jeudi 2 août 2012

Tous les corps naissent étrangers - Hugo Léger

Voici un titre qui m’a laissée mi-figue mi-raisin. J’y ai pourtant porté une grande attention, me disant même que je « devrais » être touchée. Mais je ne l’ai pas été. Un tête à tête avec un personnage est pareil au tête à tête amoureux, en cela qu’on ne peut forcer l’amour.

Ce tête à tête est avec Jean-Jacques Darrieux, un présentateur de nouvelles qui récolte un franc succès jusqu’à un certain jour ...(gardons le suspense). Il est un homme très soucieux de son apparence, Hugo Léger aborde abondamment le thème de l’apparence tout au long de son roman. Des circonstances amèneront monsieur Darrieux à quitter la vie publique pour œuvrer dans un florissant cabinet de relations publiques. Notre homme, très sûr de lui règne comme un lion dans une jungle où le plus fort écrase le plus faible. Il a pourtant jadis appartenu à la classe des plus faibles, né entre un père violent et une mère alcoolique. L’argent ne lui fait plus beaucoup d’effet, c’est le pouvoir qu’il représente qu’il l’émoustille. C’est un manipulateur qui nous explique fièrement ses manipulations. Pas très sympathique le monsieur. Même pas eu du plaisir à le haïr, en fait je lui ai réservé un sort beaucoup plus cruel : l’indifférence.

« Pourquoi cela n’a-t-il pas cliqué entre lui et moi ? » est bien sûr la question que je me suis posée. J’ai dû me rendre à l’évidence : je n’ai pas cru à ce personnage né de ce qui m’a semblé être un nœud de clichés. Je n’ai pas cru à cette enfance de souffrance dans une famille dysfonctionnelle, il m’est apparu en être sorti trop propre, trop lisse. Semblerait aller de soi son manque de cœur dans tout ce qu’il entreprend et en compagnie de toute personne qu’il côtoie. Une exception à la règle, la mère de son enfant, qu’il aurait aimé mais avec on ne le verra pas interagir. En fait, mon problème est que je n’ai pas entendu son cœur battre.

Ce qui m’a amené à me lier avec l'auteur plus qu'avec son personnage. J’ai cru comprendre que Hugo Léger a voulu que toute la vulnérabilité de son personnage passe par la présence d’un fils sévèrement handicapé, qu’il a placé et qu’il cache. J’imagine qu’il y avait là une symbolique, le fils nous étant présenté sous l'apparence d'un être végétatif, informe, monstrueux, que j’avoue n’être même pas arrivé à visualiser. Encore là, la sauce émotive n’a pas pris entre moi et la relation de ce père dépassé par ce qu’il éprouve pour son fils. Il essaie de définir l’émotion qu’il ressent, celle qui prend le dessus sur les autres, devant ce poids lourd âgé de 16 ans.

Monsieur Léger maintient un bon rythme, par un style empreint d’humour noir et froid, les mots grincent devant les travers de notre société. Peut-être, qui sait, éprouverai-je plus d’empathie à un prochain « tête à tête » avec un des personnages de cet écrivain à son premier roman.

Deux avis bien différents du mien, celui de Rémy Paulin et celui de Christine Champagne vous attendent au webzine La Recrue.

4 commentaires:

anne des ocreries a dit...

En tout cas, j'aime bien le titre - c'est une très bonne trouvaille. Sinon, faut voir...

Karine:) a dit...

Tu vois, malgré ton avis mitigé, tu me donnes envie de lire ce roman!

Danielle a dit...

Les premières pages de ce livre avaient tout pour me plaire : un ton vif, allumé, un brin mordant, des tournures inusitées, efficaces. De l’humour, de la dérision… Est-ce cette étrange façon de repiquer les textes à l’emporte-pièce sans aucune logique apparente qui m’ont fait décrocher? Ou tout simplement les mots qui, malgré une prémisse prometteuse, n’ont pas su s’étoffer de suffisamment de sentiments pour dépasser le stade du bonimenteur de talent?

Venise a dit...

Danielle : J'adore la manière que tu présentes tes critiques. Je m'y associe beaucoup. Combien de fois il arrive que des débuts soient prometteurs !?