lundi 15 mars 2010

La canicule des pauvres de Jean-Simon Desrochers

Ça y est, les critiques de la Recrue pour un roman audacieux, dont on n'a pas fini d'entendre parler. En partant, il est assez rare d'écrire un premier roman aussi consistant (presque 700 pages). Il faut de l'assurance et c'est assez unanime pour l'affirmer ; Jean-Simon Desrochers est à la hauteur de son assurance !

Bloc de personnages

L’auteur fait une tournée des numéros d’appartement du Galant où vivent des personnages brossés à gros trait. Me sont tout d’abord apparus un peu confus ces fragments de vies pour lesquels j’ai travaillé fort pour en lier les morceaux.

Plusieurs personnages représentent un univers en soi. On entre dans celui de la toxicomanie par Zach qui fournit en drogue le bloc entier (ou presque !), dans l’univers de la porno par Kaviak, prétendument détaché de son métier, dans l’état d’esprit d’une tueuse en série par la très crédible Sarah. Miguel et Claude représentent l’homosexualité passionnel, le groupe de musique « Claudette Abattage » l’orgie perpétuelle. Le bédéiste, Takao, la création mercantile, Daphnée, l’actrice fabriquée, Monique, la beauté plastique. L’athlète, Tony, le type même de l’ambition déchue et Trevor Adamson, inclassable (mon histoire préférée).

Je demande pardon à ces autres intéressants personnages que je laisse dans la nuit de leur vie pour faire place à l’apaisante Henriette qui s’éteint comme un téléviseur. J’ai apprécié Roméo, enfin un homme « ordinaire »dans le sens que pas sous l’emprise du sexe ni de la drogue. Juanita, accro à Dieu, même si bernée et bafouée, sa révolte m’a semblé surprenante pour une immigrante aussi désemparée.

Donc, un bloc-appartements débordant de personnages et ces personnages forment un bloc, puisqu’ils sont tous, à divers degrés, esclave de la drogue et du sexe. Une description pointue, minutieuse et extrêmement crue de la sexualité remplit une part importante des pages. La sexualité m’est apparue mécanique à force d’être dépourvue d’amour et de sensualité. Tous les personnages (ou presque !) étant des bêtes de sexes, chacun à leur manière, cette omniprésence a fini par enlever de la saveur et, comme toute répétition, m’a lassée. Esclaves de la drogue sous toutes ses formes, ou de l’alcool, servant de palliatif à leur imagination défaillante, ces paumés sont "accros" sans l’ombre d’une culpabilité.

Malgré une idée de base solide et torride qui fait travailler le lecteur, mon intérêt ne fut pas constant, loin de là, pour ces personnages excessifs, peut-être parce définis plus par ce qu’ils font que parce qu’ils sont. Malgré cela, pour ce qu’il est, ce roman m’a grandement impressionnée, grâce à l'imaginaire structuré de Jean-Simon Desrochers.

9 commentaires:

gaétan a dit...

Le consommateur lecteur que je suis est d'accord avec ton dernier paragraphe mais au lieu de "grandement impressionné" je dirais "bon divertissement".
J'ai déjà oublié le sort de la majorité des locataires du Galant... quelques histoires m'ont quand même marqué. Mais impressionné ? Non.
N'empêche que s'il vient au salon de la c-n je serai tenté de le rencontrer.

Pierre H.Charron a dit...

J'ai aussi beaucoup aimé Roméo et henriette. Leur histoire m'ont le plus touché. J'ai apprécié la lecture malgré que j'ai eu maille à partir au début. Une brique de qualité somme toute.

Venise a dit...

Gaétan : Je me souvenais que tu l'avais lu et je t'attendais :-)

Impressionnée ? Je le maintiens. Pour un premier roman je suis franchement impressionnée par le labeur, la consistance et le fait que l'on se sorte de l'introspection. Je lis pas mal de premiers romans et dans La canicule des pauvres, il y a de la matière pour quelques romans et je suis lasse du "Je, moi, mon opinion est ...".

Il a mis beaucoup, beaucoup, et il en avait la capacité. Pourtant, je suis celle qui est le plus mitigée parmi les rédacteurs de La Recrue, ce n'est pas du des thèmes à mon goût. J'en fais un peu abstraction, mais pas complètement quand même, parce que je considère que ce roman a sa valeur intrinsèque. Gaétan, j'y vais d'une prédiction, tu n'as pas fini d'entendre parler de cet écrivain !

J'espère que tu vas aller le rencontrer, je me suis laissée dire par plusieurs personnes qu'il est très sympathique et en plus, intéressant !

Venise a dit...

Pierre H : Merci de laisser ton commentaire, même si tu as bien élaboré ton opinion sur ton blogue.

Oui, j'ai aimé l'histoire d'Henriette et Roméo, d'autant plus que ça me reposait du sexe, de la drogue et de la manipulation. Ouf ... c'est pas à l'eau de rose quand même. Je cherchais un peu la personne "ordinaire", histoire de m'aérer un peu. Mais s'aérer pendant une Canicule ...

gaétan a dit...

J'ai aimé sentir la maîtrise de l'auteur à me guider dans ce bloc appartement.
J'ai moins aimé sentir la présence du narrateur dans le destin des personnages à la fin du livre.

ClaudeL a dit...

En tout cas au nombre de pages, même s'il y en a quelques-unes qui peuvent nous décevoir (et peut-être pas les mêmes pour chacun), il en reste assez pour valoir le plaisir de le lire. Ferai venir à la biblio alors.

Venise a dit...

Et ClaudeL : Je suis extrêmement curieuse de savoir qu'est-ce que tu en penseras. Vraiment.

ClaudeL a dit...

Un mois plus tard: trop loin de moi. Bien des qualités d'écriture et belle technique entre narration, dialogue et pensées en italique, mais trop de personnages comme tu as dit, on ne s'attache à aucun.
Pas certaine de le finir.

Venise a dit...

Ton commentaire CLaudel, la journée mondiale du livre et du droit d'auteur, quel timing !

Merci d'avoir laissé ton grain de sel et j'espère que tu pourras et voudras le terminer.

Et pour l'amour de notre littérature, salut !