mercredi 27 mai 2015

Le mauvais côté des choses – Jean Lemieux

J’ai été vers ce polar, certainement pas pour le titre, des plus banals, mais pour l’auteur que j’ai aimé dans L’homme du jeudi.

Voici un polar à plusieurs ramifications, je vous en avise immédiatement, pas moyen d’être paresseux à sa lecture. Je dirais même, il est si touffu, que tout y est. Que ce soit des meurtres macabres à répétition (mains clouées sur des édifices), des oncles louches, des pères disparus, de la mafia infiltrée, de la famille italienne sur la sellette, du journaliste vedette à l’esprit vengeur, une taupe, de la drogue, des jeunes abusés et, au bout de ces êtres : Surprenant. Oui, l’enquêteur, André Surprenant, le personnage principal. Il est entouré d’une pluralité de péripéties et de personnages que l’on en arrive même à le perdre un peu de vue. Un peu, juste un peu.

Surprenant croyait son père perdu, ou mort, jusqu’au jour où il reçoit de ses nouvelles de la Californie. Il vient d’entrer à l’escouade des crimes majeurs de la SPVM, rejoignant une équipe dont il est le nouveau venu, celui qui doit faire ses preuves. Il habite Outremont, la maison dont il a hérité de son oncle, Roger dont on entendra parler dans l’histoire. Son père est également un personnage hautement coloré, mais nous aurons peu d’occasions de faire sa connaissance, à cause justement de la quantité d’histoires imbriquées les unes aux autres. Nous connaitrons par contre sa mère, sa femme, ses enfants et les enfants de sa femme. Pour un enquêteur en service depuis quelques livres, c’est sa sortie au grand jour, on découvre ses antécédents.

Tout est intéressant et tout s’imbrique. Cette histoire a les qualités de ses défauts. Et vice-et-versa. Si vous aimez une seule intrigue approfondie, j’hésiterais à me lancer sur cet entrelacement d’histoires et de personnages hétéroclites. D’ailleurs, au début de ma lecture, j’ai été prise par surprise, car L’homme du Jeudi est un polar presque pépère si on le compare à celui-ci. Il a fallu que je m’y fasse et que je sorte de ma torpeur. Le lecteur se doit d’être alerte, la bouchée est consistante à avaler et à assimiler. Il faut la mastiquer. C’est de la haute voltige et j’ose croire qu’il faut un romancier drôlement expérimenté pour en être rendu à manier les fils sans se mêler et sans qu’ils se mêlent entre eux.

Pour le style, parlons d’effervescence, d'énergie, de dynamisme. Un style remuant ! Avec de petits clins d’œil à l’œuvre de Ferron L’amélanchier. Et pourquoi pas !

Même si je ne m’attendais pas à autant de rebondissements, en aucun cas, je ne manquerai la prochaine enquête de Surprenant. Mais comment surprendre après tout ça ? À l’auteur de me répondre dans son prochain titre.

Ah oui, le titre fait allusion à cet extrait de Jacques Ferron placé en exergue : Je me sentais à la fois honteuse et fière d’être sa fille. Il avait partagé le monde en deux unités franches et distinctes qui figuraient le bon et le mauvais côté des choses. Lui seul avait accès à ce dernier, lui seul ne le craignait pas.

mardi 19 mai 2015

L'amour inconditionnel de Denise Riendeau

Voici un roman qui s’est imposé à moi, qui est venu me chercher. J’aurais dû lui faire prendre la file de ma pile, mais aussitôt feuilleté, je n’ai plus voulu quitter Marie-Denise, le personnage principal. Il est question d'une adolescente insoumise au caractère intense et exacerbé par l’absence de filtre entre l’auteure et son personnage. Elle a ceci d’attachant qu’il est facile de revivre ses élans contestataires pour qui a rué dans les brancards dans sa jeunesse. Sa fougue est tenue sous bride par son entourage, permettant des écarts qui ne la dévieront pas trop de son chemin.

Mais parlons du contexte où nous retrouvons cette ainée de famille. Suite au départ du père, la mère la place avec ses frères et sœurs dans un orphelinat tenu par les religieuses. Ses fugues à répétition la mèneront à son ultime but ; sortir des murs de prison de l’orphelinat. L’adolescente idéaliste pense avoir atteint la liberté, incapable à son âge de soupeser les contraintes de sa nouvelle vie dans un collège, cette fois supervisée par une mère ferme et une grand-mère autoritaire. Facile pour elle de s’imaginer, qu’avec un père, tout serait différent et plus facile.  

Mère, grand-mère, amie, épreuves, vie familiale, choix du métier, amour, absolument tout, passe à travers les prismes de la vision de cette jeune fille qui deviendra une femme sous nos yeux. Pour m’attacher à une histoire, j'aime du mystère. Ici, je l’ai trouvé à tenter de cerner la réalité à travers l’importante subjectivité de ce personnage.

Je dois le dire, j’ai préféré sa jeunesse à sa vie adulte. Premièrement, son caractère s’accordait mieux à la révolte contestataire d’une adolescente qu’à celle d’un adulte. L’autre raison n’est pas négligeable, j’ai été séduite par la détermination du personnage maternel abandonné à son pénible sort d’avoir seule la charge de ses enfants, tandis que l’aide sociale n’existait pas. Pourquoi son mari l’a-t-elle abandonnée ? Jusqu’à quel point est-elle influencée par sa famille ? Arrivera-t-elle à sortir de la misère ? Va-t-elle sortir ses autres enfants de l’orphelinat ? Même si je l’ai fréquenté sous la vision de sa fille, j’ai beaucoup aimé la suivre. Quand Marie-Denise devient une jeune femme, sa mère se retrouve dans l’ombre, sa présence m’a manquée.

L’option de l’auteure fut de se centrer sur un seul égo, celui de Marie-Denise. L’envers de la médaille, si la rencontre avec le personnage principal ne se fait pas, il y a fort à parier que l’on passe à côté de l’intérêt suscité par cette histoire.  Est-ce l’absence totale de père dans ma vie, ou d’avoir connu l’enseignement religieux à la même période ou ma quête de l’amour en réaction au père absent mais la similitude de situation avec la mienne m’a aidé à garder le cap.

Le style de l’auteure est à l’image du personnage principal : intense, bouillant mais un peu brouillon. Il m’est arrivé de lire certaines infos déjà abordées, ou de régresser après avoir avancé, de lire des contradictions. La ligne de vie ne se présente pas toujours nettement. Comme les êtres humains, les livres ont des défauts, lesquels peuvent aussi nous charmer. Ce qui fut le cas ici.

Si je devais ajouter un accent philosophique à l’histoire, je dirais ceci : comme la vie ne supporte pas le vide, l’absence du père a rempli et éclairé la majorité des gestes et pensées du personnage principal, Marie-Denise. La quête du père chez une personne percluse d’idéalisme vous intéresse, ouvrez-vous à ce titre.

lundi 11 mai 2015

L'éphémère de Stéphanie Deslauriers

Au lendemain de la fête des mères, quelle bonne idée que de parler de ce roman (premier) sur une femme qui s’interroge si elle va garder l’enfant qu’elle porte. Lorsque je dis qu’elle s’interroge, elle y va à fond. Elle est heureuse en couple jusqu’à ce moment où elle s’arrête pour faire le point : veut-elle vraiment être une mère ?

Dès le début de l’histoire, nous la trouvons en quête d’un gîte car elle vient de quitter son domicile suite à une dispute avec son conjoint au sujet de sa grossesse. Elle a soulevée la question, si elle veut le garder ou non.

Réfugiée chez un couple qu’elle fréquente, elle prend d’assaut la chambre d’ami et entreprend une cure d’introspection et de sommeil. Nous la verrons sortir de son antre quelques fois, visiter une grande amie et la mère de celle-ci, qu’elle a élue mère d’adoption. Elle sonde son passé, son présent, se présente comme un point d’interrogation sur deux pattes. Ah oui, et son frère veut lui parler au sujet de sa mère. Elle veut s'échapper à cette conversation, ce qui laisse supposer le pire entre sa mère et elle. Au fil des jours, elle attendra de plus en plus un coup de fil de son amoureux et ami depuis toujours. Elle se confie à l’homme du couple chez qui elle réside, lequel est sous son charme, ce qui commence à créer de la discorde dans le couple.

C’est une histoire de relations subtiles entre êtres humains où les actions sont réduites. Mes enfants parleraient « d’une tranche de vie ». Je n’ai rien contre les tranches de vie mais cette fois, j’ai manqué le bateau de l’attachement à la protagoniste principale. Je ne suis pas arrivé à l’aborder comme une femme vulnérable qui se pose de vraies questions sur la maternité. Je ne suis pas entrée en relation avec cette femme que j'ai trouvé plutôt froide et assez centrée sur elle-même. J'ai par conséquent eu du mal à croire aux relations qu’elle entretient. Je n’ai pas développé d’affinité avec cette Éva, contrairement à Lucie de Clavier bien tempéré. C’est vraiment ce qui m’a manqué. Lorsqu'on s'attache à un personnage, on apprécie ses jeux d’ombre et de lumières, toutefois s’il nous laisse indifférent, ou pire nous énerve, ses remises en questions peuvent nous ennuyer. Cela a été mon cas, surtout au début, où abondaient les tête-à-tête avec Eva. Lorsque d’autres personnages sont entrés en scène, je me suis réconciliée avec le style ferme et déterminé qui dévoile habilement ses sujets, couche après couche. Il y a eu une nette progression de mon intérêt, je me félicite donc d'avoir poursuivi ma lecture.

La fin nous surprend, nous chamboule, nous confronte.

Et ensuite, on se dit, et pourquoi pas.

Ce n’est pas un coup de cœur cette fois-ci mais il est certain que je vais être curieuse de visiter son deuxième qui, je l’espère, suivra de près L’éphémère.


mercredi 6 mai 2015

Matisiwin de Marie-Christine Bernard

Vous savez combien j’aime la plume de Marie-Christine Bernard, je n’allais sûrement pas passer à côté de son petit dernier, Matisiwin signifiant Vivre qui se penche sur la vie des premières nations à l’heure d’aujourd’hui. Un titre où elle a investi, en plus de son talent d’écrivaine, tout son cœur. Comment puis-je savoir qu’elle y a donné tout son cœur ? Parce que je lis les remerciements et connais son attention affectueuse pour les premières nations.

Certains auteurs en disent peu à la fin d’un livre, d’autres nous invitent dans les coulisses. C’est le cas ici. L’auteure a investi quatre années de sa vie à écrire cet opus qui se présente en toute simplicité. Elle remercie chaque personne qu’elle a rencontrée pour puiser à la source de la réalité du peuple Nehirowisiw qui signifie l’être qui vit en équilibre avec son milieu.

Je vous conseille de commencer par la fin, la postface, qui situe le contexte émotionnel d’une manière succincte et efficace. Vous apprécierez encore mieux le contenu du livre. Ce conseil, je ne l’ai pas suivi, aussi ai-je commencé par Matcaci « Au revoir », le premier chapitre. Chacun des chapitres est bref, se présente avec un titre succinct, décliné dans les deux langues. Dès le début, nous sommes déportés dans un autre monde, nous décollons de notre réalité.

Il est question d’une jeune femme, Sarah-Mikonic Ottawa, mère d’un enfant, qui part pour une expédition de marche qui a pour but de s’éveiller à soi et à l’autre. La route sera ardue. La jeune femme, nous l’apprendrons au fil de la route revit plusieurs déchirures dans sa vie et peine à se lier. C'est une rebelle entêtée. Chemin faisant, la grand-mère décédée parle à sa petite fille, Sarah.

La marche nommée Moteskano signifiant chemin dans les traces des ancêtres est le fil qui lie l'histoire, par contre, les chapitres disparates passent d’un thème à l’autre : « Mère » - « Boire » - « Rire » - « Qui nous sommes » - « Barricades » - « Écorce » pour n'en nommer quelques uns. Par exemple, on peut filer sur une aile poétique dans un, et atterrir brutalement devant une réalité dure dans un autre. Le florilège de la nature est bien servie par la prose poétique empruntée par l'auteure, mais lorsque ce style se bute à des scènes immondes, il devient cru et perd son voile. Le contraste est si grand, que j'en ai été dérangée.

Ce peuple a une histoire qui ne respire pas l’eau de rose. Assiégés par les bien-pensants, sans le moindre égard de leur vécu, la jeunesse a été expatriée vers des institutions académiques, brisant le fil des générations de mère en fille. Je ne pense pas que l’on puisse lire ce livre et éviter d'affronter la honte face à ces gestes barbares accomplis au nom d’une vérité à une seule couleur ; blanche.

La grand-mère est la voix de la sagesse que l’on entend au-dessus des autres qui cheminent, comme si son regard contemplait de haut, en visant la fenêtre de sa mémoire. Difficile alors de ne pas y déceler des sonorités moralisatrices à certains moments. C’est un peu l’envers de la médaille lorsque s'installe une voix disparue enlisée de perfection.

Le tout est un opus précieux, à lire pour regarder la vérité en face et s’inspirer de ce peuple si sage, qu'on a oublié d'écouter. Marie-Christine Bernard nous le rappelle de belle façon.

mercredi 29 avril 2015

Splendeurs et misères de l'homme occidental - Pierre Gobeil

Sur la couverture, il est inscrit « roman » ce qui ne m’a pas empêché, à toutes les lignes, de relier de près la réalité à celui qui maniait la plume. Le narrateur s’interroge, et veut interroger ses semblables, afin de vérifier si une observation qu’il a posée sur le couple contemporain est valable.

Quelle est cette observation ? Il a cru discerner un malaise chez l’homme dans la cinquantaine, père et marié depuis plusieurs années à la même femme. Ces hommes-là seraient en quête d’un territoire qui leur est propre et placeraient le plus gros de leur énergie vitale dans un garage, un sous-sol, un chalet, un atelier. Autrement dit, dans un endroit où la femme au foyer ne fait plus sa loi. Il va jusqu’à avancer que cette réclusion se fait au fur et à mesure que la femme le dépossède progressivement de son autorité. Qu’elle le fasse consciemment, ou non, cette question sera à peine abordée.

Le narrateur part de cette hypothèse de travail et désire la vérifier chez ses congénères. Il est animé d’un esprit simili scientifique, dans le sens qu’il avance à tâtons et ne prend rien pour acquis. Il arrive chez les volontaires avec son enregistreuse afin d’immortaliser ces échanges entre hommes. En plus, il souhaite que chaque volontaire se sente faisant partie intégrante de la recherche.
Tout au long du récit, l’auteur marche sur des œufs, ce qui confère à mon sens un côté assez charmant à l’activité. Cela contraste avec la vague de notre époque où plusieurs avancent la moindre opinion comme une vérité incontestable. Ici, l’intention est louable, la question légitime. Le hic est que les volontaires se font rares. Et de plus en plus rares. Certains acceptent pour ainsi dire à contrecoeur, d’autres commencent et se retirent, mal à l’aise, car la règle veut que l’on se questionne loin de la mainmise de l’épouse. Ou l’entreprise question/réponse n’a jamais lieu. En conséquent, peu d’individus tenant le coup, l’échantillonnage s’en retrouvera si réduit, que la question demeurera aussi entière au début qu'à la fin du livre.

« Ce n’est pas si grave », la lectrice en moi s’est-elle dit, puisque j’y ai tout de même trouvé mon compte. De poser cette question était suffisamment intéressant pour en faire un roman. En plus, j’ai franchement aimé le style de Pierre Gobeil, soignant les descriptions de ce qui l’entoure avec naturel et charme.

Il y a des comportements de femmes qui ont attiré mon attention, assez pour me dire que j’en ai vus des semblables dans notre société. Et pas seulement quelques uns. Il y a certains réflexes chez certaines femmes qui peuvent donner l’impression de vouloir neutraliser l’esprit combattif d’un homme. J’en suis convaincue plus que jamais après cette lecture. Moi-même, je vais me surveiller ! Donc, la question mérite d’être posée : pourquoi tant d’hommes ont besoin de trôner dans un endroit, que l’on peut presque nommer un refuge !

J’ai lu sur la quatrième de couverture : «… dépossédés de leur territoire intime au point d’avoir peur de leur femme ». À la lumière des entrevues proposées dans ce bouquin, je n’ai pas conclu que ces hommes avaient peur de leur femme. Loin de là. Ils donnent leur démission, ce qui est grandement différent. C’est beaucoup d’énergie pour conserver son territoire et comme assez souvent les hommes quinquagénaires en déploient énormément en dehors du foyer, et y sont plus absents que la femme. Ne serait-il alors pas plus facile de laisser couler les décisions entre les mains de celle qui habite plus longuement le nid, s’occupant le plus des oisillons? Les jeunes couples ne vont pas nécessairement tomber dans ce piège. Enfin, je l’espère car c’est un jeu dangereux qui peut progressivement empoisonner une vie de couple.

Avec cette initiative d’entrevues, la question est lâchée mais, à mon sens, elle doit être posée aux deux : l’homme et la femme car, sinon, perdurera le plus gros des malentendus, que la situation fait l’affaire de chacun. Ce qui ne semble pas le cas.

Roman qui lance une question légitime, et pointue par la tranche d’âge, sur le fondement des couples à notre ère contemporaine et qui, sous ses airs anodins, touche une frustration bien voilée.

jeudi 23 avril 2015

Le Passe-Mot - 8 ans en cette JMLDA

Des prescriptions de nos libraires
Dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (JMLDA), dans plus de 17 villes au Québec, une trentaine de libraires issus des librairies membres de l’Association des libraires du Québec (ALQ) prendront les rues d’assaut afin de prescrire des lectures aux amoureux du livre.
Pas mal plus plaisant qu’une prescription médicale sous le régime Barrette !

20e année de la Journée Mondiale du livre
Vingt auteurs s’adressent à leurs lecteurs par ce recueil intitulé J'ai des p'tites nouvelles pour vous! Cet ouvrage est remis à ceux qui achèteront un livre chez leur libraire indépendant ou sur le site leslibraires.ca. Les librairies sont ouvertes jusqu’à 21 h 00, accourez !

Le Passe-Mot de Venise a 8 ans
Comment va-t-il ce blogue littéraire qui a un jour pris la tangente de lire local, comme on décide d’acheter local ? Il n’est pas essoufflé, le cœur palpite toujours aussi fort, mais il a certainement ralenti la cadence. Je pourrais dire, malgré moi. J’aimerais trouver plus de temps et d’énergie et qu’il n’y ait plus sept romans, comme présentement, qui attendent d’être commentés.

L’envie me prends parfois de commenter le dernier que je viens de lire, ce qui ne m’apparait pas juste pour ma file d’attente (même si les romans ne bousculent pas leur voisin). Peut-être le ferais-je, question de me remettre sur les rails et revenir à date, ce qui signifie pour moi, trois romans en attente exposés dans ma marge droite. Ma dernière lecture est Six degrés de liberté, de Nicolas Dickner. Je ne l’ai pas lu, je l’ai savouré goutte à goutte comme le café que boit, Éric Leclerc, ce bollé en informatique, un des personnages. À force de relire certains paragraphes, j’ai l’impression de l’avoir lu deux fois. J’ai hâte d’en parler, tellement, que j’en parle là, tout de suite !

Suite à une histoire d’amour avec un roman, je trouve difficile de plonger immédiatement dans une autre relation, mais pourtant, il le faut. J’ai entamé hier, L’encre mauve de Florence Meney, un polar. Qui lira, verra.

Comment passer cette journée sans vous parler de Marsi, mon auteur à domicile ? Il a hâte de voir si les ventes ont été bonnes pour son Colis 22, le saviez-vous, c’est en mai que les auteurs reçoivent leurs dividendes. Colis 22 est sorti en France ce mois-ci. Aucune nouvelle depuis mais de toutes manières, on en saura plus l’an prochain.

Marsi a déposé deux projets dans deux maisons d’édition québécoises. On attend des nouvelles avant l’été. On espère. Aussitôt que nous saurons où, je répandrai la bonne nouvelle.

Marsi veut vivre de nouveau l’expérience « site internet ». Il en a pas présentement et ça manque. La carte d’affaires est désuète maintenant si on n’y trouve pas un site Internet, qu’on se le dise. Vous vous rappelez du Pigeonographe qui s’est transformé en Lucarne à Luneau ? Ensuite, Salades d’Amphibie, avec son personnage principal, la salamandre, Sanfroy ? Ce dernier fait ses salamalecs en privé jusqu’au jour où il deviendra public. Cette fois, le site devrait être un tremplin pour l’illustrateur, prêt à relever des défis, des mandats, des contrats, tout ce que sa plume peut et elle peut beaucoup, soyez-en certain. Comme il faut voir, pour le croire, voyez ici l'illustration de la une du Voir à Québec :

Pour ma part, et j’en parle seulement en catimini, pour ne pas raviver les feux de la pression mais j’ai un projet d’écriture et il avance bon train. Et comme il parait que petit train va loin ….

À vous, lecteurs, vous êtes précieux, merci ! Et merci aux auteurs francophones canadiens de persévérer par passion, par mission, plus que par rétribution. Nous vous en sommes infiniment reconnaissants.

mercredi 15 avril 2015

Marjorie Chalifoux de Véronique-Marie Kaye

Ce roman m’a tout d’abord parlé par sa couverture. Je ne connaissais pas l’auteure et à peine la maison d’édition Franco-ontarienne. Quelqu’un en quelque part avait décidé que ce roman était pour moi. Il ou elle a eu raison, j’ai aimé ce roman singulier qui parle principalement des relations entre êtres humains.

Au départ, Marjorie m’est apparue pas loin d’être une autiste, puisque son père la traite comme telle. Elle a 19 ans, elle coud en silence, pendant que son père offre des séances de spiritisme à des clients et clientes à domicile. Aux yeux de son père, elle aurait un tort et c'est celui d’avoir fait mourir sa mère par sa naissance. Il a dû la prendre en charge et il est clair qu’il n’a aucun goût et aucun talent pour le faire. Il la supporte. Je vais aller au bout de ma pensée ; il la supporte comme on supporte un chien. Et encore. Plusieurs sont beaucoup plus affectueux avec leurs animaux de compagnie.

Étant très étonnée qu’un père puisse aborder son enfant sans une trace de sentiment, je m’attachais de plus en plus à la fille, me demandant de quel bois elle se chauffait pour supporter de tels traitements. Sans violence, entendons-nous, mais avec assez d’indifférence et de dénigrements pour tuer toute velléité à s’épanouir. Cependant, cette Marjorie, pas si bête, malgré un physique plutôt ordinaire, se fait un chum et tombe enceinte. Malheureusement, le dit chum meure d’un accident (je ne vous vends aucun punch, c’est sur le quatrième de couverture). Elle n’aura pas le temps d’être malheureuse tant son père l’occupera. En sept jours, il lui ordonne de trouver un mari pour remplacer le défunt père, et rapidement afin que rien n’y paraisse. Et en attendant de se marier et d’accoucher, elle devra trouver un travail payant, lui-même étant lasse de l’avoir à sa charge.

Vous imaginez l’intrigue ; quel genre d’homme est ce père ? Et Marjorie, va-t-elle s’en sortir avec le peu de bagage positif accumulé dans sa vie ? Pour bien répondre à ces questions, sachez au moins que cette auteure surprenante ne poursuit pas le but de nous faire pleurer, loin de là.

Plusieurs personnages se grefferont à l’histoire, des principaux et des secondaires. Les principaux : une chapelière anglaise en âge d’être grand-mère, son fils, gentilhomme intellectuel, habitant l’Angleterre en séjour à Ottawa. Aldonis, un prétendant candide choisi par le père de Marjorie. Des clients du père, de très colorés et intenses personnages, généralement des conjoints.

Des couples inusités sont rapprochés par la loupe folichonne de l’auteure. L’amour et la sexualité sont toujours abordés dans la légèreté, la sensualité et la fantaisie. On ne s’ennuie pas dans ce roman qui bondit d’une action, d’une émotion et d’un personnage à l’autre. Pour l’apprécier, il faut accepter le ton humoristique que l’auteure a voulu donner à cette histoire qui aurait pu être tragique. Reste que je trouve que le père est un personnage facile, pas exploité et bien pire, escamoté. Aussi bien dire qu’il est un pion.

Heureusement, l’accent est placé sur Marjorie et on ne peut que l’aimer. Elle a un franc-parler et une débrouillardise hors du commun. Comme on le dit parfois d’un film ; elle porte le roman sur ses épaules.

À vous de décider si vous vous sentez d’attaque à vous amuser tout en approfondissant le thème du couple.