jeudi 11 septembre 2008

Une divine plaisanterie

Ce roman de Margaret Laurence est le tome 2 du cycle Manawaka, le premier étant L’ange de pierre. La similitude étant que l’action se déroule dans le même petit village, petit par sa superficie autant que par son étroitesse d’esprit. Quant à faire, une autre similitude pas très camouflée par les titres, ils abordent, par le biais ou par les travers, la religiosité.

Voici un des romans les plus intimes qu’il m’ait été adonné de lire. Un tête-à-tête. Entrer à ce point dans les pensées inavouées d’un être n’arrive jamais dans la vraie vie. Même pas avec nos très proches. C’est une chance unique, non pas de rencontrer, mais de connaître intimement un être humain.


Si on rencontre Rachel Cameron, on lui serre la main et elle se présente à nous comme une enseignante au primaire, encore vierge, et qui prend soin de sa vieille mère récemment veuve. Voilà l’ébauche extérieure de sa vie. C’est anodin. Ce qui ne l’est pas est sa vie intérieure, ses pensées grouillantes d’hésitations, de doutes, de rébellions. Pareil au volcan, on sent qu’un déclencheur peut la faire entrer en irruption. Quel sera ce déclencheur ? On se le demande, et c’est l’intérêt de suivre le fil des pensées de cette dame à l’apparence respectable quand, pourtant, elle ne l’est pas du tout.

Entendons-nous, pas respectable aux yeux de la morale de l’époque et aux yeux de sa mère surtout. Si vous aimez voir les ficelles de la manipulation, si c’est un sujet qui vous prend encore à la gorge, sa mère vieille et malade est un exemple non subtil mais tout aussi efficace. L’arme ultime ? La maladie. Le manipulateur n’est rien sans le manipulé et Rachel Cameron est une candidate idéale. Nous vivons cette torture avec elle. La torture infligée par ses doutes. C’est vraiment captivant de percer la dualité d’un être humain à ce point. Margaret Laurence manie bien le scalpel, elle autopsie le corps des pensées de l’institutrice et elles les gonflent et elles prennent de l’ampleur jusqu’à devenir le centre de l’histoire. L’extérieur devient accessoire, il a comme seul but pour exister de venir interagir sur l’intimité. Il y a un homme dans sa vie, le connaîtra-t-on ? Par ce qu’il dégage de l’extérieur, oui, parce ce que qu'elle vit par rapport à lui, oui. Sinon, il restera un parfait étranger. De même que la mère. Celle que l’on perce un peu plus serait Calla, l’amie qui aurait des visées amoureuses sur Rachel Cameron. Je dis bien qui « aurait », n’oublions pas que le roman a été écrit en 1966, c’est suggéré seulement.

Je comprends que ses romans aient soulevé des remous à cette époque, Margaret Laurence est très avant-gardiste. Une audace remarquable sur les questions religieuses, la vie amoureuse de la femme et sa sexualité, certainement considéré XXX pour l’époque.

Pour résumer, une lecture calme, nourrie, intime. Un tête-à-tête. Et je me fais une joie à la pensée des trois autres titres à me mettre sous la dent aussitôt qu’ils seront traduits. Une auteure solide.

7 commentaires:

JULES a dit...

"Calla, l’amie qui aurait des visées amoureuses sur Rachel Cameron. Je dis bien qui « aurait », n’oublions pas que le roman a été écrit en 1966" Il me semble qu'il y ait une scène assez explicite à ce sujet qui je laisse aucun doute, non?!

Karine a dit...

J'ai le premier chez moi! Je me suis laissée tenter, bien entendu, après avoir longuement hésité lors du salon du livre!!! Ca a l,air vraiment intéressant!

Venise a dit...

@ Jules : Tu l'as déjà lu !? C'est vrai, je me souviens maintenant. J'étais un peu éberluée car, après tout, il est sorti le 18 août. J'aimerais bien que tu me parles de cette scène explicite ... je n'ai vu que tu sous-entendu. Suis-je une non-voyeuse anonyme ?
@ Karine : Comme de raison, j'ai très hâte de voir qu'est-ce que tu vas penser de l'Ange de pierre. Vraiment hâte. Je devrais patienter j'imagine ;-) ?

Lucie a dit...

J'ai déniché L'ange de pierre en librairie d'occasion. J'ai hâte de me plonger dans cet univers... mais j'ai d'autres lectures « obligatoires » qui m'attendent avant, malheureusement.

Danaée a dit...

Bon, bon... j'aime le "malheureusement" de Lucie (surtout que je sais qu'Enthéos est dans le lot...)

Ceci dit, moi, j'ai acheté l'Ange de pierre (qui attend sagement sur la pile). Soupir... J'ai bien hâte d'avoir le temps d'y plonger. Ça semble très bon!

Lucie a dit...

Danaée: je n'incluais pas Enthéos dans le « malheureusement »! Je pensais plutôt aux lectures reliées au travail, comme la bio de Lang Lang! On fait la vague...

Danaée a dit...

Oh! Lang Lang... Une bio, déjà? Il n'est pas dans seulement dans la vingtaine?

Mais, chère Lucie, je te taquinais! J'espère que tu t'en doutais!