lundi 14 juillet 2014

Maggie (tome 1) de Daniel Lessard

Un journaliste qui publie un roman, ça m’intrigue déjà, que ce soit Daniel Lessard, encore plus. Voilà, c’est dit. Ce roman, je me le suis acheté (vous savez que je reçois plusieurs services de presse), c’est dire combien je tenais à le lire. Eh bien, je n’ai pas été déçue, pourtant, aux premiers chapitres, j’étais loin de mesurer l'ampleur de mon attachement. Je me languissais de Maggie, j’avais hâte de connaître celle qui joue au départ un rôle de second plan.

C’est une héroïne qui se tient loin de la perfection. Autant ses qualités sont prononcées, autant ses défauts le sont, et cet équilibre confère de la force à son caractère. Maggie est un personnage d’autant plus fort que plausible. Bref, cette histoire en trois tomes, c’est Maggie qui la fait, la balance, l’Histoire de la Beauce en ce début de 19e siècle n’a qu’à bien se tenir.

Le lecteur est convié à St-Benjamin,  petit village où se côtoient catholiques et protestants dans une indifférence respectueuse, jusqu’à ce qu’un curé rigide, fourbe et ambitieux s’en mêle. Mauvais départ pour Maggie cet enfant unique, son père absent physiquement, sa mère absente psychologiquement, l'oblige à s’élèver pratiquement seule. Elle est rapidement poussée à se dépasser, devenant maîtresse d’école à l’âge de 15 ans.

À partir du moment où elle enseigne et que le curé devient son ennemi juré, j’ai embarqué à pieds joints. Le village en entier joue sur la scène où les protestants de Cumberland Mills deviennent progressivement des pestiférés aux yeux des catholiques. Le village ne sert pas que de décor, j'ai même pensé à Sainte-Adèle des Belles histoires des pays d’en haut. Le curé, le magasin général, les polissons, les pauvres, les poltrons, le maire (le pouvoir sur deux pattes !) deviennent progressivement de vieilles connaissances du lecteur. Ces personnages hauts en couleur mettent en valeur Maggie, en la prenant en grippe par exemple, comme c'était le cas pour Séraphin. Mais là s’arrête la comparaison. Maggie ne posséde pas le pouvoir de l’argent mais un autre, celui de sa beauté insolente doublée d'une audace la portant à se sentir égale à l’homme, en ces temps où la femme est une servante de l’homme.

Par elle, les forces du mal passeront ! Elle est diablement belle et ignore tout de l’adage « Sois belle et tais-toi ». À certains moments, j’ai eu le goût de la sermonner, bref, d’être la mère qu’elle n’a pas eue. Lorsqu'elle a une idée en tête, elle fonce, même si elle défonce des murs de préjugés, des réputations ou même sa propre personne. Il n’y a pas que les autres qui peuvent lui faire du tort, elle est très bien capable de s’en faire  d'elle-même ! 

Heureusement, elle a une tante et un oncle qui l’aiment. Surtout sa tante qui doit l’aimer en pas pour rire, pour passer outre les frasques de sa rebelle. Cette avant-gardiste à tous les niveaux, ne comprend pas le concept du péché et se demande qu’est-ce que la religion apporte dans la vie. En 1914, un tel état d’esprit est révolutionnaire, surtout quand on fait l’erreur de se marier avec la mauvaise personne.

Pour qu’une histoire soit palpitante, il faut que des courants contraires s’affrontent et qu’on ne sache pas d’avance qui va gagner. On a ce qu’il faut ici, le méchant par excellence étant le curé que l’on finit par ne même plus aimer détester. C’est à peu près le seul personnage qui frôle la caricature.

On oublie totalement que cette fiction est documentée*, le style allant droit à son but ; l’amour des personnages. Les oiseaux butinent de branche en branche pour écornifler, déposés en petites tâches de couleurs sur le paysage humain. La nature est savante mais se fait discrète (fleurs, oiseaux, végétations), je ne l’ai jamais perçue décorative, plutôt en fusion avec la nature humaine. Et pour ne rien gâter, les  nombreux dialogues coulent de source. En définitive, du talent, ce monsieur. 

* Daniel Lessard est natif de St-Benjamin et son grand-père y a été maire et juge de paix. Ce dernier aurait laissé des documents et, bien évidemment que la formation de journaliste de l’auteur a dû le pousser à approfondir le sujet.

*** Daniel Lessard est attendu aux Correspondances d'Eastman, au Café littéraire "Le roman historique et l'épopée identitaire", le samedi 9 août à 10 h 00.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Daniel_Lessard

lundi 7 juillet 2014

Détours sur la route de Compostelle de Mylène Gilbert-Dumas

Je n’ai pas fait la route de Compostelle, de là ma curiosité face à ce roman ; qu’est-ce que tous et chacun vont donc chercher dans ce parcours pour expliquer le renom ?

L’auteure l’a déjà fait deux fois, ce que j’ai su après ma lecture. Je n’ai pas eu l’ombre d’une surprise, les descriptions étant parsemées de détails pratico-pratique qui ne mentent pas. Je ne pense pas qu’une personne qui ne l’a jamais fait s’attarderait à ce point à l’équipement adéquat (surtout les chaussures !), l’itinéraire, le poids à transporter, le ravitaillement, les réservations du logis et, le bouquet, les punaises de lit, ce fléau entre tous les fléaux.

Même si le roman est largement tissé de ce bagage pragmatique, on y trouve, comme on devait s’y attendre, une quête d’identité. Comment pouvait-il en être autrement, si on considère que Mylène Gilbert-Dumas est une fouilleuse effrénée de la motivation féminine. Est-ce que cette femme pose cet enchevêtrement de gestes pour son entourage ou pour elle ? En a-t-elle vraiment le goût, ou c’est la pression sociale qui fait son œuvre ? Ce sont les questions qui reviennent dans son œuvre et, ici, l’auteure s’est trouvé le terrain idéal pour les cultiver.

Ce n’est pas Mireille, la narratrice et personnage principal qui a décidé de faire le chemin, elle n’en a pas pris l’initiative, c’est sa sœur qui l’entraine. D’ailleurs, on ne l’imagine pas du tout la prendre, cette initiative, elle est sa vie de famille et son travail d’épicière avec son mari. Elle n’est pas à proprement parler une femme perdue, loin de là, mais elle est une femme qui s’identifie par son travail et sa vie de famille. Alors, imaginez-vous que placée devant l’abandon de sa sœur (qui a trouvé l'amour) dès les premiers milles, le harcèlement de son questionnement commence : veut-elle vraiment arriver au bout de son objectif ? Ne veut-elle pas plutôt retourner à la maison et retrouver routine et confort ? Bref, veut-elle se donner toute cette misère pour « rien » ? En plus, elle n’a jamais eu le temps dans sa vie de tous les jours de désirer un homme, et si la promiscuité la portait à tromper son mari ?

La question demeure suite à n’importe quelle lecture : avec quel entrain et à quelle vitesse allongeons-nous le pas au cours de cette lecture ? Personnellement, un peu comme Mireille, j’ai eu des ralentissements considérables, lasse de m'arrêter à cause des ampoules aux pieds, sujet récurrent entre tous. Évidemment que tout dépend des attentes, un lecteur qui désire un jour faire le chemin apprendra de long en large tout ce qu’il faut éviter, et s’il prend des notes, devrait contourner certains écueils. Et j’imagine facilement qu’une personne l'ayant déjà parcouru devrait retirer du plaisir à le refaire en compagnie de l’auteure, comparant ses impressions avec elle.

Quoiqu’il en soit, il y a de la matière à réflexion sous l’angle physique, mais sous l’angle spirituel, n’ayez pas d’attente. L’angle spirituel est à ne pas confondre avec l’identité sociale car, celle-ci est abordée, comme mentionné ci-dessus. J’imaginais que ce parcours dégageait quelque chose de mystérieux et de magique et nous entrainait malgré soi au-delà des frontières physiques et sociales. Cette lecture ne m’a pas laissé cette impression. D’ailleurs, je me suis juré de ne jamais faire le chemin de Compostelle !

Alors voilà, même si c’est presque toujours le cas, j’avance plus que jamais que, devant ce titre, tout dépend de vos attentes.

jeudi 26 juin 2014

Empois de Michèle Plomer

J’ai lu Empois, je n’habitais pas encore Magog, ville où se déroule la majeure partie de ce troisième tome de la saga Dragonville.

Le roman porte bien son titre Empois pour l’importance que prendra la blanchisserie, Celestial Washy-Washy à Magog. Li y vivra des jours heureux, presqu’en transe, sanctifié par une tâche colossale entièrement dédiée à son amour pour Lung. Pendant que Li vit en esclave béat, les vieux Chinois buandiers vivent en esclaves mesquins à force de travaux éreintants. J’avais oublié que dans mon enfance (voici plus de 50 ans !), les blanchisseries étaient tenues par des Chinois au Québec. J’espère que leur vie ne ressemblait pas à celle de ces frères vieux et aigris ; est-ce dû à la chaleur d’enfer qui règne sous leur toit, mais je les ai perçus comme le diable en personne.

Comme j’ai lu le roman voici plus de trois mois, les souvenirs me viennent par vagues d’ambiances, par empreintes de personnages. Le personnage qui m’a fait la plus forte impression, restant accroché à mes basques, c’est le capitaine Matthews. Sa prestance, son caractère fortement ancré, sa complexité le rendait attrayant à mes yeux. Au fil du temps et des hasards, il en vient à développer une relation unique avec Li. Cette relation trouble est passionnante à suivre de près. Il faut d'ailleurs s'approcher de très près pour y voir plus clair. On y avance dans l’opacité d’un brouillard mystérieux, presque poétique. Tout ce que touche Li a un côté vaporeux, éthéré, il ne s’appartient plus, possédé qu’il est par la force de son amour pour celle qui n'est plus à ses côtés.

Dans un siècle, autant l’amour de Li et Lung est céleste, dans l'autre, autant celui de Sylvie et Jean est terre-à-terre. Au début de ma lecture, je me souviens avoir réalisé jusqu’à quel point le temps passe lentement dans l’univers de Michèle Plomer. C’est une saveur. Nous déambulons dans ce troisième tome dans le même état qu'un dimanche après-midi où l’on a du temps pour détailler, savourer, prendre son temps. Si vous tentez d’aller plus vite que ce rythme, peut-être qu’une certaine frustration se pointera. Peut-être. Pour ma part, en 1910, il a été facile de me coller à ce rythme, en 2010 ce fut plus difficile. Tout va si bien entre Jean et Sylvie, leur relation coule de source, ce qui rend les dialogues un peu monotones et le dimanche, c'est connu, la monotonie est moins supportable. Je n’irai pas jusqu’à dire que les gens heureux n’ont pas d’histoire puisqu’entre les murs de Lake House, cette exigeante demeure, il y a de l’Histoire. Y vivre n’est pas de tout repos, le couple doit faire face à des problèmes et des inquiétudes constantes et consistantes. Petit Bouddha s’est inséré dans ce couple, le plus naturellement du monde. Cette famille est décidément sans aspérité. Le rythme m’a semblé s’accélérer quelque peu lorsque Sylvie part en Chine, par affaires, pour approvisionner sa boutique. Mais peut-être était-ce seulement dû à l’effet du dépaysement.

Ce que je retiens de ces trois tomes que je conseille de lire d'une traite* c’est la fréquentation du familier (le près de nous) avec l’étranger (le loin de nous) à l’intérieur et à l’extérieur d’un même cœur.  

Soyez assuré que ce troisième tome ne fait pas exception, comme Porcelaine et Encre, il s’apparente à une initiation où l’on avance à tâtons, les yeux écarquillés, tellement nos pieds longent de près la bordure délimitant la réalité du rêve. La tête du lecteur gardée dans une bruine fine, il arrive que les deux se confondent, presque à son insu. C’est durant ces moments qu’une auteure se transforme en magicienne.

*Les trois tomes sont maintenant accessible sous un même abordable pavé :

lundi 23 juin 2014

Vrac en Juin

30 mots rares
Combien en connaissez-vous ? Un mini indice, ceux qui suivent ont un rapport de près ou de loin avec le corps :
Météorisme – Stéatopyge – Pandiculation – Misophonie – Philtrum – Enchifrené – Glabelle – Helix – Trépanation – Gynécomastie – vagissement – Phosphènes
Les autres vont dans toutes les directions :
Dringuelle – cuniculiculture – marcel – point d’exclarrogatif – Ligne de désir – Pétrichor – Méhari – Noctuelle – Poularde – Turfiste – Gastéronycète – Solfier – Aboulique – Aboucher – Fétu – Lavure – Talon - Kakistocratie
Si vous désirez voir ces mots, passez par ici

Autour du court
Vous lisez beaucoup, ces lectures vous éveillent, vous remplissent, vous êtes si plein que vous avez envie de déverser votre verve et votre imaginaire dans un roman ? Projet trop long, ça vous effraie. D’accord, commencez par une brève nouvelle alors. Ce concours de nouvelles est pour vous : sur le thème « Ville(s) », 10,000 caractères maximum, genre littéraire à votre convenance (poétique, mémoires, naturaliste, humoristique, polar, jeunesse....), date butoir : 31 juillet 2014.
 
Les lectures pour l’été de Danielle Laurin
J'aime ses descriptions, mais je les ai écoutées, alors si vous voulez les lire au complet, c'est ici.
Malabourg, de Perrine Leblanc (Gallimard)
On croit d’abord lire un thriller en bonne et due forme, scènes d’épouvante incluses : trois jeunes filles sont victimes de meurtres en série à Malabourg, petit village fictif de la Gaspésie balayé par la mer.
Recommencements, d’Hélène Dorion (Druide)
Livre de ressourcement, de renaissance, de réflexion. Très personnel, très inspiré.
L’album multicolore, de Louise Dupré (Héliotrope)
Récit autobiographique, par une autre de nos grandes poètes. La mort de la mère occupe ici toute la place.
Le feu de mon père, de Michael Delisle (Boréal)
« L’amour que je porte à mon père a toujours été souffrant, malheureux et ingrat », confie le narrateur de ce court récit plein de dureté, de honte, de rage et de tristesse mêlées.»
Sam, de François Blais (L’Instant même)
Autofiction bidon en chausse-trape, pleine de fausses pistes. Fausse histoire d’amour. Autodérision qui tourne à l’autodénigrement et au cynisme mordant, très, très méchant.
La déesse des mouches à feu, de Geneviève Pettersen (Le Quartanier)
Premier roman de cette blogueuse et chroniqueuse humoristique qui se fait appeler Madame Chose. Ça décoiffe, ça déménage.
Variations endogènes, de Karoline Georges (Alto)
Quatorze histoires tordues, marquées par la perversité.
N’oublie pas, s’il te plaît, que je t’aime, de Gaétan Soucy (Notabilia)
Parue à titre posthume, cette lettre d’amour fiévreuse, enflammée, délirante, obsessive, absolue et désespérée, remue.
Drama Queens, de Vickie Gendreau (Le Quartanier)
Écrit dans l’urgence, peu avant que son auteure soit emportée à 24 ans par une tumeur inopérable au cerveau, ce livre coup-de-poing fesse dans toutes les directions.

Delaf-Dubuc : finalistes du Prix Joe Shuster
Pour « Un été trop mortel », 6e tome des Nombrils..... Danger, danger, vont-ils un jour se prendre pour les nombrils du monde ! "Fondés en 2004, les prix Joe-Shuster, qui portent le nom de l'un des créateurs de Superman, sont remis à des artistes canadiens ayant publié une oeuvre au cours de l'année précédente" (réf : Laura Martin, La Tribune). Par contre, après recherche, avec mon anglais de bord, je n’ai jamais trouvé le montant des Prix. Cela semble être un secret bien gardé, même la date du dévoilement.

À mes amies et amis Français et Belges
Vous désirez lire La vie épicée de Nathalie Roy ?, si vous gagnez le concours, les exemplaires entreront chez vous par la grande porte. Un formulaire à remplir avant le 11 juillet et le tour est joué.

Les coups durs du milieu littéraire
Pas de prix unique du livre avec Couillard, il jette aux oubliettes tout ce qui a déjà été fait sur cette question, commission parlementaire inclusivement. Ils veulent réfléchir encore, trouvé d’autres solutions. Je n’ai pas de mots, qu’un profond soupir d’exaspération.

Effet direct sur les danses gouvernementales, principalement des slows, sur cette question cruciale pour la survie du livre, la librairie Clément Morin à Trois-Rivières ferme ses portes, faute de relève ayant les reins assez solides pour supporter les risques financiers. Lisez l’histoire de ce géant né tout petit en 1962, cette fin est triste à pleurer. 

Pour finir par sourire
Pour ne pas tomber en déprime, voici une vingtaine d’amusantes, ingénieuses, audacieuses, folichonnes manières de tenir des livres, autrement qu’entre ses mains.

lundi 16 juin 2014

Le vertige des insectes de Maude Veilleux

Il sera question dans ce roman, dit d’atmosphère, de Mathilde, jeune femme qui en aime une autre, Jeanne. Mais voilà que les femmes de sa vie partent, d’abord sa grand-mère adorée, Rose, puis Jeanne, qui doit quitter pour le Yukon et qui ne reviendra que dans six mois.

Cela peut être long six mois pour un être en état de perte aigüe. Pour Mathilde, plongée dans l’ambiance de souvenirs morbides, le temps s’étirera en longueur et en langueur. Les contacts avec son colocataire, Thomas, ne rempliront pas sa vie, d'autant plus qu’elle a abandonné ses études en secret. Sa vie est en suspend et elle sonne creux.

Pourquoi ne pas la remplir, en remplissant son ventre d’un enfant?

J’ai accompagné Mathilde dans ses pensées les plus intimes, sans arriver à vraiment la saisir. Elle se dévoile par bribes, par saccades, par inadvertance. Aussitôt que je pensais m’approcher d'elle, elle s’éloignait, me laissant derrière elle au milieu d'une abondance de descriptions pointues : décors qui l’entourent, découpage de ses gestes, détails des personnes qui la côtoient. Maude Veilleux a un style canevas au petit point très maîtrisé. Ce style a pris tant de place, que Mathilde a fini par rapetisser sous mes yeux.

Au final, je regrette que son malaise diffus n’ait jamais susciter ma compassion, puisque j'aime m'attacher aux personnages de roman. Pas nécessairement les aimer mais à tout le moins m'y attacher. Sa désinvolture apparente qui sonnait parfois à mes oreilles comme une fausse note, a fini par jouer avec ma patience. J’ai eu envie à plus d’une reprise de la secouer afin qu’elle s’exprime, qu'elle crie, et qu’ultimement se sorte et me sorte de sa bulle étouffante. Son silence de plus en plus sourd devant Jeanne son amoureuse me faisait chauffer à petits bouillons.

J’ai été curieuse de son sort et l’ai suivie jusqu’à la toute fin. Comment aurait-il pu en être autrement? Le style de Maude Veilleux captive, capture le lecteur dans sa toile, comme une araignée sa proie.

jeudi 12 juin 2014

Le monde et moi : Les Correspondances d’Eastman

Cette 12° édition des Correspondances d’Eastman du 7 au 10 août s’est ouverte à 10 h 00, le 10 juin au Café Les Trois Grâces à Eastman. J’y ai reçu la permission de penser à moi. Laissons résonner en soi les mots du thème  « Le monde et moi » ....  émois, le monde est en émois... Il est assez évident que ce thème désire nous installer au cœur des émotions qui mènent en droite ligne vers la création.

En droite ligne m’amène à la ligne d'une libellule rajeunie, qui me porte à parler de cette nouveauté, que la directrice générale a annoncé avec un vibrato dans la voix : « L’Espace Jeunesse ». J’ai senti dans son discours combien on tenait à faire de l’espace à la jeunesse, qui jouira cette année, en plus du portage des mots dans la forêt enchantée, de son propre horaire d’activité. Cet espace se concrétise par un chapiteau niché au cœur du village invitant l’enfant qui veut lire, dessiner, écrire et assister à des ateliers d’animations, sous le signe de la joie et de la ... gratuité. Les propositions d'ateliers sont amusantes : « Oui Allô », un premier le samedi, après l’heure du conte avec Francine Ruel, où Valérie Fontaine proposera aux enfants de communiquer par téléphone magique (oui, oui !) avec les personnages qui peuplent leur imaginaire. Celui du dimanche, toujours guidée par Valérie Fontaine se nomme « Thomas, prince professionnel » et apprendra aux jeunes des méthodes inusitées de sauvetage de princesses (hi hi !), celui-ci à la suite d'un conte avec Louise Portal. Ça promet !

Les Cafés littéraires, si courus, et pour cause, reviennent avec une charge différente à chaque année. J'en nommerai que 4 sur 11 puisque la programmation complète est maintenant à la portée de votre clic. Celui qui débute la fête des lettres approchera le genre journal et l’autofiction, avec Éric Simard, Lynda Dion, Louise Portal, Claire Legendre. C'est Catherine Voyer-Léger qui l'animera. Le roman historique et l’épopée identitaire avec André Vanasse, Daniel Lessard et Micheline Lachance. Ensuite, ce genre à part entière : la Chick-Lit (oui, mesdames !) en compagnie de Nathalie Roy, Rafaëlle Germain et Amélie Dubois. Je termine par un Café famille, en compagnie de deux grands de ce monde, qui aborderont la démesure : India Desjardins et Bryan Perro.

Les Grands entretiens maintenant, ces moments magiques qui sont, à mon avis, aucunement comparables aux entrevues transmises via les ondes. Deux couples interviewés-intervieweurs :
Et de un : Ariane Moffat/Tristan Malavoy-Racine, et de deux : Dany Laferrière/Jean Barbe.

Le mot et la voix chantée, la fusion des deux donne à chaque année des spectacles mémorables : Ariane Moffat en formule piano-voix (suivi de l’entrevue ci-haut mentionnée), Le samedi, place à Émile Proulx Cloutier, cet acteur-chanteur-raconteur acclamé au festival de Petite Vallée. Enfin, Philémon Cimon, ce chéri des Correspondances pour sa poésie mélancolique est élu le maître d’œuvre du traditionnel Spectacle Cabaret. Ses invités, Élise Turcotte et Samuel Archibald, collaborateurs de « L’été », son dernier album.

Les cérémonies d’ouverture et de fermeture seront portés par la parole de Kim Thùy ! Et Michèle Plomer, nouvelle Eastmanoise sera à ses côtés pour l’Ouverture offrant au Parc du temps qui passe une lecture des textes primés du concours de l'École Val-de-Grâce.

Vous voulez manger en compagnie de la porte-parole, que dis-je, du porte-passion, Kim Thùy ? C’est possible. Faut réserver tôt cependant, vous imaginez bien que vous n’êtes pas les seuls à avoir crié « oui ! ». De madame Francine Ruel ? C’est aussi possible. Toujours au Bistro Les Trois Grâces, avec la garantie de prendre un succulent repas. Moi qui fréquente ce resto, je vous en passe un papier... une lettre tiens ! 

Avez-vous déjà entendu parler de l’Interlettre ? C’est le concours qui passe par les veines non fuyantes du Net. Le concours est déjà en cours, et cela jusqu’au 13 juillet. Les indications sont joliment exposées par ici. Président du jury : Marc Lévy. Les membres du jury, mesdames Michèle Plomer et Kim Thùy. Vous les lisez assidument, c’est à leur tour de vous lire !


La conférence de presse ... et moi
Comme d’habitude lorsque j’y assiste, la fébrilité me prend, la fierté aussi. Cette fête se passe dans mon « presque » village, habitant maintenant tout près, à Magog. Je prends conscience qu’une grande fête se prépare et que chaque convive se fait une joie de venir se nourrir à même cette grande ronde d’inspiration. L’écrivain accepte de sortir de sa zone de confort, mais je sais à l’avance qu’il recevra autant et même plus qu’il donne. Cet échange juste et équitable du donner et du recevoir dégage une énergie particulière propre aux Correspondances d'Eastman. Comme si l'énergie devient autonome, se régénérant d'elle-même. 

Moi, je vous le dis car je l'ai si souvent entendu : Y venir une fois, c’est vouloir y revenir deux fois .... trois, quatre.... C’est accepté de devenir accro !

mercredi 4 juin 2014

La curieuse histoire d'un chat moribond de Marie-Renée Lavoie

Pourquoi avoir introduit un livre dit jeunesse parmi mes habituels "adultes" ? Parce que c'est Marie-Renée Lavoie, auteure de La petite et le vieux et Le syndrome de la vis.

Amateurs d’humour et de félins, à l’esprit frais et jeune, ce joyeux roman est pour vous, il n'est pas du tout nécessaire d'être sous la barre des 20 ans.

Arrêtons-nous deux secondes au mot « moribond » qui signifie « qui est près de mourir ». C’est le cas du personnage félin principal et pourtant, je traite ce roman de joyeux. Et même plus, je le situe parmi les romans humoristiques réussis.

C’est l’histoire de « Ti-Chat » ou « Mi », ça dépend de qui en prend soin, ce très petit mâle trouvé à son dernier souffle de vie par une famille qui le prend sous son aile, avec toutes les visites chez le vétérinaire que cette adoption entraine. Sa maîtresse principale est une bambine, évidemment très attachée à son chat miniature, d’autant plus que l’attachement est souvent exacerbé devant la précarité. Car, il faut le dire, Ti-Chat est fragile, tombant régulièrement raide mort, à chaque fois heureusement réanimé par le vétérinaire. Il est affublé d’un problème cardiaque dû à sa jeunesse passé en forêt. C’est tout ce que vous saurez pour le côté médical. 

C’est de sa propre bouche... euh, gueule, que nous apprenons les péripéties de sa vie, non pas qu’elle soit si trépidante, entre son chez lui où on le bénit de toutes les canes de thon qu’il désire et la vie chez le voisin qui l’empiffre de jambon quand sa jeune maîtresse est au chalet. C’est que sa petitesse lui cause des désagréments, comme celui de se faire avaler par la nouvelle balayeuse centrale, et ses crises cardiaques génèrent de l’inquiétude et lui attirent beaucoup d’affection. Ti-Chat sait se faire des alliés, il a une armée d’araignées à son service ... pour services rendus justement. Même le gros matou malotru du quartier, Prémâché finira par être amadoué par la bonté de Ti-Chat.

En bonus, on trouve des dessins de l’auteure parsemés par ci et par là. Je suis certaine qu’elle tiendrait à ce que je rajoute des dessins « sans prétention ». Il y a quasiment une histoire en parallèle en dessins tirés du club sélect des bonshommes allumettes.

Certainement un roman léger comme une bulle qui nous soulève quelques pieds au-dessus du terre-à-terre par son humour surprenant, intelligent et récurrent. Selon moi, sa force principale est tirée du décalage entre ce qui est raconté et qui le raconte, ce qu’on détecte par le propos des dessins et, entre autres, par la section finale qui relate les scènes coupées.

J’ai moins souri les « scènes coupées » que les scènes « réelles », tout en reconnaissant cependant que c’est une idée originale que ces bluppers à l’écrit. 

Et attention, ceux qui ont peur des araignées, comme c’est mon cas, ne les verront plus jamais de la même façon.