mercredi 7 mai 2014

Les blondes de Emily Schultz

Suite à l’écoute de Danielle Laurin lors d'une entrevue à Radio-Canada, une forte envie me prit de lire ce roman. Son ton enthousiaste y a été pour quelque chose mais aussi l’inépuisable sujet de l’apparence chez les femmes.

Abandonnée dans un chalet, l’étudiante Hazel à son 8e mois de grossesse se regarde le nombril et raconte à son bébé l’histoire abracadabrante de son avant conception. Le récit, sur un ton franc et sans détour, nous parle du père du bébé à naître, d’un séjour à New York pour rencontrer un mentorat pour sa thèse et son intention de se faire avorter. « Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? » est un des clous de l’histoire de la jeune femme qui, comme par hasard, mène sa maîtrise en esthétologie.

Déjà, la description serait suffisante pour nourrir un roman ordinaire quant en fait le principal est encore sous silence ; l’apparition soudaine d’un virus attaquant uniquement les blondes, les transformant en femmes hystériques et agressives. Ce mystérieux virus frappe n’importe quelle blonde et n’importe quand. Comme tout bon virus, il est contagieux et un pic de la contagion est à New York où se trouve justement Hazel. Elle est rousse, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit saine et sauve. Son séjour à New York sera entravé de différentes manières, au point d’avoir à subir une quarantaine parmi une bande de femmes surveillées par ni plus ni moins que l’armée. Comme je l’ai laissé entendre, même sans le virus, l’histoire a de l’étoffe par la subtilité des relations : la maîtresse et la femme légitime, le professeur et ses élèves de sexe féminin, l’étudiante et le mentorat et deux amies très près une de l’autre.

Le fabuleux virus et la crise sociale disjonctée qu’il entraine crée nombre de situations abracadabrantes. Sur la quatrième de couverture, on parle de roman horriblement drôle, je mets la pédale douce car, pour moi, ce n’a pas été aussi drôle. Bien entendu, les sens de l’humour sont aussi indiscutables que les goûts mais à mes yeux, les scènes de femmes hystériques qui mordent, griffent, crient ne me font pas rire. J’aime la satire mais quand ça tire trop sur l’exagération, ça tiédit mes ardeurs. Devant les premières crises de paranoïa sociales aigües, j’ai réagi mais arrivé à la vingtième, pas mal moins. Un peu comme du caramel brûlé, quand on commence à en manger, le goût est succulent mais après vingt rôties inondées, on se lasse. L’idée de se moquer de nos paranoïas sociales est excellente, et stimulante, en autant qu’on ne perde pas de vue le message soulevé ; l’apparence de la femme, surface mince et craquante.

Il y a de belles montées dramatiques, du rythme, le roman est touffu de personnages, de lieux, d’émotions extrêmes, le ton est jeune, disjoncté, audacieux, avec des rebondissements hauts en émotions. Alors, si vous ne faites pas d’allergies aux excès et exagérations et qu’au contraire, vous les savourez, vous ne vous ennuierez certainement pas. Personnellement, j’aurais plutôt opté pour une couche supplémentaire de profondeur.

Quitte à me répéter, je l'affirme, malgré la présence de quelques sauces qui s’étirent, le roman vaut sa lecture, ne serait-ce que pour la saveur des relations entre personnages.

4 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Ah, une petite lecture légère et distrayante à emporter à la plage, alors ?

Venise a dit...

À peu près ça, Anne, si on y rajoute un petit plus.

Merci de ton assiduité, tu es le pilier qui soutient la réalité interactive du Passe-Mot :-)

Karine:) a dit...

J'ai failli le prendre au salon du livre de Québec. Je le garde en note!

Topinambulle a dit...

Ma cousine est en train de le lire ;)

Je crois que j'aurais préféré « Vive le naturel » comme titre. Ce que tu dis sur l'apparence des femmes me rejoint, vraiment beaucoup ! Mais, je ne sais pas si le ton du roman me plairait.