samedi 15 novembre 2008

15 du mois : Le chef-d'oeuvre

On prétendait le livre rempli d’humour et justement j’avais une furieuse envie de rire. Les premières pages n’ont pas démenties la prétention, il y a une réelle volonté de faire dans l’humour. Le personnage désire écrire un chef-d’œuvre et pour cela, il est convaincu qu’il faille être malheureux, dans le genre torturé. Pas profond, malheureux. L’idée étant d’éviter le bonheur bourgeois à tout prix, sinon aucun génie ne sortirait de ce potentiel corps d’écrivain.Commence la litanie du postulant au malheur, les lamentations au ciel le priant que la foudre du destin s’abatte sur lui. Une telle situation peut être drôle une vingtaine de pages mais au-delà, ce mur de geignements s’est mué en ennui comme n’importe quelle répétition peut l’être finalement. Et qui plus est, et là est vraiment ce qui m’a agacé au plus haut point : les jeux de mots. Je dis « jeux de mots » et je me sens encore loin de la réalité, car dans le mot « jeu » il y a le mot amusement. Un moment donné, est-ce à trop vouloir être drôle à tout prix, Stéphane Filiatrault tombe volontairement dans l’automatisme du mot. Un peu comme lorsque l’on s’amuse sans censure à l’écriture automatique. Certains automatismes revenant même à répétition. Exemple, ne pas être capable d’écrire le mot « choix » sans y rajouter « le choix du président ». J’ai trouvé l’exercice désespérant. Est-ce que je manque d’humour ou bien l’auteur en a-t-il un trop-plein ? À un certain moment, je me suis même dit qu’étant donné qu’on retrouve tant de jubilation à écrire ce qui fait rire pourquoi ne pas s’y consacrer, c'est-à-dire écrire pour les humoristes ? Être scripteur pour humoristes est un métier honorable, toute écriture, en autant qu’elle soit dans le bon contexte exige intelligence et vivacité d’esprit. Et j’en ai retrouvées dans cet auteur et certainement aussi un sens percutant de la critique sociale.

Sous forme de roman, j’ai eu de la difficulté, le fil de l’histoire étant trop ténu. Trop mince, trop serré, quitte à étouffer le personnage principal. Les personnages secondaires sont accessoires, donnent l’impression de servir seulement de faire-valoir au principal. Encore là, cela me confirmait que le talent se moulerait bien à nourrir un « one-man show ».

Malgré mes nombreux agacements, et malgré les longueurs du scénario, j’ai éprouvé quelque curiosité à savoir jusqu’où le personnage pousserait l’imposture du malheur. Vers la fin, il y a un peu plus d’intrigue et à chaque fois que l’auteur délaissait un moment ces tics de langage d’humour à tout prix, j’ai apprécié. Je serai même curieuse de voir, si l’auteur délaissait ce vouloir être drôle à tout prix, qu’est-ce qui sortirait de bon de l’entreprise.

Ne vous arrêtez surtout pas à mon opinion, il y en a 8 autres.

5 commentaires:

réjean a dit...

C'est souvent le défaut de nombreux nouveaux auteurs que de vouloir en mettre plein la vue avec des jeux de mots. C'est souvent pourquoi, d'ailleurs, les éditeurs les publient, espérant avoir trouvé le nouveau Réjean Ducharme... En ce qui me concerne, ce n'est pas ce que je recherche en littérature.

Venise a dit...

@ Réjean : Cette fois-ci, ce sont des jeux de mots et ensuite des mots. Il y en a une surabondance inégalée. Il y a vraiment trop de "crèmage", on cherche le gâteau.
Et moi non plus, ce n'est pas ce que je cherche dans une oeuvre. De l'humour subtil, fin, tellement lié à la substance première que ça forme un tout homogène, oui alors !

réjean a dit...

On est sur la même longueur d'ondes.

Karine :) a dit...

Autant j'aime les auteurs qui s'amusent avec la langue, autant je pense que celui-ci n'est pas pour moi...

Gérard a dit...

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