lundi 24 novembre 2014

Tournée tournis au Salon du livre de Montréal

Dédicace de Colis 22
Il faut que je vous raconte une histoire, la mienne, au Salon du livre de Montréal. Marsi et moi y étions, quelques heures vendredi soir et le samedi après-midi. En si peu de temps, il s’en passe des choses dans un Salon ! Ça me met littéralement à terre. Faut dire que je suis intense, chaque personne que je rencontre est précieuse, et on en rencontre une à la minute ! J’exagère à peine. Il y a les personnes que je vois rarement, les personnes que je vois pour une première fois, celles connues sois la grande Toile, celles de mon entourage amical. On change rapidement de niveaux de relation et on doit s’ajuster le temps de dire « allo ».

Il y a l’ambiance qui donne le tournis. Il y a du « trop » en abondance : trop de lumières, trop de rues en tapis, trop de numéros de kiosque, trop de jambes, trop de pieds, trop de roues. Une chose manque à l’appel, c’est de l’air, ce qu’on réalise pleinement lorsque l’on met le nez dehors! Et de l’eau, si on oublie d’en apporter une bonne ration. Et peut-être des bancs.
Première dédicace - Marsi tremblait
Savez-vous ce que je préfère d’un Salon du livre ? Les souvenirs. Quand je revis les moments purs, intenses, sans mes maux de pieds. C’est alors que les mots me viennent aisément, ceux que j’aurais aimés dire, ceux que j’aurais aimés sourire.

Pourquoi y était-t-on ? Pour les dédicaces de Marsi au très achalandé kiosque de La Pastèque. Nous avons eu la surprise de réaliser combien Miam miam Fléau n’est pas un album qui est passé à la moulinette de l’oubli. Même le Brâne de Partie de pêche de Glénat Québec a été présenté à Marsi, s’exécutant de son mieux sur du papier glacé. Mais le plus surprenant, pour moi en tout cas, a été que certains lui présentent « La Pastèque 15 ans d'édition ». Tous les morceaux sont venus s’assembler autour du petit dernier, Colis 22. J’en ai conclu que l’on peut commencer à parler d’une œuvre.
Avec Rémy Simard - Invité d'honneur
Je ne vous raconterai pas par le menu détail tout ce qui m’est arrivé et chaque main que j’ai serrée, mais j’ai une anecdote savoureuse, et même douloureuse, à vous raconter. Tout à côté du kiosque La Pastèque, il y avait celui de Radio-Canada où s’enregistraient des émissions en direct. Pour prendre du répit, je me suis assise devant l’émission « Les éclaireurs ». Au quart de l’émission, Philippe Desrosiers, l'animateur a posé une question à l’assistance « Quels livres vous font voyager? ». J’ai fouillé dans mon sac à main, trouvé un stylo et une facture de stationnement où j’ai écrit «Ce qui me fait voyager sont les romans de Michèle Plomer, HKPQ et Dragonville 3 tomes ». Croyant bon de situer l’œuvre, j’ai rajouté sur ma minuscule facture « Aller et retour de la Chine à Magog ». Eh bien, croyez-le ou non, la chroniqueuse a donné comme titre « Aller et retour de la Chine à Magog » ! Comme c’était en direct, j’ai opté pour ne pas la reprendre, surtout que j’étais en état de choc, mon tibia ayant heurté l’estrade dans ma précipitation d’apporter le petit papier. (Si vous êtes curieux, rendez-vous sur la bande du haut, à la minute 26 : 36 sec.).
Auteurs de Pourquoi cours-tu comme ça ?
Autre anecdote cocasse. Nous devions dîner avec Julie Gravel Richard qui terminait sa dédicace au kiosque « Stanké » pour le collectif « Pourquoi cours-tu comme ça? ». En arrivant, nous réalisons facilement que l’esprit d’équipe est à son apogée et que les auteurs ont le goût de casser la croûte ensemble. Ils avaient déjà une idée où aller, alors on part aussitôt. Marsi et moi, nous nous joignons à l’escouade d’auteurs et à un moment donné, le rythme s’accélère. Je m’arrête, dans ma tête en tout cas, pas le temps avec les jambes, et réalise que je suis à faire de la marche rapide avec une gang d’auteurs qui ont l’habitude de jogger. J’ai rigolé et déclaré, en blaguant bien sûr, que l’on ne m’y prendrait plus !
Jean-François Lisée, toujours très attendu
Je tenais à m’acheter un livre, coûte que coûte, Le Journal de Lisée - 18 mois de pouvoir, mes combats, mes passions. Numéro de kiosque en mains, je me mets à sa recherche, étant certaine à l’avance que je le chercherais longtemps, défaitisme oblige quand tu n’as aucun sens de l’orientation. Après avoir marché et même tourné en rond, je finis par dénicher le #246. Rires, bises, et dédicace de Jean-François Lisée, un homme charmant, je reprends ma marche en me laissant aller au gré des livres et des visages ouverts. Après une halte chez Québec Amérique, je finis par me retrouver, comme par hasard, devant Marsi. Il est sous mes yeux sans que j’ai eu à le chercher, toujours derrière le comptoir de dédicaces. Il y a deux personnes qui attendent, dont une qui le contemple dessiner tandis que Marsi se terre dans un silence monastique, puisqu’il ne peut dessiner et parler en même temps. Toute à ma satisfaction de ne pas avoir perdu trop de temps à le chercher, j’aperçois tout à coup la petite table de monsieur Lisée. C’est à ce moment-là que je réalise que La Pastèque et Rogers portent le même numéro de kiosque #246 ... puisqu’ils sont côte à côte !

Hum….. oui, je sais, c’est pas fort, fort. Heureusement, je me repère dans les bouts de lignes et les milieux de chapitres et je longe, sans trop me perdre, les couloirs sinueux du sous-texte. 
Que de monde ! Aux côtés de Marianne Dubuc
en dédicace de Le lion et l'oiseau ayant remporté le GG.

mardi 18 novembre 2014

Le Nain de Francine Brunet

Un premier roman qui m'a emballée ! Lu dans le cadre de La Recrue, j'ai titré ma critique que voici : "Cirque humain captivant".

Les premiers romans tentent souvent de déballer idées et personnages accumulés durant une vie. Chez Francine Brunet, il n’y a pas d’exception à cette règle, les personnages diversifiés pullulent; bien sûr un Nain, un cousin épileptique, un dur à cuire manchot (Trois Gallons), une tante qui se déplace en rampant, une autre à la mémoire défaillante et, en bout de piste, une mère percluse de culpabilité d’avoir confié son fils Edmond à ses sœurs. Cette famille atypique serait déjà un roman en soi, mais s’ajoute à la trame narrative un mystère à La Tuque. Une maladie non identifiée court et les inspecteurs se penchent sur la question : est-elle liée au trafic de drogue qu’ils tentent de démanteler? Une Asiatique à la beauté d’une poupée de porcelaine arrive avec son expertise de médecin légiste en stage. Le pont entre la famille d’Edmond et l’équipe d’enquêteurs est Fernande Pouliot, l’infirmière plus que parfaite, si dévouée qu’on se sent des fainéants à ses côtés. Comme elle est la soignante des tantes d’Edmond, une relation particulière se développera entre lui et elle. L’intrigue policière est intéressante et j’avoue avoir frémi devant le sadisme de Trois Gallons qui poursuit le but de se venger du Nain qu’il soupçonne de lui avoir lancé un sort.

Bien évidemment, avec autant de personnages, les intrigues affluent. Jamais une seconde de répit, encore moins d’ennui, si l’on aime les fresques baroques. J’ai été subjuguée par le personnage principal; heureusement, car on peut s’y perdre un peu. Mais du début à la fin, malgré les intermissions dues à l’enquête en cours, le point pivot est Edmond, cet être de petite taille, curieux, qui assimile tout comme une éponge. N’en doutez pas une seconde, il vous fera bondir de surprise en surprise. Malgré qu’il ait été couvé de près par ses tantes et de plus loin par sa mère habitant la maison d’en face et qu’il n’ait jamais mis les pieds dans une école, il tient un cahier dans lequel il écrit ce qu’il pense. On y reconnait clairement des chiffres, mais pour le reste, on n’y comprend rien.

J’ai vraiment eu un coup de cœur pour le style bondissant et mature de Francine Brunet. Il arrive parfois qu’on entende l’auteure écrire, ici l’auteure s’efface, l’histoire prime. Son style vole au-dessus des intrigues et des personnages, l’assurance est remarquable. Certaines phrases semblent sortir directement d’un tableau coloré où les personnages s’articuleraient devant elle, au gré de son inspiration. Aucun doute : je suivrai cette auteure au pas, j'avance sans l'ombre du doute, cette auteure a un talent pour raconter et une imagination débordante.

Le Nain
Francine Brunet
Stanké, 2014
236 pages

jeudi 13 novembre 2014

Les coulisses de Colis 22

Arrivée du Colis par le courrier postal
Je veux faire mentir l’adage que les cordonniers sont mal chaussés, non pas en rédigeant une critique de Colis 22 publié à La Pastèque (manque totale de recul !), mais en partageant une part des coulisses avec vous. Premièrement, pour tous les promeneurs du dimanche, pas habitués au Passe-Mot, le bédéiste Marsi est mon mari et son troisième album est en librairie depuis environ deux semaines.

Certains apparentent la sortie d’un livre à un accouchement et c’est d’autant plus comique que de BB à BD, la sonorité est semblable. Donc la BD de Marsi est enfin au monde et lorsque le BB a été déposé entre ses mains fébriles, il a eu un choc. Il a rapidement dit « Elle est belle » la couverture, sa peau de papier est lisse et veloutée au toucher, d’un format facile à tenir entre les mains et quand on l’ouvre, il ne manque pas une page ... (pas un doigt ...sourire). Bref, la BD était complète, l’encre était sèche.

Jusque là, tout allait bien, le premier contact était bon. C’est lorsqu’il s’est approché d’elle pour l'écornifler et la feuilleter qu’il a commencé à renâcler. Certaines teintes grisâtres, certains contrastes n’étaient pas identiques à ce qu’il avait toujours vu derrière son écran. C’est rare qu’un BB est identique à ce que l’on a rêvé, il nous déjoue, même chose pour une BD. Deux jours se sont écoulées où Marsi, le père de Colis 22 était un peu tourmenté ; est-ce que la BD était à la hauteur de ce qu'il rêvait mais surtout : serait-t-elle à la hauteur du regard des proches qui l’attendent depuis au moins trois ans, gestation extraordinairement longue. Et pire, qu'en sera-t-il des regards moins cléments des étrangers, de ceux qui ne connaissent pas les liens entre le père et sa création, et qui pourraient être sans pitié pour la moindre faille. 

Comme une réponse aux échos anxieux de Marsi, un son de cloche s’est fait entendre à la Radio de CISM,89,3 aux Herbes folles (émission archivée 27 oct) où Amélie Mathieu s'est montrée aussi surprise qu’admirative devant cette toute nouvelle BD, dont elle ne connaissait pas le créateur. L’envie de lire le premier de la famille Miam Miam Fléau s'est même fait pressante. Soupir de soulagement sortant du poitrail de l’homme, cela suffisait-il ;  s’enthousiasmait-elle pour des peccadilles ? Le père avait besoin de quelques autres confirmations avant de laisser tomber les épaules hautes et crispées. Elles sont venues, une à une et à chaque fois, toujours aussi appréciées :

« Honnêtement, cette année, dans la bande dessinée québécoise, je n’avais jamais vu une bande dessinée aussi détaillée. C’est de toute beauté. Il n’y a pas seulement le dessin qui est magnifique. Le récit m’a charmé dès ses premières lignes ». Michel Michaud, Affaires de gars

 « Le trait de Marsi a fait beaucoup de chemin depuis 2009. Ses dessins se situent aujourd’hui entre ceux de Frank Le Gall et de Bruno Heitz, et offrent des bonbons à tous les amoureux de la ville de Québec. Son choix du noir et blanc sied très bien à cette explosion contrôlée de détails et à l’esprit policier du livre ». BDmétrique

 « Un étrange polar sur deux roues, astucieuse bouffée d’absurde et d’inquiétant, à dévorer d’un trait, sans reprendre son souffle ». Marie Soleil Cool-Cotte sur Lili les Merveilles

 « Son dessin démontre une attention aux détails assez phénoménale, mêlant encore une fois réalité et fiction. Pour le lecteur, c'est un bonheur de reconnaître des éléments de la culture populaire, des indices subtils ou de se faire ouvrir grand les portes du château (Frontenac) pour admirer son décor raffiné. Si la forme séduit, le fond ne cherche pas à véhiculer une morale, mais on ne peut s'empêcher d'y voir une belle réflexion sur le temps et l'entraide, le tout traversé d'un humour convivial ».
Les lectures de Topinambulle

Après toutes ces étoiles dans le firmament de Colis 22, l’auteur de ses jours respire mieux, les poumons se gonfle de fierté, mais pas trop tout de même, on ne sait jamais, il y a l'avenir qui reste à venir ...

lundi 3 novembre 2014

Wildwood de Johanne Seymour

Ça a tout l’air que j’ai l’art de choisir l’œuvre « récréation », celle qui bifurque de la voie habituelle. Je pensais rencontrer Kate McDougall, l’enquêteuse experte des cinq polars de Johanne Seymour, j’ai rencontré une adolescente de 16 ans, Michelle. Je ne regrette rien, il sera toujours temps de revenir au polar à l’état pur et dur.

Nous sommes en 1968, à Wildwood, en vacances. Les parents de Michelle consomment leurs trois semaines où, sorties d’une routine astreignante, ils reprennent contact avec la vie. Leur unique enfant a pris une décision, cette année, elle s’offre une aventure avec un lifeguard. Guillerette, l’ado a hâte de rejoindre ses amis américains. L’insouciance sera de courte durée, un meurtre sur la plage viendra teindre de noir cette expérience qui aurait pu être rouge pétant. Malgré que, en soi, les amours à l’adolescence, en vacances, c’est rarement simple.

L’auteur a vraiment réussi à recréer ces années où les Québécois trimaient dur pour s’offrir des vacances le moins cher possible (ils ont loué un logement), en autant qu’elles soient au bord de la mer. Les relations entre Michelle et ses parents sont criantes de vérité. C’est dans ses nombreux passages que je l’ai sentie la plus vraie. C’est une adolescente sage et responsable, qui se trouve ordinaire, elle a été élevée avec des principes sévères et pourtant, elle a le goût de s’offrir une aventure qu’il faut supposer sans lendemain. C’est le propre de l’adolescence de vouloir s’écarter du chemin que les parents tracent pour nous.

L’homme rêvé se présentera rapidement et son fantasme aura une possibilité de se concrétiser sans trainer.

En arrière plan se profilent les affres de la guerre au Vietnam, menace qui plane au-dessus de plusieurs jeunes. D'ailleurs, son fantasme en chair, en os et en maillot de bain, ce fameux lifeguard est revenu traumatisé du Vietnam, Michelle en découvrira progressivement l’ampleur. Son couple amis est également touché de près puisque le garçon sera bientôt appelé au front. Tandis que leur fille flirte avec cette gravité, de leur côté, les parents font tout pour se distraire et s'amuser. Leur seule contrariété sera de voir leur fille impliquée comme témoin important du meurtre d’une jeune femme.

J’ai aimé ce revirement de situation : voir les jeunes soucieux, plongés dans la résolution d’un crime sordide tandis que les adultes alimentent leur insouciance. Mes personnages favoris furent sans conteste les parents de Michelle, si bien campés. Les relations entre l’homme et la femme signent l’époque, l’homme portant les culottes, la femme tramant en-dessous pour adoucir les décisions du père trop sévère. Je n’insinue pas que je n’aie pas aimé Michelle, et son rêve de s’abandonner à l’amour, mais comme elle est la narratrice, il était délicat à certains moments de croire à son jeune âge, tellement la narration se décline sur un ton mature. Si elle a perdu son innocence, ce que l’auteure répète même si toute l’histoire le démontre, quand l’a-t-elle vécue ? Avant que l’histoire commence, faut-il croire. 

Ce qui m’a émue ne sont pas tant ses amours d’adolescente que sa relation avec ses parents, et particulièrement avec son père. Ça sent la blessure encore ouverte.

Somme toute, l’histoire vaut amplement la peine d’être lue. Elle offre autant une histoire d’amour entre jeunes gens qu’une histoire d’amour entre un père et sa fille, rajouté à cela une bonne intrigue policière. On ne s’ennuie pas.

J’ai déjà hâte à cette prochaine où je ferai connaissance avec Kate McDougall.

Wildwood de Johanne Seymour
sept 2014 - 248 pages - Libre Expression

mardi 28 octobre 2014

Pourquoi cours-tu comme ça ? - Collectif

D’où m’est venue l’envie de lire ce petit bouquin sans prétention ? De ma collègue blogueuse, Jules se livre, pour son enthousiasme contagieux, pour les 8 auteurs des 8 nouvelles qu’on s’amuse à reconnaitre, et c'est sans compter l’attrait indéniable de la couverture, avec ses illustrations de coureurs de tout acabit. Mais ce n’est certes pas parce que je cours ou que je veux courir. J’ai  de la difficulté à marcher, alors imaginez courir !

C’est rare que je m’aventure à vous dire par quel bout prendre un livre, mais je trouve intéressant, dans ces cas de nouvelles réunies sous un même thème, de commencer par la fin. Hé, hé ... Par là, je veux dire, lire la brève bio de l’auteur offerte à la fin de la nouvelle. J’ai aimé faire connaissance avec l’auteur, apprendre s’il court ou non, si c’est récent, ou si c’est un mordu. 

Autant l’angle des histoires est différent d’un auteur à l’autre, autant les motivations le sont. J’ai embroché les 8 histoires, et comme dans n’importe quel recueil de nouvelles, certaines m’ont captivés et d’autres m’ont laissé indifférente. Je ne m’en cacherais pas, j’ai sauté immédiatement sur la deuxième, Tandem celle de ma précieuse amie Julie Gravel-Richard. Je l’ai lue à haute voix pour Marsi avec toute l’émotion que peut générer une nouvelle puisée à même le sentiment filial et la menace du cancer qui plane au-dessus d’une famille. Le fait que le regard soit celui du fils vis-à-vis la mère, laquelle on s’empresse d’identifier comme l’auteure est pour le moins remuant, quand on sait qu’elle est au prise avec un tumeur au cerveau (réf. : Soleil en tête). Si j’ai eu un tort c’est d'avoir commencé par la plus forte, à mon avis. Je vous laisse découvrir si vous, ne fréquentant pas l’auteure, vous serez du même avis.

Celle de Patrick Dion La course en Juillet entre de plein pied dans ce fléau social : l’intimidation quand tu es différent, même juste un tout petit peu. C’est habilement mené et le message passe. Avec London Calling, Michel Jean nous entraine dans la course en forêt, c’est la nouvelle qui m’a le plus donnée envie de courir. J’ai aimé l’image de cette femme sauvage qui s’enfuit comme un couguar en pleine nature. Courir après l’amour, c’est du Nathalie Roy tout craché ! La fin fait plaisir à une lectrice, le propre des œuvres de l’auteure. J’ai dû relire celle de Marie Josée Turgeon, au titre intriguant « La gomme à la cannelle », nouvelle sympathique qui se lit facilement revisitant la prémisse que courir fait avaler les plus éprouvantes peines d’amour. Ma deuxième préférée « Asphalte » de Florence Meney pour l’audace d’être littéraire jusqu’au bout. On sort du ton badin de joyeuse chronique. La fin me fait encore sourire, une image qui me poursuivra et m’attraperait sûrement si je courais.

Plusieurs ont aimé l’humour de « Je suis mouillée de partout » de la comédienne Jacinthe Parenteau, qui m'a malheureusement perdu en chemin du top chrono. Je n’ai peut-être pas tenu la route, n'ayant pas suivi la suggestion de l'auteure de consommer sa lecture en écoutant Claptone – No Eyes feat – Jaw Exploited. La dernière, « Errances » a un ton différent, celui de l’histoire vécue. Une réponse prise au pied de la question « Pourquoi courir ? ». Vous serez d’autant plus intéressé si ce comédien, Patrice Godin, qu’on ne voit pas assez sur nos écrans, vous intrigue. De tous les coureurs, c’est le mordu entre tous, courant des marathons de 42,5 kilomètres. Je vous assure que ça impressionne. 

Une lecture en douceur qui peut réconforter ou encourager ceux qui courent déjà et, qui sait, fera courir ceux qui se demandent encore au sujet de leur entourage : « Pourquoi cours-tu comme ça ? »

Pourquoi cours-tu comme ça ?
Nouvelles sous la direction de Marie-Josée Turgeon et Michel Jean, auteurs de 2 nouvelles.
6 autres : Patrick Dion, Julie Gravel-Richard, Nathalie Roy,  Jacinthe Parenteau, Florence Meney, Patrice Godin
Illustrations de la couverture : Jasmin Guérard-Alie
Vous voulez les voir ?




samedi 18 octobre 2014

Extraordinaire de David Gilmour

Danielle Laurin a intitulé sa critique « La mort en direct ». C’est fort, j’aurais aimé  y penser. Pour trouver les mots justes, ça aide d’avoir beaucoup aimé un livre. Ce fut son cas, tandis que moi j’ai moyennement aimé. Pourtant un frère au chevet de sa demi-sœur, une mission au fond de sa poche (des pilules) et une promesse à tenir : l’assister à quitter cette vie dont elle ne veut plus est un excellent sujet de roman.

Pourquoi ne veut-t-elle plus de sa vie, là est toute la question. Une possible réponse  ; elle est en fauteuil roulant suite à un accident. « S’est-elle habituée à vivre péniblement ? » est une question importante mais ce n’est pas l’unique. Une seule réponse serait trop simple pour que cet échange de confidences chuchotées en pleine nuit remplisse 176 pages. Sa vie a été remplie ; mère de deux enfants marginaux et rebelles, un fils dont elle ne vient pas à bout, un divorce, un amant, un exil, mais surtout ce fameux accident d’une banalité sans nom, littéralement s’accrocher dans les fleurs du tapis. En résumant sa vie, je réalise que ce qui la distingue vraiment sont les conséquences de son accident qui lui a enlevé l’usage de ses jambes.

Ce qui donne la saveur à l’histoire, ce ne sont pas tant les bribes de sa vie, comme ce dialogue nocturne en sourdine. Le ton de confidence de ce tête-à-tête donne nettement l’impression au lecteur d’avoir une part active à cette préparation à la mort. Une question résonne dans la tête du lecteur, à l’unisson à celle du frère : est-elle sûre de vouloir mourir ? Il est facile de s’imaginer qu’une personne veuille tout abandonner sous un coup de tête, ou en perdant la tête sous l’effet d’alcool ou de la drogue, mais en pleine possession de ses moyens, c’est perturbant.

Elle communique posément, s'exprime avec une grande lucidité, ce qui va raviver l'affection du frêre qui la découvre juste avant de la laisser partir. Va-t-il refuser de participer à son départ, essayer de la convaincre de continuer, lui donner des conseils, lui apporter de l’aide pour mieux vivre à l’avenir ? Non, pas du tout, ne pas satisfaire son ultime désir lui donnerait l’impression de ne pas suffisamment l’aimer.

Je vais tenter d’expliquer pourquoi je ne suis pas plus emballée, malgré la maîtrise du dialogue et l’ambiance rendue impeccablement. J’ai trouvé le message si gros, qu’il tire la situation et ses personnages, quand cela devrait être l’inverse. Un professeur aurait donné à ses étudiants ce devoir : démontrer que l’euthanasie est un geste propre, respectueux et nécessaire, « Extraordinaire » aurait alors obtenu une note extraordinaire. Je n’aime pas voir le message à ce point, au même titre que je n’aime pas voir les ficelles des marionnettes ou la bouche du ventriloque.

J’aurais préféré voir des élans de vie ressortir de ce moment crucial où quelqu'un décide de quitter sa vie. Par exemple, j’aurais imaginé des sursauts de doute venant du frère, qu’il soit un peu torturé, ou voir le déchirement de la sœur qui laisse une vie et sa fille derrière elle. Rien de plus humain, il me semble. Surtout qu’à un certain moment, ils ingurgitent une grande quantité d’alcool fort, cela aurait pu avoir un effet, celui de ramollir au moins un des deux, lui donnant la nausée, ou de l’anxiété.

Delà, cette impression persistante d’assister à une démonstration qui appuie la non ingérence dans la décision ultime de mourir et que le suicide assisté est un geste noble. Le message, en parlant plus fort que les personnages, les a sclérosés au point où je les ai moins appréciés.   

Extraordinaire - auteur : David Gilmour* - Éditions : VLB
avril 2014, 176 pages
Traduit de l'anglais par Sophie Cardinal-Corriveau
*(polémique récente suite à une de ses déclarations intempestives)

mardi 14 octobre 2014

Vrac d'automne

Merci des éditeurs
On défend les auteurs bec et ongles, ils sont les enfants faibles du bout de la chaîne du livre. C’est vrai. Mais ce n’est pas une raison pour faire passer les maisons d’édition pour les gros méchants. Je ne me lance pas dans un plaidoyer, je veux seulement vous donner des visages reconnaissants à reconnaître :



Pierre Foglia – 10 livres… pis, vite !
Notre chroniqueur indestructible et mordant vient encore de trouver une manière de parler littérature et la parsemer de titres québécois. Il nous envoie à un devoir amusant tandis que lui l'a bien sûr fait.

D’auteur inconnu 
Le plus dur, c'est la couvaison. Bien que malaisé, sortir un oeuf n'est pas une tâche impossible. C'est après que ça se corse, quand il faut le reconnaître comme sien et vivre avec, quand il faut l'aimer, le bichonner, le rouler jusqu'aux sommets où trône l'éditeur et ensuite, lorsqu'il est enfin prêt à faire sa vie, le jeter dans la fosse aux critiques. Tout cela demande davantage d'inconscience que de talent. [...] La capacité de lancer un livre ordinaire aux côtés de chefs-d'oeuvre - qui sont tout de même rares - dépend de la dose d'humilité qui vous habite, autrement dit de votre façon de brider le narcissisme. Une fois qu'on a vraiment, mais vraiment tout donné, il faut fermer les yeux sur les défauts de fabrication et être content.
J’ai trouvé ce paragraphe si juste ! Mais je n’ai pas inscrit le nom de l'auteur, j’ai failli ne pas le publier à cause de cette omission. Ce serait dommage, alors je le publie avec l’espoir fou que l’auteur s’identifie. À moins qu'il était anonyme et que je ne m'en souvienne plus. 

Éloge de la littérature québécoise
Il n’y a pas que le douze août pour souligner la littérature québécoise, Karine Minier a initié Québec en septembre dont c’était la troisième édition. Laurence Valentin en a fait un bilan de 183 livres où vous pouvez piger des titres. Une initiative n'attend pas l'autre pour promouvoir nos livres québécois : « Québec-o-trésors ». Je compte y participer. Je vais en parler dans un billet exclusif à cette cause grandiose, par contre, si vous êtes pressés, allez-y joyeusement, je pense même que vous pouvez encore vous inscrire.

Une participante de Québec en septembre a écrit le 1er octobre un billet qui explique pourquoi elle aime la littérature québécoise, malgré ce qu’en dit « Le Monde ». J’ai beaucoup aimé et l’ai même pris comme un hommage ! J’espère que vous serez tenté de la lire, elle se nomme Argali.

Courte Échelle en mauvaise posture
Il faut savoir que je prépare à l’avance mes chroniques Vrac, je glane ici et là des nouvelles dignes d’intérêt. Celle-ci est maintenant dépassée, déjà. On parlait d’agonie, on la dit maintenant morte. Déjà. Après 35 années à servir notre jeunesse, La courte Échelle ne sera plus, que les enfants que nous avons été et ceux que avons enfantés aient son âme, si aucun sauveur ne se pointe. La faillite s’annonce d’envergure, puisque même la générosité du public ne serait pas suffisante.

Marsi et son Colis
Colis 22 nous entraîne dans une enquête hors du commun menée par des personnages aux noms de planète. Entre un chien entêté, des faux appels à la bombe et une patronne insatisfaite, ils ont entre les mains ce colis très recherché pour lequel certains sont prêts à tuer. Curieux de savoir ce qui s'y cache?

Marsi dessine cet album comme on écrit un roman policier, parsemant chaque case de moult détails. Il nous raconte une histoire surprenante avec une fin inattendue où on suit avec plaisir ses personnages du quartier Saint-Sauveur au Château Frontenac. Son souci du détail dans les décors tout en noir et blanc et son talent de conteur lui permettent d'embarquer le lecteur dans son univers insolite.

En librairie (au Québec) le 21 octobre -  160 pages - noir et blanc - 19,95$

J'aime le résumé final que La Pastèque. Rempli de promesses !À noter que nous ne l'avons pas encore tenu entre nos mains.