorze ans aux caractères différents ; un garçon Thomas, l’étrange, les amies d’enfance, la courageuse Virginie et la vulnérable, Marie.

À l’arrivée dans un nouveau lieu (le pensionnat Fort Georges), quand la première chose que l’on fait est de retirer ton nom pour le remplacer par un numéro, de te battre parce tu ne comprends pas assez vite, de t’interdire de parler ta langue, le ton est donné. L’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère mais avec la frappe d’une masse. Tous les genres d’abus y passent, condensés qu’ils sont dans l’histoire de ce trio solidaire qui tente de se défendre tant bien que mal. Je me suis prise à espérer que dans la vraie vie ce fut un peu moins terrible, que ces horreurs documentés se soient étalés sur une période plus longue que l’année vécue du roman. Nous vivons en direct, sans filtre, les injustices, les mauvais traitements, le manque de soin et de nourriture, les tâches ingrates, divers sévices corporels pas loin de la torture, les prêtres dictateurs ou, d’autres, carrément maniaques sexuels organisant des orgies au dépend des élèves.

Ce qui fait que j'ai apprécié les moments d’accalmie, entre les allers et les retours du présent (2008) au passé (1936) lorsque l’objectif s’arrêtait sur Audrey Duval, l’avocate ne démordant pas de sa mission : retrouver un à un les absents de la liste pour leur apporter un dédommagement financier, ou à tout le moins du réconfort.

Si Michel Jean a voulu déterrer les vestiges d'une calamité pour les remettre à la lumière du jour, exploit réussi. Nous verrons en pleine lumière les visages de ceux qui n’oublient pas, je pense particulièrement au personnage de Marie. L’argent et le regret ne rachètent pas, ni ne réparent, mais que l’on apprenne les faits, que cesse tout semblant de conversion à une vision élue vérité.

Vous l’avez compris, le propos est dur, le lecteur doit se réveiller, on ne prend aucune chance qu’il ne comprenne pas. Heureusement, la touche magique du romancier fait l’offrande de la solidarité, de l’amitié indéfectible, de l’amour passion chez trois adolescents. Du miel parfumé et onctueux pour faire avaler l’amère pilule.  

5 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Oh! ça, c'est un livre pour moi, c'est clair ! c'est un épisode historique si terrible...ici, des choses de ce genre se sont passées aussi....des femmes des Antilles à qui on a dit leur enfant mort ( à la naissance), quand on les faisait adopter dans les campagnes reculées de métropole....chaque pays porte sa croix, hein ?

Pauvres petits que ces enfants qu'on déracina ainsi....

Karine:) a dit...

Pour moi, c'est un roman extrêmement fort. Je suis ravie qu'il ait aussi su te toucher!

Suzanne a dit...

Très bientôt je vais le lire et il me tarde vraiment.

Belle journée gentille dame.

Les Perroquets de la place d'Arezzo a dit...

Excellente lecture à tous. Cet ouvrage est fort intéressant.

Serète Louise a dit...

J'aime beaucoup ton billet. Je note ce titre.