samedi 5 juillet 2008

Le facteur émotif ou ce voyeur des correspondances

Denis Thériault que j’ai beaucoup aimé dans l’Iguane, j'ai voulu le connaître un peu plus étant donné qu’il m’avait fait vivre des émotions fortes. En plus, c’est une histoire de facteur et de son amour de la lettre et comme chacun connaît mon amour pour « Les Correspondances … ».

Le facteur, un personnage unique en son genre exécute son travail avec beaucoup de sentiment ce qui est à contre-courant dans l’histoire et, oserais-je l’affirmer, à notre époque de consommation plus que de dégustation. Il est heureux, parce qu’il fait le plus beau métier du monde. Il aurait un seul petit défaut, aux yeux de Postes Canada en tout cas, il apporte chez lui et ouvre avec infiniment de respect les lettres de certaines correspondances. Avec le temps, il a développé une méthode aussi délicate qu'efficace pour le faire : il les lit, les photocopie et les rajoute à ses filières de correspondances. La seule conséquence pour son destinataire, se dit-il, 24 heures de retard dont il ne sera même pas conscient.

Il s’intéresse à plusieurs et à une particulièrement, celle de Ségolène, une Guadeloupéenne qui l’intrigue grandement pour la constance dans ses feuillets, toujours parcourus de trois lignes seulement :

Tourbillonnant comme l’eau

contre le rocher

le temps fait des boucles

Irrésistiblement mystérieux pour ce voyeur de correspondance, il finit par découvrir qu’il s’agit d’un Haïtus : un poème classique japonais de trois vers dont le premier et le troisième ont cinq syllabes et le deuxième, trois.

Jusqu’où peut mener le voyeurisme épistolaire ? C’est le début d'une intrigue amoureuse qui ne sera pas banale mais alors, vraiment pas et, en plus, on apprendra beaucoup sur l’art du Haïkus. On ne se surprendra pas que son auteur ait reçu l’honneur du Prix littéraire « Canada Japon 2006 » pour ce roman.

À découvrir pour qui aime la sensualité, l’art japonais, la correspondance, l’idéalisme versus la réalité, le tâtonnement littéraire, le mystère ésotérique et, finalement, apprécie de cueillir en bonus une langue imagée, élégante, enveloppée de rêve et de symbole, cette langue se jouant à plusieurs niveaux.

Mon attirance pour cet auteur s’est ravivée, je le suis et le suivrai aussi longtemps qu’il voudra bien partager son grand talent avec nous. Et si je donne, ne serait-ce qu’à une seule personne, l’envie de le lire, je serai contente.

6 commentaires:

réjean a dit...

Moi aussi, Venise, j'aime bien cet auteur. J'ai lu ses deux premiers romans et je vais sûrement lire les prochains.

Francois et fier de l'Être a dit...

Ce Haïku est en 7 - 5 - 7 . La seule régle étant qu'il soit court de trois vers impaires et avec un jambage (Alternance de longueur).
Sinon c'est un très bon haïku, il succite de bonnes réflexions.
Bises.

Lucie a dit...

Le facteur était mon idole quand j'étais enfant et j'ai gardé une tendresse pour ces hommes et ces femmes qui ploient sous les lettres (en fait, les factures, je l'ai maintenant réalisé). Je note le titre.

Danielle a dit...

Nul émoi ne se vivra
Que par douces missives
De morts fusionnés…

Venise a dit...

Danielle qui se commet dans un Haïku :-)

Danielle a dit...

Hi! Hi! ;-)