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vendredi 19 août 2016

Volet adolescence aux Correspondances d'Eastman

G. Catherine Desmarais
D. Amélie Boivin-Handfield
Les Correspondances d’Eastman ont tenté une première approche auprès des adolescents avec le volet « Raconter entre deux âges », animé par Amélie Boivin-Handfield.

Le format se présentait en 3 parties :

1. Entrevue avec Catherine Desmarais, auteure de la série Cendrine Senterre publiée aux Éditions Michel Quintin. Jeune femme qui habite Sherbrooke, professeur de littérature au CEGEP de Drummondville, elle a puisé dans sa propre adolescence pour son personnage d’adolescente. Celui-ci a connu l’anorexie, entre autres sujets typiquement « ado ». Le troisième tome est dans la couveuse, c’est dire que le personnage de Cendrine a su captiver les jeunes. Je n’en doute pas car l'auteure a le cœur jeune, c’était évident lors de la brève entrevue. Une demi-heure, ça passe ultra rapidement.

Jean-Vincent Roy
2. Exposé de l’historien Jean-Vincent Roy qui poursuivait le but de tout nous montrer sur les procédés créatifs de production dans le monde du jeu vidéo. Il a échangé à peine cinq minutes avec l’animatrice et, ensuite, il a débuté son enseignement, vidéo et baguette en main, le souffle court, tellement il se pressait de nous expliquer les schémas. Cet univers aurait mérité minimum une heure. Ce fut dérisoire pour l’assistance et souffrant pour notre historien. Il est dommage que l’entrevue n’ait pas duré toute la demi-heure. Ses anecdotes d'historien qui oeuvre pour rendre hommage à la véracité des jeux étaient suffisamment riches pour la remplir. Nous avions affaire à un métier inusité et on aurait dû s’y arrêter.

Un homme lucide est un homme qui voit même les yeux fermés
3. Entrevue avec Patrick Sénécal : Le dessert. Et il s’est savouré longuement. La rencontre devait durer une demi-heure, elle s’est prolongée au-delà d’une heure. Un cadeau que l’on a voulu offrir à ses fans, j’imagine. Je me suis dit, pas besoin de prendre de notes, c’est bref une demi-heure… eh bien, aujourd’hui, je dois me soumettre à ma mémoire.

Ce qui m’a frappé est son implacable lucidité qui l’entraine inexorablement sur une voie critique. Voici, en quelques mots, l'effet que m'a fait l'homme.

J’avoue, ô calamité, n'avoir jamais lu un de ses romans, seulement certaines nouvelles, que j’ai toujours trouvées excellentes d’ailleurs. Pourquoi ne pas le lire ? Par peur d’avoir peur, d’être dégoûtée, d’être bouleversée. Aujourd’hui, je suis prête à le lire. Après l’avoir entendu, je suis rassurée. La violence de ses romans n'est pas un moyen facile et sensationnel d'attirer certains lecteurs. C’est pourtant tentant la facilité. Par exemple, il a une facilité à écrire des scènes de meurtres où il y a de la violence. Bonne raison alors de mettre la pédale douce. Il n’accepterait pas que ça devienne un défoulement, à commencer pour lui et ensuite pour les autres. Il prime la loyauté à l’égard de son histoire, c’est elle qu’il doit honorer. En tout cas, il m'en a convaincu. Faut dire qu’il est saprément convainquant ! Probablement parce qu’il est honnête. Je ne l’ai jamais senti là pour leurrer ou beurrer épais.

Je vous jure... qu'il a ouvert les yeux pendant l'entrevue !
Il ne fait pas dans la dentelle, c’est un homme direct qui ne glousse pas de plaisir quand on le complimente. Par exemple, l’animatrice qui se faisant une gloire de bien le connaître, se demandait comment cela faisait-il qu’il n’y avait pas plus de films tirés de ses romans. D’après elle, le succès financier était absolument certain en additionnant tous ses lecteurs fans. Eh bien, non, c’est l’auteur qui a mis le pendule à l’heure. Qu’est-ce que 2,000 lecteurs fans… et iront-ils tous voir le film ? Ne nous emballons pas, il reste un risque financier, nous ne sommes pas aux USA.

Justement, c’est un homme qui ne s’emballe pas. Il écrit par nécessité, sinon il exploserait, c’est la conclusion que j’ai tirée. Il écrit du matin jusqu’à environ 15 h 30 mais lorsqu’il enseignait en même temps, les heures qu’ils attrapaient au fil de la vie devenaient extrêmement précieuses. Il a un souvenir clair de ce temps-là. Je gagerais qu’il a conscience d’être chanceux de vivre de son art au Québec. Mais précisons. Il y a, oui, une part de chance mais, surtout, il y met du sien. Vous pensez que sa longue expérience et son assurance lui permettent de relâcher sa vigilance ? Eh, que non ! Il pond quatre versions de son œuvre. Et à chaque version, c’est le tour de telle ou telle personne de la lire. Par exemple, sa femme (dans la salle), très précieuse critique, lit la deuxième version. Elle connaît son œuvre, elle connait l’homme et est dotée d’un sens psychologique probablement développé vu sa profession de psychologue. Son rythme ? Une publication par année, ce que son éditeur respecte.

J’ai beaucoup apprécié cette rencontre à la consonance vraie et généreuse. Presque chaque personne dans l’assistance a pu poser sa question. Je suis cependant déçue que Patrick Sénécal n’ait pas été invité sous la tente Québecor à un Café littéraire. Je détache les syllabes « lit-té-rai-re ». Pourquoi a-t-il été relégué au volet adolescence ? Ses lecteurs sont loin d’être seulement des adolescents ou même la jeune vingtaine. Il rejoint tous les âges et son art n’en est pas un à part. Je souhaite qu’il soit réinvité. Il en a long à dire, est un auteur extraverti et franchement articulé. On ne s’ennuie pas une seconde en sa présence.
N.B. : Je tiens à préciser que je ne vous ai rendu qu’un cinquième de tout ce qu’il nous a donné à cette soirée cadeau.  

mardi 9 août 2016

Les cocasseries des Correspondances d’Eastman (en vrac)

Voici cette petite récréation avant la poursuite de mes comptes-rendus de Cafés littéraires. Je vous ai colligé des cocasseries en vrac.

Marsi - Photo Martine Doyon
Patrick Sénécal
Photo : Karine Davidson-Tremblay
Un bédéiste fait dans l’horreur
Pendant que j’étais à l’activité « Raconter entre deux âges », volet pour les adolescents, entre deux rencontres, je suis allé rejoindre Marsi qui était à dessiner dans notre auto. Il me dit tout de go, une dame est venue me voir et m’a demandé si j’étais Patrick Sénécal. J’ai tout à coup bien regardé mon chum réalisant que, en effet, il ressemble à notre spécialiste de l’horreur. On peut d’autant plus s’y méprendre que Patrick Sénécal était attendu pour la troisième rencontre*. *J'en parlerai sous peu

L’Apocalypse en retard
Après le Café « Apocalypse du paysage », ce fut la Grande entrevue avec Jocelyne Saucier. Vers la fin, à la période des questions, une averse s’est mise à tomber tellement fortement que même en gueulant dans le micro, plus personne ne s’entendait. Je me suis mise à rire en même temps que certaines autres personnes. Je ne sais pas si, comme moi, elles ont pensé que le grand succès de cette auteur est « Il pleuvait des oiseaux » et que nous étions au cœur du thème « Habiter le paysager ». En tout cas, la sensation était nette et limpide : nous habitions le paysage et il pleuvait des cordes.

Épreuves
J’ai voulu faire dédicacer « La fiancée du facteur » à Denis Thériault, cet auteur dont je tire une fierté de me prendre pour son ambassadrice. Je lui ai présenté mon exemplaire de presse qui était une épreuve hors commerce, où il est étampé à l’intérieur « Épreuves ». Il en n’avait jamais vu l'apparence, étant en Angleterre quand ils sont sortis. Il a comparé avec le vrai exemplaire et l’a trouvé très bien fait. Vous imaginez combien j’étais contente de lui montrer une nouveauté, les rôles étant enfin inversés !

Première fois
Lors du Café « Apocalypse du paysage », j’étais assise à côté d’une dame, une bibliothécaire. C’était sa première fois. Elle avait choisi le forfait du dimanche parce qu’il y avait une de ses écrivaines préférées : Jocelyne Saucier. Je suis toujours émue de rencontrer des personnes qui en sont à leur première fois, elles affichent une candeur, n’ayant aucune idée de ce qui les entend : une dépendance à vie. D’ailleurs, j’ai été reçu par une bénévole pour réclamer ma cocarde de presse et elle s’est empressée de me dire « C’est votre première fois, n’est-ce-pas ? ». Oui, c’est la douzaine fois que c'est ma « première fois ».

Le fictif, c’est vrai
Jocelyne Saucier, oui j’y reviens à cette grande dame de la fiction. Elle en a profité pour préciser, pensant probablement à la vague d’autofiction, qu'elle affectionne la fiction à l’état pur. Durant l’entretien, elle a tenté de convaincre l’assistance que des familles de 22 enfants, cela existe en Abitibi. « Cela existe, vous savez ! », nous assurait-elle en nous regardant. Quand est venu le moment des questions, il y eut trois personnes qui, à tour de rôle, se sont présentées comme étant nées d’une famille de 20 enfants et plus. L’auteure a écarquillé les yeux autant que les oreilles. Elle n’est finalement pas tant dans la fiction qu’elle le pense avec Les héritiers de la mine.

Verte jalousie

J’ai l’habitude de montrer mes photos en primeur à Marsi. Je les fais dérouler quand tout à coup, je vois ses traits se figer… je le regarde et regarde ce qu’il regarde : la chemise de Tristan Malavoy. C’est que Marsi est un animalier, ou un St-François d’Assise comme vous voulez, alors il a commencé à dessiner une collection d’animaux à la plume*. Du premier coup d’œil, vous allez comprendre pourquoi il s’est tout de suite dit : « Je veux cette chemise ! ».*je vous montrerai sa collection un de ces jours
Cocasseries picturales
Qui a une fleur dans les cheveux ?
Claudia Larochelle
Deux têtes valent mieux qu'une
Qui applaudit qui ?
Kim Thùy et Denis Thériault
Je lis debout
Attachons nos cheveux pour ...
... mieux entendre

dimanche 7 août 2016

Chemins et sentiers - Café littéraire des Correspondances d'Eastman

Animation : Sarah Rocheville – Invités : trois poètes dont deux, Tristan Malavoy et Corinne Larochelle qui se sont lancés dans l’écriture d’un premier roman. Tandis que Jacques Boulerice fait son petit bonhomme de chemin depuis les années 80 et a une vingtaine d’œuvres à son actif.
Œuvres sous la loupe :
Le nid de pierres – Tristan Malavoy
Le parfum de Janis – Corinne Larochelle
Un autre jour – Récit de voyage sur des bancs publics – Jacques Boulerice et Madeleine Ghys

Sachez qu’il y a un ingrédient essentiel à un Café et c’est le grain qui le fait âcre ou doux, profond ou léger : c’est l’animation. Sarah Rocheville avait non seulement lu les trois bouquins mais les avait passés à la moulinette. Elle les avait creusés et j’ai surpris quelques étonnements dans la figure des écrivains, ce que j’aime beaucoup. Elle a également décrit les trois styles ce qui a amené une cocasserie que je vous raconte ci-dessous. Quand l’écrivain nous entretient de son œuvre, il a le contrôle, mais lorsqu’on le lui en parle, il devient vulnérable et j’aime la voir exposée sur la scène, cette vulnérabilité qui fait d’eux des artistes.

Corinne Larochelle était très à l’aise sur la scène, avait certainement le goût d’être là et nous a rapidement parlé de sa mère. Mais pas suffisamment. Je crois qu’il faut lire Le parfum de Janis pour saisir qui était cette mère dont elle a dû faire œuvre de se détacher à l’âge de 40 ans. Oui, c’est ça, 40 ans, c’est dire combien cela s’annonce ardue sur le corps émotif. Si on amène le paysage dans l’histoire, elle a eu besoin de s’exiler pour atteindre cette manœuvre délicate. La beauté des paysages l’a aidé. Va savoir. Il y en a pour qui c’est le choc de la misère qui leur sert de déclencheur, pas elle. L’animatrice s’est tellement enthousiasmée sur ce titre qu’elle m’a certainement transmis le goût de le lire. 

Je dois le dire tout de suite, Tristan Malavoy était très en forme. Il parlait avec aisance de son œuvre, allait au-delà des questions, nous avions l’impression qu’il se sentait chez lui. D’ailleurs, ses parents étaient dans l’assistance. Cela m’a fait un bien immense de le rencontrer en dehors de son rôle d’animateur. Son rôle n’est jamais loin de lui et ça se voit. Remarquez, c’est très subtil, mais c’est un réflexe intérieur présent. Il a été touché de retrouver, à travers les sentiers Le portage des mots (je n’ai jamais le temps d’y mettre les pieds) un tangible nid de pierres pour représenter son œuvre. On a également abondamment parlé du ventre de bœuf, cette terre moelleuse qui aspire, un paysage crucial dans son premier roman.

Tristan Malavoy se questionne car il a l’impression de tomber quand il n’écrit pas. Pourquoi se casser la tête à écrire le paysage au lieu de le contempler ? Il doit insuffler de la vie à ses paysages intérieurs, sinon il se dessèche avec eux.

La cocasserie a éclaté dans toute sa splendeur. Je vous raconte. Sarah Rocheville, une animatrice qui se mouille jusqu’à l’os, a décrit chaque style, avançant entre autres à Corinne Larochelle : « Votre écriture n’est pas jolie ». Ça passe drôlement mais personne n’a rien dit. Elle le répète à Tristan qui sort un gros « Pardon ! » sur un ton faussement offusqué. L’assistance éclate de rire. Une fois au tour de Jacques Boulerice de parler, celui-ci prend les devants et annonce « Mon écriture n’est pas jolie ». Ce fut le délire de rire sous le chapiteau. C’est devenu la blague récurrente. L’animatrice s’est défendu le mieux qu’elle pouvait : c’est le plus beau des compliments à ses yeux. Tristan Malavoy a suggéré de changer le mot jolie pour fleurie.

Nous n’en sommes pas à la seule bévue, en autant que l’on nomme bévue ces étonnants accidents de parcours. La deuxième arrive directement de la bouche de Tristan Malavoy qui discourait sur ce qui est littéraire et ne l’est pas, avançant que personne ne veut écrire des « cartes postales » quand, tout à coup, Jacques Boulerice arrive avec un « quoique … » et montre les cartes postales qu’il avait entre les mains. 

L’œuvre de Jacques Boulerice est faite de 52 cartes postales. Elles ont été envoyées à 52 personnes en 52 semaines. Des photos de bancs publics les accompagnent. Cette œuvre très accessible, pourtant dans les beaux livres, m’attire. Monsieur Boulerice est un homme qui réagit par images, ce qui en fait un homme d’anecdotes. Les anecdotes qu’il a choisi de nous raconter venaient toujours combler ou compléter ce qui venait d’être dit. Je me souviens d’une phrase lourde de sens « On écrit pour s’assurer de la présence de l’autre » … N’est-ce-pas ?

Notre animatrice intense, tenant à approfondir le thème des Correspondances Habiter le paysage, revenait inlassablement avec cette question : Qu’est-ce que le paysage ? Les auteurs ont même eu l’audace de dire qu’il n’y a pas de paysage sans artistes. Heureusement, avec les questions et remarques de l’assistance, nous nous sommes entendus pour un paysage vaste (tout serait un paysage !) qui n’existe pas vraiment sans celui qui l’observe. On a également parlé d’encadrements. Nettement, l’écrivain encadre le paysage, décide du début et de la fin, le découpe et en fait un tableau. Je l’ai compris à peu près ainsi mais sûrement que d’autres l’expliqueraient mieux que moi.
En tout cas, ces questions méritent réflexion et voilà pourquoi Les Correspondances d’Eastman sont si intéressantes. Nous partons avec dans notre mallette plein d’idées avec lesquelles jongler. Et bien sûr, des propositions réjouissantes et des livres dédicacés.

lundi 1 août 2016

Les Correspondances d'Eastman 4 au 7 août !

Habiter le paysage, voici le thème de cette 14e Édition que l’on nomme cette année « Festival littéraire ». Je suis contente que l’on ose l’appellation « festival », car les années filant, c’est devenu une festivité complète où spectacles musicaux et théâtraux se rajoutent aux Cafés littéraires, ainsi qu’aux traditionnels jardins d’écriture.

Se rajoutent à chaque année des nouveautés, particulièrement le volet jeunesse et sa panoplie de formes : « La boite à piton », « La grande chasse au trésor », «L’heure du conte », « La bulle de lecture ». Les enfants bénéficient de l’équivalent des « cafés littéraires » qui prennent des allures d’atelier ou d’animation avec soit, Andrée Poulin, Marie-Charlotte Aubin, Claudia Larochelle ou bien d’autres. - Gratuit pour tous -

Soit dit en passant, toute activité est gratuite pour les enfants de 16 ans et moins.

Cette année, nouveau volet qui se différencie du Café littéraire avec sa formule plus courte de 40 minutes, ayant lieu samedi en fin d’après-midi. L’activité générale se déclinant en trois parties, animée par Amélie Boivin Handfied se nomme « Raconter entre deux âges ». À 17 h, « La littérature adolescente », cet univers narratif riche, à 17 h 40 « Raconter et mettre en scène dans le jeu vidéo » et on termine par « L’horreur au quotidien » à 18 h 20 avec Patrick Sénécal.

En plus des nombreux Cafés littéraires, dont un face-à-face avec le porte-parole Thomas Hellman, l’on trouve un souper littéraire avec Marie-Andrée Lamontagne, une classe de maîtres avec Sylvie Massicotte et trois grandes entrevues : une avec Marc Séguin, une autre Pierre Morency, une dernière avec Jocelyne Saucier. Quoi d’autre ? Ma foi, que dire d’un pique-nique littéraire avec Kim Thùy*, un thé littéraire avec Perrine Leblanc*, des sentiers de lecture avec Louise Warren*, ou Perrine Leblanc*. À noter que ces dernières activités sont gratuites avec le stylo* (précisions ci-dessous).

Pour l’activité la plus fréquentée, les Cafés littéraires sur la Terrasse Québécor, en plein air mais avec un toit, je vous jette quelques noms en pâture, nomenclature que vous irez bien sûr compléter sur le site des Correspondances : Denis Thériault, Tristan Malavoy, Élise Turcotte, Anaïs Barbeau-Lavalette, Samuel Archibald, Elsa Pépin … et plus … et plus … et plus ! Pensiez-vous que c’est tout ? Mais que non ! Après tout, je tente présentement de vous résumer un dépliant de 12 pages, double largeur ! 

Comme je vous le disais, il y a des activités gratuites, en autant que l’on se procure le très joli stylo à l’effigie des Correspondances au coût de 13 $ (11$ tarif réduit). Il vous permet d’aller écrire vos lettres dans les jardins sans vous soucier du papier, de l’enveloppe et de l’affranchissement. Bien entendu, ce stylo différent à chaque année, vous le conservez précieusement. Soyez certains que j’ai ma collection ! Toujours avec le stylo, il y a des activités d’écriture interactive, par exemple les cartes postales en haïsha, et une magistrale, le Poème Cordillère, une animation d’écriture avec des machines à écrire dans les jardins. Le but est de créer un long poème qui sera ensuite diffusé sur le web.

Votre dent culturelle est toujours aiguisée ? Il y a bien sûr les spectacles pour vous rassasier. Par exemple, samedi, notre poète nationale Hélène Dorion s’adjoint les Violons du Roy pour nous proposer des bribes de son œuvre. Il y avait bien jeudi soir où Marie-Thérèse Fortin chante Barbara, mais paraitrait-il que les billets se soient envolés. Rabattez-vous alors sur le spectacle de vendredi qui met en vedette notre Anne Hébert. Trois comédiennes visiteront sa vie, fouilleront sa mémoire et son œuvre. Suivra de près un spectacle interdisciplinaire avec Nathalie Watteyne et François Hébert. Il y aura du jeu et de la complicité dans l’air du Cabaret Eastman.

Mon doux, ai-je tout dit ? Bien sûr que non ! Même en visitant le site web, vous n’arriverez pas à saisir parfaitement de quoi il s’agit. Les Correspondances d’Eastman, c’est un évènement qui se vit, qui se sent par la peau du cœur et qui s’habite par les cinq sens.

Venez habiter le paysage. - Rendez-vous : village d’Eastman du 4 au 7 août.   

P.S. : Ah oui, j’oubliais… il y a des expositions, une harpiste dans la nature, la clôture d’un concours, le Salon des artisans, le portage des mots, oh misère, c’est trop… trop… trop… pu capable ! :-)

mardi 11 août 2015

Grand entretien avec Serge Bouchard aux Correspondances d'Eastman

Serge Bouchard est un conteur
L'arrivée...
« Comment allez-vous ? » est la première question de Catherine Voyer-Léger. Pensez-vous qu’un Serge Bouchard va répondre en s’épanchant sur ses petits bobos ? C’est mal connaître l’anthropologue qui entraine dans ses réponses toute la société avec lui. La question « Comment ça va ? » est un code, une clé sociale qui ne veut pas dire grand-chose. Quand ça va mal, c’est déjà rendu trop loin pour en parler et être corrigé.

La salle était bondée. L’homme attire. Faut dire que c’est un conteur hors pair. Je le réalise plus que jamais en rédigeant ce Café à l’aide de mes notes. Je réalise que rien d’extraordinaire n’a été dit, mais pourtant, nous étions tous subjugués, car la manière de le dire n'est pas sur ni entre ces lignes. C’est une question d’amour, nous aimons cet homme. Et s’il y a une personne qui comprend ce que j’avance là, c’est lui. Quand il parle de son amitié indéfectible pour son compère Bernard Arcand mettant de l’avant combien ils étaient des êtres différents, leurs avis divergeaient couramment, son ami était religieux, conventionnel, mais qu’importe, ils s’aimaient tous les deux.

Complicité
Quel beau sourire !
S'il n’a pas tout de suite répondu comment il allait, au cours de l’entrevue, il dira qu’il a de la misère à se trainer (sic) et qu’à 68 ans, le camion de la vie lui a passé sur le corps. À notre époque, si tu es malade, c’est de ta faute, si tu en meures, c’est de ta faute. On est loin de nos ancêtres qui se berçaient sur le balcon en contemplant le paysage, il faut faire du ski, jouer au tennis, au bridge… On augmente le temps d’être vieux.

Heureusement, son travail se situe au niveau intellectuel, avance l’animatrice (peut-être pour l’encourager !). Il tombe rapidement dans la dérision : « Ah oui, maintenant, il faut muscler son cerveau » (rire devant son ton très sarcastique). La peur de perte de mémoire est intense, s’il oublie ses clés, il atteint d'Alzheimer !

La peur est normale, saine. Il est recommandable d’avoir peur. Si on rencontre des ours par exemple, vaux mieux en avoir peur, sinon on est à risque (autre rire). Le courage est une suspension temporaire du jugement. J’ai admiré Catherine V.L. qui le ramène sur le courage intellectuel. À cette voie qui s’ouvre devant lui, il s’allume, avance vers l’engagement. Un courage souhaitable est celui de s’engager, ce qui implique nécessairement, l’endurance. Devenir quelqu’un, c’est long, ça exige du temps. Il haïssait l’école pour mourir (C’est plate l’école, et on devrait le dire aux jeunes au lieu de faire semblant !) et il a été se chercher un doctorat.

Catherine Voyer-Léger a mis l'homme en lumière
Chez lui, il y avait un seul métier qu’il était exclu qu’il choisisse : camionneur. C’était le métier de son père qui n’avait pas été à l’école. Pour ses parents, les études avancées de leurs enfants, c’était leur vengeance. Ses parents étant anticléricaux, ce sont les études qui faisaient office de religion dans la famille, par exemple, il devait rédiger des rapports de ses lectures. Il a été élevé dans l’Est, près des raffineries, toutes ces cochonneries-là sont soufflés vers l’Est, tandis qu’à l’Ouest, l’air est pur pour les riches. Il a bouffé de la pollution toute sa jeunesse, a jamais porté un casque de vélo et même pas eu de frein quand il pédalait. Il s’en est sorti vivant.

Tout jeune, il est parti au Labrador avec le désir ardant d'apprendre la langue Innu. Il est arrivé sur ces terres, neuf et ouvert sur l’autre, et il a été accueilli à bras ouverts. C’est un peuple moqueur, où le rire est important, ce n’est pas toujours l’idée que l’on s’en fait. Quand il est revenu au Québec, c’était la crise d’octobre, il s’est senti déconnecté, d’autres paysages s'étaient imprimés sur son iris.

Il a des enfants, des petits-enfants, il dit vivre sur une autre planète que la leur. Sa petite-fille est branchée, elle se promène reliée à des fils, comme à un soluté…. Je vais me faire tuer en sortant, dit-il en catimini. Contraste frappant entre son enfance où, pour attraper un morceau de musique de 2 minutes 4 secondes, il fallait écouter les émissions de radio qui en intercalaient et maintenant où un petit gadget en contient des centaines. Il s’exclame sur la liberté de son enfance. Pas de camp de jour ou de soir, juste de la liberté du 23 juin au 6 septembre ! Le temps lui appartenait.

Concentration, pas question d'écrire n'importe quoi...
On n’était pas accaparé par les écrans dans son temps, il y en avait un, le téléviseur, et il fallait le ménager et ménager ses yeux. On pouvait s’abîmer les yeux à regarder la télévision, disait la croyance populaire. Une émission de prédilection chez lui, la lutte du mercredi avec des petits nains. La menace planait toute la semaine, il fallait être sage pour y avoir droit !

Longue file pour la dédicace après la causerie
Il se donne le droit d’être nostalgique, même si elle a mauvaise presse. Elle est bonne à consommer, c’est une manière de s’inscrire dans la temporalité. Une manière de faire ressortir l’actualité. Car, après tout, quelle est la définition d’un jeune ? Un jeune n’est rien d’autre qu’un futur vieux.

Pour ceux et celles qui aiment le suivre, il est à l'émission C'est fou à Ici Radio-Canada tous les samedis de 19 h à 20 h. Catherine Voyer Léger y a parfois des chroniques. D'ailleurs, leur complicité était palpable.

dimanche 9 août 2015

La parole conteuse : Les Correspondances d'Eastman

Audrey Wilhelmy
N’est-ce pas un joli titre de causerie ? Catherine Leroux (La marche en forêt et Le mur Mitoyen), Simon Boulerice (Plus léger que l'air), et Audrée Wilhelmy (Oss et Les Sangs) l’ont servi avec verve et brio. La très intense animatrice, Sarah Rocheville les a stimulés à se dévoiler, son enthousiasme donnant le ton à ce Café frémissant de vie. D’entrée de jeu, elle les a béni chacun d’un qualificatif : Catherine Leroux : légendaire - Simon Boulerice : feu d’artifice - Audrey Wilhelmy : corsé

Catherine Leroux - songeuse
Animatrice se prépare ...
Simon Boulerice - mode expressif
Commençons par Catherine Leroux, la plus réservée. Remarquez que c’est assez facile de le paraitre à côté des autres ! Née en 1979, elle vient de Rosemère et, attention, je m’adresse à ses nombreux fans, son troisième titre « Madame Victoria » sort en septembre chez Alto. Exclamation de l’animateur « encore un titre inspirant ! ». C’est Mur Mitoyen qui était sous la lorgnette et l’auteure a particulièrement parlé du couple des petites sœurs qui se dépose dans le roman d’une manière ordonnée, calculée, l’auteure utilisant même l'expression d'une manière « mathématique». Ce n’est pas loin de l’obsession. Elle place, déplace, ordonne et exclue l’asymétrie. Elle va jusqu’à ajouter le 7 degrés de séparation entre les humains, ce qui devient un réel casse-tête. Il a également été dit qu’elle ne s’adresse à personne mais à une idée.

Pour Simon B, les héroïnes vertueuses sont sans intérêt, on le croit d’emblée avec sa Javotte (quel prénom laid, s’exclame-t-il !), cette peau de vache (sic) et Anastasie, ces sœurs méchantes, mesquines, à l’âme mal lunée. Je pense qu’il aime faire éprouver des sensations fortes à ses lecteurs, qu’ils n’aient pas besoin de se pincer pour vérifier s’ils sont encore en vie. Ce jeune homme porte une bombe de joie à l’intérieur de lui, toujours prête à exploser. C’est l’impression qu’il me donne et, il faut que je le dise, cela me fascine complètement. Ne serait-ce que parce qu’il dit tout, qu’il ne semble pas connaître la censure. Par exemple, lorsqu’il est monté sur l’estrade, il était excité de réaliser qu’Audrey W. et lui ont une inspiration commune : l'oeuvre de Walt Disney. Il lui lance même « Tu es ma sœur ! ». Malgré son côté givré, il garde les pieds sur la terre ferme au niveau de ses inspirations, par exemple, les lieux de ses romans sont souvent tirés d'où il est né : St-Rémi. 

Toute sage dans sa jolie robe
Audrey Wilhelmy, que je mélangeais avec Pascale Wilhelmy, je m’en confesse (gare, il y a également l’auteure Mylène Wilhelmy) a publié Oss et Les sangs, est née en 1985, a un doctorat en lettres et tient un blogue soutenu et, d’après l'animatrice Sarah Rocheville, se compromettant dans les qualificatifs : elle est dotée d’une écriture furieuse, pleine, généreuse, volontaire et sérieuse. Rien que ça ! Les narratrices dans « Les sangs », ne veulent pas être contrariées, et avec raison. Elles ne doutent pas. La jeune auteure opte pour l’univers du conte, une des raisons est l’absence de contraintes morales et sociales. Oss fut son œuvre de maîtrise et son directeur littéraire fut sans pitié, encourageant les coupures drastiques. Par exemple : tu as de la difficulté à faire parler un personnage, tue-le. Pour cette première œuvre, elle a choisi un endroit clos, circonscrit. « Chaque mot tombe à la bonne place » confirme l’animatrice. Pour Les Sangs, c’est du Barbe Bleue mais l’attention se porte sur les femmes qui désirent être tuées. Pourquoi ? C’est leur journal respectif qui nous le révèle.

Cela lui arrive d'être tranquille
Sarah Rocheville - Intense !
Chacun s’est exprimé sur l’enfance, le thème après tout. Catherine L. a répété une phrase d’Anne Dorval « C’est grave, l’enfance ». Pour Audrey W. enfant, tu suis, tu subis, tu te poses pas de question. Elle avait 4 sœurs et son père les amenait près du fleuve pour donner du répit à sa mère.  Simon B. a fait allusion au désir trop encombrant des ados. Impossible à contenter.

Nicole Fontaine
Catherine Leroux - plein sourire
Bref, une causerie pétillante, sautillante. Catherine Leroux, toute de rouge vêtue, nous a offert son plus sourire lorsque Nicole Fontaine (auteure et conseil d'administration de l'évènement) lui a parlé de Mur Mitoyen choisi pour l’activité « Un livre-un village » qui consiste à ce que tout le village le lise pour ensuite partager ses commentaires. Belle manière de délier les langues et encourager une auteure par l’achat d’une « tonne » de copies !


samedi 8 août 2015

L'enfance par elle-même : Les Correspondances d'Eastman

À droite Elsa Pépin, Andrée A. Michaud
À gauche Marie-Josée Martin
Un Café causerie où la communication n’a pas été à son meilleure malgré la bonne volonté de chacune. Ceci dit, cette causerie apporte tout de même son lot de réflexion.

Dans Un jour, ils entendront mes silences, Marie-Josée Martin a mis en scène une fillette de 5 ans qui ne bouge pas et ne parle pas. Elle est morte, ce que le lecteur apprend d’entrée de jeu, elle s’adresse donc au lecteur. J’ai été un certain temps à penser que le personnage avait 5 ans tout au long du récit, heureusement que l’auteure a précisé qu’elle finissait par atteindre l’âge de 12 ans.

Bondrée, ce roman que j'ai tant aimé est celui de plusieurs frontières, dont celle qui sépare l’enfance de l’adulte, comme l’héroïne, 12 ans. Elle dit s’être fait plaisir en parlant de son enfance, et des années 60. Elle tenait à faire revivre un lieu, celui de ses souvenirs, là où elle prenait ses vacances scolaires. L’enfance n’est pas aussi idyllique ni aussi insouciante que l’adulte le voudrait. Les enfants s’imprègnent de l’inquiétude des adultes, Bondrée en est un bon exemple. Les adultes pensent bien faire en cachant la vérité aux enfants, pourtant, ne pas savoir les fait inventer et s’inquiéter. Prendre peur. Elle en profite pour faire une distinction entre la naïveté et l’insouciance chez l’enfant

Avant le début : Andrée A. Michaud
Marie-Josée M. a pris le temps d’entendre clairement la voix de l’enfant qu’elle voulait mettre en scène. Trouver le ton juste pour un enfant, c’est beaucoup de travail. Un livre sur le mode intime puisqu’il n’y aura que le lecteur qui entendra l’enfant.  De sa propre enfance, elle a accumulé une abondance d’observations des autres enfants handicapés, particulièrement de leur difficulté à communiquer. Cela l’a beaucoup aidé pour installer de la crédibilité à son personnage qui ne parle pas, ni ne bouge.

Elsa Pépin a demandé pourquoi ne pas parler de l’enfant à la troisième personne au lieu d’à la première ? J’ai aimé la réponse franche et sans fard de A. Michaud : « Je ne sais pas. Dans mes romans, c’est toujours la première personne qui me vient naturellement » Marie-Josée M. trouve que la première personne s’impose quand tu veux une œuvre intime, ce qu’elle tenait à livrer.
Elsa Pépin les a amenées sur le thème des enfants et la mort. Andrée M. affirme qu’un enfant ne croit pas à la mort, c’est un concept trop abstrait. Elle-même a perdu son père jeune et elle est restée convaincue, enfant, qu’il allait revenir. L’enfant peut avoir peur des fantômes cependant.

Avant le début : moment de réflexion
Qu’est-ce que vous pensez de l’adage : La vérité sort de la bouche des enfants ? C’est un cliché, précise Andrée M., ils n’ont pas de filtre et pas de censure, ce qui est différent.
L’animatrice a suggéré que la littérature québécoise déborde de voix enfantines narratives, que nous en sommes spécialistes. Est-ce la peur de vieillir, est-ce un idéal de pureté que nous nous nourrissons ? Réponse des deux femmes : « C’est instinctif ». Je crois avoir vu clairement en leurs figures ou détecté dans leurs tons, qu’elles ne poussent pas leurs questions jusque là !

À la question : quels sont les livres avec des voix enfantines qui ont frappé votre enfance ? Pour Andrée M., c’est clairement les personnages du roman « Le nez qui voque » de Réjean Ducharme qui l’ont ravie. Elle aurait aimé être « eux ». Pour Marie-Josée, c’est le Petit Prince de Saint-Exupéry et Les Fous de Bassan d’Anne Hébert. À la question, si on écoute suffisamment les enfants, Marie-Josée a eu la judicieuse réponse qu’on les sous-estime surtout. À celle si l’enfant est narcissique et se croit le centre du monde ? Marie-Josée répond par la bouche de Corinne, son personnage principal qu’elle a placé dans une situation dépendante (handicapée) et détachée (morte).

André Vanasse tenait à s'entretenir
avec l'auteure à la fin du Café
Quand le corps est un poids lourd, l’imagination est une porte de sortie. Je ne sais pas à quel propos Marie-Josée a prononcé cette phrase mais comme je l’ai transcrite mot pour mot, et que je l'aime, alors je vous l’offre ! 

Les enfants, ces spécialistes de la peur, auraient-ils une connaissance innée du danger ? Non, tout au contraire, ils se croient invulnérables. Pas du tout conscient du danger, déclare l’auteure de Bondrée.

Est-ce que l’impuissance de l’enfance provoque une souffrance en lui ?  La réponse d’Andrée M. est un deuxième « Je ne sais pas ». Je pense que c’est à ce moment là, que j’ai entendu Marie-Josée M. passer la remarque sur un ton ch
armant, qu’elle laissait ses questions aux analystes littéraires ! Personnellement, j’ai adoré cette réponse.

Elsa Pépin est certes une analyste littéraire pertinente, mais elle a la fâcheuse manie d’inclure ses réponses dans ses questions, ce qui n’en fait pas des questions assez ouvertes. Elle gagnerait à utiliser le « je » à ce moment-là. D’ailleurs, elle a reformulée sa dernière question au « je » et elle a récolté des réactions plus vives de ses participantes.
Le plaisir de dédicacer de Marie-Josée Martin
(derrière accourt Catherine Leroux, robe rouge
& Audrée Wilhelmy, robe bleue)

vendredi 7 août 2015

Apprivoiser l’effroi de vivre : Les Correspondances d'Eastman

Caroline Allard & G.Pettersen
À mon avis, il y a que Tristan Malavoy pour surmonter ce thème aux allures mélodramatiques pour aller cueillir les confidences de trois auteures, somme toute, assez réservées.

J’ai trouvé un trait commun à ces trois gentes dames : elles sont « mortes de peur » mais s’emploient habilement, et laborieusement, à ce que rien n’y paraisse. J’en ai conclu qu’elles sont courageuses. C’est connu, le courage n’est pas d’éprouver des peurs mais de les affronter. Quelle belle démonstration elles nous en ont donnée ! Et bien plus, elles donnent le goût d’écrire pour tout le bien que ça semble leur faire. D’une manière ou d’une autre, il en ressort qu’elles se libèrent de leurs peurs en écrivant.

La première question fut pour Geneviève Pettersen (Madame Chose, La déesse des mouches à feu). Sa réaction prévisible sous un tel thème « Ah, c’est moi qui commence … » sur le ton inquiet d’une personne sur le bord d’un précipice. Après ce réflexe empreint d’effroi, elle répond d’un ton ferme et assuré. Plus rien n’y parait. En quoi l’écriture permet de dompter ses peurs ? De sa réponse, le mot « peur » rebondit d’une phrase à l’autre, elle a certainement peur de tout, mais cela ne semble pas l’empêcher d’oser, et j’arrive à me demander si ce n’est pas le contraire. Même chose pour Caroline Allard qui se libère de sa culpabilité en écrivant. Si l’on rit des tares ou des torts qu’elle expose sous forme de blagues, elle est absoute. Et même, ce faisant, si on n’en rit pas, juste le fait qu’un personnage le porte à sa place, la soulage d’un poids.

Pour revenir à « Madame Chose », celle-ci fait une scission nette entre la chroniqueuse et la romancière. Au niveau de la chronique, elle pense à ses lecteurs pendant qu’elle écrit, elle les jauge, elle se doute de la phrase qui va créer du remous. Comme romancière, elle n’y pense plus, elle se retire dans ses champs intérieurs. Elle tient mordicus à deux éléments : conserver le naturel de la langue et planter l’action dans un environnement qu’elle connait. Dans son premier roman, l’action est au Saguenay, d’où elle vient. Elle a eu peur, particulièrement du premier lecteur, son conjoint qui est lui-même auteur. J’ai trouvé frappant qu’elle parle de son héroïne ado, Catherine avec une grande familiarité, comme d’une grande amie.

Gauche G. Petterson - Droite C.Legendre
Nous avons eu de nouveau droit à la question à mille piastres : comment faire pour que le texte « témoin de vécu » se transforme en une œuvre esthétique. Je ne me souviens pas qui a risqué que c’est le même principe que de la traduction.

Claire Legendre, cette auteure française déménagée au Québec depuis quelques années est professeur de création littéraire à l'Université de Montréal. Malavoy a parlé d’une commande pour « Le nénuphar et l’araignée », elle préfère le mot invitation, puisque les éditions Les Allusifs lui ont donné page blanche pour parler de ses peurs. C'est un essai autobiographique, endosse le mot autofiction sans peur, ni reproche car elle admire Serge Dabrowski, le précurseur de l’autofiction (elle a donné un petit cours sur lui mais je ne m’en souviens plus). Elle a aussi déclaré que l’hypocondrie se règle quand une « vraie » maladie survient, et semblerait que ce soit son cas. On laisse entendre qu’elle a dû être opérer d’une masse maligne, Le nénuphar et l’araignée l’aborde, mais pas de front.

Caroline Allard nous a parlé de son quotidien qu’elle a tendance à romancer. Autrement dit, un statut facebook peut être de la pure fiction, elle transforme son entourage en personnages, tellement que sa cadette est devenue l’héroïne des Chroniques d’une fille indigne. Elle avait la fille idéale pour en faire un personnage de roman, une fantasque. Sa fille ainée, non. Autodérision rime bien avec autofiction, particulièrement pour Caroline Allard. À la période de questions, une dame lui a demandé où elle avait trouvé l’inspiration « Pour en finir avec le sexe » ; sur un ton incrédule, elle a demandé "Tout ne vient pas de vous?" Aussi rose qu’une rose aux cheveux blonds, Caroline a répondu « Oui, tout ça vient de moi » et elle a expliqué ses motivations en parlant de la position 69 qui la hérissait.
Pas besoin de vous dire qu’au kiosque Archambault, à la sortie du Café, j’ai vu plusieurs personnes feuilleter l’album. En passant, vous ne serez pas déçus si vous osez acheter cet album osé ! Malavoy a également fait remarquer que son roman Universel Coiffure était d’un autre registre, aux allures très disjonctés.

J’ai énormément apprécié ce Café avec trio d'auteures sous le mode intime, blogueuses et courageuses. Difficile d’en rendre la saveur, surtout sans appareil photo*, ni carnet de notes ! Cela n’arrivera plus, je les avais aujourd’hui et les aurais demain.

***Photos prises avant la séance de dédicaces après la tenue du Café littéraire

vendredi 31 juillet 2015

13e Édition - Correspondances d’Eastman : 6 au 9 août

Oui, incroyable, comme le temps passe ! Les Correspondances d’Eastman ont 13 ans cette année. C’est jeune. C’est l’adolescence débordante d’élan, mais encore près de l’enfance. Cette enfance, qu’on n’oublie jamais est justement le thème de cette année.

Encore une fois, ils sont nombreux à venir en discuter dans les populaires Cafés causerie (en pleine nature, sous un chapiteau).  J’en nommerais quelques uns, peut-être pas vos préférés, je vous invite à fouiller la programmation riche de belles surprises. Y seront Caroline Allard (mère indigne), Patrick Nicol (La baigneuse au milieu du lac), le prolifique Simon Boulerice, Andrée A. Michaud (le plus qu’excellent Bondrée), Catherine Leroux (Le mur mitoyen), notre grande poète Hélène Dorion, la mystérieuse Perrine Leblanc (L’homme blanc), le nomade Deni Yvan Béchard (Le bruit et la fureur).

Vous trouvez qu’il manque de loyaux soldats ? Euh, c’est que j’en gardais pour le dessert ! Kim Thùy, la pétulante, Dany Laferrière, le fier académicien, le marathonien, Robert Lalonde et le si sage Serge Bouchard. Leur vivacité d’esprit vous enchantera dans d’exclusives grandes entrevues. Attention, ceux qui les animent sont les assises de ces causeries et on les aime beaucoup : Tristan Malavoy, Catherine Voyer-Léger, Elsa Pépin, Dominic Tardif, le doyen Jacques Allard … et j’en passe. Vite, un petit couic de souris et le tout défilera sous vos yeux avec l’horaire, les prix, les résumés détaillés.

Le volet jeunesse s’impose, d’autant plus primordial que nous festoyons sous le thème de l’enfance : Simon Boulerice (Il est partout, ce gai luron !) Marianne Dubuc (L’autobus), Sonia Safarti, et le cœur jeune, enfantin, candide de notre Dany Laferrière.

Et que fait-on des soirées, lorsque la lune s’allume dans nos cieux ? On se rend aux spectacles. Jeudi soir, l’envol est donné par celle qui porte haut les mots : Chloé Sainte-Marie. Vendredi soir, Fanny Bloom, que l’on dit électrisante (commandité par Hydro Québec…. C’te blague !). En ce même soir, le spectacle-cabaret Lis Ta Rature avec David Gaudreau. C’est samedi, le 8 août que se tiendra le grand spectacle littéraire, une mise en scène de l’Amélanchier de Jacques Ferron avec l'actrice Johanne-Marie Tremblay.

Activités avec le stylo passeport
L’important, cela pourrait être la rose, car les jardins d’écriture sont florissants. Pas moins de dix jardins ou chambres ou pont ou sentier ou parc attendent votre inspiration et votre respiration calme et profonde.

Comme à chaque année, il y a le portage des mots, ces quelques kilomètres de sentiers en forêt parsemés d’installations artistiques qui permettent de découvrir des scènes de romans ou de bandes dessinées.

Le stylo passeport au coût de 12 $ (que vous conservez en souvenir) vous donne droit aux expositions et aux animations de toutes sortes. Que ce soit une lecture par Hélène Dorion, ou le thé avec Kim Thùy, restez alerte pour de ne pas manquer Dame Pamplemousse qui contera fleurette et amusera vos enfants en chœur, ou vos cœurs d’enfants. Et la chasse au trésor, elle, il ne faudrait surtout pas la manquer, pendant que la forêt se fait enchantée … de vous voir !

J’espère que votre curiosité est piquée. Si vous n’avez jamais mis les pieds aux Correspondances d’Eastman, c’est cette année que ça se passe. Seul, en duo ou en famille, sachez que pour les enfants sous la barre des 16 ans, c’est gratuit.

Sur place : Chapiteau d’accueil au centre du village, librairie Archambault, service de restauration, salon des artisans et navette entre les jardins d’écriture. Papiers, timbres, enveloppes, support à votre disposition à chaque lieu inspirant l’écriture d’une lettre, d’un poème, d’un conte ou d'une nouvelle !  Envolez-vous avec votre plume ... ou votre stylo !

Venez au pied du Mont Orford et de la lettre, à Eastman, le village de toutes les Correspondances !

vendredi 29 août 2014

Retour aux Correspondances d'Eastman

Je fais une promesse : l’an prochain, je prends des vacances avant les Correspondances d’Eastman, pas après. Pour éviter de me retrouver devant quelques gribouillis pour me dépêtrer dans mes souvenirs d’un Café littéraire qui me semble tout à coup loin, trop loin. Si vous nichiez dans ma tête, ça irait pas mal mieux ! Mais, heureusement, il ne reste que deux Café et ensuite, je reviens à la programmation normale, avec une dizaine de titres en attente.

En fait, celui que je vise aujourd’hui est nommé « Grand entretien », et il était en compagnie de Dany Laferrière, sous le thème de « Le souverain créateur ». Jean Barbe, guidait l’entretien, tenant entre ses mains sa feuille de questions, mais tous ceux qui ont assisté à un entretien avec Dany L. savent qu’il va s’en échapper. Avec ce souverain, les réponses sont à coup sûr plus larges que les questions et c'est lorsqu’il l'oublie qu’il y répond le mieux. Si l’animateur compte se sentir utile avec sa belle liste de questions, il peut être déçu. S’il aime mettre de l’avant son invité, qu’importent les questions, il sera satisfait.

Jean Barbe supposait que L’Énigme du retour, cette œuvre récompensée du prestigieux Prix Médicis 2009, se démarquait du reste de l’œuvre. Il est revenu à la charge à quelques reprises, j’ai eu l’impression qu’il désirait entendre une certaine réponse qui, bien sûr, n’est pas venue. C’est en cela que je dis de Dany Laferrière qui l'est souverain, même s’il ne manque pas une occasion d’affirmer que c’est le lecteur qui l’est. Il en ressort que notre membre de l’Académie française est loin de croire que l’Énigme du retour est son meilleur livre à vie, il a d’ailleurs dit à son éditeur en lui remettant le manuscrit : je comprendrais que tu ne le publies pas ! La définition de Laferrière d’une œuvre s'approchant de la perfection ressemblerait à une suite de phrases prêtes à être citer, tellement elle serait dense, profonde, réfléchie, pesée.

C’est là que j’ai compris son amour pour les phrases « punchées » (glanées durant l’entretien)
« Fêter ce qui est beau, c’est repousser la mort ».
« Réapprendre est plus difficile qu’apprendre »
« Chaque époque a son jamais avant »
« Je ne suis pas de ceux qui parlent derrière la porte »


Jean Barbe a judicieusement fait remarquer qu’il est surprenant que l’on n’ait jamais suggéré d’une œuvre autofictive dans son cas. Dany avait une réponse à cela, son « je » s’adresse à l’universel de chacun des « je ». Il présente un miroir aux gens. Son texte d’adresse à un lecteur, auquel il  fait de la place, lui donnant de l’espace.

Interruption de l'entretien :
Arrivée de la ministre
J’y vais maintenant en vrac. Quand on se présente devant les lecteurs, le moindre des respects est de revêtir ses mots du dimanche. Les écrivains sont des gens de parole, oeuvrant pour que la parole se fasse chère. Il déplore que maintenant, on ne lise plus à voix haute à la radio ; vingt minutes à lire est maintenant inimaginable pour ce média. C’est ainsi que la nuance se perd, tout doit s’assimiler rapidement.

La ministre de la culture :
Hélène David
Il a raconté ses débuts où il avait conçu une affiche avec les moyens du bord pour annoncer son livre, il se voyait les placarder avec fougue. Le jour où le magazine culturel Voir a fait une pleine page couverture de son petit dernier, il a été porté quatre bouteilles de vin, qu’il a bu avec eux, pour les remercier. Tout ça pour dire qu’il ne fait pas faussement croire qu’il est au-dessus du côté diffusion du livre.

Il s’est rappelé l’époque où il passait d’une maison d’édition à l’autre pour proposer « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », on lui a alors dit être désolé, mais on n’avait pas besoin de ce genre de texte intellectuel dans notre paysage littéraire québécois.

S’il fallait qu’il l’ait cru !

À noter : À cause d'un ralentissement sur l'autoroute 10, la ministre de la culture est arrivée en retard au Grand entretien.