samedi 9 avril 2016

L'interrogatoire de Salim Belfakir d'Alain Beaulieu

Alain Beaulieu a écrit une dizaine de romans et je ne l’avais pas encore lu. Il était temps. Un auteur solide, à mon avis. Immédiatement, je me suis sentie entre bonnes mains, l’histoire avait beau s’en aller dans diverses directions, il tenait les brides serrées.

Salim Belfakir est un jeune très bien que l’on apprend à connaître après sa mort. Toute l’histoire conduit à ce fameux interrogatoire qui devient le fin mot de l’histoire. Quand je le qualifie de « très bien », c’est qu’on lui retrouve à peu près que des qualités. Il est un fils aidant et reconnaissant à sa mère qui l’a élevé seule, il est un demi-frère exemplaire, un amoureux prévenant, un ami loyal (peut-être trop).

J’ai eu du plaisir à le suivre dans les dernières semaines de sa vie, car celle-ci reste pleine de surprises. Par exemple, il doit partir de Saint-Malo et aller rejoindre sa famille dans son pays d’origine, le Maroc. Son père, dont il apprend l’existence, vient de décéder.

Par contre, ce n’est pas avec lui que la lectrice a passé le plus de temps, c’est plutôt avec un policier qui prend une retraite forcée, lui aussi, un malouin. Il part pour le Québec, se réfugier à Cap-Santé dans une maison louée sur le bord du fleuve. De très occupé que l’on pouvait l’imaginer, l’ancien inspecteur est maintenant complètement oisif, ayant 24 heures sur 24 pour occuper son esprit et son corps. Il est encore jeune (dans la cinquantaine), en santé, il ne connaît personne au Québec. Que fait-on alors ? Renouer avec sa fille ? Entre autres. J'ai assisté avec curiosité à cette prise de possession de sa vie.

Il y également Éliane Cohen qui se penche sur cette histoire de mort suspecte du jeune Salim. Elle s’attache à cette histoire, convaincue qu’il y dort, depuis un an, une injustice. Une jeune femme assez particulière, plutôt ésotérique, mais qui sait fouiller un cas, en ayant l’air de rien. 

Grosso modo, c’est le trio dont, bien entendu, le lien est Salim. Se grefferont quelques personnages secondaires assez fanfarons, tellement secondaires qu’ils pourraient ne pas y être. Je les ai vues comme de la couleur accentuée répandue dans le décor. Du paysage humain.

Tout ça mis ensemble, je ne me suis pas ennuyé une seconde. J’ai été rarement ébloui par le style, mais toujours, je me suis avancé dans ces clair-obscur sans m’enfarger.

Tout est mis en œuvre dans ce roman pour envoyer un message fort, très fort sur la tromperie des apparences, et particulièrement le lot de préjugés charriés sur les immigrés ou ceux qui ont l’air de l’être. Ceux et celles qui n’ont pas l’apparence propre du pays qu’ils habitent.

À mon avis, l’auteur voulait tellement le démontrer qu’il a créé un personnage presque parfait en Salim Belfakir. Je n’aime habituellement pas les personnages parfaits mais vu qu’il est mort, je l’ai accepté. On pardonne tous les défauts aux morts, vous l’avez remarqué, n’est-ce pas ? Alors pourquoi, me suis-je dit, ne pas aussi pardonner leur perfection ? (clin d’œil).

Roman qui fourmille de personnages hétéroclites mais une histoire assise sur un trio solide qui démonte les derniers moments de la vie d’un jeune homme presque parfait. 

2 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Mais, est-ce une histoire ou une fable ? avec sa leçon de morale à la clé ? des personnages qui me donnent l'impression d'être faits sur mesure pour donner une leçon, vérifier une thèse... Esope et La Fontaine l'ont fait aussi, déjà.
Alors, je ne sais pas, une certaine curiosité me pousserait à le lire, mais avec l'impression d'un récit cousu de fil blanc dont je connaîtrais déjà ce qu'il faut penser des choses : un angélisme de bon aloi, l'habit ne faisant pas le moine, alors que le monde actuel semble prendre le contre-pied absolu des adages de sagesse légués par nos aïeux. Mais si je sais déjà ce qu'on veut me servir, est-ce que ça vaut la peine que j'en reprenne une louche ?
C'est le type d'histoire qui me laisse à penser que s'il est besoin d'en récrire de cette sorte, notre époque est bien malade.....
J'opte pour un " bof...", finalement.

Venise a dit...

Anne : Probablement que je n'ai pas bien fait mon travail si c'est ce qui ressort de la critique. Jamais en aucun cas cette histoire sent la morale. C'est moi qui a été déniché par en-dessous, profondément par en-dessous, ce côté des choses. Je l'ai compris ainsi, c'est le message qu'elle m'a envoyé.

Admettons que ce soit la fin, qu'importe, si le chemin emprunté pour y arriver est captivant. Les personnages sont intéressants, parce qu'avec une part d'insaisissable. C'est vrai que la conclusion que j'en ai tirée est choquante pour ce qu'elle tire de négatif de notre société, mais qu'y peut-on, les romans ne sont-ils pas un peu le reflet de l'être humain dans ce qu'il a de beau mais aussi ce qu'il a de laid ?