dimanche 7 juin 2009

Un taxi la nuit - tome 2 - Pierre-Léon Lalonde

Pour ceux qui ne le sauraient pas, ce recueil est la compilation des billets du blogue d’un chauffeur de taxi à Montréal depuis 17 ans. Un amoureux déclaré de sa ville : « Au lever comme au coucher, elle reste d’une splendeur qui ne se dément jamais. Elle me brasse les sens, me fait tourner la tête, me fait tourner en rond. Elle me bouscule et me fait faire des détours. J’aime quand elle m’amène ailleurs. J’aime comme elle me fait rêver.

Et de splendides photos pris par l’auteur reflètent ce regard amoureux. Certaines sur papier glacé s’il vous plaît !

Marc et moi entretenions un souvenir allumé de "Un taxi la nuit - tome 1". J’appréhendais le 2, pour les redites, les us et coutumes du métier nous étant déjà dévoilés, nos attentes seraient décuplés vis-à-vis le cœur du sujet : l’anecdote. Cette série d’anecdotes sur le passage bref, renversant (jusqu’où peut aller l’être humain sans sa conscience, ce n’est pas croyable) des passagers.

C’est vrai qu’à un certain moment, j’ai eu l’impression de revivre certaines situations, comme la ronde des imbibés d’alcool à la sortie des bars et la peur du déversement de leur trop-plein dans l'auto est du beaucoup vu ... et senti (je n’avais jamais pensé à ça, l'odeur, ce fantôme du passager) ! À un moment donné de ma lecture, mon intérêt s’est quelque peu assoupi mais pas pour bien longtemps. Je dirais que la saga de la faune humaine démarre lentement, comme un moteur qui a besoin de se réchauffer. Et puis, l'auteur reprend le fringuant du volant et on apprend encore des secrets sur le métier. Sur la ville. Sur la gent humaine. Sur les relations. Et bien évidemment sur Pierre-Léon Lalonde.

Au Québec, on s’attache ... à Pierre-Léon. C’est sincèrement déclaré. Marc et moi n’aborderons plus du tout les taxis de la même manière, de voir un bras levé hier à Montréal ramène notre pensée à Pierre-Léon. Nous le cherchons et allons probablement le chercher toute notre vie. Mais ce qu'il nous en reste est le respect dû au métier maintenant qu’on en connaît les tenants.

Nous sommes les voyeurs privilégiés de cette randonnée de taxi de plus de 200 pages et étendue sur une année. On rencontre des personnes inimaginables, des personnages sortis de roman mais que l’on sait de chair et d’os. Et sans avoir à les sentir ! Monsieur Lalonde raconte sans ménagement, va directement au but, avec humour, et le fait qu’on y trouve moins de jeux de mots démontre que le conteur prend de l’étoffe.Arrivée à la fin de l’année 2008, nous étions déjà comblés par notre lecture, et puis voilà que l’on découvre une surprise : 40 pages inédites.

Un vrai de vrai cadeau que ce Réflexions lunaires, une seule nuit racontée d'un souffle qui décoifferait même sous un toit. Il y a une force de frappe, un rythme dans ce récit, l’auteur a sûrement été soulevé, en tout cas il nous soulève vers cette réalité hachurée, haletante des courses, mais où le bon temps arrive quand même à entrer. Et en bout de piste, PLL nous ouvre la porte et nous laisse entrer en lui. Je vous le dis, les larmes ont coulé sur mes joues. Fait un peu cocasse, j’étais en auto, je lisais à Marc dans un trafic au ralenti et tout à coup, plus un mot ne sortait de ma bouche. J’étais trop émue.

Évidemment, si vous commenciez par la fin, il y aurait peu de chance que ça vous fasse cet effet. Il faut lire toute la saga pour développer un lien avec cet homme attachant.

Je vous laisse sur cette phrase qui résonne encore en moi :
« Côtoyant soir après soir l’humanité, j’ai fini par découvrir la mienne ».

6 commentaires:

Trader a dit...

J'ai bcp de respect pour les gens oeuvrant dans le service à la clientèle (je dis ça "at large" pour tous ceux qui font affaire au public, non seulement les chauffeurs de taxi).

Moi, c'est les chauffeurs de bus avec lesquels je suis plus familier. J'adore la plupart d'entre eux et je devine souvent leurs réactions face à certaines situations.

Le service à la clientèle, c'est toute une affaire. J'en connais d'ailleurs un rayon en la matière, ne serait-ce que pour la tenue d'un motel...

;)

Beo a dit...

Imagines-toi Venise que je vais bientôt lire le premier tôme grâce à mes amis du bookcrossing!

J'ai bien hâte!

Venise a dit...

@ Trader : Je me demande si une personne qui n'a jamais touché de près ou de loin le service à la clientèle peut apprécier à sa juste valeur le jugement, la compassion et la patience exigés.

Moi aussi, je suis très admirative, même pour les tenanciers de motel sur le bord d'une route passante ... d'opinions.

Venise a dit...

@ Béo : Le fun que tu vas avoir ! Toi, l'humaniste qui adore les anecdotes, toi et tes rames de mémoire branchées sur le Québec, ma foi, tu vas tout simplement jubilée ! En plus, tu vas pouvoir poursuivre ta route jusqu'au tome 2.

Beo a dit...

J'imagine que ce sera jubilatoire, surtout que c'était tellement pas prévu!

J'adore mon collègue du bookcrossing-désolée du terme anglophone mais bon... c'est comme ça par ici-, qui est fan de Senécal, de J. J. Pelletier et de quelques autres auteurs de chez-nous: j'en profite. Ensuite je lui refile du Tremblay, etc!

PS: ce commentaire rédigé en partie à la suisse, ne souffrira aucune correction grammaticale ;)

Venise a dit...

@ Béo : Toute expression Suisse est encouragée ici :-) puisque je me permets du joual de temps en temps. Le Passe-Mot est un blogue universel (Hi Hi, pourquoi pas en profiter pour s'en jeter !).

Même les langages inventés sont acceptés, en autant que l'on accepte la condition de ne pas être compris :-D