mercredi 8 juillet 2009

Êtes-vous mariée à un psychopathe ? Nadine Bismuth

« Déesses, nous rendions les dieux de l’Olympe complètement fous ; sirènes, nous faisions perdre le nord aux héros de la mer. Aujourd’hui, nous inspirons des romans à l’eau de rose et d’autres à saveur comique, des fils aux décors urbains, des séries télé diffusées à heure de grande écoute, des ouvrages de croissance personnelle, des blogues, des noms de martinis, mais par-dessus tout, nous inspirons de la pitié : nous sommes douces et gentilles, ma foi souvent même jolies, nous sommes ... » p. 11 (Si vous n’avez pas déjà deviné de qui il est question, je vous le donne en mille) ... des célibataires.

La première nouvelle « Ça vous ennuie déjà ? » est à prendre comme une introduction qui ma foi m’a beaucoup plue. Elle met en appétit pour les dix autres nouvelles et leur point commun les relations de couples dans notre mouvante modernité.

Je viens de les feuilleter afin de rafraîchir ma mémoire. Les nouvelles ne se lisent ni se commentent comme un roman puisqu'il s’agit avant tout de s’en souvenir ... « trois points de suspension » qui en disent long ! Le « après nouvelle » est révélateur. Avez-vous remarqué, même si on a aimé sa lecture pendant, il arrive que l’on ne se souvienne plus de l’histoire après. C’est ce qui m'arrive pour environ la moitié de ces nouvelles que j'ai pourtant lues avec intérêt. Une seule m’a laissé à peu près indifférente, ce qui est une bonne moyenne sur onze.

Et cette moyenne se hausse d’un cran pour la dernière et consistante «Êtes-vous mariée à un psychopathe ? » Cinquante-cinq pages et j’en ai aurais pris encore ! C'est une réussite pour son intrigue bien menée, son personnage de la mère tellement crédible, attachante comme le sont les gens de bonne foi remplis de maladresse. Très habile aussi de nous présenter cet œil qui regarde la jeunesse à partir de ses anciennes valeurs, cela met d’autant plus en évidence les nouvelles, pour l’effet contrastant. Les premières histoires brossent des tableaux à traits fins de couples jeunes, ou d’aspirantes à l’amour dans notre modernité instable. Les thèmes de dépendance affective y sont plus que effleurés, l’indécision, l’ambiguïté, le paradoxe, l’infidélité, l’ambition. L’homme y est intensément présent, central, parce que la parole est aux femmes. Pareil à ces soupers entre filles, mettant les hommes à la porte pour parler d’eux tout à leur aise !

Cette auteure a un propos social percutant et malgré son regard lucide, son style reste enjoué, optimiste. Cela n’est pas une moindre qualité dans cette ère où le malheur, la dépression, le drame ont souvent la cote.

Vous pouvez être certains que je vais continuer à suivre cette auteure :
« Les gens fidèles ne font pas les nouvelles » : Prix des libraires 2000), prix Adrienne-Choquette « Scrapbook » (2004).
Son œuvre est traduite en plusieurs langues, elle vit à Montréal.

N.B. : Même si je ne l’ai pas commenté, j’ai lu « Scrapbook » et bien aimé

Photo et article Voir.ca - signé Tristan Malavoy-Racine

8 commentaires:

helenablue a dit...

:-)

Un régal, cette note, merci Venise...
Et hop, un de plus dans ma liste qui s'allonge au plus je viens!

Viens , reviens, et même prolonge, toujours un vrai bonheur de passer par ici.
Merci.
Hélèna

Trader a dit...

Ce recueil de nouvelles avait été l'objet de critiques enthousiastes il y a quelque temps déjà.

Il y a tellement de bons livres à lire que des choix s'imposent.

Malheureusement...

Venise a dit...

@ Hélèna : Vraiment contente que tu aies apprécié la note. J'espérais ne pas être trop générale ou banale. Il y a une difficulté certaine à aborder des nouvelles dans leur ensemble.

Et saches que quand tu viens par ici, ça me réjouis le coeur !

Venise a dit...

@ Trader : Ah, si tu l'avais là, juste sous ta main, sous tes yeux, je me plais à imaginer que tu te laisserais tenter !

Karine :) a dit...

J'aime beaucoup ton billet! Moi qui ne suis pas très "nouvelles", tu as presque réussi à me convaincre!!

Venise a dit...

@ Karine : Presque ? Hum ... te connaissant, il s'agit que tu l'aies sous les yeux dans une librairie, et le "presque" va probablement sauter !
;-)

Dominique Blondeau a dit...

merci Venise de me faire de la publicité. Pas mal occupée en ce juillet + qq. jours de vacances vers la fin du mois...

À bientôt, je te reparlerai du joli pigeon voyageur!!! Je n'ai pas eu le temps de tout lire...

Venise a dit...

@ Dominique Blondeau : Le beau soleil attend que tu tombes en vacances !!!

Ça me fait plaisir de prôner ta page littéraire, Dominique.

J'attendrai patiemment ton avis sur les pigeons ...