vendredi 12 juin 2015

L'encre mauve de Florence Meney

Voici un polar à plusieurs ramifications d’histoires qui veulent sonder l’âme trouble de l’être humain : Est-ce que le monstre est toujours celui que l’on pense ?

L’ambiance morbide nous saisit dès le début, un policier haut gradé ayant commis un horrible crime familial, tuant sa femme et ses jumelles. Conclusion immédiate des médias : crime abject égale monstre. Même si cette enquête et cette cause devant la Cour traversent le roman, avec son jeune inspecteur en mal de patron (en congé pour dépression), le projecteur sera plutôt braqué sur Laura, en deuil de son patron mort subitement. Elle travaille dans une maison d’édition et, suite au décès subit de son oncle, un jeune a pris les rênes pour reconstruire à sa façon. Manque de pot, il a la flamme pécuniaire plus que littéraire. Son portrait m’a fait penser à celui de Blaise Renaud (ce propos n’engage que moi !).

Laura et son mari, Bernard, journaliste en début de dépression, sont les personnages principaux, si on exclut le magistrat. Celui-ci, ami de feu l’éditeur contacte Laura pour lui proposer un manuscrit écrit à l’encre mauve. Que le manuscrit soit à l’encre mauve m’a tout de suite donné un indice sur son importance dans l’histoire. Peut-être, qui sait, aurais-je un peu plus cru à la naïveté de Laura, sinon.

Laura est la femme sympathique par excellence. Éplorée par le départ de son patron qui la choyait, complètement dépassée devant la force magnétique de ce magistrat qui insiste, la coince, la harcèle pour se faire éditer. Il la somme de n’en parler à personne, pas même à son mari. Le plus surprenant est qu’elle accepte. J’ai eu maille à partir avec cette passivité soumise chez une femme de cette trempe. Nous lisons le manuscrit en même temps que Laura et je n’ai pas vu dans ces lignes à l’encre mauve matière à obnubiler le jugement d’une personne. Ces réticences m’ont retenue d’embarquer à fond dans cette intrigue.

Heureusement, je le répète, plusieurs histoires et personnages rayonnent autour de Laura. À commencer par son mari, bon bougre un peu endormi (pour ne rien voir du malaise de sa femme !), la savoureuse relation entre les détectives, les en-dessous des meurtres familiaux, intrigants jusqu’à la dernière ligne. Et que dire des personnages hauts en couleur,: le magistrat, tout un numéro, avec plusieurs tours dans son sac et son ancienne amante, femme digne et affirmée.

On ne s’ennuie pas, une action n’attendant pas l’autre, le style est fluide, coule semble-il, sans effort, comme la ballerine qui sourit en exécutant une arabesque complexe.

Malgré que je me sois butée à la plausibilité du comportement de Laura, je sors de ce roman avec une furieuse envie d’écrire à l’encre mauve. De préférence, un manuscrit.

8 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Bé, y en a des dépressions là-dedans ! et aussi, de l'action, dirait-on. Je reste mitigée, avec une pointe de curiosité.

Suzanne a dit...

À lire très bientôt car dans ma pile à lire.

Venise a dit...

Anne : La dépression, je l'ai réalisé en l'écrivant. Deux hommes d'un âge certain, un en pleine dépression, et un autre en pré-dépression. Je me demande quasiment si l'auteure s'en est aperçue !

Venise a dit...

Suzanne : Dis-moi pas que je vais savoir qu'est-ce que tu en penses ! Tu fais ma soirée !
Tu me feras signe, des fois que je louperais ton billet. S'il vous plait.....

Florence Meney a dit...

Coucou à vous! Alors d'abord merci de ce beau papier! Denise, vous avez bien vu, Bernard frise le burn-out, peut-être pas la déprime. C,est à dessein que plusieurs personnages vont mal, ou du moins se questionnent. La premère version était plus sombre encore ahahhaha!
Ce roman parle entre autres des changements dans les époques de la vie, de la difficulté de faire les transitions, de mesurer le chemin parcouru et d'aborder celui qu'il nous reste en adhésion avec nos valeurs profondes. :) Bonne journée à vous et encore un beau merci!!

Florence Meney a dit...

Venise pas Denise...maudite saisie automatique

Venise a dit...

Vous avez raison, Florence, burn-out aurait été plus juste, plus précis.

Le polar des remises en questions ! Voilà.

Merci d'être venue nous saluer, c'est rare qu'un auteur le fasse.

Karine:) a dit...

Je pense avoir davantage apprécié que toi, en fait. Et oui, j'ai été surprise d'un certain comportement du personnage principal mais d'un autre côté, je pense qu'elle est dans un état assez fragile pour réagir comme ça... Et je suis super fan de la plume.