dimanche 7 août 2016

Chemins et sentiers - Café littéraire des Correspondances d'Eastman

Animation : Sarah Rocheville – Invités : trois poètes dont deux, Tristan Malavoy et Corinne Larochelle qui se sont lancés dans l’écriture d’un premier roman. Tandis que Jacques Boulerice fait son petit bonhomme de chemin depuis les années 80 et a une vingtaine d’œuvres à son actif.
Œuvres sous la loupe :
Le nid de pierres – Tristan Malavoy
Le parfum de Janis – Corinne Larochelle
Un autre jour – Récit de voyage sur des bancs publics – Jacques Boulerice et Madeleine Ghys

Sachez qu’il y a un ingrédient essentiel à un Café et c’est le grain qui le fait âcre ou doux, profond ou léger : c’est l’animation. Sarah Rocheville avait non seulement lu les trois bouquins mais les avait passés à la moulinette. Elle les avait creusés et j’ai surpris quelques étonnements dans la figure des écrivains, ce que j’aime beaucoup. Elle a également décrit les trois styles ce qui a amené une cocasserie que je vous raconte ci-dessous. Quand l’écrivain nous entretient de son œuvre, il a le contrôle, mais lorsqu’on le lui en parle, il devient vulnérable et j’aime la voir exposée sur la scène, cette vulnérabilité qui fait d’eux des artistes.

Corinne Larochelle était très à l’aise sur la scène, avait certainement le goût d’être là et nous a rapidement parlé de sa mère. Mais pas suffisamment. Je crois qu’il faut lire Le parfum de Janis pour saisir qui était cette mère dont elle a dû faire œuvre de se détacher à l’âge de 40 ans. Oui, c’est ça, 40 ans, c’est dire combien cela s’annonce ardue sur le corps émotif. Si on amène le paysage dans l’histoire, elle a eu besoin de s’exiler pour atteindre cette manœuvre délicate. La beauté des paysages l’a aidé. Va savoir. Il y en a pour qui c’est le choc de la misère qui leur sert de déclencheur, pas elle. L’animatrice s’est tellement enthousiasmée sur ce titre qu’elle m’a certainement transmis le goût de le lire. 

Je dois le dire tout de suite, Tristan Malavoy était très en forme. Il parlait avec aisance de son œuvre, allait au-delà des questions, nous avions l’impression qu’il se sentait chez lui. D’ailleurs, ses parents étaient dans l’assistance. Cela m’a fait un bien immense de le rencontrer en dehors de son rôle d’animateur. Son rôle n’est jamais loin de lui et ça se voit. Remarquez, c’est très subtil, mais c’est un réflexe intérieur présent. Il a été touché de retrouver, à travers les sentiers Le portage des mots (je n’ai jamais le temps d’y mettre les pieds) un tangible nid de pierres pour représenter son œuvre. On a également abondamment parlé du ventre de bœuf, cette terre moelleuse qui aspire, un paysage crucial dans son premier roman.

Tristan Malavoy se questionne car il a l’impression de tomber quand il n’écrit pas. Pourquoi se casser la tête à écrire le paysage au lieu de le contempler ? Il doit insuffler de la vie à ses paysages intérieurs, sinon il se dessèche avec eux.

La cocasserie a éclaté dans toute sa splendeur. Je vous raconte. Sarah Rocheville, une animatrice qui se mouille jusqu’à l’os, a décrit chaque style, avançant entre autres à Corinne Larochelle : « Votre écriture n’est pas jolie ». Ça passe drôlement mais personne n’a rien dit. Elle le répète à Tristan qui sort un gros « Pardon ! » sur un ton faussement offusqué. L’assistance éclate de rire. Une fois au tour de Jacques Boulerice de parler, celui-ci prend les devants et annonce « Mon écriture n’est pas jolie ». Ce fut le délire de rire sous le chapiteau. C’est devenu la blague récurrente. L’animatrice s’est défendu le mieux qu’elle pouvait : c’est le plus beau des compliments à ses yeux. Tristan Malavoy a suggéré de changer le mot jolie pour fleurie.

Nous n’en sommes pas à la seule bévue, en autant que l’on nomme bévue ces étonnants accidents de parcours. La deuxième arrive directement de la bouche de Tristan Malavoy qui discourait sur ce qui est littéraire et ne l’est pas, avançant que personne ne veut écrire des « cartes postales » quand, tout à coup, Jacques Boulerice arrive avec un « quoique … » et montre les cartes postales qu’il avait entre les mains. 

L’œuvre de Jacques Boulerice est faite de 52 cartes postales. Elles ont été envoyées à 52 personnes en 52 semaines. Des photos de bancs publics les accompagnent. Cette œuvre très accessible, pourtant dans les beaux livres, m’attire. Monsieur Boulerice est un homme qui réagit par images, ce qui en fait un homme d’anecdotes. Les anecdotes qu’il a choisi de nous raconter venaient toujours combler ou compléter ce qui venait d’être dit. Je me souviens d’une phrase lourde de sens « On écrit pour s’assurer de la présence de l’autre » … N’est-ce-pas ?

Notre animatrice intense, tenant à approfondir le thème des Correspondances Habiter le paysage, revenait inlassablement avec cette question : Qu’est-ce que le paysage ? Les auteurs ont même eu l’audace de dire qu’il n’y a pas de paysage sans artistes. Heureusement, avec les questions et remarques de l’assistance, nous nous sommes entendus pour un paysage vaste (tout serait un paysage !) qui n’existe pas vraiment sans celui qui l’observe. On a également parlé d’encadrements. Nettement, l’écrivain encadre le paysage, décide du début et de la fin, le découpe et en fait un tableau. Je l’ai compris à peu près ainsi mais sûrement que d’autres l’expliqueraient mieux que moi.
En tout cas, ces questions méritent réflexion et voilà pourquoi Les Correspondances d’Eastman sont si intéressantes. Nous partons avec dans notre mallette plein d’idées avec lesquelles jongler. Et bien sûr, des propositions réjouissantes et des livres dédicacés.

4 commentaires:

anne des ocreries a dit...

Tu m'as donné le goût de lire ces trois ouvrages !

Nomadesse a dit...

Passionnant compte-rendu!

Venise a dit...

Anne : Toujours là pour m'encourager. Tu me fais un énorme plaisir, tu imagines bien combien je travaille fort pour arriver à ce résultat !

Venise a dit...

Nomadesse : Je tente de combler les absences de certains et certaines. Un jour, tu viendras. Cela ne peut faire autrement, c'est écrit dans le ciel d'Eastman.