lundi 10 novembre 2008

La danse de la méduse – Laurence Prud’homme

Cette histoire d’une mère « impossible » (quatrième de couverture) commence par un prologue de neuf pages qui situe une famille "dysfonctionnelle" dans un style très prometteur. Le chapitre 1 ouvre sur Lucie qui arrive dans un chalet déserté de sa mère, disparue. Sa mission, fermer le chalet, puisque cette dernière disparition semble être la bonne. Au grand soulagement de tous.

Qu’est-ce qu’elle avait de si terrible cette mère pour que les enfants la fuient et souhaitent même sa disparition définitive ? C’est la trame principale de l’histoire et c’est en ouvrant l’album de famille bien large que les secrets s’y dévoileront.

J’ai réalisé une fois de plus combien il n’est pas évident de rendre le monde clos de l’enfance (jeux, cachotteries, effrois, attractions) surtout quand on fait connaissance avec les enfants avant les adultes. Un peu comme si, aussitôt les pieds chez un étranger, il s’appliquerait à vous entretenir avec force détails de son enfance, photos réalistes à l’appui. Il s'impose de dire que l’histoire est mitraillée de flashs « présent-passé » et je m’y suis égarée par moments. Je manque facilement de sens d’orientation, dans la vie, alors pourquoi pas dans mes lectures !? "Où suis-je donc et quel âge a Lucie, Judith, Samuel, Simon, Hirondelle ?" En plus, une voix narrative se faufile de temps en temps (qui est-ce ?) ce qui rajoutait à mon embrouille.

J’ai certainement eu plus de plaisir à vivre parmi les adultes, matante Roulotte et matante Gaby y compris. La MOM est certainement tout un personnage, le principal. C’est un être présenté sous son côté exécrable, la voix narrative (ou les voix !) ne la jugent pas. Les actions se présentent au lecteur pour que, lui, s’offre l’odieux de la condamner, la culpabilité offerte en prime. C’est intéressant parce qu’ambigu. D’ailleurs, le style de Laurence Prud’homme palpite aussitôt qu’il s’éloigne du prosaïque réalisme. L’inspiration est grande quand on s’approche du symbolisme, du sublime de la nature et même de l’étrangeté. Parce que, oui, la mystérieuse voix narrative qui se dévoile d’une manière presque coquine, aurait pu être intéressante, si le procédé avait été poussé. Il est trop parsemé pour que le récit s’en trouve fortifié. Ou jouer plus régulièrement avec le côté flash « photo ». Et l'image forte de la mère méduse aurait pu être encore plus développée, à mon avis.

En bout de pages, une histoire que j’ai eu l’impression de voler à l’auteure, tellement elle semblait lui appartenir à elle et à sa famille. Remarquez bien, j’ai dit « impression », peut-être est-ce voulu ainsi. Et peut-être aussi, et cette question il faut absolument se la poser, que je manque d’ouverture pour les histoires de famille à partir de la prime enfance.

De temps en temps, il laisse s’échapper une volée de grosses bulles vers la surface. L’air court sous la glace, formant des cellules translucides qui se séparent et se rejoignent en un ballet mouvant. Au-dessus de sa tête, le vitrail d’un bleu profond, balafré, cassé, révèle la violence de la révolte contre l’hiver. Le lac hérissé, figé dans une expression de surprise et de colère. Sous le ciel, la neige a adouci les signes de la lutte mais ici, dans la pénombre, les cristaux forment des assemblages acérés, des concrétions, des stalactites vivantes, criblées de bulles minuscules arrangées en vrilles scintillantes. (p. 171)

La danse de la méduse, Laurence Prud’homme, Québec Amérique, 196 p. 19.95 $

8 commentaires:

Laurence a dit...

Merci Venise pour ton honnête commentaire. Je ne défendrai pas mon livre, puisque j'estime que ça n'est pas mon rôle, et je n'éluciderai pas de mystères non plus; chaque lecteur est libre de vivre sa propre expérience, d'extrapoler et d'imaginer à sa guise, chacun peut vibrer ou non à la lecture de cette histoire. Mais saches que tous les commentaires m'alimentent et que je les reçois avec plaisir.
;-)

Danaée a dit...

J'ai bien hâte de me faire aussi ma propre idée sur ce roman! Il m'attend sagement sur ma table de nuit...

Ça ne saurait tarder!

Laurence a dit...

Merci Danaée! Si tu as envie de partager tes commentaires, bons ou moins bons, je serai heureuse de les entendre!
Venise: il y a une chose qui m'intrigue: tu dis que tu as eu l'impression de "voler l'histoire à son auteure"... je ne saisis pas très bien ce que tu veux dire, merci de m'éclairer!

Venise a dit...

@ Laurence : Tu viens chercher mon admiration par ton attitude. Chapeau !
Judicieuse idée de laisser le mystère planer, c'est que j'ai essayé de faire pour la voix narrative, elle se dévoilera à son heure pour les futurs lecteurs que je te souhaite, nombreux.

@ Danaée : Et en parlant de futur lecteur, j'ai vraiment très hâte de savoir qu'est-ce que tu en penseras.

Venise a dit...

@ Laurence : Je viens juste de découvrir ta question, désolé.

Je vais tenter de le dire autrement, j'ai eu l'impression - et le "impression" est très important car c'est peut-être justement voulu par toi - que l'histoire était très près de ta propre vie familiale. Si ce n'est pas le cas, eh bien, tu as du talent pour créer cette impression. C'est réussi.

"Voler". Je me suis un peu laissé tenter par une manière un peu littéraire de le dire, aussi j'accueille très bien ta question me disant justement, après coup, que c'était une affirmation qui pouvait manquer de clarté.

Laurence a dit...

Ah! Chère Venise! Je suis un peu tordue, et cette histoire l'est aussi! On ne peut évidemment jamais faire abstraction de ses souvenirs ou de ses expériences personnelles, mais ce qui est merveilleux dans l'écriture, c'est le pouvoir que les mots ont de transformer, d'exagérer. Ils ont le don de faire prendre des chemins inattendu aux personnages, le plaisir de la surprise étant toujours au rendez-vous pour l'écrivain lui-même. Alors non, je ne dirais pas que ce roman est basé sur ma vie et mon enfance. Et oui, les mots sont nés du plus profond de mon coeur, enracinés dans la vase de mon imagination et de mes souvenirs déformés. Ah! Toujours cette ambigüité! Je dois être "une écrivaine japonaise", moi aussi! ;-)

Venise a dit...

@ Laurence : Tu me vois extrêmement contente d'entendre ça. Ils t'ont conduit plus loin, ailleurs, ces personnages qui t'habitent. Comme tu dis, ambiguïté ...

Karine :) a dit...

Le thème me tente bien et je suis intriguée par ton billet, Venise... peut-être à demander comme cadeau de Noël!!