Voici un livre que j’ai tout d’abord pris pour un roman et qui est un récit de voyage. C'est d’ailleurs honnêtement inscrit sur la page couverture. J’aime voyager à travers les mots d’un auteur, c’est la raison pour laquelle j’ai tendu la main vers cette œuvre qui m’amènerait de Mumbai, l’arrivée, à Madurai, le départ.
Quand il est question de récit, l’auteur prend tout son importance. Pour De Mumbai à Madurai, à qui a-t-on affaire ? François Hébert détient un doctorat portant sur l’œuvre d’André Malraux, est critique littéraire pour Radio-Canada et dans Le Devoir et a enseigné à l’Université de Montréal pendant 20 ans.
Il voyage en compagnie de sa femme et tous deux se rendent dans le sud de l’Inde pour donner une conférence. Celle de l’auteur s’intitule : «Études francophones, enjeux et perspectives». Il couchera dans son journal de voyage tout ce qu’il lui passe par la tête, ses doutes sur sa participation au colloque auquel il est convié, des extraits de dialogue avec sa conjointe, ses impressions sur ce qu’il voit et qui il rencontre en Inde. Est-ce que François Hébert a voulu nous en mettre plein la vue, son récit est parsemé de tellement de références littéraires, entrecoupant à tout moment le fil de son récit, que j’ai fini par trouver ce rôle de critique trop présent.
On y trouve un aspect journal de voyage pêle-mêle, des sauts d’un sujet à l’autre, comme en pleine conversation entre amis. Je n’ai rien habituellement contre ce style butineur, mais celui-ci m’a quelque peu énervé par le côté bref, saccadé, détours brusques. Grandissait en moi le sentiment que l’auteur, se trouvant par nature intéressant, avait décidé de nous faire profiter de ses opinions et connaissances sur ceci et cela, au détriment de l’approfondissement de son présent dans un pays captivant : l’Inde. De là probablement est née l’impression de tenir entre les mains un journal de bord peu étoffé, de notes jetées à la va-vite sur un carnet et dont la forme a été peu retouchée par la suite. On a probablement désiré garder le côté naturel de la prise de notes spontanée mais, à mon avis, l’exercice exige de pousser un peu plus sa pensée pour soutenir l’intérêt. J’avoue avoir été jusqu’à me poser la question : si l’auteur s’avérait un illustre inconnu, l’aurait-on publié ?
Je ne peux pas dire que je n’ai absolument rien découvert de l’Inde, l’ambiance est bien servie par le style désordonné, disparate, distrayant comme les colorées rues de l’Inde mais, je m’attendais à plus de consistance. Certaines tirades étaient bien tournées, mais l’égo de l’auteur trop marqué m’empêchait de les contempler. Ma préférence va pour le rendu humoristique de certains dialogues avec son épouse.
Si monsieur Hébert était arrivé à mettre de côté son rôle de critique érudit, probablement que ce récit aurait pris une autre tournure.
mercredi 12 juin 2013
De Mumbai à Madurai de François Hébert
samedi 8 juin 2013
Vrac à Venise
Ma sœur veut un zizi
Cet album pour petits de Fabrice Boulanger a soulevé une controverse au téléjournal de Sherbrooke, dans lequel un parent et une sexologue s’expriment avec véhémence. C’est l’histoire d’un bébé d’un an et demi qui harcèle son frère pour voir son zizi parce qu’elle en voudrait un pareil. Comme tous les bébés, son attention ne s’attardera pas et convoitera bientôt autre chose : les seins de sa mère.
Si vous voulez vous faire votre opinion, passez par ici pour l’article et la vidéo au téléjournal et pour la réplique de l’éditrice, Jennifer Tremblay, c'est sur le site de Lurelu.
C'est dommage d'entendre parler des livres jeunesse presque uniquement quand il y a de la controverse.
Gens de Québec, que vous êtes chanceux !
La promenade des Écrivains a tellement de parcours alléchants cette année. Il y en a un que j’ai retenu «Jacques Poulin, les sentiers du réconfort » et « Le polar à Québec » dans le quartier St-Rock avec les auteurs Alain Beaulieu, Jean-Pierre Charland, Jacques Côté, Jean-Jacques Pelletier. Frissons garantis !
En prenant connaissance de ces parcours, je réalise la pluralité d’écrivains qui habitent cette ville. Ne soyez plus surpris que Québec m’attire pour aller y vivre. Qui sait, peut-être un jour, en attendant, faisons les touristes !
Avec l’été
Avec l’été viennent les suggestions de livres incontournables, dites légères. Toutes les raisons sont bonnes pour parler de livres alors à quand les lectures hivernales, automnales, printanières ? En attendant, faisons comme si l’été, ce sont les vacances et qu'avec les vacances vient plus de temps pour lire. Cinq titres référés par Nightlife.ca
1. Chanson française | Sophie Létourneau | Le Quartanier
2. Saccages | Chrystine Brouillet | La courte-échelle
3. Cher trou de cul | Annie Quintin | VLB
4. Kissinger et nous | Ami Vaillancourt et Bruno Rouyère | Glénat Québec
5. Les frères Sisters | Patrick Dewitt | Éditions Alto
Il y en a un que je vais tenter de lire, je l’ai reçu en service de presse : Cher trou de cul.
Des nouvelles de Marsi et de moi
Marsi a repris du blogue. Vous savez sa Salade d’Amphibie, son blogue de dessin sur Wordpress ? Il est mort d’inanition ; perdu les codes et mots de passe. Excellente raison pour en pondre un autre, du même nom mais de blogspot cette fois. Les amateurs de Sanfroy, cette pétulante salamandre, seront gâtés, le créateur leur promet une apparition par jour. Il tient promesse jusqu’à date. Il s’est résigné à la dessiner autrement, pour suivre la cadence de cette très volubile reine de la nature. La dernière fois que je l’ai rencontrée, elle bavardait avec Baballe, une araignée rouge, et depuis, nous avons eu droit à une photo de famille de celle-ci.
De mon côté, une bonne nouvelle, je vais faire une apparition à la télévision, plus précisément cinq, du lundi au vendredi dans le quiz « Paquet Voleur Express ». Je vais tenter d’aller chercher la subvention à l’artiste, tout en m’amusant. L’enregistrement a lieu le 8 août, je vous donnerai les dates de télédiffusion quand je les aurais.
Cet album pour petits de Fabrice Boulanger a soulevé une controverse au téléjournal de Sherbrooke, dans lequel un parent et une sexologue s’expriment avec véhémence. C’est l’histoire d’un bébé d’un an et demi qui harcèle son frère pour voir son zizi parce qu’elle en voudrait un pareil. Comme tous les bébés, son attention ne s’attardera pas et convoitera bientôt autre chose : les seins de sa mère.
Si vous voulez vous faire votre opinion, passez par ici pour l’article et la vidéo au téléjournal et pour la réplique de l’éditrice, Jennifer Tremblay, c'est sur le site de Lurelu.
C'est dommage d'entendre parler des livres jeunesse presque uniquement quand il y a de la controverse.
Gens de Québec, que vous êtes chanceux !
La promenade des Écrivains a tellement de parcours alléchants cette année. Il y en a un que j’ai retenu «Jacques Poulin, les sentiers du réconfort » et « Le polar à Québec » dans le quartier St-Rock avec les auteurs Alain Beaulieu, Jean-Pierre Charland, Jacques Côté, Jean-Jacques Pelletier. Frissons garantis !
En prenant connaissance de ces parcours, je réalise la pluralité d’écrivains qui habitent cette ville. Ne soyez plus surpris que Québec m’attire pour aller y vivre. Qui sait, peut-être un jour, en attendant, faisons les touristes !
Avec l’été
Avec l’été viennent les suggestions de livres incontournables, dites légères. Toutes les raisons sont bonnes pour parler de livres alors à quand les lectures hivernales, automnales, printanières ? En attendant, faisons comme si l’été, ce sont les vacances et qu'avec les vacances vient plus de temps pour lire. Cinq titres référés par Nightlife.ca
1. Chanson française | Sophie Létourneau | Le Quartanier
2. Saccages | Chrystine Brouillet | La courte-échelle
3. Cher trou de cul | Annie Quintin | VLB
4. Kissinger et nous | Ami Vaillancourt et Bruno Rouyère | Glénat Québec
5. Les frères Sisters | Patrick Dewitt | Éditions Alto
Il y en a un que je vais tenter de lire, je l’ai reçu en service de presse : Cher trou de cul.
Des nouvelles de Marsi et de moi
Marsi a repris du blogue. Vous savez sa Salade d’Amphibie, son blogue de dessin sur Wordpress ? Il est mort d’inanition ; perdu les codes et mots de passe. Excellente raison pour en pondre un autre, du même nom mais de blogspot cette fois. Les amateurs de Sanfroy, cette pétulante salamandre, seront gâtés, le créateur leur promet une apparition par jour. Il tient promesse jusqu’à date. Il s’est résigné à la dessiner autrement, pour suivre la cadence de cette très volubile reine de la nature. La dernière fois que je l’ai rencontrée, elle bavardait avec Baballe, une araignée rouge, et depuis, nous avons eu droit à une photo de famille de celle-ci.
De mon côté, une bonne nouvelle, je vais faire une apparition à la télévision, plus précisément cinq, du lundi au vendredi dans le quiz « Paquet Voleur Express ». Je vais tenter d’aller chercher la subvention à l’artiste, tout en m’amusant. L’enregistrement a lieu le 8 août, je vous donnerai les dates de télédiffusion quand je les aurais.
mardi 4 juin 2013
Les deux saisons du faubourg de Mylène Gilbert-Dumas
L’heure a sonné de m’offrir une lecture réconfortante. Avec Mylène Gilbert-Dumas, j’ai l’assurance de trouver de l’espoir en l’être humain, même le plus borné finit par s’ouvrir à la vie. Cette fois-ci, c’est Adélaïde, que la vie forcera à sortir ses ailes. Elle n’a de jeune que sa vingtaine puisque dans sa tête comme dans son cœur, elle vit en personne âgée traumatisée par tout. Absolument tout, et particulièrement l’amour. Rien de plus bouleversant que l’amour.
Elle habite un vieil édifice dans le quartier St-Jean Baptiste à Québec, sa mère au premier, elle et sa petite fille de sept ans au deuxième, un ami au troisième. Ils sont tous fauchés, même s’ils travaillent. Adélaïde, en tant que mère monoparentale est obligée de travailler dans un bureau de comptable qu’elle déteste. Le seul moment de la journée où elle sort des sentiers étroits de sa vie sans envergure, c’est le soir quand elle dessine. Son projet, auquel elle croit plus ou moins, est de rendre à terme sa bande dessinée. Sa petite fille Marjolaine est un bout en train et sa grand-mère également. Cette dernière, tireuse de cartes assez populaire est pourvue d’un esprit allumé, moderne. Les rôles sont inversés avec sa fille, c’est elle qui a la jeunesse de caractère. Arrivera dans ce trio tissé serré, un nouveau personnage. Un étranger. Un homme qui parle anglais louera une chambre et viendra bouleverser les habitudes de tous et chacun.
Même si l’histoire tourne autour d’Adélaïde, la petite Marjolaine prendra beaucoup de place. Je n’ai pas eu de difficulté à croire à la vivacité de cet enfant. Le ton est juste, équilibré, sautillant de vie. L’homme étranger est mystérieux, la barrière de la langue tangible. J’ai eu un peu plus de difficulté à cerner la grand-maman que j’imaginais beaucoup trop âgée au début. Sa libido dans le plafond aurait pourtant dû m’aiguiller ! L’homme du troisième, un musicien bohème est amoureux d’Adélaïde.
Celle-ci a une peur viscérale de l’inconnu et, pourtant, par obligation, elle en accueillera un entre ses murs. C’est intéressant, sans être trépident. Beaucoup de quotidien, de petits riens qui prennent à la longue leurs sens. C’est une histoire qui se passe à la troisième vitesse, dans la lenteur et la réflexion, nous donnant le temps de l’assimiler à sa pleine mesure. La lecture a quelque chose de réconfortant. C’est limite cependant, un peu moins de rebondissements et l’intérêt aurait pu basculer. Le fil de l’intrigue étant ténu, parlons plutôt de roman d’ambiance, à la Michel Tremblay. L’idéal est de s’en imprégner et ne pas attendre ce que cette histoire ne donnera pas, des palpitations cardiaques.
C’est le troisième roman de Mylène Gilbert-Dumas, depuis qu’elle a délaissé les romans historiques et elle devient experte dans le développement de personnages barricadés dans leurs limites, dont le caractère progresse vers sur la route de la libération. Adélaïde est emprisonnée, de quelle manière arrivera-t-elle à pousser ses barreaux pour respirer l’air frais et pur s’accordant avec sa jeunesse ? Si vous voulez une réponse, venez-la rencontrer et, au bout de la ligne, peut-être que c’est vous que vous rencontrerez.
Elle habite un vieil édifice dans le quartier St-Jean Baptiste à Québec, sa mère au premier, elle et sa petite fille de sept ans au deuxième, un ami au troisième. Ils sont tous fauchés, même s’ils travaillent. Adélaïde, en tant que mère monoparentale est obligée de travailler dans un bureau de comptable qu’elle déteste. Le seul moment de la journée où elle sort des sentiers étroits de sa vie sans envergure, c’est le soir quand elle dessine. Son projet, auquel elle croit plus ou moins, est de rendre à terme sa bande dessinée. Sa petite fille Marjolaine est un bout en train et sa grand-mère également. Cette dernière, tireuse de cartes assez populaire est pourvue d’un esprit allumé, moderne. Les rôles sont inversés avec sa fille, c’est elle qui a la jeunesse de caractère. Arrivera dans ce trio tissé serré, un nouveau personnage. Un étranger. Un homme qui parle anglais louera une chambre et viendra bouleverser les habitudes de tous et chacun.
Même si l’histoire tourne autour d’Adélaïde, la petite Marjolaine prendra beaucoup de place. Je n’ai pas eu de difficulté à croire à la vivacité de cet enfant. Le ton est juste, équilibré, sautillant de vie. L’homme étranger est mystérieux, la barrière de la langue tangible. J’ai eu un peu plus de difficulté à cerner la grand-maman que j’imaginais beaucoup trop âgée au début. Sa libido dans le plafond aurait pourtant dû m’aiguiller ! L’homme du troisième, un musicien bohème est amoureux d’Adélaïde.
Celle-ci a une peur viscérale de l’inconnu et, pourtant, par obligation, elle en accueillera un entre ses murs. C’est intéressant, sans être trépident. Beaucoup de quotidien, de petits riens qui prennent à la longue leurs sens. C’est une histoire qui se passe à la troisième vitesse, dans la lenteur et la réflexion, nous donnant le temps de l’assimiler à sa pleine mesure. La lecture a quelque chose de réconfortant. C’est limite cependant, un peu moins de rebondissements et l’intérêt aurait pu basculer. Le fil de l’intrigue étant ténu, parlons plutôt de roman d’ambiance, à la Michel Tremblay. L’idéal est de s’en imprégner et ne pas attendre ce que cette histoire ne donnera pas, des palpitations cardiaques.
C’est le troisième roman de Mylène Gilbert-Dumas, depuis qu’elle a délaissé les romans historiques et elle devient experte dans le développement de personnages barricadés dans leurs limites, dont le caractère progresse vers sur la route de la libération. Adélaïde est emprisonnée, de quelle manière arrivera-t-elle à pousser ses barreaux pour respirer l’air frais et pur s’accordant avec sa jeunesse ? Si vous voulez une réponse, venez-la rencontrer et, au bout de la ligne, peut-être que c’est vous que vous rencontrerez.
lundi 27 mai 2013
La pomme de Justine - Valérie Harvey
Qu’est-ce qui ressemble le plus à une histoire d’amour qu’une autre histoire d’amour ! Si l'on arrêtait d’en publier parce que d’autres en ont écrit avant nous, cela serait bien dommage.
La trame de fond de celle-ci est assez classique au niveau du sentiment : rapprochement, déni, hésitation, révélation, embûche, persistance, guérison, épanouissement. Des pas de danse où l'un, en l’occurrence Justine, guide parce que plus consciente et plus affirmée que l'autre.
Alexandre, 28 ans, Justine, 18 ans, sont jeunes avec en commun un cœur blessé par l'amour. Les trahisons qu’ils ont vécu les rapprocheront un de l’autre. Cet apprivoisement, sous le signe de l’amitié, les aidera à guérir. Pour aider l’apprivoisement, l'idéal est de vider la relation de la passion et de l’attraction sexuelle, ce qu’ils feront d’une manière exemplaire.
La première partie a comme toile de fond, la forêt, la seconde, la ville de Granby. Dans la nature, c’est Justine qui sera accaparée par son travail d’été et, à la ville, ce sera Alexandre. La contrainte "travail" sera déterminante, pour ne dévoiler qu'un pan du mystère.
L’histoire est ancrée à notre époque en cela que c’est la femme, l’élément très actif du couple. Elle fait mentir avec bonheur les clichés accolés à la femme ; passivité, fragilité, ingénuité, pour ne nommer que ceux-là. En plus, son apparence reflète sa nature : allure sportive, cheveux à la garçonne, aucun fla-fla féminin. Qu'il y ait peu de jeux de séduction et pas de manège dominant-dominé est un élément rafraichissant appréciable de La Pomme de Justine.
La jalousie, la violence, le suicide seront abordés chez l’homme jeune, immature et impétueux. Cette histoire secondaire à l’intrigue est abordée avec doigté, même si l’on sent derrière le message adressé aux jeunes. Et pourquoi pas, me suis-je dit, quand c’est bien fait, même si son survol rapide lui confère un petit côté magique. J’en profite pour préciser que même si ce roman cible la jeunesse de 12 ans et plus, sa réflexion sur l’amour apostrophe au passage tout adulte qui s’y intéresse.
Le style de Valérie Harvey est remarquablement naturel et direct, on n’y sent aucun effort, ce qui donne à cette histoire son rythme soutenu qui éloigne le lecteur de tout ennui.
Un roman charmant proposant judicieusement l’amour comme un élément guérisseur, où l’auteure s’affirme en éludant certains clichés à la vie tenace.
Tiens, j'y pense, si vous connaissez des jeunes qui vivent une peine d'amour, ce serait le roman idéal à leur offrir.
La trame de fond de celle-ci est assez classique au niveau du sentiment : rapprochement, déni, hésitation, révélation, embûche, persistance, guérison, épanouissement. Des pas de danse où l'un, en l’occurrence Justine, guide parce que plus consciente et plus affirmée que l'autre.
Alexandre, 28 ans, Justine, 18 ans, sont jeunes avec en commun un cœur blessé par l'amour. Les trahisons qu’ils ont vécu les rapprocheront un de l’autre. Cet apprivoisement, sous le signe de l’amitié, les aidera à guérir. Pour aider l’apprivoisement, l'idéal est de vider la relation de la passion et de l’attraction sexuelle, ce qu’ils feront d’une manière exemplaire.
La première partie a comme toile de fond, la forêt, la seconde, la ville de Granby. Dans la nature, c’est Justine qui sera accaparée par son travail d’été et, à la ville, ce sera Alexandre. La contrainte "travail" sera déterminante, pour ne dévoiler qu'un pan du mystère.
L’histoire est ancrée à notre époque en cela que c’est la femme, l’élément très actif du couple. Elle fait mentir avec bonheur les clichés accolés à la femme ; passivité, fragilité, ingénuité, pour ne nommer que ceux-là. En plus, son apparence reflète sa nature : allure sportive, cheveux à la garçonne, aucun fla-fla féminin. Qu'il y ait peu de jeux de séduction et pas de manège dominant-dominé est un élément rafraichissant appréciable de La Pomme de Justine.
La jalousie, la violence, le suicide seront abordés chez l’homme jeune, immature et impétueux. Cette histoire secondaire à l’intrigue est abordée avec doigté, même si l’on sent derrière le message adressé aux jeunes. Et pourquoi pas, me suis-je dit, quand c’est bien fait, même si son survol rapide lui confère un petit côté magique. J’en profite pour préciser que même si ce roman cible la jeunesse de 12 ans et plus, sa réflexion sur l’amour apostrophe au passage tout adulte qui s’y intéresse.
Le style de Valérie Harvey est remarquablement naturel et direct, on n’y sent aucun effort, ce qui donne à cette histoire son rythme soutenu qui éloigne le lecteur de tout ennui.
Un roman charmant proposant judicieusement l’amour comme un élément guérisseur, où l’auteure s’affirme en éludant certains clichés à la vie tenace.
Tiens, j'y pense, si vous connaissez des jeunes qui vivent une peine d'amour, ce serait le roman idéal à leur offrir.
lundi 20 mai 2013
Jusqu'à plus soif de Salomé Girard
Point de départ de cette histoire, Alice, une artiste-peintre (Salomé Girard l’est également) reçoit une invitation à des retrouvailles avec ses collègues des beaux-arts. Elle est bouleversée par ce retour forcé dans le passé qui éveille des souvenirs qu’elle croyait, ou voulait, enterrés. Elle en parle avec Sésame, son chat, un personnage haut sur pattes et en importance. Des dialogues nourris s’échangeront, à qui Alice prête une palette entière d’émotions. Sésame endosse les rôles de philosophe et de confident thérapeute et lui répond intelligemment.Fait contrastant et un peu étrange, pendant qu’elle dialogue en abondance avec son chat, une plage de silence s’étend entre elle et Ludwig avec qui elle vit depuis dix ans. Ce silence nous fait sentir qu’il y a anguille sous roche. Tous deux tairont une question qui aurait pourtant dissipé le mystère qui imprègne le récit.
Salomé Girard opte pour des allers-retours entre passé et présent, en alternance des chapitres. À mesure que les excursions dans le passé s’allongent et se précisent, le roman prend du tonus, les séances de dialogue entre Alice et son chat étant plus langoureuses que dynamiques. Le style littéraire sensuel, un peu plaqué, où le temps s’écoule en douceur, plaira aux amateurs de relaxation. L’intrigue reste mince : Alice sublime-t-elle son passé ? Rencontrera-t-elle Élie-Naïde, une femme qui l’a marquée, à ces retrouvailles? L’amour tranquille de l’artiste-peintre pour son conjoint résistera-t-il, admettant qu’Élie-Naïde se pointe à cette rencontre ?
J’ai pris plus de plaisir aux flash-back, les personnages jeunes mettant un peu d’action. On y découvre une Alice influençable et impressionnable, qui déjà tait ses émotions, mais qui se bat avec les premiers grands événements d’une vie : amour, mort, amitié. L’auteure rend bien la solidarité d’un groupe d’amis où les liens deviennent indissociables pendant les études.
Salomé Girard manie avec désinvolture un style intimiste et offre au lecteur un face-à-face avec un « je » contemplatif. J’y vois une arme à double tranchant ; si les affinités sont faibles avec le personnage central, le lecteur ne pourra pas se rabattre sur d’autres personnages. Ceci concerne les chapitres « au présent », dont la lecture a fait naître en moi des envies d’entendre du bruit et de voir des personnages s’activer.
J’accorde plein crédit à l’auteure de s’être donné certaines permissions, dont celle-ci assez particulière ; le personnage laisse parfois la parole à l’auteure qui observe le texte : je la [une phrase] jetterai peut-être à la relecture.
Une histoire qui pousse à fond le style intimiste et une approche raffinée des histoires d’amour entre personnes de même sexe.
Libellés :
Compte-rendu,
La Recrue du mois
mercredi 15 mai 2013
L'équation du temps de Pierre-Luc Landry
Une femme, Ariane, deux hommes, Émile et Francis, déposés sur la route du temps, vont se mouvoir dans une réalité qui leur échappe. Qui sont-ils ? Difficile à dire; à peine le savent-ils eux-mêmes. Nous plongeons au cœur de leurs actions, l’auteur les filme en train d’exécuter les banalités de la vie ; manger, regarder la télévision, marcher. L’angle absurde de la vie nous est présenté, subtilement, par la bande.
Le prologue Décalage horaire appartient à Ariane. Elle m’a fait penser à une personne dans une salle d’attente chez qui commence à poindre le désir de se rendre quelque part, et possiblement avec Francis qu’elle a connu et quitté. Émile a l’adolescence trouble mais l’état d’adulte assumé. Homosexuel, il gagne sa vie comme photographe. Francis végète dans un entre-deux, l’impression persiste, ce n’est pas lui qui dirige sa vie, c’est elle qui le dirige. Pour l’aider, on pourrait lui suggérer de prendre sa vie en mains, il se sentirait peut-être moins épié! De vraies étrangetés jamais expliquées lui arriveront. Son destin a déjà croisé celui d’Émile, professeur qui a veillé sur lui.
Les chapitres s’articulent autour d’un personnage, mais on ne sait pas toujours lequel, on l’apprend en cours de route. De là, la sensation de ne pas toujours savoir ce que l’on fait, où l’on va. Point commun du trio, tous avancent d’un mètre, reculent d’autant, dans une tergiversation continuelle qui ne semble pas les faire souffrir. Ils sont en mode questionnement et écoute active de la vie. Ils sondent les signes, jusqu’à peut-être en imaginer, qui sait. Une chose est certaine, les trois fréquentent régulièrement l’étrangeté. Il ne peut en être autrement; c’est la matière première du créateur. Il m’est arrivé de confondre Émile avec Francis, leur trouvant une familiarité presque incestueuse, parce que nés du même père, Pierre-Luc Landry.
Abordons maintenant le style, remarquable, de l’auteur. Il va au-delà de la rythmique des phrases, du vocabulaire et de l’agencement des mots, trois caractéristiques que je comparerais à l’habillement. Ici, le style et la manière de le mouvoir ne font qu’un. L’histoire entière possède un style distinctif, que ceux qui fréquentaient son blogue reconnaîtront. Le récit flotte dans un état second, comme si ses personnages étaient dans ce monde, mais pas de ce monde. « Ce pourrait être n’importe quels arbres, des palmiers comme des érables, des sapins même, pourquoi pas. De grands arbres anonymes qui ondulent avec lassitude. Ils en ont assez, peut-être, d’être immobiles, de regarder tant de voitures sans jamais savoir ce vers quoi elles roulent. »
L’étrangeté laissée à elle-même peut parfois égarer un lecteur. Curieusement peut-être, j’ai trouvé à ce récit une équation plus près des lieux que du temps.
Malgré une certaine difficulté à me situer dans le temps, les lieux et la structure, l’enchantement pour le style me remettait toujours dans le bateau. Au fond, pourquoi complexifier autant une histoire quand on possède un style à ce point original ?
Le prologue Décalage horaire appartient à Ariane. Elle m’a fait penser à une personne dans une salle d’attente chez qui commence à poindre le désir de se rendre quelque part, et possiblement avec Francis qu’elle a connu et quitté. Émile a l’adolescence trouble mais l’état d’adulte assumé. Homosexuel, il gagne sa vie comme photographe. Francis végète dans un entre-deux, l’impression persiste, ce n’est pas lui qui dirige sa vie, c’est elle qui le dirige. Pour l’aider, on pourrait lui suggérer de prendre sa vie en mains, il se sentirait peut-être moins épié! De vraies étrangetés jamais expliquées lui arriveront. Son destin a déjà croisé celui d’Émile, professeur qui a veillé sur lui.
Les chapitres s’articulent autour d’un personnage, mais on ne sait pas toujours lequel, on l’apprend en cours de route. De là, la sensation de ne pas toujours savoir ce que l’on fait, où l’on va. Point commun du trio, tous avancent d’un mètre, reculent d’autant, dans une tergiversation continuelle qui ne semble pas les faire souffrir. Ils sont en mode questionnement et écoute active de la vie. Ils sondent les signes, jusqu’à peut-être en imaginer, qui sait. Une chose est certaine, les trois fréquentent régulièrement l’étrangeté. Il ne peut en être autrement; c’est la matière première du créateur. Il m’est arrivé de confondre Émile avec Francis, leur trouvant une familiarité presque incestueuse, parce que nés du même père, Pierre-Luc Landry.
Abordons maintenant le style, remarquable, de l’auteur. Il va au-delà de la rythmique des phrases, du vocabulaire et de l’agencement des mots, trois caractéristiques que je comparerais à l’habillement. Ici, le style et la manière de le mouvoir ne font qu’un. L’histoire entière possède un style distinctif, que ceux qui fréquentaient son blogue reconnaîtront. Le récit flotte dans un état second, comme si ses personnages étaient dans ce monde, mais pas de ce monde. « Ce pourrait être n’importe quels arbres, des palmiers comme des érables, des sapins même, pourquoi pas. De grands arbres anonymes qui ondulent avec lassitude. Ils en ont assez, peut-être, d’être immobiles, de regarder tant de voitures sans jamais savoir ce vers quoi elles roulent. »
L’étrangeté laissée à elle-même peut parfois égarer un lecteur. Curieusement peut-être, j’ai trouvé à ce récit une équation plus près des lieux que du temps.
Malgré une certaine difficulté à me situer dans le temps, les lieux et la structure, l’enchantement pour le style me remettait toujours dans le bateau. Au fond, pourquoi complexifier autant une histoire quand on possède un style à ce point original ?
lundi 13 mai 2013
Lauréats du Prix des libraires
Je devais y être à cette remise de prix, ce soir au Lion d'Or, c’était à mon agenda. La vie en a décidé autrement. Patricia Lamy m’a tout même envoyé par courriel les remerciements des lauréats. Les deux auteurs savent comment parler aux libraires, parce que je crois qu’ils les aiment beaucoup, et comme j’ai eu une journée de fou, je ne prends aucun risque de dire des sottises et leur laisse entière parole. Remarquez, les deux lauréats, sans s'être vraisemblablement consultés, parlent des libraires et de leur père.
« À Matane, quand j’avais douze ans, il y avait deux supermarchés, trois bars de danseuses nues, deux postes de police, mais une seule librairie. Si je me souviens bien, c’était un endroit sis rue Saint‐Pierre, dans la paroisse Saint‐Jérôme, tenu par un ami de mon père. Il m’y a souvent emmené. Nous y restions longtemps à jaser avec ce libraire moustachu qui vendait du neuf et du vieux. Mon budget de l’époque ne me permettait que des achats modestes dans le rayon des livres d’occasion. Pendant que mon père parlait avec le monsieur très bavard, mes yeux glissaient sur les titres des petits livres français, s’arrêtant longuement sur les plus évocateurs dont le mystérieux Hiroshima, mon amour qui, probablement parce que je vivais à l’époque dans la peur d’une guerre nucléaire, m’intriguait au plus haut point. Le livre présentait aussi l’avantage de coûter moins de deux dollars.
‐ C’est ça que tu veux? avait demandé le libraire un peu incrédule.
‐ Oui, ai‐je dit.
Je n’ai jamais toléré qu’on me dicte mes lectures. Mon père a ajouté qu’on pouvait me faire confiance et qu’il m’avait vu lire des livres beaucoup plus gros. À la maison, j’ai passé des heures à tenter de comprendre l’écriture de Marguerite Duras. J’arrivais à saisir les mots, mais pas le sens. Deux semaines plus tard, nous sommes retournés chez le libraire. Je me disais que les livres, c’est comme les outils. Ceux qui vous les vendent doivent en connaître le fonctionnement. J’avais donc des questions pour mon libraire, comme on a des questions sur une scie pour le quincailler.
‐Je ne comprends pas. Elle dit qu’elle a tout vu à Hiroshima, et on lui répond qu’elle n’a rien vu. Tout le livre est comme ça. On n’y comprend rien. Je cherche encore l’histoire. Pouvez‐vous me la raconter?
Le libraire, souriant sous son énorme moustache, me répondit :
‐Je comptais sur toi pour me la raconter.
C’est ainsi qu’a commencé ma longue conversation avec les libraires, qui sont parfois très bavards. Ce trait est chez eux une déformation professionnelle, je crois. C’est une bonne chose. Sans mes libraires, bien des auteurs me seraient restés inconnus. J’ai laissé de côté Duras pour me concentrer sur des lectures mieux adaptées à mon âge. Ce n’était que partie remise. Quelques années plus tard, j’avais lu tous les livres de Marguerite Duras et vu Hiroshima, mon amour qui, paraît‐il, est un film. Il fallait le dire!
Je n’ai jamais arrêté de lire, ni de jaser avec les libraires. Je pense d’ailleurs qu’en me décernant le Prix des libraires 2013 pour La Fiancée américaine, les libraires ont voulu gentiment me rappeler que je leur devais une histoire. J’espère ne pas avoir déçu leurs attentes et les remercie infiniment de me signifier, par la remise de ce prix, qu’il est encore permis de raconter des histoires. C’est d’ailleurs un plaisir partagé de par le vaste monde. Tant qu’il y aura des libraires, il y aura des histoires. Au nom de tous ceux qui m’ont aidé à écrire La Fiancée américaine, de tous ceux qui y ont cru assez pour m’accorder leur temps et leur assistance, je vous remercie du fond du coeur.
Je tiens en terminant à remercier tout spécialement mes éditeurs, chez Marchand de feuilles, qui m’accompagne fidèlement depuis Voleurs de sucre. Je les remercie d’avoir accepté ma fiancée comme elle est.
Ni moi ni elle n’avons vu quoi que ce soit à Hiroshima.
Mais nous pouvons vous parler de Sainte‐Marie‐de‐Nagasaki… » - - - Éric Dupont
« Les libraires sont à mes yeux des figures héroïques. En ces temps où le lectorat s’amenuise, leurs motivations ne peuvent être que pures, portées par une adoration de l’écrit et un désir de partager les textes qui les ont, les premiers, transportés ou émus.
Je me souviens, petit, de l’agonie des visites en librairie. Mon père, un lecteur avide, pouvait flâner des heures entre les rayons poussiéreux, alors que mon frère et moi le supplions de nous relâcher à l’air libre, au soleil. Mais il n’en démordait pas et nous laissait grogner et nous tourner les pouces dans les allées. Il me faudra des années pour comprendre sa fascination.
J’inflige maintenant le même traitement à mon fils, quoiqu’il semble le vivre avec plus de plaisir, ayant déjà franchi le pas qui sépare le non‐lecteur du lecteur affamé. Il y a quelques jours, je l’ai vu mettre de côté son roman d’aventures. « C’est juste trop excitant », a‐t‐il dit. Il a dû reprendre son souffle un moment. Je me souviens lui avoir acheté ce livre, recommandé par notre libraire local. Elle reconnaît mon fils, elle connaît ses goûts.
Un libraire passionné est une personne qui peut influencer et enrichir votre vie de manière très honnête et concrète. C’est pour cette raison, parmi d’autres, que je suis particulièrement heureux et honoré de voir mon roman récompensé par le Prix des Libraires du Québec. » - - - Patrick deWitt
Traduction de l'anglais par les Éditions Alto
Nouveau cette année le Prix d'excellence de l'ALQ qui honore un libraire en soulignant ses réalisations exceptionnelles. Le Prix a été accordé à Manon Trépanier de la Librairie Alire à Longueuil.
Félicitations à celle-ci, ça me donne le goût d’aller la visiter ! En fait, ça rejoint un de mes rêves, visiter chacune des 93 librairies indépendantes à travers le Québec.
« À Matane, quand j’avais douze ans, il y avait deux supermarchés, trois bars de danseuses nues, deux postes de police, mais une seule librairie. Si je me souviens bien, c’était un endroit sis rue Saint‐Pierre, dans la paroisse Saint‐Jérôme, tenu par un ami de mon père. Il m’y a souvent emmené. Nous y restions longtemps à jaser avec ce libraire moustachu qui vendait du neuf et du vieux. Mon budget de l’époque ne me permettait que des achats modestes dans le rayon des livres d’occasion. Pendant que mon père parlait avec le monsieur très bavard, mes yeux glissaient sur les titres des petits livres français, s’arrêtant longuement sur les plus évocateurs dont le mystérieux Hiroshima, mon amour qui, probablement parce que je vivais à l’époque dans la peur d’une guerre nucléaire, m’intriguait au plus haut point. Le livre présentait aussi l’avantage de coûter moins de deux dollars.
‐ C’est ça que tu veux? avait demandé le libraire un peu incrédule.
‐ Oui, ai‐je dit.
Je n’ai jamais toléré qu’on me dicte mes lectures. Mon père a ajouté qu’on pouvait me faire confiance et qu’il m’avait vu lire des livres beaucoup plus gros. À la maison, j’ai passé des heures à tenter de comprendre l’écriture de Marguerite Duras. J’arrivais à saisir les mots, mais pas le sens. Deux semaines plus tard, nous sommes retournés chez le libraire. Je me disais que les livres, c’est comme les outils. Ceux qui vous les vendent doivent en connaître le fonctionnement. J’avais donc des questions pour mon libraire, comme on a des questions sur une scie pour le quincailler.
‐Je ne comprends pas. Elle dit qu’elle a tout vu à Hiroshima, et on lui répond qu’elle n’a rien vu. Tout le livre est comme ça. On n’y comprend rien. Je cherche encore l’histoire. Pouvez‐vous me la raconter?
Le libraire, souriant sous son énorme moustache, me répondit :
‐Je comptais sur toi pour me la raconter.
C’est ainsi qu’a commencé ma longue conversation avec les libraires, qui sont parfois très bavards. Ce trait est chez eux une déformation professionnelle, je crois. C’est une bonne chose. Sans mes libraires, bien des auteurs me seraient restés inconnus. J’ai laissé de côté Duras pour me concentrer sur des lectures mieux adaptées à mon âge. Ce n’était que partie remise. Quelques années plus tard, j’avais lu tous les livres de Marguerite Duras et vu Hiroshima, mon amour qui, paraît‐il, est un film. Il fallait le dire!
Je n’ai jamais arrêté de lire, ni de jaser avec les libraires. Je pense d’ailleurs qu’en me décernant le Prix des libraires 2013 pour La Fiancée américaine, les libraires ont voulu gentiment me rappeler que je leur devais une histoire. J’espère ne pas avoir déçu leurs attentes et les remercie infiniment de me signifier, par la remise de ce prix, qu’il est encore permis de raconter des histoires. C’est d’ailleurs un plaisir partagé de par le vaste monde. Tant qu’il y aura des libraires, il y aura des histoires. Au nom de tous ceux qui m’ont aidé à écrire La Fiancée américaine, de tous ceux qui y ont cru assez pour m’accorder leur temps et leur assistance, je vous remercie du fond du coeur.
Je tiens en terminant à remercier tout spécialement mes éditeurs, chez Marchand de feuilles, qui m’accompagne fidèlement depuis Voleurs de sucre. Je les remercie d’avoir accepté ma fiancée comme elle est.
Ni moi ni elle n’avons vu quoi que ce soit à Hiroshima.
Mais nous pouvons vous parler de Sainte‐Marie‐de‐Nagasaki… » - - - Éric Dupont
« Les libraires sont à mes yeux des figures héroïques. En ces temps où le lectorat s’amenuise, leurs motivations ne peuvent être que pures, portées par une adoration de l’écrit et un désir de partager les textes qui les ont, les premiers, transportés ou émus.
Je me souviens, petit, de l’agonie des visites en librairie. Mon père, un lecteur avide, pouvait flâner des heures entre les rayons poussiéreux, alors que mon frère et moi le supplions de nous relâcher à l’air libre, au soleil. Mais il n’en démordait pas et nous laissait grogner et nous tourner les pouces dans les allées. Il me faudra des années pour comprendre sa fascination.
J’inflige maintenant le même traitement à mon fils, quoiqu’il semble le vivre avec plus de plaisir, ayant déjà franchi le pas qui sépare le non‐lecteur du lecteur affamé. Il y a quelques jours, je l’ai vu mettre de côté son roman d’aventures. « C’est juste trop excitant », a‐t‐il dit. Il a dû reprendre son souffle un moment. Je me souviens lui avoir acheté ce livre, recommandé par notre libraire local. Elle reconnaît mon fils, elle connaît ses goûts.
Un libraire passionné est une personne qui peut influencer et enrichir votre vie de manière très honnête et concrète. C’est pour cette raison, parmi d’autres, que je suis particulièrement heureux et honoré de voir mon roman récompensé par le Prix des Libraires du Québec. » - - - Patrick deWitt
Traduction de l'anglais par les Éditions Alto
Nouveau cette année le Prix d'excellence de l'ALQ qui honore un libraire en soulignant ses réalisations exceptionnelles. Le Prix a été accordé à Manon Trépanier de la Librairie Alire à Longueuil.
Félicitations à celle-ci, ça me donne le goût d’aller la visiter ! En fait, ça rejoint un de mes rêves, visiter chacune des 93 librairies indépendantes à travers le Québec.
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