mardi 3 mars 2015

Dans de beaux draps en Italie - Mélanie Fortin

D’emblée, je ne suis pas attirée par ce genre de couverture, j’ai donc mis de côté ce roman. Plus d’un an plus tard, je l’ai repris entre mes mains et j’ai réfléchi. Dans la vie, je ne rejette pas une personne parce qu’elle est habillée de telle ou telle manière, pourquoi le ferais-je avec un roman ? J’ai décidé de le lire, surtout qu’il se passait en Italie.

Une mère de deux jeunes enfants découvre une lettre compromettante, ce qui met en cause la fidélité de son beau mari, pilote d’avion. Le genre très beau avec son costume de pilote, donc très convoitée par la gent féminine. La réaction impulsive de l’épouse cocue : s’enfuir deux semaines avec sa meilleure amie, sur le point de partir par affaires à Florence. Cette amie peintre, Katherine sera très accaparée par ses affaires, et laissera son amie en plan, seule à l’hôtel avec son désarroi. Celle-ci décidera de visiter Florence en solitaire et lors de ses escapades rencontrera un écrivain croisé au préalable à l’aéroport. Elle se redécouvrira sous le regard neuf de cet homme, par contre, elle sera rongée de culpabilité en pensant à son mari et ses deux enfants. Elle appréhendera son retour à la réalité.

Les 378 pages se résument rapidement car l’histoire est d’une grande simplicité à la base. Par exemple, si l’épouse trompée avait immédiatement confronté son mari, ou si la ville de Florence n’était pas si belle, et les doutes et remords d’Annabelle si abondants, nous serions en face d’une plaquette.

C’est une histoire qui décrit avec moult détails l’enfer des doutes d’une mère face à un possible déchirement de la famille … par sa faute. L’auteure met rapidement les cartes sur la table, ce qui fait qu’il devient évident pour le lecteur qu’Annabelle serait plus épanouie dans les bras de l’écrivain que dans ceux du pilote. C’est sans compter la réaction du mari, père des enfants qui mettra des bâtons dans les roues, à cause principalement de son orgueil écorché. C’est l'ex mari qui règlera l’heure et le jour, non pas de la séparation mais de la nouvelle union de la mère de ses enfants. Annabelle attendra cette bénédiction, mettant son nouvel amour sur le « hold », quitte même à le perdre pour ne pas mettre en colère son pilote, qui ira jusqu'à frapper l'amant de la mère de ses enfants. D'ailleurs, celui-ci ne se défendra même pas, comme s'il méritait ce châtiment. Cette mère mettra tout en œuvre pour que la séparation se passe dans l’harmonie pour ses enfants. C’est elle qui assumera le principal des sacrifices pour assurer la paix familiale.

Je n'ai pu m'empêcher de m'écrier : "Ah, les femmes et leur sentiment de culpabilité exacerbé !" On en fait une démonstration modèle dans cette histoire. 

J’avoue ici que j’ai eu mal à mon féminisme et que les relents de croyance judéo-chrétienne m’ont empêché de savourer chaque rebondissement.

Pourtant, il est facile de s’attacher aux deux personnages féminins et la première partie du roman est une partie de plaisir. Il fait bon de passer des moments avec elles dans la ville de Florence que l’auteure semble connaître sur le bout de ses doigts. Le personnage de l’écrivain est également crédible et attachant.

Je suis contente malgré tout de mon ouverture vis-à-vis ce titre, mais j’en conclu que je ne suis pas la lectrice ciblée pour ma difficulté à m’abandonner aux valeurs que le roman transmet, l’harmonie à tout prix.



samedi 21 février 2015

L'Homme de la Saskatchewan de Jacques Poulin

Je le dis en partant, ce billet ne mérite pas de s’appeler “critique”. C’est vraiment un commentaire et, même un commentaire incomplet.

L’auteur, je peux l’avancer sans crainte de représailles, puisqu’il est notre fantôme national, ne m’en voudrait pas. Vous le savez, puisqu’il le clame aussitôt qu’on lui en donne l’occasion ; il n’a pas besoin que l’on parle de lui. De ses écrits ? Beaucoup plus, j’imagine, car il doit aimer vivre de sa plume. Même s’il est maintenant à l’âge de la retraite, ça reste le chouchou littéraire du Québec.

À chaque fois que je le lis, je me cale dans un moment de détente et de tendresse… disons, fruitée. De la tendresse fruitée, c’est ça.  Cette fois, l’intrigue est mince, plus mince encore, tellement qu’il m’en reste que des images et quelques sensations. On dirait que cet auteur s’amuse au jeu des situations inquiétantes.  "S’amuse" est le mot à retenir dans cette phrase. La menace dans ce roman est un personnage qui ressemble à Mad Dog Vachon, un boxeur maintenant décédé. Son spectre ne ferait même pas mal rêver un enfant hyper sensible à toute matière cauchemardesque. C’est de la prose inoffensive et, j’imagine, qu'elle fait du bien de temps en temps. Un genre de tonique à l’eau de rose.

Cependant, comparés à ceux de la littérature à l’eau de rose, les thèmes ne sont pas vides : la lecture, l’écriture, les bibliothèques, les librairies, la langue. Cette fois, on rajoute un thème populaire au Québec ; le hockey.

Le personnage écrivain, Jack Waterman de son grand nom, n’a pas le temps, ou n’est pas inspiré, je vous laisse choisir, d’écrire la bio d’un joueur d’hockey célèbre. Il refile le travail d'écriture au noir (ou fantôme) à son petit frère, Francis qui devra se mettre dans la peau du hockeyeur. Le hockeyeur en question est un métis dont les ancêtres ont été décimés par la milice anglaise en Saskatchewan. Il a des idées sur la place que la langue française devrait occuper dans ce club. L’auteur a saisi ce prétexte pour parler de la sauvegarde de la langue française dans le milieu du sport.

Le lecteur assiste de près à la rédaction de cette bio, par-dessus l’épaule du petit frère qui, bien entendu, panique de temps en temps, va chez son frère et lui demande conseil. Celui-ci, comme une  éminence grise, préfère ne pas être déranger, il a d’autres chats à fouetter.

Francis est subjugué par une jolie demoiselle surnommée sauterelle pour ses longues jambes. Elle conduit et réside dans une Westfalia. Elle y habite avec son chat. Voilà où est le chat, car il en faut toujours un. D’où vient-elle ? Que fait-elle ? Eh bien, vous allez être déçus, je ne m’en souviens plus. Une vague amie, j’imagine, puisque cela reste vague dans ma tête. Si Jacques Poulin n’était pas une sommité avec sa cour de lecteurs, j’aurais été relire certains chapitres pour me remémorer de quoi il en retourne mais, cette fois, et j’espère que vous me le pardonnerez, j’ai opté pour laisser parler mon amnésie. Celle-ci s’exprime : c’est l’ambiance qui prime, non pas les faits. La jeune femme est une marginale, on peut l’appeler une « granola », une bohème, une nomade qui entrainera Francis dans une escapade mémorable.

Mais n’oublions pas l’homme menaçant, celui qui ressemble à Mad Dog Vachon. Il guette et se profile parfois dans les parcs. Il semble surveiller le petit frère. Il aurait un rapport avec la biographie, il représente un genre de comité qui prend au sérieux le fait que l’on dévoile ou critique le Grand Club de hockey. Mais, je n’y ai pas cru. Pas du tout. Cet espionnage m’a semblé facile, comme dans un conte où l’imagination se débride.

J’imagine que maintenant, avec le cœur de plus en plus bon enfant de l’auteur, c’est l'attitude qu’il est bon d'adopter ; lire comme si c’était un conte. Est-ce que les contes ont besoin d’être plausibles ? Non. Est-ce que l’on s’empêche d’en lire et d’en aimer parce qu’ils ne sont pas plausibles ? Non.

Tout ce que j’avais à en dire est dit. Ceux qui ont lu ce titre, ne vous gênez surtout pas de rajouter votre grain de sel, sinon même la salière entière.

N.B. : Dieu m’en garde, ce n’était pas un service de presse !

mercredi 11 février 2015

Retour en force du Vrac !

Librairie Pantoute à Québec

Ramenez un inconnu pour la St-Valentin !
Cette initiative est trop charmante. Vraiment. Il fallait y penser et c’est la librairie Pantoute qui l’a fait. Pour moins de 20$ vous ramenez un inconnu entre vos murs ! Si votre amoureux est avec vous, lisez-lui un passage. Chacun votre tour. L'image vaut mille mots (ci-contre)



  Honte ou Fierté
Êtes vous parmi les dix pires ou les dix meilleures?
Quel est le pourcentage de livres québécois qu’offre votre bibliothèque publique? Repérez le rang de la vôtre sur le tableau complet. La mienne, à Magog exige une amélioration certaine, elle se classe parmi les pires. Vous vous sentez impuissants ? Non, ne le soyez pas. Un roman québécois vous tente et n’est pas offert par votre bibliothèque ? Demandez qu’on le fasse venir. C’est majoritairement un « oui » que vous recevrez à cette demande. Et savez-vous que, du coup, vous rendrez un fier service à l’auteur ? À chaque mois de février, ceux-ci reçoivent une redevance tirée du programme du droit de prêt public. Plus l’œuvre est disponible dans le plus de bibliothèques possibles, plus le montant est consistant. Ne vous gênez surtout pas ! Il arrive même que ce montant soit plus intéressant que le droit d’auteur.

Venise au milieu du livre (concours)

Un professeur de théâtre du Séminaire de Sherbrooke m’a demandé d’aller exposer les grandes lignes de la route du livre, ou chaîne. Expérience inoubliable. Je réitérerais n’importe quand ! Je me condenserais par contre, et j’aurais des documents à l’appui. Belle écoute de cette dizaine d’étudiants. À un moment donné, je leur ai lu un texte que j’ai pigé à même la description d’une maison d’édition. Laquelle ? Parmi les personnes qui trouveront le nom de la maison d’édition, je ferai tirer un livre. Allez, on s’amuse !
« Nous accordons une place importante aux influences des littératures de l’imaginaire et accueillons des textes dont le souffle et la portée frôlent les limites d’un cadre réaliste. Nous apprécions la curiosité, le dépaysement, les histoires plus grandes que soi, l’étrange, l’humour, le flou et ses contours, les récits qui transportent, remuent ou émeuvent, bousculent les conventions et font germer les songes. Nous apprécions beaucoup d’autres choses, mais ça, c’est à vous de le découvrir »

Finalistes Prix des libraires
Mais où suis-je et que lis-je ? Je n’ai lu aucun titre des cinq finalistes. J’aimerais lire L'Angoisse du poisson rouge. Est-ce que le Feu de mon père va gagner ? Il a fait beaucoup de bruit et en fait encore. Deux chances sur cinq que ça soit un Boréal,
  • Le Feu de mon père, Michael Delisle (Boréal)
  • Forêt contraire, Hélène Frédérick (Verticales)
  • Ma vie rouge Kubrick, Simon Roy (Boréal)
  • Azami, Aki Shimazaki (Leméac)
  • L'Angoisse du poisson rouge, Mélissa Verreault (La Peuplade)
Place à la poésie !
Le prix des libraires englobe maintenant la catégorie POÉSIE. Même si j’en lis peu, la nouvelle m’a fait plaisir. Déjà de lire les titres, on est projeté hors de nos prosaïques quotidiens :
  • Les planches anatomiques, Jean-Philippe Bergeron (Poètes de brousse)
  • Les jours sans tain, Benoît Chaput (L’Oie de Cravan)
  • Ciseaux, Roxane Desjardins (Les Herbes rouges)
  • Mes ancêtres reviendront de la guerre, François Guérette (Poètes de brousse)
  • Outrenuit, Benoit Jutras (Les Herbes rouges)
  • L’année des trois printemps, Isabelle Lamarre (L’Oie de Cravan)
  • Salut Loup!, Laurance Ouellet Tremblay (La Peuplade)
  • Poissons volants, François Rioux (Le Quartanier)
À la journée de la poésie, le 21 mars, la liste se resserra à quatre titres.

jeudi 5 février 2015

B.E.C. (Blonde d’Entrepreneur en Construction) – Suzanne Myre

Voici un roman que j’ai lu voici belle lurette. Il semblerait que j’ai continuellement repoussé le moment de le commenter. C’est un de ces romans ambiguës, où la frontière n’est pas clairement définie entre aimer ou ne pas aimer.

Il est vraiment question de la blonde d’un entrepreneur en construction. J’imagine qu’elle aurait pu être la blonde d’un facteur ou d’un soudeur, qu’importe, l’important à retenir étant qu’elle se définisse par rapport à celui qu’elle aime. Sa propre vie ne semble pas beaucoup l’intéresser. Elle travaille aux archives d’un hôpital où elle fait office de clown de service dans ce petit département. Elle a deux manies prépondérantes : jouer des tours au travail et voler dans les magasins. Elle aborde ces deux activités avec autant de légèreté une que l'autre, c’est une forme de jeu inoffensif. 

Son chum, elle l’a à l’œil. Il ne lui accorde pas suffisamment d’attention à son goût, et ça ne passe pas, ça ne passe plus. Pourtant, plusieurs femmes, je crois, se contenteraient de ce bon diable qui aime tout donner à son travail, qui se tient en forme et qui aime la vie. C’est sûr qu’il consacre plus de temps à son travail qu’à sa blonde, mais il me semble qu’il y aurait moyen, pour plusieurs conjointes, de tirer leur épingle du jeu.

Elle découvre qu’il l’a trompé une fois, et à partir de ce moment on entre dans la deuxième partie du roman où elle n’est plus la victime, celle qu'on délaisse, mais deviens le bourreau qui fait payer une frasque à son entrepreneur. La deuxième partie se passe au Mexique où ils partent ensemble pour solidifier leur couple et où elle se mettra les deux pieds dans les plats. De l’épice, ils en auront pleinement à saupoudrer sur leur routine de couple.

À mes yeux, il y a deux romans en un. La première partie déborde de questions quotidiennes et de réflexions pertinentes sur le couple.. Celle-ci m’est apparue plus plausible que la deuxième où l’auteure nous fait partir en voyage dans tous les sens du terme. Elle nous sort complètement de la routine de couple et la situation qui se présente, si jamais elle se peut, a quelque chose de rarissime. L’amour prend un aspect inusité et plutôt exotique. C’est une occasion pour notre B.E.C. d’évoluer, de sortir de ces concepts étroits de couple banlieusard. Elle s’ouvrira à la différence et ça lui plaira.

Ce qui unifie le récit est certes le style enjoué de Suzanne Myre. Sa dérision de tout, tous et elle-même ne se perd pas en cours de route, et c’est apprécié.

Je dois avouer que je trouve remarquable le changement chez cette auteure, de passer aisément de nouvelliste, c'est-à-dire spécialiste d’une histoire intense et abrégée à une histoire longue et plutôt bavarde. Nous savons que le genre "nouvelle" offre des fins surprenantes, des chutes qui se doivent d’être retentissantes et l'on constate dans B.E.C. que l’auteure a conservé ce réflexe. Aussi, pourrait-on retrouver, deux fins à cette histoire. Une première situé à l’avant-dernier chapitre et une deuxième au dernier chapitre. J’ai nettement préféré la première fin, à un point tel que j’aurais éliminé la deuxième (vraie !) fin. J'ai discuté avec deux lectrices qui étaient du même avis que moi. Cela m'a rassurée !

Quelle couverture attrayante n'est-ce pas ? Et ce titre si astucieux, si rigolo de faire résonner le mot "BEC", quand il est question à ce point d'amour dans le couple !

Tenterez-vous l’expérience, allant vérifier si vous partagez les mêmes impressions ?

lundi 26 janvier 2015

Top 10 - Lecture 2014

1. Le silence du Banlieusard – Hugo Léger – Éditions XYZ
Parce que c’est la première fois que je ne doute pas de la qualité d’un roman. Pour sa concision, sa précision, son ordonnance. Parce que c’est une histoire qui cerne parfaitement son sujet. Parce que c’est un effeuillement de personnage peu chaleureux et pourtant captivant. Parce qu’il m’a fait saisir l’état d’esprit banlieusard, qu’on habite une grande cité ou la banlieue. Pour l’intrigue tenue serrée par la bride.

2. L’Orangeraie – Larry Tremblay – Éditions Alto
Pour la gravité du sujet, l’horreur même, présenté d’une manière que l’on puisse l’assimiler. Parce que j’ai été marquée au fer rouge par les maux et qu’après cette lecture, je ne vois plus les kamikazes de la même manière. Ni les jumeaux. Pour un style complètement dédié à l’histoire.

3. Corbeau et Novembre – Stéphane Achille – Éditions XYZ
Parce qu’il m’a fait sourire à en avoir des crampes. Parce que j’aime sa satire sociale. Pour son absence complète de prétention. Pour ses personnages bariolés et désordonnés aussi échevelés que la vie peut l’être parfois. Pour mon envie de le recommencer une fois terminé.

4. Toujours en Afrique – Romain St-Cyr – Éditions XYZ
Pour ma surprise devant l’exploit d’un roman d’actions qui puisse m’intéresser à ce point. Pour l’action stressante conservant son lecteur dans un état serein. Pour la maîtrise de l’écriture et du thème connu sur le bout des doigts : la voile. Pour une intrigue étonnante, difficile à prévoir et qui fait voyager sur les rives de l’être et du paraître.

5. Charlotte et la mémoire du cœur – Lorraine Desjarlais et Jean-Pierre Wilhelmy – Hamac Classique
Pour un roman historique qui intègre si bien l’histoire avec son grand H, qu’on la vit au présent. Pour l’admiration que l’on m’a soutirée pour un guerrier et sa guerre. Pour la richesse des intrigues et des personnages. Pour un personnage féminin dont je me suis fait une amie pour la vie. Pour le long souffle donné à l’amour.

6. Le Nain – Francine Brunet  – Éditions Stanké
Pour l’écriture instinctive où l’auteure s’oublie au nom de son histoire. Pour ce cirque humain d’une multitude de personnages acrobatiques. Pour le côté échevelé qui donne quand même un ensemble harmonieux. Pour l’audace d’une imagination sans pudeur qui se voit rarement autant dans un premier roman.

7. Papillons – Annie Loiselle – Éditions Stanké  
Pour la délicatesse de ce roman qui parle de femmes rencontrées à la croisée des chemins. Parce que j’aime les ailes qui s’ouvrent grand et les envols. Surtout les envols. Pour ce style sobre qui a la légèreté d’un papillon qui butine ses sujets. Parce qu’en terminant cette histoire, il est possible de se dire que la joie existe. Pour mon goût que toutes les femmes le lisent.

8. L’aquarelliste – Béatrice Masini – Éditions Fides
Pour l’ambiance feutrée. Pour le silence précieux que j’y ai entendu. Pour l’intimité créée et conservée dans un vase clos. Pour l’invitation à entrer sur le bout des pieds dans une famille noble où c’est l’artiste qui en est le chef. Pour les secrets de famille. Parce que l’on m’a déjouée. Parce que j’ai passé tellement de temps avec les fleurs, les enfants et une jeune fille en fleur.

9. Trois millions de pas – Martine Noël-Maw – Éditions Hurtubise
Parce que j’ai enfin compris la valeur initiatique du chemin de Compostelle. Parce que le personnage évolue et avance à grands pas. Parce que je m’ennuie parfois des contes. Parce que la symbolique m’a rattrapée et que j’aime m’y mirer. Parce que c’est un roman pour la jeunesse, de façade seulement, puisque l’histoire est d’une grande maturité.

10. Yiosh ! – Magali Sauves – Hamac Classique
Parce que ce roman est incontournable pour qui veut s’infiltrer au cœur des mœurs hassidiques. Parce qu’il réussit à sonder l’insondable. Pour les liens tissés avec une jeune fille qui désire nouer des liens avec elle. Pour les émotions vécues à le lire et à le relire dans ma tête.  Parce que l’histoire est généreuse.

Remarques :
Les titres en marge à droite ont été lus en 2014 et seront bientôt commentés mais ne font pas partie du palmarès.

mercredi 21 janvier 2015

Bondrée d'Andrée A. Michaud

Un titre choisi pour l'auteure, une valeur sûre au niveau du polar et, après cette lecture, j’en suis convaincue plus que jamais.

Michaud fait errer dans des zones grises, crée des lieux qui marquent, dont on ne sort pas indemnes. Cette fois, l’endroit élu par l’auteure est une agglomération de vacanciers, dans le bois, autour d’un lac frontalier avec les États-Unis. À chaque année, Bouandary Pond, que les vacanciers ont pris l’habitude de nommer Bondrée est un havre qui invite plusieurs familles à l’insouciance ; les enfants jouent, les jeunes s’amusent, les parents se reposent.

Zaza Mulligan et Sissy Morgan, ce duo indissociable de jeunes filles éclatées est l’emblème de la jeunesse de l’été 1967, dévergondées juste ce qu’il faut pour se faire remarquer. Avec cette assurance que leur confère d’être deux. Elles promènent effrontément leurs insouciances, attirant le regard autant des enfants que des adultes. Par une nuit étoilée, Zaza, grisée par la tiédeur de la nuit et de l’alcool, disparait dans les bois. On ne la retrouve plus. Est-ce un bête accident ? C’est une question pour l’enquêteur, Stan Michaud. Celui-ci en a vu d’autres, trop peut-être, il dégage une usure qui trahit sa sensibilité exacerbée. Mais comme tout inspecteur qui se respecte, il a la tête dure du bouc qui fonce et, bien entendu, ne se ménageant pas ; nuits courtes et repas pris à la sauvette.

Cette disparition est un drame, le premier dans ce lieu béni par la beauté, une égratignure qui, avec le temps se transformera en une profonde blessure.

C’est un roman d’ambiance opaque, les lieux nous pénètrent. On avance dans le bois, transi de craintes à force d’ombres mystérieuses et monstrueuses. La terre de la forêt tend des pièges, on sent rôder des fantômes, on voit leurs ombres, on les entend, ils se fraient un chemin jusqu’à notre confiance.

Pour raconter cette histoire à peu de dialogue, on trouve une narration à deux voix. À tour de rôle, s’entend celle de l’enfance personnifiée par Marie, douze ans qui côtoie une voix narratrice plus adulte. Les parents tentent de soustraire les enfants à la réalité dure, comme on protège en soi sa part d’insouciance. À force d’interroger la menace, les deux voix s’uniront. Au fil des pages, j’ai vu de moins en moins de différence entre la voix de Marie et celle des adultes. Est-ce un tort ? Cela ne m’a pas dérangé outre mesure, en autant que l’on accepte que Marie est vraiment une enfant mâture pour son âge. D’ailleurs, cela a été long pour moi de détecter l’âge de Marie. Je ne la situais pas. Faut dire qu’on rase continuellement des frontières; le début de la fin, l’anglais du français, l’adulte de l’enfant, l’insouciance de la méfiance.

L’histoire est intrigante à souhait, les personnages ancrés solidement, certains sont typés, tandis que d’autres apparaissent comme des légendes sur deux jambes. L’ambiance des années 60 est parfaitement rendue, le mixte parfaitement naturel entre les communautés états-uniennes et canadiennes, l’anglais et le français. L’ambiance inquiétante est à couper au couteau. Tous ces points rendent l’histoire bonne mais ce qui la hisse au niveau d’excellence est le style. La langue chantante, poétique, le français moucheté d’anglais est pareil à une musique.

Un polar peut se présenter avec des qualités hautement littéraires, alliant une langue distinctive à une intrigue serrée, et si jamais cela n’avait pas encore été démontré, Andrée A. Michaud s’en est acquitté, ce que le Conseil des arts du Canada a su reconnaître en lui décernant le prix du Gouverneur Général. Le roman a d'ailleurs reçu maints prix et distinctions. Si vous ne connaissez pas encore cette auteure, il manque assurément quelque chose à votre culture du polar.

Bondrée
Andrée A. Michaud
Éditions Québec Amérique
Parution avril 2014 - 298 pages.

mercredi 14 janvier 2015

Toujours en Afrique de Romain Saint-Cyr

Décidément, je suis tombé sur des supers romans à la fin de 2014. Soit dit en passant, je m’empresse d’en parler un après l’autre pour - enfin ! – dresser le Top 10 de mes lectures.

Détrompez-vous, ce roman ne se déroule pas tant sur les terres d’Afrique que sur l’Océan. Un anthropologue québécois, Michel Buissières vient de terminer sa mission de deux ans au Sénégal et désire retourner au Québec calmement et en solitaire, sur son voilier. Son embarcation n’est pas un rafiot, mais ce n’est pas le luxe non plus mais il l’aime son voilier. Et il aime naviguer, passion qu’il réussit très bien à partager, même à une néophyte comme moi.

La vie a décidé de contrecarrer ses plans de calme et de solitude. Notre héros malgré lui sera l’élu de réfugiés qui ont besoin d'un moyen de locomotion pour quitter l’Afrique. Dit en ces mots, tout semble simple mais ce ne l’est aucunement. L’histoire se présente comme un casse-tête où plusieurs morceaux s’assemblent peu à peu pour former un tout. Pour ne verrez pas immédiatement l’ensemble de l’oeuvre et chaque morceau que vous tiendrez entre vos mains, tentant de comprendre qu’est-ce qui s’y dessine, vous intriguera assurément. Certains morceaux semblent s’imbriquer avec d’autres et finalement, non. Les apparences sont trompeuses.

L’action commence en douceur, heureusement, ainsi on fait des réserves, comme notre héros ! Au début, il vogue et on le suit dans chacun de ses gestes, sentant son plaisir évident de faire avancer son voilier. Et puis, pendant une tempête, il arrive un accident, au lieu de passer par-dessus bord, tombant de son voilier à la mer, c’est l’inverse. Un homme silencieux, costaud d’une force herculéenne passe par-dessus bord, de la mer à son voilier. Cela aurait pu être un incident isolé, ce ne l’est pas, c’est plutôt le début d’une série d’incidents.

Me sentez-vous marcher sur des œufs ? J’ai tellement aimé l’intrigue, tant apprécié la part mystérieuse de ce roman où une action n’attend pas l’autre que je ne veux en aucun cas laisser échapper des indices.

Ce que je peux affirmer avec certitude ; c’est un roman d’actions. Quand je l’ai réalisé, j’étais prise au cœur de l’action moi qui fuis habituellement le genre où s'enlignent des batailles, des rixes, des enquêtes, des poursuites, des criminels, de la drogue, l’appât du gain,  le vol, le chantage…

Ces actions s’enchaînent d’une manière naturelle, j’oserais presque dire avec une certaine sérénité. Est-ce l’effet procuré par l'infini de l’océan, toute trace de violence m’est apparue amortie. J’ai cependant plains notre pauvre héros d’être pris entre les filets d’une histoire abracadabrante de criminels, ou non, c’est l’histoire qui vous le dira. Moi, j'en ai assez dit.

Un roman trépidant sur fond de mer, lequel ne peut faire autrement que vous surprendre.

À noter : Une seule chose que j'aurais changé, le titre. Même s'il est adéquat, je ne le trouve pas accrocheur. En tout cas, pas à la hauteur du roman. 

Toujours en Afrique
Romain Saint-Cyr
Éditions XYZ - Collection Romanichels
236 pages - 23 octobre 2014