mercredi 22 septembre 2010

Monsieur Julot - Marie Christine Bernard

Voici une réédition de ce premier roman de cette auteure chevronnée. Est-ce la mission de La Recrue qui m’influence, mais j’aime bien aller fouiller du côté des premières fois.

Roman très vivant, avec à la fois sa part d’épistolaire et de journal exutoire. Celle qui le tient a beaucoup à dire puisqu’elle est atteinte d’un cancer pour une seconde fois avec tout ce qui s’enchaîne ; la chimio, la perte de cheveux, la perte d’autonomie. Mais le pire est peut-être de ne plus avoir la force d’être une maman pour son petit garçon qui est devant l’impossible à comprendre.

J’ai traité ce roman de vivant et c’est ce qui m’a beaucoup plu. Peut-être qu’à frôler la mort de si près, l’élan de vie surgit comme un cri. J’ai su qu’il y a une part autobiographique, ce qui donne au récit une dimension encore plus troublante.

Pourtant, je suis restée sur le pas de la porte pendant à peu près les trente premières pages. Et c’est la faute à Monsieur Julot. Qui est-il par rapport à Véronique, atteinte du cancer ? Pourquoi lui écrit-elle à lui ? C’est le fils d’une vieille dame atteinte de cancer en phase terminale, compagne de soin à l’hôpital, et qui réclame celui qu’elle a élevé, Henri ... Julot. Véronique se mettra en tête de convaincre le fils de venir pardonner à la vieille dame qui a posé envers lui énormément de gestes et de paroles répréhensibles. Cette histoire en parallèle est intéressante et bien intégrée, ce n’est pas ce qui m’a dérangée. C’est le ton du début qui résonnait faux dans ma tête. Décider de se confier à un pur étranger sur un ton de grande intimité, comme à un vieil ami, j’ai éprouvé de la difficulté à y croire, surtout quand la personne ne répond pas. Il en faut de la motivation !! C’est ma raison qui parle mais un moment donné, le cœur s’est mis de la partie, j’ai oublié le plausible, le vraisemblable, puisque le propos était captivant. Jusqu’à que cette correspondance aille de soi, parce que je suis devenue Monsieur Julot. Cela a été facile de prendre sa place, puisqu’il se faisait si absent.

Ce récit découpé en lettres, je l’ai suivi avec passion et compassion. Je peux dire que maintenant je saurais mieux comment aborder ou fréquenter un cancéreux. Véronique nous décrit très bien tout ce qui est à éviter de faire, de dire, même avec la meilleure bonne volonté du monde. Le thème du regard des autres revient et j’ai aimé la manière de voir de Véronique à ce sujet, peut-être parce que j'ai senti que c'était la manière de l’auteure aussi. D'après moi, il faut presque être passé par là pour écrire un livre aussi percutant.

Bon. J’aimerais tout vous dire de ce récit, pour que vous compreniez bien qu’il est profondément humain, pas déprimant une miette (tout au contraire !), vivant, franc, direct, rempli d’humour, de sens de la répartie et du sens du pardon. Livre idéal à offrir aux personnes qui vivent auprès d’une personne qui est aux prises avec ce dur combat. Je suis vraiment contente de l’avoir lu, avec cette impression que je n’oublierais jamais.

Je partage l'opinion d'Éléonore Côté (Voir Saguenay-Alma) décrétée en 2005 (alors édition Stanké) ;
Par l'entremise de la verve de Véronique Février, on entend la voix distincte de la plume de Marie Christine Bernard. L'humour à l'arsenic de l'écrivaine (elle dira que c'est son héritage gaspésien), la délicieuse érudition qui pointe au détour d'une phrase à l'air de rien, ce style familier dans lequel on croirait entendre une bonne copine, mais truffé de fines trouvailles langagières, parsemé de clins d'œil - elle connaît ses classiques, la dame! -, ce rythme dans le phrasé... Ce roman sur la souffrance humaine, débordant de vie dans toutes ses pages, est écrit par quelqu'un qui sait écrire.

Monsieur Julot, Marie Christine Bernard, Réédition chez BQ (Fides), 190 pages. 10.95 $

22 commentaires:

Ginette a dit...

Moi, je le lirais, juste pour savoir comment agir, quoi dire quand on s'adresse aux personnes atteintes du cancer.

Elisabeth a dit...

Pourquoi faudrait-il absolument qu'il y ait quelque chose à dire? Une présence silencieuse, un geste de réconfort, un sourire compréhensif, un regard empreint de compassion, une oreille attentive. Autant de manières d'apporter immensément plus sans prononcer le moindre mot...

Annie Perreault a dit...

Venise, tu me donnes le goût de le lire. J'ai lu Mademoiselle Personne de la même auteure et j'ai adoré. Merci pour ce billet.

Karuna a dit...

Ton analyse donne le goût. Encore une fois, mission accomplie, Venise ;)

gaétan a dit...

Hum... pour avoir une nièce "de même pas 25 ans" qui subit des traitements contre le cancer, je garde en mémoire ce titre pour ma prochaine visite à la librairie du coin.

Venise a dit...

Ginette : Si vous le lisez pour cela, vous allez y trouver votre compte ... et plus !

Venise a dit...

Élizabeth : Oui, plus précieux que certaines maximes toutes faites : Tu vas t'en sortir, tu es faite forte. En fait, dans cette phrase et son fond de gentillesse, il y a une forme de déni devant la souffrance. On évite d'envisager et donc d'entendre la souffrance de l'autre, sans la prendre sur ses épaules. Vaut mieux, si on en capable, le cadeau de l'écoute silencieuse, ou celle avec des mots.

Dans Monsieur Julot, ce n'est pas du tout expliqué, mais démontré. Voilà pourquoi j'ai aimé.

Venise a dit...

Je pense, Annie, qu'une fois que l'on a commencé à lire Marie Christine Bernard, c'est une histoire à vie ! J'ai lu "Sombre peuple" aussi. Depuis que j'ai lu "Mademoiselle Personne"' je vais toujours attendre ses sorties avec impatience.

Venise a dit...

Gaétan : C'est une bonne idée. En plus, dans cette nouvelle édition, il est très abordable. Voilà d'ailleurs pourquoi j'ai inscrit le prix.

25 ans ... Je souhaite de tout coeur que ta nièce s'en sorte, Gaétan.

Venise a dit...

Oh, merci, Karuna ! Quand le message rejoint les autres, et qu'un livre sort de l'ombre quand il le mérite à ce point, je suis très satisfaite en effet et me dit "mission accomplie".

Il y a tant et tant de titres, il faut essayer d'y voir plus clair.

Suzanne a dit...

Ravie que cette autre rencontre avec les mots de dame Bernard fût aussi agréable que les premières. J'ai aussi beaucoup, beaucoup aimé.
Excellent billet comme toujours.

ClaudeL a dit...

J'ai retenu que Fides (qui est toujours à vendre?) réédite. Un signe de quoi?

Venise a dit...

Merci Suzanne ! Si je comprends bien, tu l'as lu ? Elle m'a échappée cette critique.

Venise a dit...

Il me semble Claude que c'est normal, si c'est à vendre, il faut continuer à être intéressant et productif pour que l'acheteur trouve l'établissement alléchant.

C'est ainsi que je vois la chose.

helenablue a dit...

Voilà encore une fois un livre qui me tente, et par son sujet et par ce que tu dis de la manière dont il est abordé!
Je vais pouvoir faire le plein tantôt!!
:-)

Suzanne a dit...

ô que oui que je l'ia lu et même que je le relirai! C'est te dire combien j'aime ce qu'écrit cette auteure. ;-)

Venise a dit...

C'est bien vrai, helenablue, tu vas arriver ici avec une liste c'est certain ! Une autre dépense, mais que veux-tu, il faut en profiter quant à venir... pour quelques jours.

Venise a dit...

Un autre de nos points communs, Suzanne.

amicalsupport a dit...

Vous me donnez le goût de lire, à moi qui dis que je ne lis plus... presque plus. J'aime le nom de cette auteure que je ne connaissais pas, je ne me souviens pas de l'avoir vu ce nom.

Venise a dit...

Vous me voyez contente, Amicalsupport, d'accomplir cet exploit :-)

Karine:) a dit...

C'est un livre que j'aimerais lire, mais je ne peux pas. Je suis certaine que j'aurais 50 symptômes dès le lendemain. Mais tu en parles très bien!

anne des ocreries a dit...

Bon, encore un dans lequel j'aimerai bien mettre le nez, à l'occasion....