vendredi 15 janvier 2010

Les murs - Olivia Tapiero

Ce mois-ci, l'équipe de La Recrue a lu le Prix Robert Cliche 2009. Les avis divergent. Je dirais même qu'il y en a qui sont diamétralement opposés, c'est à dire que ce qu'une personne a aimé, c'est ce que l'autre n'a pas aimé. Vu comme ça, la critique littéraire prend tout son sens. Pour moi, en tout cas. Personne ne détient LA vérité, nous détenons NOTRE vérité et en voici neuf :


Un tourbillon autodestructif - Jules
Spirale de la douleur - Mylène
Vouloir tuer son corps - Phil
Chapeau bas, madame - Catherine
Vouloir s'oublier jusqu'à en disparaitre - Maxime
Mourir. Seulement mourir. C'est tout. - Caroline
La mort sans excuse - Marc-Antoine
Transgresser le mal à dire - Claudio

Comme un Mantra - Venise

J'avais un rendez-vous avec une jeune femme qui voulait s’effacer de la vie, je le savais, et n’avais pas particulièrement le goût d’aller à sa rencontre. Une histoire nous prend là où on est, le lecteur, et je venais de terminer un roman se déroulant entre les murs d’un asile. Tout ça pour dire que l’auteure avait un chemin plus long à faire pour venir me chercher. Objectif réussi, je suis embarquée dans cet univers clinique, pas de gaité de cœur, mais j’ai suivi cette fille qui tenait tant à disparaître, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi.

Il n’y a pas que son corps qui est entre les murs de sa chair, nous lecteurs, sommes confinés entre les murs des observations obsessives qui résonnent dans notre tête comme un mantra. Les descriptions précises et efficaces de son enveloppe de chair, des entrées et des sorties de la nourriture, m’ont absorbée.

Pour qu’un être dans la fleur de l’âge désire s’effacer jusqu’à ne plus exister laisse imaginer une grande souffrance intérieure. J’ai supposé cette douleur, une équation qu’a fait mon cerveau en mettant les maux ensemble, mais je ne la sentais pas, la projetais seulement. Comprenez bien que c’est la personne folle qui décrit elle-même sa folie. Entendons-nous que cette distance crée une difficulté, la compassion est difficile à naître. Mon intérêt est resté au niveau clinique, je voulais comprendre la démarche thérapeutique de cet établissement de soins qui m’apparaissait complètement inadéquat. La rigidité d’une discipline serait thérapeutique ? Difficile à croire. Je mettais beaucoup d’espoir dans les rencontres avec la psychologue mais on ne s’y attarde pas, et de l’effet de la thérapie sur la malade, encore moins. Ça m’a manquée. Je ne connais pas plus cette femme qu’au début du récit.

Il me reste pourtant une impression forte de l’ensemble. Serait-ce le ciblage inlassable du sujet qui a finalement eu raison de mes résistances ? En tout cas, l’histoire est restée imprimée sur ma matière grise.

6 commentaires:

Isabelle a dit...

Il est tout chaud entre mes mains. Je ne sais plus quoi en penser avec autant d'opinions différentes, mais je me lance dans cette lecture et je pourrai me faire ma propre opinion au fur et à mesure.

Pierre H.Charron a dit...

Ce livre me tente beaucoup. Et plus il y a des opinions contraires et plus ca m'attire...

Venise a dit...

Isabelle : J'ai été te visiter ton carnet de la nuit, je l'ai d'ailleurs rajouté à ma liste.

Joli hasard que tu sois à le lire. Justement, les avis divergent et ça te donne pleine latitude d'avoir toi aussi un avis différent. Je vois ça comme des empreintes digitales, une vision de lecteur, c'est unique.

Venise a dit...

@ Pierre H.Charron : Parle-moi de ça ! Moi aussi, les avis contraires me stimulent à me positionner.

Da Laloup a dit...

C'est une vieille discussion, mais je viens de terminer le roman, j'en suis renversée, cette maîtrise, cette lucidité. Ce sont des thèmes qui me sont vraiment familiers, mais je n'aurais jamais pu les rendre de cette manière, même avec des années de recul. Bravo!

Venise a dit...

Da Laloup : Pas si vieille la discussion dans le fond. C'est un roman qui reste prisonnier de notre tête. Même si j'ai été moins impressionnée que toi, l'effet est là. Une auteure que l'on va suivre, n'est-ce pas Da Laloup ?