samedi 20 septembre 2014

Charlotte et la mémoire du coeur - Lorraine Desjarlais et Jean-Pierre Wilhelmy

Toujours le trac m’étreint quand j’aime beaucoup un roman. Je tiens à lui rendre justice mais en évitant d’entrainer dans le sillon de mon enthousiasme des lecteurs pour qui ce n’est pas le genre d’histoire. Pour apprécier ce roman de 553 pages, Charlotte et la mémoire du coeur, il faut aimer les histoires d’amour complexes, pas celle à l’eau de rose, puisqu’elle se déroule en temps de guerre à la fin du XVIII° siècle. Si vous prisez un fond de vérité historique et des portraits de femmes audacieuses, qu’on traiterait aujourd’hui de féministes, vous avez quelques prérequis pour passer des heures captivantes à découvrir la vie de Charlotte et ses nombreux enfants.

Charlotte est une baronne Allemande, son mari le baron Friedrich von Riedesel est un militaire haut gradé qui doit partir au Canada en mission, longue ou brève c’est la vie qui en décidera, pour rapporter de quoi faire vivre noblement sa femme et ses enfants. Ce couple s’aime passionnément mais les règles de vie de l’époque exigeraient que Charlotte reste à attendre le retour de son mari. Elle n’en supporte pas l’idée, elle mettra tout en oeuvre pour le rejoindre, quittera son confort de bourgeoise et, faut-il le dire, mettra du coup en péril la vie de ses fillettes dans ce voyage intrépide. Les embûches seront nombreuses et surprenantes; traitrise, attaques de brigands, crise des domestiques, conditions de vie rudimentaire, avant même d’avoir rejoint son mari qui pourtant veille de loin au confort de sa famille.

Le duo d’auteurs ont su garder le cap sur une héroïne féminine en temps de guerre, ce qui est déjà un exploit en soi, et y ont ajouté des personnages colorés et crédibles avec leurs propres intrigues. J’ai particulièrement aimé celle du bras droit du baron pigé à même les fugueurs, et l’artiste-peintre, la gouvernante des fillettes du couple. Le fait que Charlotte soit servie par différentes personnes et son mari également entraine un thème exploité de façon intéressante ; la loyauté. Les histoires d’amour, de pouvoir, d’art et d’érudition s’entremêlent à l’intrigue principale.

Une approche nouvelle pour moi ; la vie d’un militaire abordé comme un travail. En ce siècle, c’était un métier comme un autre, pas toujours une vocation, ce que j’ai conclu en voyant le baron en action. Général des troupes allemandes chargées d’aider l'armée britannique dans une lutte contre les révoltés américains, il ne prisait pas cette mission loin de sa famille, malgré son génie militaire. Il l’a acceptée par devoir et pour toucher des gages substantiels. Tout au long du récit, on ne perd pas cette notion de travail, le baron, général de guerre, y revient souvent. 

Charlotte est venue chercher mon admiration, d’une page à l’autre, pour son audace jamais démentie, son art de travailler par en-dessous, manipulant pour arriver à ses fins, sa débrouillardise, sa créativité, sa détermination. J’ai cru à son histoire d’amour, elle a nourri mon cœur de la première à la dernière page. Ce n’est pas si courant pour moi qui suis difficile pour encenser les histoires de couples.

J’ai trouvé peu de critiques de ce roman édité une première fois en 1998, certains ont mentionné qu’il y a une histoire d’amour sur fond de plusieurs scènes de guerre. Ce qui n’est pas faux, mais rarement je les ai trouvées longues et ardues tellement j’ai fait miens ses objectifs, suivant de près les stratégies, les pertes, les gains, maugréant devant les mauvaises décisions du supérieur du baron, le général en chef, aveuglé par une femme fourbe.

Histoire d’amour intense et d’une grande noblesse, si forte, plus que la vie.

Charlotte et la mémoire du coeur
Auteurs : Lorraine Desjarlais, Jean-Pierre Wilhelmy
Mai 2014 - 553 pages

Septentrion - Hamac Classique

9 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Moui, faut voir....ça pourrait commencer " bof" et finir " ouah !" - il y a des livres comme ça.

En ce qui concerne le " métier des armes", il ne faut pas perdre de vue les traditions de la Noblesse européenne : l fils aîné succédait à son père et devait faire fructifier le patrimoine familial, il était donc formé aux affaires. Le suivant était donné " aux armes" ( vocation ou pas), car la Noblesse ETAIT le pays. Enfin ( car il mourait beaucoup d'enfants), s'il venait un troisième fils, vocation ou pas il allait à l'Eglise et entrait dans les ordres - même pour y tenir sa soutane entre les dents.
La vocation n'était pas un idéal nobiliaire. Et les armes ou l'Eglise n'étaient pas des métiers, mais un état de la personne, où il convenait de faire son devoir, et honneur à son nom.

Claude Lamarche a dit...

J'en connais une qui va aimer: Louise Falstrault, descendante du soldat allemand Heinrich Faulstroh.

Paul-André Proulx a dit...

Oeuvre publiée d'abord en 1999 par Libre Expression.

Nomadesse a dit...

Ah oui, c'est le genre d'histoire qui m'intéresse ça. :)

Venise a dit...

Tu as étudié le sujet, Anne ! C'est précis.

Je suis retourné voir l'organigramme des familles au début du roman et malheureusement, il n'y a pas le rang d'arrivée du général.

Tu vas me dire, fais un recherche et peut-être vais-je la faire.

Merci pour ton intérêt et les infos !

Venise a dit...

Claude : Elle risque un intérêt supplémentaire, en effet. J'espère que tu te risqueras, Claude, je crois bien que tu y trouverais ton compte.

Venise a dit...

Paul-André : Sur la quatrième de couverture, on parle de 1998, voilà pourquoi c'est l'année que j'ai inscrite dans mon billet. C'est en effet Libre Expression.

Venise a dit...

Nomadesse : Ah oui ? Tes goûts ratissent larges, chère compatriote de la lecture !

Suzanne a dit...

Je sens que je vais aimé d'autant plus que ce que j'ai lu de Jean-Pierre Wilhelmy (même à quatre mains) m'a plu. Alors je note ;-)