mardi 29 novembre 2016

Journée de récolte

Anne-Brigitte Renaud, auteure & éditrice
Dimanche fut une excellente journée pour Marsi et moi. Il en faut de ces jours vécus comme des encouragements évidents, qui nous disent à voix haute que nous sommes sur la bonne voie.

Michèle Plomer, auteure & éditrice
C’est la littérature qui a remercié les artistes que nous sommes, par l’intermédiaire de deux éditrices et auteures : Michèle Plomer et Anne-Brigitte Renaud. Je vous explique comme cela s’est passé.
Ces deux femmes ont décidé l’an passé de se lancer dans la grande aventure de l’édition, mettre en livres des œuvres qui se démarquent aux Éditions qu’elles ont nommées « Chauve-Souris ». Comme on n’est jamais mieux servis que par soi-même, elles ont commencé par une œuvre de leur cru « Sueurs froides » et suivait cette année le premier titre d’une jeune auteure estrienne du nom d’Annie Lagrandeur.

Annie Lagrandeur - Auteure
Hier, c’était donc son lancement à la Maison bleue près du Parc Howard à Sherbrooke. L’Association des auteures et auteurs de L’Estrie niche dans ce bâtiment et c’est eux que l’on doit remercier pour cette superbe idée d’organiser des lancements brunchs à 11 h 00 les dimanches (relâche l’hiver). Mais ce n’est pas tout. En plus d’offrir les lieux, trois grandes pièces, on demande aux organisateurs de l’évènement d’inviter un artiste. C’est là que Marsi entre en scène puisqu’il a été l’invité de ces dames.

Nous avons naturellement assisté au lancement de « La charmeuse de vent », un premier roman né après un séjour en Chine et au Japon. « Annie Lagrandeur explore l’âme d’un jeune Québécois amoureux d’une Chinoise aussi difficile à saisir que le vent ». On remettait avec chaque exemplaire une plume… À la lecture, nous découvrirons probablement le sens de ce geste.

Marsi entouré de son ours et son orignal
Voici un porc-épic marsien !
Pour Marsi, cinq chevalets étaient installés dans la pièce d’entrée où cinq tableaux animaliers jetaient leur énergie paisible. C’est que depuis un an, mon bédéiste préféré se plait à faire naître des animaux à la plume, où les infimes détails côtoient les masses pleines. Comme je lui dis souvent, je crois bien qu’il a trouvé sa ligne ! Se crée un contact entre l’œuvre et celui qui la regarde car vous êtes plusieurs à adopter ces bêtes stylisées. Hier, la magie a opéré puisque quatre œuvres se sont vendues, voilà pourquoi je parle d’une journée de récolte pour nous.

Les yeux fermés sur leur monde intérieur.
Un perroquet - Un boa

Ça faisait bien du monde heureux hier.

mercredi 16 novembre 2016

Mission Katy Cosmik ou retour de Venise

Je suis un peu gênée... nerveuse en tout cas. Malgré la réputée citation; charité bien ordonnée commence par soi-même, je suis gênée de rouvrir Le Passe-Mot avec une de nos créations « Mission Katy Cosmik ». J’ai longuement réfléchi, trop, va s’en dire. Avec quel article renouer avec Le Passe-Mot, avec vous mes lecteurs ?

J’ai vécu un mois et demi sabbatique et je vous l’ai fait vivre sans le moindrement vous en aviser. Je n’ai pas trouvé cela chic de ma part. Mais que voulez-vous, il arrive parfois dans cette vie pas toujours facile que nous nous sentions coincés, gelés, ou peut-être simplement lasses et épuisées.

C’est bien sûr ce qui m’est arrivé mais plus encore; j’ai subi une deuxième chirurgie en un an. Disons que j’en ai ma claque du médical ! Si encore le médical ne venait pas tempérer mon goût pour la lecture. Depuis un mois, je ne lis plus. J’ai recommencé hier soir. Bais oui, hier soir. Pour cela, j’ai dû me pardonner la dizaine de livres qui attendent d’être commentés et pour lesquels, ô calamité, je n’ai pris aucune note. Oui, aucune note, là j’avoue que ce n’est pas l’idée du siècle. Habituellement, j’aime faire passer une histoire romancée par le filtre du temps ; qu’est-ce qui m’en reste après 1 ou 2 mois ? Mais là, certains, ça fait 3 mois, si ce n’est pas 4.

Comment vais-je les aborder ? Je ne peux pas présenter une critique en bonne et due forme, non. Je donnerai mes impressions. C’est différent, des impressions. Une critique doit inclure l’ensemble de l’œuvre, les impressions peuvent exposer le plus, ou le moins frappant. J’irai ainsi pour les dix prochains titres, après je reprendrai ce que je juge comme de bonnes habitudes ; prendre des notes et faire un effort d’englober l’œuvre.

Avec des impressions, il se peut que certains commentaires soient courts. Ça peut paraitre injuste. Quand on aime une œuvre, de dire qu’on l’a aimée en peu de mots passe très bien, cependant quand on ne l’a pas aimée, le communiquer en peu de mots peut être vu comme un manque de respect. Je le conçois, de là mon malaise et de là les excuses que je présente ici sans ambages.

Ouf… Je me sens un peu soulagée. J’ai descendu la barre, vous savez cette barre que l’on se place haute parfois ? Nous, les dévoués blogueurs bénévoles devons vérifier où est placé cette barre pour arriver à continuer. À persister dans le plaisir.

C’est quand même impressionnant de voir que Le Passe-Mot a roulé sans moi pendant un mois et demi. Avec presque autant de visiteurs, c’en est troublant et même touchant. La bestiole vit sans sa nourricière, n’est-ce pas beau !

Je suis de retour. Je ne dirai pas pour de bon, car on ne sait jamais ce que le mauvais a à dire. Il s’exprime comme il veut et comme il peut.

N’empêche que Mission Katy Cosmik, l’œuvre de Marsi et de moi (oui, oui, mon nom y est) est sur les tablettes des librairies et même ce vendredi et samedi, nous serons côte à côte au Salon du livre de Montréal.

Kiosque Québec/Amérique-Stand 260

Vendredi : 13 h à 14 h
Samedi : 11 h à 12 h

J’espère que vous viendrez nous voir. Nous jaser ça.

dimanche 2 octobre 2016

Télésérie d'Hugo Léger

Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, du même auteur, j’avais placé « Le silence du banlieusard », premier de mon top 10 en 2013. C’est dire que j’avais des attentes face à ce titre.

Vous savez combien nous, les Québécois, sommes friands des téléséries. Hugo Léger s’approche de cette réalité, à sa façon, par le biais du vedettariat. Un homme simple et pas seul, avec une conjointe qu’il aime, tombe en amour de la vedette d’une télésérie très populaire. C’est un peu gênant pour lui, il se prend au jeu au point tel qu’il cache de sa conjointe pour savourer sa vive émotion, face à face avec son téléviseur. Il aime tout de cette vedette, qui incarne à l’écran une procureure, et s’imagine qu’ils ont des atomes crochus. On le voit fortement entiché, pas loin d’être hypnotisé.

Cet homme pratique le métier rare et inusité de comportementaliste canin. Son travail l’amènera à côtoyer cette vedette sacrée de l’écran.

J’ai beaucoup aimé le début de l’histoire lorsque l’homme est ensorcelé par les images envoûtantes d’un écran. L’amour qui paralyse, qui donne un choc ramène à une émotion que nous avons déjà presque tous déjà éprouvée : l’idolâtrie. Qui n’a pas à tout le moins déjà voué un amour démesuré et déconnecté pour une personne loin de soi : chanteur, animateur, comédien, magicien ? Être un fan, n’est-ce pas cette émotion mais en plus mesurée ? Cette partie du roman contient sa part de magie et de mystère, lesquels j’ai appréciés.

J’oubliais de vous parler d’une audace de l’auteur : il a entrepris de nous décrire chaque épisode de la télésérie. Nous lisons donc une télésérie. Gros défi qu’il s’est donné puisque regarder du fictif à l’intérieur du fictif est un concept amusant mais qui ne tient pas nécessairement en haleine. Le lecteur ne perds jamais de vue, que ce qu’il lit est fictif et ne se laisse pas obligatoirement obnubilé comme le personnage de Xavier Lambert.

J’avais évidemment hâte de savoir qu’est-ce qu’il arriverait à ce Xavier : allait-il quitter sa conjointe pour un sentiment issu hors de sa vie ? Est-ce que le fait qu’il soit tombé éperdument amoureux signifiait qu’il n’aimait pas vraiment sa conjointe ? Était-ce, comme la croyance populaire le veut, nous commettons un acte extraconjugale parce qu’il y a déjà une fissure dans notre relation ? J’avais à cœur ces questions et les possibles réponses m’interpelaient.

C’était sans compter que l’auteur ne m’amènerait pas nécessairement dans ces dédales, en fait, qu’il serait même tenté de les contourner.

Revenons au fait que notre homme est comportementaliste canin, ce qui l’amènera à fréquenter la fameuse vedette de son écran. Celle-ci deviendra un être de chair et d’os, faisant partie intégrante de son quotidien. Je vous avoue ma déception. C’est comme si la magie avait disparu d’un coup de baguette. La sublimation s’est volatilisée et nous nous sommes retrouvés au cœur d’une banale histoire de trio amoureux. Le questionnement perdait du coup beaucoup de sa subtilité.

Et c’est sans compter que je ne sois pas arrivé à croire au métier du protagoniste principal. Je n’ai pas vu Xavier Lambert, incarnant un comportementaliste canin. Pour un roman qui aborde l’apport et la portée du fictif dans nos vies, ce métier est resté pour moi une mise en scène avec tout le côté artificiel que laisse parfois le fictif quand le rendez-vous est manqué.

Un roman concept, auquel on ne peut reprocher le manque d’audace mais qui, malheureusement, survole le thème abordé.

mardi 6 septembre 2016

Ça peut pas être pire de Nathalie Roy

Vous voulez prolonger votre été ? Voici le titre idéal pour le faire.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve à la couverture un aspect un peu vieillot, des années 60 ou 70. Je suis peut-être dans le champ mais c’est ainsi que je la perçois. Eh bien, ma surprise a été de réaliser combien ce roman est moderne.

Il s’agit de Valéry Aubé, jeune femme de 34 ans, qui vient de perdre son emploi dans le secteur de la mode, gérante de boutique pour tout vous dire. J’avoue avoir été contente de la voir se diriger ailleurs. Je n’avais pas vraiment le goût d’errer dans la fripe et les bijoux, de survoler pendant tout un roman le domaine de l’apparence. Oui, je l’avoue, j’avais peur de tomber dans la superficialité. Pour moi, avec tout ce qui fraye avec la chick lit, c’est un risque.

Nathalie Roy m’a encore surprise. Tous les ingrédients y étaient ; une fille sensible aux beaux mâles, une ambitieuse en vacances, une rigolote placée dans des situations qui ne la mettent pas à son avantage, sa meilleure amie de fille qui finit par apparaitre dans le décor. Une femme qui adore son père, déteste sa mère. Il me semble que les ingrédients peuvent mener à du assez convenu. Et pourtant ! J’ai été quelques fois déjouée et surtout j’ai cru à cette femme qui est sortie de son état de papier, devenant un être humain en chair et en os. S’est profilé progressivement un bel équilibre entre ses limites et ses élans, ce qui finit par rejoindre la plausibilité. L'auteure manie l’art de prendre un personnage, nous le présentant afin que l’on s’en fasse une amie. Tout faire pour qu'on s’y attache. Et comme dans la vie, cela se déroule progressivement, et donc, plausiblement.

On m’a parfois prise par surprise, ce que bien sûr, j’adore. Autant j’ai été surprise, autant j’ai reçu de confirmations de mon intuition et de mon sens de la déduction : kif-kif.  Mais de savoir de quoi il en retourne ne retire pas nécessairement le plaisir, c’est parfois rassurant et réconfortant dans notre monde où il arrive que la pelouse nous soit retirée de sous le pied.

Où se plante l’action de notre chère valeureuse Valéry ? À Magog. Bais oui, exactement où j’habite ! Par contre, elle habite cette ville touristique le temps des vacances. Elle vit une situation précaire. Elle a loué un chalet d’un vieil homme qui la connait depuis l’enfance. On est loin du grand confort ou du luxe, je vous l’assure.

Il sera également beaucoup question de vin, pas parce qu’on se saoule allègrement mais parce qu’on le fabrique méticuleusement. Professionnellement. Et notre Valéry s’en mêlera, son amie et des beaux mâles. Il y a vraiment de quoi s’amuser, se distraire, assimilant mine de rien quelques messages d’affirmation de soi. Belle quête de maturité.

Jusqu’à date, je n’ai pas encore été déçue par cette auteure. 

vendredi 19 août 2016

Volet adolescence aux Correspondances d'Eastman

G. Catherine Desmarais
D. Amélie Boivin-Handfield
Les Correspondances d’Eastman ont tenté une première approche auprès des adolescents avec le volet « Raconter entre deux âges », animé par Amélie Boivin-Handfield.

Le format se présentait en 3 parties :

1. Entrevue avec Catherine Desmarais, auteure de la série Cendrine Senterre publiée aux Éditions Michel Quintin. Jeune femme qui habite Sherbrooke, professeur de littérature au CEGEP de Drummondville, elle a puisé dans sa propre adolescence pour son personnage d’adolescente. Celui-ci a connu l’anorexie, entre autres sujets typiquement « ado ». Le troisième tome est dans la couveuse, c’est dire que le personnage de Cendrine a su captiver les jeunes. Je n’en doute pas car l'auteure a le cœur jeune, c’était évident lors de la brève entrevue. Une demi-heure, ça passe ultra rapidement.

Jean-Vincent Roy
2. Exposé de l’historien Jean-Vincent Roy qui poursuivait le but de tout nous montrer sur les procédés créatifs de production dans le monde du jeu vidéo. Il a échangé à peine cinq minutes avec l’animatrice et, ensuite, il a débuté son enseignement, vidéo et baguette en main, le souffle court, tellement il se pressait de nous expliquer les schémas. Cet univers aurait mérité minimum une heure. Ce fut dérisoire pour l’assistance et souffrant pour notre historien. Il est dommage que l’entrevue n’ait pas duré toute la demi-heure. Ses anecdotes d'historien qui oeuvre pour rendre hommage à la véracité des jeux étaient suffisamment riches pour la remplir. Nous avions affaire à un métier inusité et on aurait dû s’y arrêter.

Un homme lucide est un homme qui voit même les yeux fermés
3. Entrevue avec Patrick Sénécal : Le dessert. Et il s’est savouré longuement. La rencontre devait durer une demi-heure, elle s’est prolongée au-delà d’une heure. Un cadeau que l’on a voulu offrir à ses fans, j’imagine. Je me suis dit, pas besoin de prendre de notes, c’est bref une demi-heure… eh bien, aujourd’hui, je dois me soumettre à ma mémoire.

Ce qui m’a frappé est son implacable lucidité qui l’entraine inexorablement sur une voie critique. Voici, en quelques mots, l'effet que m'a fait l'homme.

J’avoue, ô calamité, n'avoir jamais lu un de ses romans, seulement certaines nouvelles, que j’ai toujours trouvées excellentes d’ailleurs. Pourquoi ne pas le lire ? Par peur d’avoir peur, d’être dégoûtée, d’être bouleversée. Aujourd’hui, je suis prête à le lire. Après l’avoir entendu, je suis rassurée. La violence de ses romans n'est pas un moyen facile et sensationnel d'attirer certains lecteurs. C’est pourtant tentant la facilité. Par exemple, il a une facilité à écrire des scènes de meurtres où il y a de la violence. Bonne raison alors de mettre la pédale douce. Il n’accepterait pas que ça devienne un défoulement, à commencer pour lui et ensuite pour les autres. Il prime la loyauté à l’égard de son histoire, c’est elle qu’il doit honorer. En tout cas, il m'en a convaincu. Faut dire qu’il est saprément convainquant ! Probablement parce qu’il est honnête. Je ne l’ai jamais senti là pour leurrer ou beurrer épais.

Je vous jure... qu'il a ouvert les yeux pendant l'entrevue !
Il ne fait pas dans la dentelle, c’est un homme direct qui ne glousse pas de plaisir quand on le complimente. Par exemple, l’animatrice qui se faisant une gloire de bien le connaître, se demandait comment cela faisait-il qu’il n’y avait pas plus de films tirés de ses romans. D’après elle, le succès financier était absolument certain en additionnant tous ses lecteurs fans. Eh bien, non, c’est l’auteur qui a mis le pendule à l’heure. Qu’est-ce que 2,000 lecteurs fans… et iront-ils tous voir le film ? Ne nous emballons pas, il reste un risque financier, nous ne sommes pas aux USA.

Justement, c’est un homme qui ne s’emballe pas. Il écrit par nécessité, sinon il exploserait, c’est la conclusion que j’ai tirée. Il écrit du matin jusqu’à environ 15 h 30 mais lorsqu’il enseignait en même temps, les heures qu’ils attrapaient au fil de la vie devenaient extrêmement précieuses. Il a un souvenir clair de ce temps-là. Je gagerais qu’il a conscience d’être chanceux de vivre de son art au Québec. Mais précisons. Il y a, oui, une part de chance mais, surtout, il y met du sien. Vous pensez que sa longue expérience et son assurance lui permettent de relâcher sa vigilance ? Eh, que non ! Il pond quatre versions de son œuvre. Et à chaque version, c’est le tour de telle ou telle personne de la lire. Par exemple, sa femme (dans la salle), très précieuse critique, lit la deuxième version. Elle connaît son œuvre, elle connait l’homme et est dotée d’un sens psychologique probablement développé vu sa profession de psychologue. Son rythme ? Une publication par année, ce que son éditeur respecte.

J’ai beaucoup apprécié cette rencontre à la consonance vraie et généreuse. Presque chaque personne dans l’assistance a pu poser sa question. Je suis cependant déçue que Patrick Sénécal n’ait pas été invité sous la tente Québecor à un Café littéraire. Je détache les syllabes « lit-té-rai-re ». Pourquoi a-t-il été relégué au volet adolescence ? Ses lecteurs sont loin d’être seulement des adolescents ou même la jeune vingtaine. Il rejoint tous les âges et son art n’en est pas un à part. Je souhaite qu’il soit réinvité. Il en a long à dire, est un auteur extraverti et franchement articulé. On ne s’ennuie pas une seconde en sa présence.
N.B. : Je tiens à préciser que je ne vous ai rendu qu’un cinquième de tout ce qu’il nous a donné à cette soirée cadeau.  

mardi 9 août 2016

Les cocasseries des Correspondances d’Eastman (en vrac)

Voici cette petite récréation avant la poursuite de mes comptes-rendus de Cafés littéraires. Je vous ai colligé des cocasseries en vrac.

Marsi - Photo Martine Doyon
Patrick Sénécal
Photo : Karine Davidson-Tremblay
Un bédéiste fait dans l’horreur
Pendant que j’étais à l’activité « Raconter entre deux âges », volet pour les adolescents, entre deux rencontres, je suis allé rejoindre Marsi qui était à dessiner dans notre auto. Il me dit tout de go, une dame est venue me voir et m’a demandé si j’étais Patrick Sénécal. J’ai tout à coup bien regardé mon chum réalisant que, en effet, il ressemble à notre spécialiste de l’horreur. On peut d’autant plus s’y méprendre que Patrick Sénécal était attendu pour la troisième rencontre*. *J'en parlerai sous peu

L’Apocalypse en retard
Après le Café « Apocalypse du paysage », ce fut la Grande entrevue avec Jocelyne Saucier. Vers la fin, à la période des questions, une averse s’est mise à tomber tellement fortement que même en gueulant dans le micro, plus personne ne s’entendait. Je me suis mise à rire en même temps que certaines autres personnes. Je ne sais pas si, comme moi, elles ont pensé que le grand succès de cette auteur est « Il pleuvait des oiseaux » et que nous étions au cœur du thème « Habiter le paysager ». En tout cas, la sensation était nette et limpide : nous habitions le paysage et il pleuvait des cordes.

Épreuves
J’ai voulu faire dédicacer « La fiancée du facteur » à Denis Thériault, cet auteur dont je tire une fierté de me prendre pour son ambassadrice. Je lui ai présenté mon exemplaire de presse qui était une épreuve hors commerce, où il est étampé à l’intérieur « Épreuves ». Il en n’avait jamais vu l'apparence, étant en Angleterre quand ils sont sortis. Il a comparé avec le vrai exemplaire et l’a trouvé très bien fait. Vous imaginez combien j’étais contente de lui montrer une nouveauté, les rôles étant enfin inversés !

Première fois
Lors du Café « Apocalypse du paysage », j’étais assise à côté d’une dame, une bibliothécaire. C’était sa première fois. Elle avait choisi le forfait du dimanche parce qu’il y avait une de ses écrivaines préférées : Jocelyne Saucier. Je suis toujours émue de rencontrer des personnes qui en sont à leur première fois, elles affichent une candeur, n’ayant aucune idée de ce qui les entend : une dépendance à vie. D’ailleurs, j’ai été reçu par une bénévole pour réclamer ma cocarde de presse et elle s’est empressée de me dire « C’est votre première fois, n’est-ce-pas ? ». Oui, c’est la douzaine fois que c'est ma « première fois ».

Le fictif, c’est vrai
Jocelyne Saucier, oui j’y reviens à cette grande dame de la fiction. Elle en a profité pour préciser, pensant probablement à la vague d’autofiction, qu'elle affectionne la fiction à l’état pur. Durant l’entretien, elle a tenté de convaincre l’assistance que des familles de 22 enfants, cela existe en Abitibi. « Cela existe, vous savez ! », nous assurait-elle en nous regardant. Quand est venu le moment des questions, il y eut trois personnes qui, à tour de rôle, se sont présentées comme étant nées d’une famille de 20 enfants et plus. L’auteure a écarquillé les yeux autant que les oreilles. Elle n’est finalement pas tant dans la fiction qu’elle le pense avec Les héritiers de la mine.

Verte jalousie

J’ai l’habitude de montrer mes photos en primeur à Marsi. Je les fais dérouler quand tout à coup, je vois ses traits se figer… je le regarde et regarde ce qu’il regarde : la chemise de Tristan Malavoy. C’est que Marsi est un animalier, ou un St-François d’Assise comme vous voulez, alors il a commencé à dessiner une collection d’animaux à la plume*. Du premier coup d’œil, vous allez comprendre pourquoi il s’est tout de suite dit : « Je veux cette chemise ! ».*je vous montrerai sa collection un de ces jours
Cocasseries picturales
Qui a une fleur dans les cheveux ?
Claudia Larochelle
Deux têtes valent mieux qu'une
Qui applaudit qui ?
Kim Thùy et Denis Thériault
Je lis debout
Attachons nos cheveux pour ...
... mieux entendre

dimanche 7 août 2016

Chemins et sentiers - Café littéraire des Correspondances d'Eastman

Animation : Sarah Rocheville – Invités : trois poètes dont deux, Tristan Malavoy et Corinne Larochelle qui se sont lancés dans l’écriture d’un premier roman. Tandis que Jacques Boulerice fait son petit bonhomme de chemin depuis les années 80 et a une vingtaine d’œuvres à son actif.
Œuvres sous la loupe :
Le nid de pierres – Tristan Malavoy
Le parfum de Janis – Corinne Larochelle
Un autre jour – Récit de voyage sur des bancs publics – Jacques Boulerice et Madeleine Ghys

Sachez qu’il y a un ingrédient essentiel à un Café et c’est le grain qui le fait âcre ou doux, profond ou léger : c’est l’animation. Sarah Rocheville avait non seulement lu les trois bouquins mais les avait passés à la moulinette. Elle les avait creusés et j’ai surpris quelques étonnements dans la figure des écrivains, ce que j’aime beaucoup. Elle a également décrit les trois styles ce qui a amené une cocasserie que je vous raconte ci-dessous. Quand l’écrivain nous entretient de son œuvre, il a le contrôle, mais lorsqu’on le lui en parle, il devient vulnérable et j’aime la voir exposée sur la scène, cette vulnérabilité qui fait d’eux des artistes.

Corinne Larochelle était très à l’aise sur la scène, avait certainement le goût d’être là et nous a rapidement parlé de sa mère. Mais pas suffisamment. Je crois qu’il faut lire Le parfum de Janis pour saisir qui était cette mère dont elle a dû faire œuvre de se détacher à l’âge de 40 ans. Oui, c’est ça, 40 ans, c’est dire combien cela s’annonce ardue sur le corps émotif. Si on amène le paysage dans l’histoire, elle a eu besoin de s’exiler pour atteindre cette manœuvre délicate. La beauté des paysages l’a aidé. Va savoir. Il y en a pour qui c’est le choc de la misère qui leur sert de déclencheur, pas elle. L’animatrice s’est tellement enthousiasmée sur ce titre qu’elle m’a certainement transmis le goût de le lire. 

Je dois le dire tout de suite, Tristan Malavoy était très en forme. Il parlait avec aisance de son œuvre, allait au-delà des questions, nous avions l’impression qu’il se sentait chez lui. D’ailleurs, ses parents étaient dans l’assistance. Cela m’a fait un bien immense de le rencontrer en dehors de son rôle d’animateur. Son rôle n’est jamais loin de lui et ça se voit. Remarquez, c’est très subtil, mais c’est un réflexe intérieur présent. Il a été touché de retrouver, à travers les sentiers Le portage des mots (je n’ai jamais le temps d’y mettre les pieds) un tangible nid de pierres pour représenter son œuvre. On a également abondamment parlé du ventre de bœuf, cette terre moelleuse qui aspire, un paysage crucial dans son premier roman.

Tristan Malavoy se questionne car il a l’impression de tomber quand il n’écrit pas. Pourquoi se casser la tête à écrire le paysage au lieu de le contempler ? Il doit insuffler de la vie à ses paysages intérieurs, sinon il se dessèche avec eux.

La cocasserie a éclaté dans toute sa splendeur. Je vous raconte. Sarah Rocheville, une animatrice qui se mouille jusqu’à l’os, a décrit chaque style, avançant entre autres à Corinne Larochelle : « Votre écriture n’est pas jolie ». Ça passe drôlement mais personne n’a rien dit. Elle le répète à Tristan qui sort un gros « Pardon ! » sur un ton faussement offusqué. L’assistance éclate de rire. Une fois au tour de Jacques Boulerice de parler, celui-ci prend les devants et annonce « Mon écriture n’est pas jolie ». Ce fut le délire de rire sous le chapiteau. C’est devenu la blague récurrente. L’animatrice s’est défendu le mieux qu’elle pouvait : c’est le plus beau des compliments à ses yeux. Tristan Malavoy a suggéré de changer le mot jolie pour fleurie.

Nous n’en sommes pas à la seule bévue, en autant que l’on nomme bévue ces étonnants accidents de parcours. La deuxième arrive directement de la bouche de Tristan Malavoy qui discourait sur ce qui est littéraire et ne l’est pas, avançant que personne ne veut écrire des « cartes postales » quand, tout à coup, Jacques Boulerice arrive avec un « quoique … » et montre les cartes postales qu’il avait entre les mains. 

L’œuvre de Jacques Boulerice est faite de 52 cartes postales. Elles ont été envoyées à 52 personnes en 52 semaines. Des photos de bancs publics les accompagnent. Cette œuvre très accessible, pourtant dans les beaux livres, m’attire. Monsieur Boulerice est un homme qui réagit par images, ce qui en fait un homme d’anecdotes. Les anecdotes qu’il a choisi de nous raconter venaient toujours combler ou compléter ce qui venait d’être dit. Je me souviens d’une phrase lourde de sens « On écrit pour s’assurer de la présence de l’autre » … N’est-ce-pas ?

Notre animatrice intense, tenant à approfondir le thème des Correspondances Habiter le paysage, revenait inlassablement avec cette question : Qu’est-ce que le paysage ? Les auteurs ont même eu l’audace de dire qu’il n’y a pas de paysage sans artistes. Heureusement, avec les questions et remarques de l’assistance, nous nous sommes entendus pour un paysage vaste (tout serait un paysage !) qui n’existe pas vraiment sans celui qui l’observe. On a également parlé d’encadrements. Nettement, l’écrivain encadre le paysage, décide du début et de la fin, le découpe et en fait un tableau. Je l’ai compris à peu près ainsi mais sûrement que d’autres l’expliqueraient mieux que moi.
En tout cas, ces questions méritent réflexion et voilà pourquoi Les Correspondances d’Eastman sont si intéressantes. Nous partons avec dans notre mallette plein d’idées avec lesquelles jongler. Et bien sûr, des propositions réjouissantes et des livres dédicacés.

lundi 1 août 2016

Les Correspondances d'Eastman 4 au 7 août !

Habiter le paysage, voici le thème de cette 14e Édition que l’on nomme cette année « Festival littéraire ». Je suis contente que l’on ose l’appellation « festival », car les années filant, c’est devenu une festivité complète où spectacles musicaux et théâtraux se rajoutent aux Cafés littéraires, ainsi qu’aux traditionnels jardins d’écriture.

Se rajoutent à chaque année des nouveautés, particulièrement le volet jeunesse et sa panoplie de formes : « La boite à piton », « La grande chasse au trésor », «L’heure du conte », « La bulle de lecture ». Les enfants bénéficient de l’équivalent des « cafés littéraires » qui prennent des allures d’atelier ou d’animation avec soit, Andrée Poulin, Marie-Charlotte Aubin, Claudia Larochelle ou bien d’autres. - Gratuit pour tous -

Soit dit en passant, toute activité est gratuite pour les enfants de 16 ans et moins.

Cette année, nouveau volet qui se différencie du Café littéraire avec sa formule plus courte de 40 minutes, ayant lieu samedi en fin d’après-midi. L’activité générale se déclinant en trois parties, animée par Amélie Boivin Handfied se nomme « Raconter entre deux âges ». À 17 h, « La littérature adolescente », cet univers narratif riche, à 17 h 40 « Raconter et mettre en scène dans le jeu vidéo » et on termine par « L’horreur au quotidien » à 18 h 20 avec Patrick Sénécal.

En plus des nombreux Cafés littéraires, dont un face-à-face avec le porte-parole Thomas Hellman, l’on trouve un souper littéraire avec Marie-Andrée Lamontagne, une classe de maîtres avec Sylvie Massicotte et trois grandes entrevues : une avec Marc Séguin, une autre Pierre Morency, une dernière avec Jocelyne Saucier. Quoi d’autre ? Ma foi, que dire d’un pique-nique littéraire avec Kim Thùy*, un thé littéraire avec Perrine Leblanc*, des sentiers de lecture avec Louise Warren*, ou Perrine Leblanc*. À noter que ces dernières activités sont gratuites avec le stylo* (précisions ci-dessous).

Pour l’activité la plus fréquentée, les Cafés littéraires sur la Terrasse Québécor, en plein air mais avec un toit, je vous jette quelques noms en pâture, nomenclature que vous irez bien sûr compléter sur le site des Correspondances : Denis Thériault, Tristan Malavoy, Élise Turcotte, Anaïs Barbeau-Lavalette, Samuel Archibald, Elsa Pépin … et plus … et plus … et plus ! Pensiez-vous que c’est tout ? Mais que non ! Après tout, je tente présentement de vous résumer un dépliant de 12 pages, double largeur ! 

Comme je vous le disais, il y a des activités gratuites, en autant que l’on se procure le très joli stylo à l’effigie des Correspondances au coût de 13 $ (11$ tarif réduit). Il vous permet d’aller écrire vos lettres dans les jardins sans vous soucier du papier, de l’enveloppe et de l’affranchissement. Bien entendu, ce stylo différent à chaque année, vous le conservez précieusement. Soyez certains que j’ai ma collection ! Toujours avec le stylo, il y a des activités d’écriture interactive, par exemple les cartes postales en haïsha, et une magistrale, le Poème Cordillère, une animation d’écriture avec des machines à écrire dans les jardins. Le but est de créer un long poème qui sera ensuite diffusé sur le web.

Votre dent culturelle est toujours aiguisée ? Il y a bien sûr les spectacles pour vous rassasier. Par exemple, samedi, notre poète nationale Hélène Dorion s’adjoint les Violons du Roy pour nous proposer des bribes de son œuvre. Il y avait bien jeudi soir où Marie-Thérèse Fortin chante Barbara, mais paraitrait-il que les billets se soient envolés. Rabattez-vous alors sur le spectacle de vendredi qui met en vedette notre Anne Hébert. Trois comédiennes visiteront sa vie, fouilleront sa mémoire et son œuvre. Suivra de près un spectacle interdisciplinaire avec Nathalie Watteyne et François Hébert. Il y aura du jeu et de la complicité dans l’air du Cabaret Eastman.

Mon doux, ai-je tout dit ? Bien sûr que non ! Même en visitant le site web, vous n’arriverez pas à saisir parfaitement de quoi il s’agit. Les Correspondances d’Eastman, c’est un évènement qui se vit, qui se sent par la peau du cœur et qui s’habite par les cinq sens.

Venez habiter le paysage. - Rendez-vous : village d’Eastman du 4 au 7 août.   

P.S. : Ah oui, j’oubliais… il y a des expositions, une harpiste dans la nature, la clôture d’un concours, le Salon des artisans, le portage des mots, oh misère, c’est trop… trop… trop… pu capable ! :-)

mercredi 27 juillet 2016

L'affaire Guillot de Maryse Rouy

J’en suis au troisième tome des chroniques de Gervais d’Anceny, nous commençons donc à être de bons vieux chums (!). C’est que l’on s’attache tout doucement à cet oblat qui, cette fois, a déserté son monastère dès la première page. Nous commençons à suivre sa mission et pas n’importe laquelle : par le prévôt de Paris, il est chargé d’apporter une missive de la part du roi et destinée au pape d’Avignon. Bref, il sert de pont au roi et au pape !

Cette affaire fera languir notre oblat, plutôt du genre impatient, puisqu’arrivé à Avignon, il devra attendre longuement des nouvelles d’un moine qui doit lui remettre un pli dans le plus grand des secrets. N’oubliez pas, ce sont des chroniques et, en tant que telles, il va de soi de relater des scènes par petites touches qui finissent par former un tout. Autrement dit, nous arpentons la ville et ses modes de vie en emboitant le pas de l’enquêteur et ses deux compagnons, Perrin et Valentin, pour ceux qui suivent la série. À travers ces allers et venues, nous découvrirons le splendide palais papal (ça se prononce bien, n’est-ce pas, palais papal !) avec sa bibliothèque exceptionnelle et ses cuisines à la fine pointe de la modernité d’alors.

Durant cette attente, comme l’esprit de Gervais d’Anceny est libre et disponible, un voisin de son hôte (un drapier) lui demande d’élucider la mort de son frère, déclarée naturelle, constatation devant laquelle il éprouve de sérieux doutes. Notre Gervais saute sur l’occasion pour tuer le temps, sans croire à fond aux doutes du voisin. Cette enquête inespérée lui permettra d’entrer dans l’univers des négociants, fouillant un domaine qu’il connaît peu : la fabrication de la pâte à papier dans des moulins à la technologie assez inusitée. En tout cas, inusitée à nos yeux !

En résumé, il y a deux intrigues et elles occupent le lecteur sans le submerger. Je dirais même, nous sommes loin d’être submergés, puisque tout se déroule au ralenti, nous faisant clairement percevoir le temps passant à un autre rythme par ces temps anciens. On a le choix d’en être agacé ou d’admirer les us et coutumes de ce siècle où rien ne se passe comme maintenant.

L’enquête nous fera mettre le chapeau de la culpabilité sur la tête de un ou de l’autre personnage, dont une splendide dame, la veuve du défunt qui est maintenant l’épouse de son frère. Les écheveaux se démêleront petit à petit, et je le répète, il n’y a pas de presse en la demeure. Grand bien fasse à Gervais D’Anceny qui ne sera pas toujours au maximum de sa forme. Euh … en aurais-je trop dit ?

Deux solides intrigues qui se tiennent et tiennent en haleine en autant que l’on se module à un rythme qui prend son temps.

mercredi 13 juillet 2016

Bobos - Chroniques de la petite douleur de Hugo Léger

Voici un extrait de Chroniques de la petite douleur, en fait une chronique d'à peine 5 minutes. C'est savoureux, finement humoristique, et imagé. Les illustrations sont habiles, hautement graphiques et humoristiques et sont signées Sébastien Thibault. On traite aujourd'hui de la crampe au mollet. Allez... sans plus tarder, place à l'humour !
N.B. : La prochaine fois, sur la vidéo, je prendrais le temps de vous saluer !
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mardi 28 juin 2016

VI de Kim Thùy

J’approche les écrits de Kim Thùy avec un respect teinté de délicatesse. Il me semble que je dois bien ça à celle qui nous présente sa vision du monde avec plusieurs égards. Lire Kim Thùy entraine de se placer au diapason du recueillement. Elle va cueillir les mots pour nous, un à un, et nous les présente à la hauteur du cœur. Pas à la hauteur de nos yeux mais du cœur. On doit donc pencher un peu la tête pour respirer chaque fleur avant l’effluve du bouquet final.

Que signifie ce titre VI, sonnant comme « vie » à nos oreilles francophones ? En Vietnamien, Vi penche vers l'inVIsible, puisque cette syllabe signifie littéralement précieuse minuscule microscopique. Veut-on une telle condition pour son enfant ? La discrétion jusqu’à l’invisibilité, c’est fort comme image ! Pourtant, c’est le prénom que Kim Thùy a reçu à sa naissance.  Vous demandez à comprendre pourquoi un tel prénom ? Cela tombe bien, car l’auteure nous le raconte.

La réponse se présentera d’une manière indirecte, elle n’a pas l’habitude de parler d’elle au « JE majuscule ». Elle nous entretiendra de ses parents, du couple qu’ils ont formé (pardon, je ne suis pas arrivé à savoir s’ils en forment encore un !). Quand elle parle de ses parents, je l’ai trouvée passionnante, probablement parce qu’ils restent encore un mystère pour elle. Voici d’ailleurs, à mon avis, tout le charme de l’écriture de cette auteure ; elle donne l’impression de nous en dire beaucoup, tout en gardant l’ensemble suspendu dans des auras de mystère.

Bien entendu, le lecteur en veut toujours plus. Le mot « fin » ne s’écrit jamais chez Kim Thùy remplacé, plutôt par son homonyme « faim ». Nous terminons nos lectures de chacun des chapitres (certains sont micros mais toujours coiffés d’un titre), éprouvant une lancinante faim d'en connaitre un peu plus sur elle : son pays, son origine, sa parenté, ses frères, ses amours, son exil, son arrivée, son travail …

Fait remarquable (pour moi en tout cas !), elle nous parle d’un amour dévorant. Facile peut-être d’être dévoré quand on correspond à la définition de son prénom « minuscule ». J'ai été très émue lorsqu'elle nous a raconté cette histoire. Lors d’une entrevue, j’ai bien aimé son expression « on doit apprendre à être présent dans sa propre vie ». Ce sont les origines de cet apprentissage que nous observons dans ce roman à chapitres morcelés.

Je lance le mot « morcelé » car oui, au départ, j’ai été secouée par le morcellement. L’amoureuse des liens que je suis étais avide. Il me manquait ces liens que l’on fait habituellement pour moi, cette lecture un peu paresseuse d’un chapitre qui se relie automatiquement à l’autre et ainsi de suite. C’est oublier qu’avec Kim Thùy, le lecteur doit travailler un peu, entre chaque ligne et entre chaque chapitre, il a son mot à imaginer, et possiblement à écrire, si ça lui chante.

Voilà pourquoi j’ai hâte d’avoir le temps de le relire. Je crois avoir laissé des espaces vides. Peut-être y a-t-il des liens que j’ai échappés, peut-être n’ai-je pas soupesé chaque mot de ces chapitres qui se présentent comme autant de cartes postales destinées aux lecteurs. 

C’est à lire, c’est à relire, car je suis sur ma faim.

vendredi 24 juin 2016

Venise vous parle de vive-voix !

Eh oui ! Quelle journée idéale que cette Fête nationale du Québec pour une reprise de nos contacts de vive-voix. Je dis reprise mais je ne l'ai pas fait bien bien souvent. En visionnant la vidéo, vous comprendrez pourquoi j'en avais besoin.


La prochaine fois, je promets de la faire plus courte, je crois que ce contact direct avec vous me manquait. Je dis "direct", je veux dire sans passer par un commentaire de lecture.


Je vous laisse à l'écoute et vous promets une autre chose, la prochaine fois, vous n'aurez pas à cliquer pour rejoindre la vidéo, elle sera directement sur le blogue. On apprends la technologie, Marsi et moi. Finalement, ça fonctionne directement !

BONNE ST-JEAN !


mercredi 15 juin 2016

Passion Islande de Valérie Harvey

Avez-vous des passions pour certains pays ? Moi, oui, et l’Islande m’en inspire une. Ça tombe bien, Valérie Harvey, dite Nomadesse après sa Passion Japon (qui perdure !), entretient une flamme pour ce « pays de glaciers, de volcans et de sagas mythiques »

Pour moi, c’était un pays mystérieux et ce l’est toujours. La différence entre maintenant et avant ma lecture ? Le mystère est attrayant plus qu’effrayant. Autrement dit, je garde l’impression qu’il faut visiter ce pays, pour le saisir le moindrement, et en parler. Il y a de ces pays qu'il faut sentir de ces cinq sens et c’est justement ce qu’a fait Valérie Harvey avec son bambin de trois ans et son conjoint. Elle a exploré l’Islande afin de nous en parler sous un angle sociologique, géographique, culturel et physique (le quotidien quoi !).

Cette petite famille en Islande passe par le « je » de Valérie Harvey qui nous expose d’entrée de jeu que les volcans semblent faire partie de son karma. Les deux premiers chapitres décrivent Valérie au centre de ses voyages : que retire-t-elle de cette mise en péril qui la pousse à visiter des pays volcaniques ?

Une raison, parmi plusieurs serait sa quête de la place du père dans la famille. Cette écrivaine, chanteuse et globe-trotter étudie cet aspect (elle en a fait un sujet de maîtrise, si je ne m'abuse) et, justement, ça adonne que l’Islande traite ses pères mieux qu’ailleurs. Voit-on une différence dans les comportements familiaux et comment se mesure-t-elle ? Belle question jetée dans la mêlée des explorations de la sociologue écrivain.

Quand cette famille voyage, elle se prépare avec soin et par la suite, laisse la vie insuffler sa part d’imprévu. Par exemple, au lieu d’habiter dans un hôtel ou une auberge durant 31 jours, ils ont loué un logement à Reykjavik, la ville où habite presque tout le pays. Bonne manière de goûter de l’intérieur, puisqu'ils fréquentent les piscines publiques, les épiceries et … même l’université ! En effet, l’écrivaine en a profité pour suivre un cours d’histoire sur l’Islande et nous partage ce qu'elle y apprend.

Cette avidité de l’exploratrice d’aller au fond des faits historiques, des paysages, et des habitants sert bien ce petit bouquin qui s’avale comme un roman. Je le dis d’emblée, j’ai adoré le côté anecdotique qui nous fait entrer dans le pays mine de rien, tandis que Marsi, mon bédéiste de mari s’est arrêté au côté plus géographique et architectural. Mais tous les deux, nous avons été fasciné par les paysages autour des bassins bouillants. J’ai cependant déploré que leur fréquentation soit si coûteuse !

Après la lecture de ce petit opus accessible (20,00 $) avec sa mine de photos, certaines glacées en couleurs, si vous n’avez pas le goût de partir en ces terres qui fument l'eau, je vous sacre grand sédentaire parmi les Nomadesses de ce monde !

Voyez comment les titres de ces quelques chapitres dévoilent la diversité des sujets :
Les aventures vikings
Les trois beautés du Cercle d’or
Un aéroport en ville
Ces pères néo-vikings
Le Blue Lagoon, symbole de la richesse islandaise
Les piscines et les tout-nus
La péninsule de Rekjanes, les pieds sur la tectonique
Les islandais sont-ils de mauvais conducteurs ?
Les dangers de la bière
Snaefellnes, le glacier posé sur le volcan
... et plus

Curiosité piquée ? Je l’espère bien.

dimanche 29 mai 2016

La bête et sa cage de David Goudreault

C’était su, David Goudreault allait écrire une suite à La Bête à sa mère. Bien sûr, il fallait une suite à cette bête qui, libérée, ne désirait plus se taire, ni se terrer. Pourtant, on la retrouve dans une cage. Cette cage est une prison, dans l’aile des dérangés ou, comme il est dit dans le roman, des coucous. Vous avouerez que ça sonne moins effrayant l’aile des coucous que l’aile des dérangés !

N’empêche que, coucous ou dérangés, ces compagnons de prison ne sont pas jojo mais plutôt débordants d’agressivité. Juste par les noms, on se doute que la faune hétéroclite possède chacun son déséquilibre en propre : Bizoune, Molosse, Papillon, Timoune, Louis-Honoré, Pédo et Philippe le Philippin. Notre petit dur à cuire n’est pas le moindre des dérangés mais, au moins, à lui on s’attache. Vaut mieux s’attacher à quelqu’un dans une prison sinon, on se sent seul.  Lui, la bête, se sent tellement seul qu’il va s’organiser, dans sa tête, pour ne plus l’être. Il va s’inventer un amour imaginaire à l'égard de son agente correctionnelle, supposément laide. Il finira par la trouver sublime mais surtout, il s’y attachera d’une manière si exclusive, ce qui engendra de spectaculaires scènes de vaudeville.

Qu’est-ce que fait un être seul, même dérangé ? Il essaie de se lier à un autre, même dérangé. La bête est seule, candide et mue par une ambition dévastatrice. Même fluet, distordu et victime plus souvent qu'à son tour, il veut être le chef incontesté du groupe. Une fois l’amour atteint (dans sa tête), il veut la gloire. Celle-ci lui sert de substance pour nourrir l’élue de son cœur qui l’admirera et donc l’aimera.

Convaincu d’en avoir les qualités, il fraye avec le chef de la place : Bizoune (oui, il arrive à le prendre au sérieux même avec un tel nom !) et son acolyte. Ceux-ci, bien entendu, profiteront de lui. C’est à voir pour le croire, pardon, c’est à lire pour le croire.

La bête a grandi d’un cran dans ce tome 2. Dans La bête à sa mère, c’était en quelque sorte une faible bête, un criminel malhabile, devenu meurtrier presque par la force des choses. En prison, il prend du poil de la bête, assume sa criminalité, ce qui lui retire une grosse part de sa candeur, laquelle, je l’avoue, m’a manquée. J’avais apprécié dans le premier tome me promener sur ce fil ténu d’ambigüité, où la bête ne tombait pas dans la notion de bien ou de mal. Ce deuxième tome a pris la tangente du « mal », à n’en plus douter, la bête fait plus qu’assumer son côté criminel, il veut le voir grandir. Il a trouvé sa branche et veut progresser. 

Cette constatation n’a atténué en rien mon plaisir devant ce florilège de situations où la manipulation et la prise de pouvoir prévalent haut la main. On vit à fond de train l’univers de la prison (au plus fort, la poche !), on fait plus qu’y croire, on y est. Les scènes loufoques donnent du contraste à la lourdeur des sujets.

Je ne suis pas prête de laisser partir la bête, je la veux encore dans mon entourage … littéraire (référence au troisième tome). 

dimanche 22 mai 2016

Les murailles d'Érika Soucy

Érika Soucy est une poétesse et elle a créé un personnage de poétesse dans son roman. Celle-ci veut vérifier qu’est-ce que son paternel peut bien trouver dans son travail en dehors de la civilisation, c'est-à-dire sur le chantier La Romaine. La curiosité peut naitre dans le cœur d’un enfant de toujours voir son père quitter pour de longues périodes : est-ce qu’il s’échappe d’une certaine réalité ? Est-ce qu’il s’échappe d’elle ?

C’est avec la complicité de son père qu’elle se fait passer pour un commis de bureau et arrive sur les lieux pour une semaine avec crayons et questions. Elle, dont le but premier est de sonder, et d’écrire de la poésie, je me suis demandé si elle allait trouver l’inspiration. J’étais aussi inquiète qu’elle ! De petites cabines pour dormir sur des terrains vagues, jonchés de pierres, une cafétéria bruyante, de gigantesques engins à véhiculer sur de longues distances. Et le langage direct employé par des hommes, des hommes et toujours des hommes. Quelques femmes seulement sont engagées dans les cuisines et elles sont pour la plupart des Indiennes.

Un univers rarement décrit dans un roman, déjà un bon point pour l’idée.

La poétesse arrive dans ce milieu de gars qui ne font pas dans la dentelle. Elle s’inquiète de son audace ; trouvera-t-elle le temps long ? Regrettera-t-elle ce geste de laisser sa famille derrière elle, son bébé d’un an et son chum ? D’ailleurs, tout au long du roman, c’est à son conjoint qu’elle adresse le journal qu’elle écrit sur les lieux.

Sa transplantation se fera facilement, je dirais même immédiatement, ne serait-ce que par le langage qu’elle emploie. Elle écrit peut-être comme une poétesse (on n’aura pas le loisir de le vérifier!), mais elle parle comme son père, son oncle et tous les hommes de chantier. Le moins que l’on puisse dire est que ça tombe bien. On pourrait aussi dire que c’est arrangé avec la « fille des vues » mais comme c’est facile de jouer le jeu, l’auteure est habile, presque ensorcelante, nous sommes preneurs de ces dialogues d’un naturel remarquable. On entend ce livre, autant que nous le lisons.

L’auteure a pris l’option d’explorer les faits mais touche à peine aux émotions, les effleurant, ce qui me fait dire qu’il s’agit presque d’une approche documentaire. On apprendra l’horaire de vie de ces hommes-là, le compte-rendu du travail qu’ils accomplissement, se mesurant parfois à aussi grandiose que des montagnes mais la jeune femme restera en surface de sa relation avec son père. Ou de son oncle. Pourtant, c’est un important geste de retrouvailles de sa part d’aller passer une semaine sur son « terrain de jeu » pour mieux le comprendre, laissant avec regret son bambin.

Ce roman est à prendre pour le meilleur qu’il a à offrir, une observation fidèle de ces hommes expatriés de leur famille qui travaillent dans des chantiers où tout est ramené aux besoins rudimentaires : travailler, manger, dormir, boire. Et parfois, boire trop. Dans des dialogues directs, rythmés au point de chanter à nos oreilles. 

lundi 16 mai 2016

Le géant de Francine Brunet

Après Le Nain, voici Le géant. Bien entendu, on a voulu une continuité par l'opposition des titres.

D’entrée de jeu, je déclare que Victor, Le géant est le personnage qui m’a le moins frappé dans cette histoire. Ce n’est pas parce qu’un personnage remplit une pièce par ses six pieds et sept pouces qu’il captera tous les regards. Rosita ou Rosie, sa fille de quatorze ans sait beaucoup plus attirer l’attention par son intensité d’adolescence : sa complexité, son ambiguïté. En plus, elle tente de tenir l’équilibre entre deux familles : son père, Victor et sa conjointe aux origines amérindiennes et sa mère dans un couple homosexuel. Il y a de quoi ramer pour une ado, car les deux familles sont quasiment aussi couveuses une que l’autre. Je dis quasiment, car le couple de femmes ne donnent pas leur place. Il n'y a pas beaucoup d’adolescentes qui rêveraient d’avoir deux mères pour le prix d’une !

Rosie réclame donc de l’espace pour laisser grandir son identité. Et avec raison. Cette jeune fille en a besoin, car elle se donne corps et âme pour sa jeune sœur Babal, qui est aussi spéciale que l’est son prénom. Elle l'aime, l'entoure de son amour, lui voue une admiration qui étonne. Babal déclame de longues tirades et on ne sait trop d’où elles sortent. Cet enfant de cinq ans est un peu bizarre et du coup inquiète son entourage. En bout de ligne, les deux enfants inquiètent leurs parents qui iront chercher de l’aide psychologique extérieure.

Mais revenons au géant qui se réclame d'être le centre de l’action. Il exerce le métier de camionneur. Lui et ses acolytes tuent tous les clichés avant même qu'ils sortent de leur sac. Par exemple, Victor est à la tête d’un club de lecture pour camionneurs. Ces coéquipiers ne lisent pas, ils écoutent des livres pendant qu’ils tiennent leurs volants pendant leurs randonnées au long cours. Et ils adorent cette activité. Faut dire que la voix mystérieuse qui lit les histoires les envoûte tous, autant qu'ils sont.

Bon, ai-je aimé mon escapade au pays du géant ou plutôt au pays des atypiques ? Je fais remarquer qu'aucune personne n’a un parcours typique dans cette histoire, et cela passe sans que l’on crie au cirque. L’auteure a une manière de raconter, comme si nous étions dans la normalité, assez que l’on se croit dans la normalité, ce qui incombe au talent brut de Francine Brunet. Un point m'a dérangé et c'est le fait que le géant porte le titre du roman quant en fait je suis passé à côté de lui dans cette histoire. Même s’il tisse ou porte de nombreux liens, on ne le connaitra pas plus au début qu’à la fin. Ce que l’on sait dès le début « C’est un bon diable », en fermant le couvercle du livre, on se passe la remarque « C’est un bon diable ». Il reste un mystère. Si le titre du roman avait été autre que « Le géant », cela m’aurait évité une frustration. C’est bénin, diront certains, et je suis bien d’accord, cela ne vaut pas la peine de bouder son plaisir pour autant.

Je termine sur cette note : Le club de lecture et l’abondance de références littéraires m’ont beaucoup fait penser à Jacques Poulin. Et je suis toujours aussi curieuse de lire le troisième roman de cette auteure qui est en train de faire sa marque.

jeudi 5 mai 2016

La malédiction T.3: Le cri de l'épervier de Louise Simard

Je lis rarement une série à plusieurs tomes, celle-ci étant mon exception à la règle. Vous comprendrez pourquoi : l’action se déroule dans ma région, principalement à Sherbrooke, à Orford et même à Magog. Et j’ajouterai que Louise Simard manie bien le roman historique, probablement que son expérience, vingt-cinq publications à ce jour, n’est pas étrangère à ce savoir-faire.

Au tome 2, Le confluent des rivières, je me suis attachée à Charlotte, une femme d’affaires, tisserande menant sa barque seule, mère de famille et sans homme pour la soutenir. Elle a été une femme aimée et qui aime mais n’est décidément pas chanceuse au chapitre des amours.

Pour ce tome 3, intitulé « Le cri de l’épervier », l’auteure prend du recul face à son personnage de Charlotte, ce qui permettra au lecteur de développer des liens plus étroits avec la famille dans son ensemble. Charlotte a eu deux fils de pères différents : Tom né d’un père Abénaquis et Joshua d’un père porté sur la bouteille. Sans oublier Isabelle, une fille qu'elle a adoptée par un concours de circonstance qui a prouvé une fois de plus qu’elle est une femme de cœur. Il y a également son homme de mains, François, un employé qui prend soin du troupeau de moutons comme si c’était sa propre entreprise. Ces quatre jeunes, sous la barre de la vingtaine sont bien campés dans leurs différences et leurs destins hétéroclites se tissent sous nos yeux curieux.

Quatre destinées forment le nœud de cette histoire qui aborde l’amour passionné, la loyauté familiale et de solides liens d’amitié. Même si nous suivons les quatre, c’est Joshua, l’ainé des garçons qui montera sur la sellette. J’ai pris son destin à cœur un peu plus que les autres pour le paradoxal de son caractère ; aimant et violent. Le jeune homme se bat contre de puissants démons intérieurs dont une féroce jalousie. On peut conclure qu’il a une génétique lourde mais que l’éducation reçue de sa mère pourrait venir équilibrer ses penchants impétueux, en autant qu’il y mette de sa propre volonté. Jusqu’à quel point voudra-t-il y mettre du sien pour arriver à dompter ses élans colériques et sa propension à s’évader dans l’alcool ?

Je me suis sincèrement inquiétée pour Joshua tout en m'intéressant à Isabelle, dont le cœur rempli d’amour à donner, s’enflamme comme une brindille de foin sous l’allumette. Ces deux jeunes m’ont tenu en haleine et j’ai été incapable de discerner à l’avance le contour que prendrait leur vie. J’aime être déjouée par un auteur en autant que le tout reste crédible. C’est assurément le cas ici.

Le roman nous permet de constater jusqu’à quel point la vie est dure en ce début de 18e siècle. Une femme doit doublement se battre pour occuper une place enviable et, heureusement, Louise Simard a décidé de pointer le côté fort des femmes, au lieu du faible. Parce que l'on a bien sûr toujours le choix de montrer la moitié du verre vide ou sa moitié pleine.

J’ai grandement aimé ce tome 3 même si l’auteur exige de son lectorat un important sens de l’adaptation pour assimiler des revirements majeurs.

vendredi 22 avril 2016

La fiancée du facteur de Denis Thériault

Tout chaud sorti des presses, ce roman a été inventé, imaginé, fabulé par monsieur Denis Thériault. Avant tout, cette question que je désire vous poser depuis longtemps : le connaissez-vous ? À part de vous douter que c’est un de mes auteurs préférés ; savez-vous qu’il a été publié dans 18 pays et en 11 langues ? Je vous en bouche un coin, n’est-ce pas ! La fiancée du facteur est son quatrième roman et il se veut une prolongation de l’ambiance et des personnages de son deuxième roman : Le facteur émotif (Entre les deux, il y a eu La fille qui n’existait pas que j’ai adoré).

Le personnage du facteur est toujours aussi central dans cette histoire, et donc on y retrouve de la calligraphie, de la correspondance, des haïkus, et rajoutons l’ingrédient qui lie le tout : l’amour entre un homme et deux femmes.

Un nouveau personnage fait son apparition, Tania, d’origine Bavaroise, qui se dépose à Montréal pour ses études, desquelles on n’entendra pas parler, trop occupée qu’elle est à son emploi de serveuse au Madelinot. C’est entre une portion de tarte servie au facteur Bilodo et des échanges timides sur la calligraphie et les haïkus que Tania attrapera son sérieux béguin pour ce facteur. Lui, se présente toujours penché, soit au-dessus de son assiette, soit au-dessus d’une feuille de papier.

Leur histoire s’amorce par un quiproquo qui sera fièrement récupéré par la jeune serveuse qui est prête à tout pour conquérir « son » facteur. Elle a décidé qu’il était l’homme de sa vie, ce qui entraine à ses yeux qu’il devra, tôt ou tard, la considérer comme la femme de sa vie. L’audace, l’esprit d’entreprise et la flamme d’idéalisation suffiront-t-ils à ce qu’il devienne sien ? Cette serveuse de 23 ans aura les éléments naturels de son bord ; un orage fera basculer, en même temps que ses trombes d’eau, le destin.

Cela peut parait assez énigmatique, eh bien, ce l’est, mais attention pas hermétique pour un sou.
La volonté de cette Tania est passionnante à voir se décliner par des actions téméraires, l’appropriation de ce Bilodo devenant son plan de vie. Et je vous assure qu’elle a plusieurs astuces à son arc. Et puis, le cher Bilodo est tout un numéro, il ne donne pas lui non plus son pareil pour sublimer l’être aimé avec qui il entretient une correspondance. La rivale de Tania n’est pas visible dans le quotidien de l’auteur de haïkus, ce qui lui accorde un avantage considérable. Vous imaginez bien que la partie ne se gagne pas facilement quand on se bat contre un amour qui ne se confronte jamais à la réalité. On parle ici quasiment d’un amour fétiche. 

Par la bande, Denis Thériault se trouve à aborder la question de l’identité préservé, ou non, lorsque l'on se voit envahi de la flamme amoureuse. Être amoureux implique-t-il de connaître une personne ? Pas nécessairement. Et si on ne connaît pas vraiment une personne, qui aime-t-on alors ? Peut-on se forger un être aimé ? Et si oui, nous gardons le contrôle de la situation quant en fait, l’amour n’est-il pas des pages blanches que l’on remplit à deux ? Dans cette histoire, attendez-vous à vous faire jouer des tours par le destin taquin.

La fiancée du facteur est une formidable démonstration de l’apprivoisement, qui va dans tous les sens et prend tout son sens. Ce roman est tout cela et plus encore, car il est abondamment et régulièrement assaisonné de ces petits poèmes aux trois petits tours et puis s’en vont que l’on nomme des haïkus :

Tourbillonnant comme l’eau
contre le rocher
le temps fait des boucles

samedi 9 avril 2016

L'interrogatoire de Salim Belfakir d'Alain Beaulieu

Alain Beaulieu a écrit une dizaine de romans et je ne l’avais pas encore lu. Il était temps. Un auteur solide, à mon avis. Immédiatement, je me suis sentie entre bonnes mains, l’histoire avait beau s’en aller dans diverses directions, il tenait les brides serrées.

Salim Belfakir est un jeune très bien que l’on apprend à connaître après sa mort. Toute l’histoire conduit à ce fameux interrogatoire qui devient le fin mot de l’histoire. Quand je le qualifie de « très bien », c’est qu’on lui retrouve à peu près que des qualités. Il est un fils aidant et reconnaissant à sa mère qui l’a élevé seule, il est un demi-frère exemplaire, un amoureux prévenant, un ami loyal (peut-être trop).

J’ai eu du plaisir à le suivre dans les dernières semaines de sa vie, car celle-ci reste pleine de surprises. Par exemple, il doit partir de Saint-Malo et aller rejoindre sa famille dans son pays d’origine, le Maroc. Son père, dont il apprend l’existence, vient de décéder.

Par contre, ce n’est pas avec lui que la lectrice a passé le plus de temps, c’est plutôt avec un policier qui prend une retraite forcée, lui aussi, un malouin. Il part pour le Québec, se réfugier à Cap-Santé dans une maison louée sur le bord du fleuve. De très occupé que l’on pouvait l’imaginer, l’ancien inspecteur est maintenant complètement oisif, ayant 24 heures sur 24 pour occuper son esprit et son corps. Il est encore jeune (dans la cinquantaine), en santé, il ne connaît personne au Québec. Que fait-on alors ? Renouer avec sa fille ? Entre autres. J'ai assisté avec curiosité à cette prise de possession de sa vie.

Il y également Éliane Cohen qui se penche sur cette histoire de mort suspecte du jeune Salim. Elle s’attache à cette histoire, convaincue qu’il y dort, depuis un an, une injustice. Une jeune femme assez particulière, plutôt ésotérique, mais qui sait fouiller un cas, en ayant l’air de rien. 

Grosso modo, c’est le trio dont, bien entendu, le lien est Salim. Se grefferont quelques personnages secondaires assez fanfarons, tellement secondaires qu’ils pourraient ne pas y être. Je les ai vues comme de la couleur accentuée répandue dans le décor. Du paysage humain.

Tout ça mis ensemble, je ne me suis pas ennuyé une seconde. J’ai été rarement ébloui par le style, mais toujours, je me suis avancé dans ces clair-obscur sans m’enfarger.

Tout est mis en œuvre dans ce roman pour envoyer un message fort, très fort sur la tromperie des apparences, et particulièrement le lot de préjugés charriés sur les immigrés ou ceux qui ont l’air de l’être. Ceux et celles qui n’ont pas l’apparence propre du pays qu’ils habitent.

À mon avis, l’auteur voulait tellement le démontrer qu’il a créé un personnage presque parfait en Salim Belfakir. Je n’aime habituellement pas les personnages parfaits mais vu qu’il est mort, je l’ai accepté. On pardonne tous les défauts aux morts, vous l’avez remarqué, n’est-ce pas ? Alors pourquoi, me suis-je dit, ne pas aussi pardonner leur perfection ? (clin d’œil).

Roman qui fourmille de personnages hétéroclites mais une histoire assise sur un trio solide qui démonte les derniers moments de la vie d’un jeune homme presque parfait. 

mardi 5 avril 2016

Hangar No 7 de Paul Mainville

Paul Mainville ? Connais pas. Hangar no 7 ? Titre peu attirant. Mais ce livre est entre mes mains, et je ne sais pas pourquoi, je suis poussé à l’ouvrir. Ça parle de cirque. Je n’aime pas particulièrement le monde du cirque mais ce livre demeure dans ma main. Il insiste.

J’apprends sur le quatrième de couverture, qu’au départ il se destinait à se présenter en un long-métrage et, puis, l’histoire s’est couchée sur des feuilles. Je ne sais pas pourquoi, il a abouti en livre, et cela aurait été dommage que ce soit seulement un film, nous aurions manqué une bonne lecture. Il m’a tenu en haleine et j’ai souffert en même temps que ses personnages auxquels j’ai beaucoup cru.

L’histoire se présente sous forme d’entrevue, la journaliste se faisant tout d’abord discrète par ses questions à Albert. Elle veut entendre parler ce directeur de la troupe Cirque des montagnes bleues qui, malgré ses 65 ans, a monté un spectacle dans sa ville, en l’honneur des survivants de cette troupe décimée.

Cet Albert raconte bien. Il plonge dans ses souvenirs qui se déroulent sous nos yeux, comme un film justement. Je les ai tous vus, chacun des membres de cette troupe a existé. Et intensément existé. Faut dire qu’assez rapidement, ils sont placés dans une situation de crise aigüe. C’est la guerre et ils sont capturés et amenés dans un camp. On pense tout de suite aux camps de concentration nazis. Les conditions sont aussi mauvaises, le dédain aussi fort, l’autorité aussi cruelle, écartant les femmes et les enfants des hommes, les faisant geler avec le strict minimum de nourriture et d’hygiène.

Mais la troupe sera traitée différemment des autres prisonniers. Est-ce vraiment une chance ? La question se pose. Les membres de cette troupe tissée serrée doivent divertir leurs supérieurs, pour ne pas dire leurs tyrans, en leur préparant, avec des moyens minimalistes, d’excellents spectacles. Sinon, gare aux sévices, les haut-gradés seront sans pitié.

Albert a été le directeur de cette troupe, accompagnée de sa femme qui porte un enfant dans ces conditions inhumaines. Bien entendu, nous savons qu’il y a eu survivance puisque l’histoire nous est racontée, mais le « comment » est semé de rebondissements inattendus. Il m’est arrivé de retenir mon souffle, tellement j’avais peur pour eux. Chaque personnage est crédible et l'on s’y attache solidement.

Curieusement, j’ai mieux saisi les personnages entourant Albert, que lui-même. Celui-ci reste plus hermétique, un peu dans l’ombre de son humilité. Il y a une grosse surprise à la fin. C’est plaisant les surprises, même celles que l’on sent venir.

J’ai nettement préféré le premier deux-tiers du roman, plus intense, les gestes posés pour la survie sont si exacerbés que lorsque l’on retourne à du quotidien, on perd de cette dose d’adrénaline de lecteur. Ça fait un fort contraste, disons.

Mais dans l’ensemble, mon cœur a assez palpité pour le recommander chaudement. Imaginez les amateurs de troupe de cirque maintenant ! Ils vont certainement en raffoler.