C’était su, David Goudreault allait écrire une suite à La Bête à sa mère. Bien sûr, il fallait une suite à cette bête qui, libérée, ne désirait plus se taire, ni se terrer. Pourtant, on la retrouve dans une cage. Cette cage est une prison, dans l’aile des dérangés ou, comme il est dit dans le roman, des coucous. Vous avouerez que ça sonne moins effrayant l’aile des coucous que l’aile des dérangés !
N’empêche que, coucous ou dérangés, ces compagnons de prison ne sont pas jojo mais plutôt débordants d’agressivité. Juste par les noms, on se doute que la faune hétéroclite possède chacun son déséquilibre en propre : Bizoune, Molosse, Papillon, Timoune, Louis-Honoré, Pédo et Philippe le Philippin. Notre petit dur à cuire n’est pas le moindre des dérangés mais, au moins, à lui on s’attache. Vaut mieux s’attacher à quelqu’un dans une prison sinon, on se sent seul. Lui, la bête, se sent tellement seul qu’il va s’organiser, dans sa tête, pour ne plus l’être. Il va s’inventer un amour imaginaire à l'égard de son agente correctionnelle, supposément laide. Il finira par la trouver sublime mais surtout, il s’y attachera d’une manière si exclusive, ce qui engendra de spectaculaires scènes de vaudeville.
Qu’est-ce que fait un être seul, même dérangé ? Il essaie de se lier à un autre, même dérangé. La bête est seule, candide et mue par une ambition dévastatrice. Même fluet, distordu et victime plus souvent qu'à son tour, il veut être le chef incontesté du groupe. Une fois l’amour atteint (dans sa tête), il veut la gloire. Celle-ci lui sert de substance pour nourrir l’élue de son cœur qui l’admirera et donc l’aimera.
Convaincu d’en avoir les qualités, il fraye avec le chef de la place : Bizoune (oui, il arrive à le prendre au sérieux même avec un tel nom !) et son acolyte. Ceux-ci, bien entendu, profiteront de lui. C’est à voir pour le croire, pardon, c’est à lire pour le croire.
La bête a grandi d’un cran dans ce tome 2. Dans La bête à sa mère, c’était en quelque sorte une faible bête, un criminel malhabile, devenu meurtrier presque par la force des choses. En prison, il prend du poil de la bête, assume sa criminalité, ce qui lui retire une grosse part de sa candeur, laquelle, je l’avoue, m’a manquée. J’avais apprécié dans le premier tome me promener sur ce fil ténu d’ambigüité, où la bête ne tombait pas dans la notion de bien ou de mal. Ce deuxième tome a pris la tangente du « mal », à n’en plus douter, la bête fait plus qu’assumer son côté criminel, il veut le voir grandir. Il a trouvé sa branche et veut progresser.
Cette constatation n’a atténué en rien mon plaisir devant ce florilège de situations où la manipulation et la prise de pouvoir prévalent haut la main. On vit à fond de train l’univers de la prison (au plus fort, la poche !), on fait plus qu’y croire, on y est. Les scènes loufoques donnent du contraste à la lourdeur des sujets.
Je ne suis pas prête de laisser partir la bête, je la veux encore dans mon entourage … littéraire (référence au troisième tome).
dimanche 29 mai 2016
dimanche 22 mai 2016
Les murailles d'Érika Soucy
Érika Soucy est une poétesse et elle a créé un personnage de poétesse dans son roman. Celle-ci veut vérifier qu’est-ce que son paternel peut bien trouver dans son travail en dehors de la civilisation, c'est-à-dire sur le chantier La Romaine. La curiosité peut naitre dans le cœur d’un enfant de toujours voir son père quitter pour de longues périodes : est-ce qu’il s’échappe d’une certaine réalité ? Est-ce qu’il s’échappe d’elle ?
C’est avec la complicité de son père qu’elle se fait passer pour un commis de bureau et arrive sur les lieux pour une semaine avec crayons et questions. Elle, dont le but premier est de sonder, et d’écrire de la poésie, je me suis demandé si elle allait trouver l’inspiration. J’étais aussi inquiète qu’elle ! De petites cabines pour dormir sur des terrains vagues, jonchés de pierres, une cafétéria bruyante, de gigantesques engins à véhiculer sur de longues distances. Et le langage direct employé par des hommes, des hommes et toujours des hommes. Quelques femmes seulement sont engagées dans les cuisines et elles sont pour la plupart des Indiennes.
Un univers rarement décrit dans un roman, déjà un bon point pour l’idée.
La poétesse arrive dans ce milieu de gars qui ne font pas dans la dentelle. Elle s’inquiète de son audace ; trouvera-t-elle le temps long ? Regrettera-t-elle ce geste de laisser sa famille derrière elle, son bébé d’un an et son chum ? D’ailleurs, tout au long du roman, c’est à son conjoint qu’elle adresse le journal qu’elle écrit sur les lieux.
Sa transplantation se fera facilement, je dirais même immédiatement, ne serait-ce que par le langage qu’elle emploie. Elle écrit peut-être comme une poétesse (on n’aura pas le loisir de le vérifier!), mais elle parle comme son père, son oncle et tous les hommes de chantier. Le moins que l’on puisse dire est que ça tombe bien. On pourrait aussi dire que c’est arrangé avec la « fille des vues » mais comme c’est facile de jouer le jeu, l’auteure est habile, presque ensorcelante, nous sommes preneurs de ces dialogues d’un naturel remarquable. On entend ce livre, autant que nous le lisons.
L’auteure a pris l’option d’explorer les faits mais touche à peine aux émotions, les effleurant, ce qui me fait dire qu’il s’agit presque d’une approche documentaire. On apprendra l’horaire de vie de ces hommes-là, le compte-rendu du travail qu’ils accomplissement, se mesurant parfois à aussi grandiose que des montagnes mais la jeune femme restera en surface de sa relation avec son père. Ou de son oncle. Pourtant, c’est un important geste de retrouvailles de sa part d’aller passer une semaine sur son « terrain de jeu » pour mieux le comprendre, laissant avec regret son bambin.
Ce roman est à prendre pour le meilleur qu’il a à offrir, une observation fidèle de ces hommes expatriés de leur famille qui travaillent dans des chantiers où tout est ramené aux besoins rudimentaires : travailler, manger, dormir, boire. Et parfois, boire trop. Dans des dialogues directs, rythmés au point de chanter à nos oreilles.
C’est avec la complicité de son père qu’elle se fait passer pour un commis de bureau et arrive sur les lieux pour une semaine avec crayons et questions. Elle, dont le but premier est de sonder, et d’écrire de la poésie, je me suis demandé si elle allait trouver l’inspiration. J’étais aussi inquiète qu’elle ! De petites cabines pour dormir sur des terrains vagues, jonchés de pierres, une cafétéria bruyante, de gigantesques engins à véhiculer sur de longues distances. Et le langage direct employé par des hommes, des hommes et toujours des hommes. Quelques femmes seulement sont engagées dans les cuisines et elles sont pour la plupart des Indiennes.
Un univers rarement décrit dans un roman, déjà un bon point pour l’idée.
La poétesse arrive dans ce milieu de gars qui ne font pas dans la dentelle. Elle s’inquiète de son audace ; trouvera-t-elle le temps long ? Regrettera-t-elle ce geste de laisser sa famille derrière elle, son bébé d’un an et son chum ? D’ailleurs, tout au long du roman, c’est à son conjoint qu’elle adresse le journal qu’elle écrit sur les lieux.
Sa transplantation se fera facilement, je dirais même immédiatement, ne serait-ce que par le langage qu’elle emploie. Elle écrit peut-être comme une poétesse (on n’aura pas le loisir de le vérifier!), mais elle parle comme son père, son oncle et tous les hommes de chantier. Le moins que l’on puisse dire est que ça tombe bien. On pourrait aussi dire que c’est arrangé avec la « fille des vues » mais comme c’est facile de jouer le jeu, l’auteure est habile, presque ensorcelante, nous sommes preneurs de ces dialogues d’un naturel remarquable. On entend ce livre, autant que nous le lisons.
L’auteure a pris l’option d’explorer les faits mais touche à peine aux émotions, les effleurant, ce qui me fait dire qu’il s’agit presque d’une approche documentaire. On apprendra l’horaire de vie de ces hommes-là, le compte-rendu du travail qu’ils accomplissement, se mesurant parfois à aussi grandiose que des montagnes mais la jeune femme restera en surface de sa relation avec son père. Ou de son oncle. Pourtant, c’est un important geste de retrouvailles de sa part d’aller passer une semaine sur son « terrain de jeu » pour mieux le comprendre, laissant avec regret son bambin.
Ce roman est à prendre pour le meilleur qu’il a à offrir, une observation fidèle de ces hommes expatriés de leur famille qui travaillent dans des chantiers où tout est ramené aux besoins rudimentaires : travailler, manger, dormir, boire. Et parfois, boire trop. Dans des dialogues directs, rythmés au point de chanter à nos oreilles.
lundi 16 mai 2016
Le géant de Francine Brunet
Après Le Nain, voici Le géant. Bien entendu, on a voulu une continuité par l'opposition des titres.
D’entrée de jeu, je déclare que Victor, Le géant est le personnage qui m’a le moins frappé dans cette histoire. Ce n’est pas parce qu’un personnage remplit une pièce par ses six pieds et sept pouces qu’il captera tous les regards. Rosita ou Rosie, sa fille de quatorze ans sait beaucoup plus attirer l’attention par son intensité d’adolescence : sa complexité, son ambiguïté. En plus, elle tente de tenir l’équilibre entre deux familles : son père, Victor et sa conjointe aux origines amérindiennes et sa mère dans un couple homosexuel. Il y a de quoi ramer pour une ado, car les deux familles sont quasiment aussi couveuses une que l’autre. Je dis quasiment, car le couple de femmes ne donnent pas leur place. Il n'y a pas beaucoup d’adolescentes qui rêveraient d’avoir deux mères pour le prix d’une !
Rosie réclame donc de l’espace pour laisser grandir son identité. Et avec raison. Cette jeune fille en a besoin, car elle se donne corps et âme pour sa jeune sœur Babal, qui est aussi spéciale que l’est son prénom. Elle l'aime, l'entoure de son amour, lui voue une admiration qui étonne. Babal déclame de longues tirades et on ne sait trop d’où elles sortent. Cet enfant de cinq ans est un peu bizarre et du coup inquiète son entourage. En bout de ligne, les deux enfants inquiètent leurs parents qui iront chercher de l’aide psychologique extérieure.
Mais revenons au géant qui se réclame d'être le centre de l’action. Il exerce le métier de camionneur. Lui et ses acolytes tuent tous les clichés avant même qu'ils sortent de leur sac. Par exemple, Victor est à la tête d’un club de lecture pour camionneurs. Ces coéquipiers ne lisent pas, ils écoutent des livres pendant qu’ils tiennent leurs volants pendant leurs randonnées au long cours. Et ils adorent cette activité. Faut dire que la voix mystérieuse qui lit les histoires les envoûte tous, autant qu'ils sont.
Bon, ai-je aimé mon escapade au pays du géant ou plutôt au pays des atypiques ? Je fais remarquer qu'aucune personne n’a un parcours typique dans cette histoire, et cela passe sans que l’on crie au cirque. L’auteure a une manière de raconter, comme si nous étions dans la normalité, assez que l’on se croit dans la normalité, ce qui incombe au talent brut de Francine Brunet. Un point m'a dérangé et c'est le fait que le géant porte le titre du roman quant en fait je suis passé à côté de lui dans cette histoire. Même s’il tisse ou porte de nombreux liens, on ne le connaitra pas plus au début qu’à la fin. Ce que l’on sait dès le début « C’est un bon diable », en fermant le couvercle du livre, on se passe la remarque « C’est un bon diable ». Il reste un mystère. Si le titre du roman avait été autre que « Le géant », cela m’aurait évité une frustration. C’est bénin, diront certains, et je suis bien d’accord, cela ne vaut pas la peine de bouder son plaisir pour autant.
Je termine sur cette note : Le club de lecture et l’abondance de références littéraires m’ont beaucoup fait penser à Jacques Poulin. Et je suis toujours aussi curieuse de lire le troisième roman de cette auteure qui est en train de faire sa marque.
D’entrée de jeu, je déclare que Victor, Le géant est le personnage qui m’a le moins frappé dans cette histoire. Ce n’est pas parce qu’un personnage remplit une pièce par ses six pieds et sept pouces qu’il captera tous les regards. Rosita ou Rosie, sa fille de quatorze ans sait beaucoup plus attirer l’attention par son intensité d’adolescence : sa complexité, son ambiguïté. En plus, elle tente de tenir l’équilibre entre deux familles : son père, Victor et sa conjointe aux origines amérindiennes et sa mère dans un couple homosexuel. Il y a de quoi ramer pour une ado, car les deux familles sont quasiment aussi couveuses une que l’autre. Je dis quasiment, car le couple de femmes ne donnent pas leur place. Il n'y a pas beaucoup d’adolescentes qui rêveraient d’avoir deux mères pour le prix d’une !
Rosie réclame donc de l’espace pour laisser grandir son identité. Et avec raison. Cette jeune fille en a besoin, car elle se donne corps et âme pour sa jeune sœur Babal, qui est aussi spéciale que l’est son prénom. Elle l'aime, l'entoure de son amour, lui voue une admiration qui étonne. Babal déclame de longues tirades et on ne sait trop d’où elles sortent. Cet enfant de cinq ans est un peu bizarre et du coup inquiète son entourage. En bout de ligne, les deux enfants inquiètent leurs parents qui iront chercher de l’aide psychologique extérieure.
Mais revenons au géant qui se réclame d'être le centre de l’action. Il exerce le métier de camionneur. Lui et ses acolytes tuent tous les clichés avant même qu'ils sortent de leur sac. Par exemple, Victor est à la tête d’un club de lecture pour camionneurs. Ces coéquipiers ne lisent pas, ils écoutent des livres pendant qu’ils tiennent leurs volants pendant leurs randonnées au long cours. Et ils adorent cette activité. Faut dire que la voix mystérieuse qui lit les histoires les envoûte tous, autant qu'ils sont.
Bon, ai-je aimé mon escapade au pays du géant ou plutôt au pays des atypiques ? Je fais remarquer qu'aucune personne n’a un parcours typique dans cette histoire, et cela passe sans que l’on crie au cirque. L’auteure a une manière de raconter, comme si nous étions dans la normalité, assez que l’on se croit dans la normalité, ce qui incombe au talent brut de Francine Brunet. Un point m'a dérangé et c'est le fait que le géant porte le titre du roman quant en fait je suis passé à côté de lui dans cette histoire. Même s’il tisse ou porte de nombreux liens, on ne le connaitra pas plus au début qu’à la fin. Ce que l’on sait dès le début « C’est un bon diable », en fermant le couvercle du livre, on se passe la remarque « C’est un bon diable ». Il reste un mystère. Si le titre du roman avait été autre que « Le géant », cela m’aurait évité une frustration. C’est bénin, diront certains, et je suis bien d’accord, cela ne vaut pas la peine de bouder son plaisir pour autant.
Je termine sur cette note : Le club de lecture et l’abondance de références littéraires m’ont beaucoup fait penser à Jacques Poulin. Et je suis toujours aussi curieuse de lire le troisième roman de cette auteure qui est en train de faire sa marque.
jeudi 5 mai 2016
La malédiction T.3: Le cri de l'épervier de Louise Simard
Je lis rarement une série à plusieurs tomes, celle-ci étant mon exception à la règle. Vous comprendrez pourquoi : l’action se déroule dans ma région, principalement à Sherbrooke, à Orford et même à Magog. Et j’ajouterai que Louise Simard manie bien le roman historique, probablement que son expérience, vingt-cinq publications à ce jour, n’est pas étrangère à ce savoir-faire.
Au tome 2, Le confluent des rivières, je me suis attachée à Charlotte, une femme d’affaires, tisserande menant sa barque seule, mère de famille et sans homme pour la soutenir. Elle a été une femme aimée et qui aime mais n’est décidément pas chanceuse au chapitre des amours.
Pour ce tome 3, intitulé « Le cri de l’épervier », l’auteure prend du recul face à son personnage de Charlotte, ce qui permettra au lecteur de développer des liens plus étroits avec la famille dans son ensemble. Charlotte a eu deux fils de pères différents : Tom né d’un père Abénaquis et Joshua d’un père porté sur la bouteille. Sans oublier Isabelle, une fille qu'elle a adoptée par un concours de circonstance qui a prouvé une fois de plus qu’elle est une femme de cœur. Il y a également son homme de mains, François, un employé qui prend soin du troupeau de moutons comme si c’était sa propre entreprise. Ces quatre jeunes, sous la barre de la vingtaine sont bien campés dans leurs différences et leurs destins hétéroclites se tissent sous nos yeux curieux.
Quatre destinées forment le nœud de cette histoire qui aborde l’amour passionné, la loyauté familiale et de solides liens d’amitié. Même si nous suivons les quatre, c’est Joshua, l’ainé des garçons qui montera sur la sellette. J’ai pris son destin à cœur un peu plus que les autres pour le paradoxal de son caractère ; aimant et violent. Le jeune homme se bat contre de puissants démons intérieurs dont une féroce jalousie. On peut conclure qu’il a une génétique lourde mais que l’éducation reçue de sa mère pourrait venir équilibrer ses penchants impétueux, en autant qu’il y mette de sa propre volonté. Jusqu’à quel point voudra-t-il y mettre du sien pour arriver à dompter ses élans colériques et sa propension à s’évader dans l’alcool ?
Je me suis sincèrement inquiétée pour Joshua tout en m'intéressant à Isabelle, dont le cœur rempli d’amour à donner, s’enflamme comme une brindille de foin sous l’allumette. Ces deux jeunes m’ont tenu en haleine et j’ai été incapable de discerner à l’avance le contour que prendrait leur vie. J’aime être déjouée par un auteur en autant que le tout reste crédible. C’est assurément le cas ici.
Le roman nous permet de constater jusqu’à quel point la vie est dure en ce début de 18e siècle. Une femme doit doublement se battre pour occuper une place enviable et, heureusement, Louise Simard a décidé de pointer le côté fort des femmes, au lieu du faible. Parce que l'on a bien sûr toujours le choix de montrer la moitié du verre vide ou sa moitié pleine.
J’ai grandement aimé ce tome 3 même si l’auteur exige de son lectorat un important sens de l’adaptation pour assimiler des revirements majeurs.
Au tome 2, Le confluent des rivières, je me suis attachée à Charlotte, une femme d’affaires, tisserande menant sa barque seule, mère de famille et sans homme pour la soutenir. Elle a été une femme aimée et qui aime mais n’est décidément pas chanceuse au chapitre des amours.
Pour ce tome 3, intitulé « Le cri de l’épervier », l’auteure prend du recul face à son personnage de Charlotte, ce qui permettra au lecteur de développer des liens plus étroits avec la famille dans son ensemble. Charlotte a eu deux fils de pères différents : Tom né d’un père Abénaquis et Joshua d’un père porté sur la bouteille. Sans oublier Isabelle, une fille qu'elle a adoptée par un concours de circonstance qui a prouvé une fois de plus qu’elle est une femme de cœur. Il y a également son homme de mains, François, un employé qui prend soin du troupeau de moutons comme si c’était sa propre entreprise. Ces quatre jeunes, sous la barre de la vingtaine sont bien campés dans leurs différences et leurs destins hétéroclites se tissent sous nos yeux curieux.
Quatre destinées forment le nœud de cette histoire qui aborde l’amour passionné, la loyauté familiale et de solides liens d’amitié. Même si nous suivons les quatre, c’est Joshua, l’ainé des garçons qui montera sur la sellette. J’ai pris son destin à cœur un peu plus que les autres pour le paradoxal de son caractère ; aimant et violent. Le jeune homme se bat contre de puissants démons intérieurs dont une féroce jalousie. On peut conclure qu’il a une génétique lourde mais que l’éducation reçue de sa mère pourrait venir équilibrer ses penchants impétueux, en autant qu’il y mette de sa propre volonté. Jusqu’à quel point voudra-t-il y mettre du sien pour arriver à dompter ses élans colériques et sa propension à s’évader dans l’alcool ?
Je me suis sincèrement inquiétée pour Joshua tout en m'intéressant à Isabelle, dont le cœur rempli d’amour à donner, s’enflamme comme une brindille de foin sous l’allumette. Ces deux jeunes m’ont tenu en haleine et j’ai été incapable de discerner à l’avance le contour que prendrait leur vie. J’aime être déjouée par un auteur en autant que le tout reste crédible. C’est assurément le cas ici.
Le roman nous permet de constater jusqu’à quel point la vie est dure en ce début de 18e siècle. Une femme doit doublement se battre pour occuper une place enviable et, heureusement, Louise Simard a décidé de pointer le côté fort des femmes, au lieu du faible. Parce que l'on a bien sûr toujours le choix de montrer la moitié du verre vide ou sa moitié pleine.
J’ai grandement aimé ce tome 3 même si l’auteur exige de son lectorat un important sens de l’adaptation pour assimiler des revirements majeurs.
vendredi 22 avril 2016
La fiancée du facteur de Denis Thériault
Tout chaud sorti des presses, ce roman a été inventé, imaginé, fabulé par monsieur Denis Thériault. Avant tout, cette question que je désire vous poser depuis longtemps : le connaissez-vous ? À part de vous douter que c’est un de mes auteurs préférés ; savez-vous qu’il a été publié dans 18 pays et en 11 langues ? Je vous en bouche un coin, n’est-ce pas ! La fiancée du facteur est son quatrième roman et il se veut une prolongation de l’ambiance et des personnages de son deuxième roman : Le facteur émotif (Entre les deux, il y a eu La fille qui n’existait pas que j’ai adoré).
Le personnage du facteur est toujours aussi central dans cette histoire, et donc on y retrouve de la calligraphie, de la correspondance, des haïkus, et rajoutons l’ingrédient qui lie le tout : l’amour entre un homme et deux femmes.
Un nouveau personnage fait son apparition, Tania, d’origine Bavaroise, qui se dépose à Montréal pour ses études, desquelles on n’entendra pas parler, trop occupée qu’elle est à son emploi de serveuse au Madelinot. C’est entre une portion de tarte servie au facteur Bilodo et des échanges timides sur la calligraphie et les haïkus que Tania attrapera son sérieux béguin pour ce facteur. Lui, se présente toujours penché, soit au-dessus de son assiette, soit au-dessus d’une feuille de papier.
Leur histoire s’amorce par un quiproquo qui sera fièrement récupéré par la jeune serveuse qui est prête à tout pour conquérir « son » facteur. Elle a décidé qu’il était l’homme de sa vie, ce qui entraine à ses yeux qu’il devra, tôt ou tard, la considérer comme la femme de sa vie. L’audace, l’esprit d’entreprise et la flamme d’idéalisation suffiront-t-ils à ce qu’il devienne sien ? Cette serveuse de 23 ans aura les éléments naturels de son bord ; un orage fera basculer, en même temps que ses trombes d’eau, le destin.
Cela peut parait assez énigmatique, eh bien, ce l’est, mais attention pas hermétique pour un sou.
La volonté de cette Tania est passionnante à voir se décliner par des actions téméraires, l’appropriation de ce Bilodo devenant son plan de vie. Et je vous assure qu’elle a plusieurs astuces à son arc. Et puis, le cher Bilodo est tout un numéro, il ne donne pas lui non plus son pareil pour sublimer l’être aimé avec qui il entretient une correspondance. La rivale de Tania n’est pas visible dans le quotidien de l’auteur de haïkus, ce qui lui accorde un avantage considérable. Vous imaginez bien que la partie ne se gagne pas facilement quand on se bat contre un amour qui ne se confronte jamais à la réalité. On parle ici quasiment d’un amour fétiche.
Par la bande, Denis Thériault se trouve à aborder la question de l’identité préservé, ou non, lorsque l'on se voit envahi de la flamme amoureuse. Être amoureux implique-t-il de connaître une personne ? Pas nécessairement. Et si on ne connaît pas vraiment une personne, qui aime-t-on alors ? Peut-on se forger un être aimé ? Et si oui, nous gardons le contrôle de la situation quant en fait, l’amour n’est-il pas des pages blanches que l’on remplit à deux ? Dans cette histoire, attendez-vous à vous faire jouer des tours par le destin taquin.
La fiancée du facteur est une formidable démonstration de l’apprivoisement, qui va dans tous les sens et prend tout son sens. Ce roman est tout cela et plus encore, car il est abondamment et régulièrement assaisonné de ces petits poèmes aux trois petits tours et puis s’en vont que l’on nomme des haïkus :
Le personnage du facteur est toujours aussi central dans cette histoire, et donc on y retrouve de la calligraphie, de la correspondance, des haïkus, et rajoutons l’ingrédient qui lie le tout : l’amour entre un homme et deux femmes.
Un nouveau personnage fait son apparition, Tania, d’origine Bavaroise, qui se dépose à Montréal pour ses études, desquelles on n’entendra pas parler, trop occupée qu’elle est à son emploi de serveuse au Madelinot. C’est entre une portion de tarte servie au facteur Bilodo et des échanges timides sur la calligraphie et les haïkus que Tania attrapera son sérieux béguin pour ce facteur. Lui, se présente toujours penché, soit au-dessus de son assiette, soit au-dessus d’une feuille de papier.
Leur histoire s’amorce par un quiproquo qui sera fièrement récupéré par la jeune serveuse qui est prête à tout pour conquérir « son » facteur. Elle a décidé qu’il était l’homme de sa vie, ce qui entraine à ses yeux qu’il devra, tôt ou tard, la considérer comme la femme de sa vie. L’audace, l’esprit d’entreprise et la flamme d’idéalisation suffiront-t-ils à ce qu’il devienne sien ? Cette serveuse de 23 ans aura les éléments naturels de son bord ; un orage fera basculer, en même temps que ses trombes d’eau, le destin.
Cela peut parait assez énigmatique, eh bien, ce l’est, mais attention pas hermétique pour un sou.
La volonté de cette Tania est passionnante à voir se décliner par des actions téméraires, l’appropriation de ce Bilodo devenant son plan de vie. Et je vous assure qu’elle a plusieurs astuces à son arc. Et puis, le cher Bilodo est tout un numéro, il ne donne pas lui non plus son pareil pour sublimer l’être aimé avec qui il entretient une correspondance. La rivale de Tania n’est pas visible dans le quotidien de l’auteur de haïkus, ce qui lui accorde un avantage considérable. Vous imaginez bien que la partie ne se gagne pas facilement quand on se bat contre un amour qui ne se confronte jamais à la réalité. On parle ici quasiment d’un amour fétiche.
Par la bande, Denis Thériault se trouve à aborder la question de l’identité préservé, ou non, lorsque l'on se voit envahi de la flamme amoureuse. Être amoureux implique-t-il de connaître une personne ? Pas nécessairement. Et si on ne connaît pas vraiment une personne, qui aime-t-on alors ? Peut-on se forger un être aimé ? Et si oui, nous gardons le contrôle de la situation quant en fait, l’amour n’est-il pas des pages blanches que l’on remplit à deux ? Dans cette histoire, attendez-vous à vous faire jouer des tours par le destin taquin.
La fiancée du facteur est une formidable démonstration de l’apprivoisement, qui va dans tous les sens et prend tout son sens. Ce roman est tout cela et plus encore, car il est abondamment et régulièrement assaisonné de ces petits poèmes aux trois petits tours et puis s’en vont que l’on nomme des haïkus :
Tourbillonnant comme l’eau
contre le rocher
le temps fait des boucles
samedi 9 avril 2016
L'interrogatoire de Salim Belfakir d'Alain Beaulieu
Alain Beaulieu a écrit une dizaine de romans et je ne l’avais pas encore lu. Il était temps. Un auteur solide, à mon avis. Immédiatement, je me suis sentie entre bonnes mains, l’histoire avait beau s’en aller dans diverses directions, il tenait les brides serrées.
Salim Belfakir est un jeune très bien que l’on apprend à connaître après sa mort. Toute l’histoire conduit à ce fameux interrogatoire qui devient le fin mot de l’histoire. Quand je le qualifie de « très bien », c’est qu’on lui retrouve à peu près que des qualités. Il est un fils aidant et reconnaissant à sa mère qui l’a élevé seule, il est un demi-frère exemplaire, un amoureux prévenant, un ami loyal (peut-être trop).
J’ai eu du plaisir à le suivre dans les dernières semaines de sa vie, car celle-ci reste pleine de surprises. Par exemple, il doit partir de Saint-Malo et aller rejoindre sa famille dans son pays d’origine, le Maroc. Son père, dont il apprend l’existence, vient de décéder.
Par contre, ce n’est pas avec lui que la lectrice a passé le plus de temps, c’est plutôt avec un policier qui prend une retraite forcée, lui aussi, un malouin. Il part pour le Québec, se réfugier à Cap-Santé dans une maison louée sur le bord du fleuve. De très occupé que l’on pouvait l’imaginer, l’ancien inspecteur est maintenant complètement oisif, ayant 24 heures sur 24 pour occuper son esprit et son corps. Il est encore jeune (dans la cinquantaine), en santé, il ne connaît personne au Québec. Que fait-on alors ? Renouer avec sa fille ? Entre autres. J'ai assisté avec curiosité à cette prise de possession de sa vie.
Il y également Éliane Cohen qui se penche sur cette histoire de mort suspecte du jeune Salim. Elle s’attache à cette histoire, convaincue qu’il y dort, depuis un an, une injustice. Une jeune femme assez particulière, plutôt ésotérique, mais qui sait fouiller un cas, en ayant l’air de rien.
Grosso modo, c’est le trio dont, bien entendu, le lien est Salim. Se grefferont quelques personnages secondaires assez fanfarons, tellement secondaires qu’ils pourraient ne pas y être. Je les ai vues comme de la couleur accentuée répandue dans le décor. Du paysage humain.
Tout ça mis ensemble, je ne me suis pas ennuyé une seconde. J’ai été rarement ébloui par le style, mais toujours, je me suis avancé dans ces clair-obscur sans m’enfarger.
Tout est mis en œuvre dans ce roman pour envoyer un message fort, très fort sur la tromperie des apparences, et particulièrement le lot de préjugés charriés sur les immigrés ou ceux qui ont l’air de l’être. Ceux et celles qui n’ont pas l’apparence propre du pays qu’ils habitent.
À mon avis, l’auteur voulait tellement le démontrer qu’il a créé un personnage presque parfait en Salim Belfakir. Je n’aime habituellement pas les personnages parfaits mais vu qu’il est mort, je l’ai accepté. On pardonne tous les défauts aux morts, vous l’avez remarqué, n’est-ce pas ? Alors pourquoi, me suis-je dit, ne pas aussi pardonner leur perfection ? (clin d’œil).
Roman qui fourmille de personnages hétéroclites mais une histoire assise sur un trio solide qui démonte les derniers moments de la vie d’un jeune homme presque parfait.
Salim Belfakir est un jeune très bien que l’on apprend à connaître après sa mort. Toute l’histoire conduit à ce fameux interrogatoire qui devient le fin mot de l’histoire. Quand je le qualifie de « très bien », c’est qu’on lui retrouve à peu près que des qualités. Il est un fils aidant et reconnaissant à sa mère qui l’a élevé seule, il est un demi-frère exemplaire, un amoureux prévenant, un ami loyal (peut-être trop).
J’ai eu du plaisir à le suivre dans les dernières semaines de sa vie, car celle-ci reste pleine de surprises. Par exemple, il doit partir de Saint-Malo et aller rejoindre sa famille dans son pays d’origine, le Maroc. Son père, dont il apprend l’existence, vient de décéder.
Par contre, ce n’est pas avec lui que la lectrice a passé le plus de temps, c’est plutôt avec un policier qui prend une retraite forcée, lui aussi, un malouin. Il part pour le Québec, se réfugier à Cap-Santé dans une maison louée sur le bord du fleuve. De très occupé que l’on pouvait l’imaginer, l’ancien inspecteur est maintenant complètement oisif, ayant 24 heures sur 24 pour occuper son esprit et son corps. Il est encore jeune (dans la cinquantaine), en santé, il ne connaît personne au Québec. Que fait-on alors ? Renouer avec sa fille ? Entre autres. J'ai assisté avec curiosité à cette prise de possession de sa vie.
Il y également Éliane Cohen qui se penche sur cette histoire de mort suspecte du jeune Salim. Elle s’attache à cette histoire, convaincue qu’il y dort, depuis un an, une injustice. Une jeune femme assez particulière, plutôt ésotérique, mais qui sait fouiller un cas, en ayant l’air de rien.
Grosso modo, c’est le trio dont, bien entendu, le lien est Salim. Se grefferont quelques personnages secondaires assez fanfarons, tellement secondaires qu’ils pourraient ne pas y être. Je les ai vues comme de la couleur accentuée répandue dans le décor. Du paysage humain.
Tout ça mis ensemble, je ne me suis pas ennuyé une seconde. J’ai été rarement ébloui par le style, mais toujours, je me suis avancé dans ces clair-obscur sans m’enfarger.
Tout est mis en œuvre dans ce roman pour envoyer un message fort, très fort sur la tromperie des apparences, et particulièrement le lot de préjugés charriés sur les immigrés ou ceux qui ont l’air de l’être. Ceux et celles qui n’ont pas l’apparence propre du pays qu’ils habitent.
À mon avis, l’auteur voulait tellement le démontrer qu’il a créé un personnage presque parfait en Salim Belfakir. Je n’aime habituellement pas les personnages parfaits mais vu qu’il est mort, je l’ai accepté. On pardonne tous les défauts aux morts, vous l’avez remarqué, n’est-ce pas ? Alors pourquoi, me suis-je dit, ne pas aussi pardonner leur perfection ? (clin d’œil).
Roman qui fourmille de personnages hétéroclites mais une histoire assise sur un trio solide qui démonte les derniers moments de la vie d’un jeune homme presque parfait.
mardi 5 avril 2016
Hangar No 7 de Paul Mainville
Paul Mainville ? Connais pas. Hangar no 7 ? Titre peu attirant. Mais ce livre est entre mes mains, et je ne sais pas pourquoi, je suis poussé à l’ouvrir. Ça parle de cirque. Je n’aime pas particulièrement le monde du cirque mais ce livre demeure dans ma main. Il insiste.
J’apprends sur le quatrième de couverture, qu’au départ il se destinait à se présenter en un long-métrage et, puis, l’histoire s’est couchée sur des feuilles. Je ne sais pas pourquoi, il a abouti en livre, et cela aurait été dommage que ce soit seulement un film, nous aurions manqué une bonne lecture. Il m’a tenu en haleine et j’ai souffert en même temps que ses personnages auxquels j’ai beaucoup cru.
L’histoire se présente sous forme d’entrevue, la journaliste se faisant tout d’abord discrète par ses questions à Albert. Elle veut entendre parler ce directeur de la troupe Cirque des montagnes bleues qui, malgré ses 65 ans, a monté un spectacle dans sa ville, en l’honneur des survivants de cette troupe décimée.
Cet Albert raconte bien. Il plonge dans ses souvenirs qui se déroulent sous nos yeux, comme un film justement. Je les ai tous vus, chacun des membres de cette troupe a existé. Et intensément existé. Faut dire qu’assez rapidement, ils sont placés dans une situation de crise aigüe. C’est la guerre et ils sont capturés et amenés dans un camp. On pense tout de suite aux camps de concentration nazis. Les conditions sont aussi mauvaises, le dédain aussi fort, l’autorité aussi cruelle, écartant les femmes et les enfants des hommes, les faisant geler avec le strict minimum de nourriture et d’hygiène.
Mais la troupe sera traitée différemment des autres prisonniers. Est-ce vraiment une chance ? La question se pose. Les membres de cette troupe tissée serrée doivent divertir leurs supérieurs, pour ne pas dire leurs tyrans, en leur préparant, avec des moyens minimalistes, d’excellents spectacles. Sinon, gare aux sévices, les haut-gradés seront sans pitié.
Albert a été le directeur de cette troupe, accompagnée de sa femme qui porte un enfant dans ces conditions inhumaines. Bien entendu, nous savons qu’il y a eu survivance puisque l’histoire nous est racontée, mais le « comment » est semé de rebondissements inattendus. Il m’est arrivé de retenir mon souffle, tellement j’avais peur pour eux. Chaque personnage est crédible et l'on s’y attache solidement.
Curieusement, j’ai mieux saisi les personnages entourant Albert, que lui-même. Celui-ci reste plus hermétique, un peu dans l’ombre de son humilité. Il y a une grosse surprise à la fin. C’est plaisant les surprises, même celles que l’on sent venir.
J’ai nettement préféré le premier deux-tiers du roman, plus intense, les gestes posés pour la survie sont si exacerbés que lorsque l’on retourne à du quotidien, on perd de cette dose d’adrénaline de lecteur. Ça fait un fort contraste, disons.
Mais dans l’ensemble, mon cœur a assez palpité pour le recommander chaudement. Imaginez les amateurs de troupe de cirque maintenant ! Ils vont certainement en raffoler.
J’apprends sur le quatrième de couverture, qu’au départ il se destinait à se présenter en un long-métrage et, puis, l’histoire s’est couchée sur des feuilles. Je ne sais pas pourquoi, il a abouti en livre, et cela aurait été dommage que ce soit seulement un film, nous aurions manqué une bonne lecture. Il m’a tenu en haleine et j’ai souffert en même temps que ses personnages auxquels j’ai beaucoup cru.
L’histoire se présente sous forme d’entrevue, la journaliste se faisant tout d’abord discrète par ses questions à Albert. Elle veut entendre parler ce directeur de la troupe Cirque des montagnes bleues qui, malgré ses 65 ans, a monté un spectacle dans sa ville, en l’honneur des survivants de cette troupe décimée.
Cet Albert raconte bien. Il plonge dans ses souvenirs qui se déroulent sous nos yeux, comme un film justement. Je les ai tous vus, chacun des membres de cette troupe a existé. Et intensément existé. Faut dire qu’assez rapidement, ils sont placés dans une situation de crise aigüe. C’est la guerre et ils sont capturés et amenés dans un camp. On pense tout de suite aux camps de concentration nazis. Les conditions sont aussi mauvaises, le dédain aussi fort, l’autorité aussi cruelle, écartant les femmes et les enfants des hommes, les faisant geler avec le strict minimum de nourriture et d’hygiène.
Mais la troupe sera traitée différemment des autres prisonniers. Est-ce vraiment une chance ? La question se pose. Les membres de cette troupe tissée serrée doivent divertir leurs supérieurs, pour ne pas dire leurs tyrans, en leur préparant, avec des moyens minimalistes, d’excellents spectacles. Sinon, gare aux sévices, les haut-gradés seront sans pitié.
Albert a été le directeur de cette troupe, accompagnée de sa femme qui porte un enfant dans ces conditions inhumaines. Bien entendu, nous savons qu’il y a eu survivance puisque l’histoire nous est racontée, mais le « comment » est semé de rebondissements inattendus. Il m’est arrivé de retenir mon souffle, tellement j’avais peur pour eux. Chaque personnage est crédible et l'on s’y attache solidement.
Curieusement, j’ai mieux saisi les personnages entourant Albert, que lui-même. Celui-ci reste plus hermétique, un peu dans l’ombre de son humilité. Il y a une grosse surprise à la fin. C’est plaisant les surprises, même celles que l’on sent venir.
J’ai nettement préféré le premier deux-tiers du roman, plus intense, les gestes posés pour la survie sont si exacerbés que lorsque l’on retourne à du quotidien, on perd de cette dose d’adrénaline de lecteur. Ça fait un fort contraste, disons.
Mais dans l’ensemble, mon cœur a assez palpité pour le recommander chaudement. Imaginez les amateurs de troupe de cirque maintenant ! Ils vont certainement en raffoler.
jeudi 24 mars 2016
Travaux manuels - Collectif de nouvelles érotiques
Je n’aime pas particulièrement les nouvelles, pourtant, je devais absolument lire ce collectif de nouvelles érotiques. Pourquoi ? Pour saluer l’ingéniosité de la présentation : le titre et la couverture. Le titre : pouvez-vous plus subtil, plus amusant, plus vrai ? La couverture ? Des nervures de bois et si vous y regardez de près, un certain nœud suggère le sexe féminin.
Le contenant était assez attirant pour que j’aie le goût d’aller à la découverte du contenu, suivant le principe même de l’univers sexuel.
Seize nouvelles, seize couleurs, seize sexualités. Commençons par le point commun, je suis tenté de parler de point G, parce que c’est presque ça. Sur la place publique, lorsqu’on parle de sexualité, elle rime plus souvent qu’autrement avec la sexualité masculine. Ces fois-ci, c’est la sexualité féminine qui prend le dessus ce qui, ma foi, m’a beaucoup plu.
Quand il s’agit de nouvelles sur un même thème, j’ai tendance à me lasser, trouvant les synopsis redondants, c’est ce qui est d’ailleurs survenu avec le recueil « Crimes à la bibliothèque », que je n’ai pas pu terminer. Avec Travaux manuels, mon désir est resté intact jusqu’à la toute dernière (et non la moindre !). En érotisme, on le sait, le désir prévaut sur la consommation ou en tout cas compte énormément. Sans désir, point d’érotisme, seulement une consommation nommée crument « sexe ».
La majorité des nouvelles nous amène visiter des fantasmes ou vers une réalité personnelle empreinte d’imagination élevée au carré. Globalement, j’ai été interloqué de la définition de l’érotisme de chacun. Vraiment. Je m’explique. Peut-être que le mot s’est modernisé sans que je le réalise mais, pour moi, érotisme signifiait suggéré plus que proposé. J’y voyais des voiles, des devinettes, des transparences, des effeuillements lents, des hors d’œuvres, sans que l’on aboutisse nécessairement à une consommation pure et dure. On m’a vite détourné de cette définition et cela dès la première nouvelle qui donne le ton. Suite à ces lectures, je conclus que érotisme est un synonyme de sexualité.
Certaines sont plus chargées de sensualité, trois seulement avaient un côté préfabriqué. Qu’est-ce que j’entends par là ? Je veux dire, qui ne semble pas venir de l’intime, qui ne sonne pas personnel, qui m’apparaissait tirer d’un magazine ou d’un film. Bref, d’un déjà-vu d’un quelque part chez quelqu’un. En fait, je les bénis car elles étaient certainement là pour me faire apprécier les autres.
On dit souvent que le rire est personnel (on ne rit pas tous aussi fort des mêmes blagues), ce n’est jamais aussi vrai qu’en ce qui a trait aux fantasmes érotiques. Les fantasmes sont des empreintes aussi personnelles que les empreintes digitales.
D'avoir rapatrier ces nouvelles sous le mot « érotisme » au lieu de « sexe » a comme bénéfice de nous tenir loin des nouvelles qui auraient pu sonner : « travaux forcés ». Dieu soit loué ... ou le directeur littéraire, Stéphane Dompierre, c’est selon.
Ceci dit, je n’ai jamais autant entendu parler de fluides et de sécrétions féminines de toute ma vie ! Pendant ces lectures, j’en ai même oublié qu’un homme éjaculait et cru que ce privilège restait essentiellement féminin. Et j’exagère à peine ! Soyez curieuses, mesdames et messieurs ; allez vérifier.
Ce recueil est un parfait exemple d'une sphère plus que privée qui rejoint la plus que publique.
Le contenant était assez attirant pour que j’aie le goût d’aller à la découverte du contenu, suivant le principe même de l’univers sexuel.
Seize nouvelles, seize couleurs, seize sexualités. Commençons par le point commun, je suis tenté de parler de point G, parce que c’est presque ça. Sur la place publique, lorsqu’on parle de sexualité, elle rime plus souvent qu’autrement avec la sexualité masculine. Ces fois-ci, c’est la sexualité féminine qui prend le dessus ce qui, ma foi, m’a beaucoup plu.
Quand il s’agit de nouvelles sur un même thème, j’ai tendance à me lasser, trouvant les synopsis redondants, c’est ce qui est d’ailleurs survenu avec le recueil « Crimes à la bibliothèque », que je n’ai pas pu terminer. Avec Travaux manuels, mon désir est resté intact jusqu’à la toute dernière (et non la moindre !). En érotisme, on le sait, le désir prévaut sur la consommation ou en tout cas compte énormément. Sans désir, point d’érotisme, seulement une consommation nommée crument « sexe ».
La majorité des nouvelles nous amène visiter des fantasmes ou vers une réalité personnelle empreinte d’imagination élevée au carré. Globalement, j’ai été interloqué de la définition de l’érotisme de chacun. Vraiment. Je m’explique. Peut-être que le mot s’est modernisé sans que je le réalise mais, pour moi, érotisme signifiait suggéré plus que proposé. J’y voyais des voiles, des devinettes, des transparences, des effeuillements lents, des hors d’œuvres, sans que l’on aboutisse nécessairement à une consommation pure et dure. On m’a vite détourné de cette définition et cela dès la première nouvelle qui donne le ton. Suite à ces lectures, je conclus que érotisme est un synonyme de sexualité.
Certaines sont plus chargées de sensualité, trois seulement avaient un côté préfabriqué. Qu’est-ce que j’entends par là ? Je veux dire, qui ne semble pas venir de l’intime, qui ne sonne pas personnel, qui m’apparaissait tirer d’un magazine ou d’un film. Bref, d’un déjà-vu d’un quelque part chez quelqu’un. En fait, je les bénis car elles étaient certainement là pour me faire apprécier les autres.
On dit souvent que le rire est personnel (on ne rit pas tous aussi fort des mêmes blagues), ce n’est jamais aussi vrai qu’en ce qui a trait aux fantasmes érotiques. Les fantasmes sont des empreintes aussi personnelles que les empreintes digitales.
D'avoir rapatrier ces nouvelles sous le mot « érotisme » au lieu de « sexe » a comme bénéfice de nous tenir loin des nouvelles qui auraient pu sonner : « travaux forcés ». Dieu soit loué ... ou le directeur littéraire, Stéphane Dompierre, c’est selon.
Ceci dit, je n’ai jamais autant entendu parler de fluides et de sécrétions féminines de toute ma vie ! Pendant ces lectures, j’en ai même oublié qu’un homme éjaculait et cru que ce privilège restait essentiellement féminin. Et j’exagère à peine ! Soyez curieuses, mesdames et messieurs ; allez vérifier.
Ce recueil est un parfait exemple d'une sphère plus que privée qui rejoint la plus que publique.
mercredi 16 mars 2016
Des Papillons pis de la gravité d'Alexandra Larochelle
L’auteure a 22 ans, l’héroïne, 17, et celle-ci s’appelle Frédégonde Hautcoeur. Son nom donne le ton humoristique tiré par les cheveux. Oui, oui, vous avez bien lu, déjà je me compromets et ne reste pas sur le quai à décrire l’action de loin.
Ce roman n’aurait peut-être pas dû me tomber entre les mains car il n’est pas pour moi. Non seulement parce que j’ai dépassé depuis longue date l’adolescence et l’excitation à dénicher le bon prétendant mais parce que j’exècre l’humour cru « fait exprès » pour rire absolument, d'autant plus quand on répète une blague comme un leitmotiv (référence la blague sur l'attraction de la gravité quand on tombe).
Cela ne veut pas dire que certains n’aimeront pas. Si vous aimez ce type d’humour (d’ailleurs, l’auteur rêve d’écrire pour des humoristes et pour la télévision), vous serez enchanté, comme l’a été Shirley Noël d’Info Culture qui l’a dégusté à petites doses comme du bonbon. Elle en a tiré un extrait :
Alexandra Larochelle interpelle la lectrice* à répétition, j’ai dû m’y habituer. J’ai beau avoir conservé mon cœur jeune, cette manière de toujours m’inviter à boire un verre de vin, comme si une grande chum allait m’annoncer les pires catastrophes m’a quelque peu tapé sur les nerfs. Après tout, il est toujours question du même nombril et ce ton sensationnel amplifie le côté égocentrique de l’héroïne.
*le lecteur sera probablement en minorité
Ce que j’ai apprécié du fond de l’histoire est l’apprivoisement de l'ado à la nouvelle conjointe de son père, écartant progressivement ses préjugés à son égard. Ses relations avec les hommes sont édifiantes car elles partent d’emblée d'une bonne disposition d'esprit. Elle s’entend merveilleusement bien avec son père et adore son meilleur ami masculin. Elle ne prend pas pour acquis que les premiers baisers sont les plus exaltants, ce qui fait un peu changement du cliché. En étant patient et en s’infiltrant sous le ton, on réalise que l’héroïne, surnommée amicalement Fred, a une tête bien plantée sur les épaules.
Pour tous ceux qui ont aimé, il y a une bonne nouvelle ; une suite des déboires amoureux de Fred est attendue.
Ce roman n’aurait peut-être pas dû me tomber entre les mains car il n’est pas pour moi. Non seulement parce que j’ai dépassé depuis longue date l’adolescence et l’excitation à dénicher le bon prétendant mais parce que j’exècre l’humour cru « fait exprès » pour rire absolument, d'autant plus quand on répète une blague comme un leitmotiv (référence la blague sur l'attraction de la gravité quand on tombe).
Cela ne veut pas dire que certains n’aimeront pas. Si vous aimez ce type d’humour (d’ailleurs, l’auteur rêve d’écrire pour des humoristes et pour la télévision), vous serez enchanté, comme l’a été Shirley Noël d’Info Culture qui l’a dégusté à petites doses comme du bonbon. Elle en a tiré un extrait :
«T’avais peut-être envie de te faire raconter une histoire à l’eau de rose? Sorry, t’as pas pigé le bon numéro. Ma vie amoureuse, c’est pas particulièrement cute. C’est plein d’épines et ça fait un peu mal. Une histoire à l’eau de cactus, ça se dit ? Whatever, moi, je le dis. Alors si t’as le goût de chialer et d’entendre chialer, amène-toi, ma chum, sors le vino et on va se brailler ça ensemble. T’es prête ? Je pense pas que tu le sois, mais c’est correct. »Cet extrait en dit plus long que le résumé que je pourrais m’évertuer à pondre.
Alexandra Larochelle interpelle la lectrice* à répétition, j’ai dû m’y habituer. J’ai beau avoir conservé mon cœur jeune, cette manière de toujours m’inviter à boire un verre de vin, comme si une grande chum allait m’annoncer les pires catastrophes m’a quelque peu tapé sur les nerfs. Après tout, il est toujours question du même nombril et ce ton sensationnel amplifie le côté égocentrique de l’héroïne.
*le lecteur sera probablement en minorité
Ce que j’ai apprécié du fond de l’histoire est l’apprivoisement de l'ado à la nouvelle conjointe de son père, écartant progressivement ses préjugés à son égard. Ses relations avec les hommes sont édifiantes car elles partent d’emblée d'une bonne disposition d'esprit. Elle s’entend merveilleusement bien avec son père et adore son meilleur ami masculin. Elle ne prend pas pour acquis que les premiers baisers sont les plus exaltants, ce qui fait un peu changement du cliché. En étant patient et en s’infiltrant sous le ton, on réalise que l’héroïne, surnommée amicalement Fred, a une tête bien plantée sur les épaules.
Pour tous ceux qui ont aimé, il y a une bonne nouvelle ; une suite des déboires amoureux de Fred est attendue.
dimanche 6 mars 2016
Le coeur bleu de Aline Apostolska
Le titre, la couverture m’ont été droit au cœur. J’étais d’autant plus curieuse que je n’avais jamais lu Aline Apostolska.
Je n’ai pas été déçue, ni par le livre, ni par l’auteure. Je fais une séparation entre les deux (livre et auteure) mais à peine s’il y en a une. Et c’est d’ailleurs à ce moment-là que l’on ressent le plus fortement le besoin d’en tirer une.
C’est une histoire d’amour. Par ces quelques mots, tout pourrait avoir été dit. Une vraie de vraie qui torture les cœurs à ses premiers balbutiements parce que « normalement », elle ne devrait pas naître, cette histoire.
Les deux cœurs sont situés aux confins un de l’autre, chacun sur son île : l'Île de Montréal et l'Île bleue des Caraïbes. Les corps sont aussi situés aux confins un de l’autre : l’homme est plutôt au début de sa vie et la femme est plus mûre, disons. Qui se torturera le plus pour cet aspect ? La femme, bien sûr. Celle-là même qui a peur de faner, comme toutes les fleurs qui ont été fraiches. La femme sait mieux que l’homme ce qu’est de faner, ne serait-ce que parce que son système reproducteur meurt aux orées de la cinquantaine. L’homme, non, la maturité lui va même bien, le moindrement qu’il prenne soin de lui. Les langues maintenant. Elles devraient s’entremêler dans une même salive eh bien, elles sont différentes : l’espagnol chez un, le français chez l’autre.
Il y a rapidement une terre mitoyenne qui sera jetée entre les deux. Il y aura une recherche des mots mais pas des silences. C’est l’espagnol qui gagne la palme. Des poèmes en langue espagnole jonchent la terre fertile de leur amour. Je ne les ai pas lus, aucun en fait, car j’ai réalisé à la fin seulement qu’il y avait une traduction offerte par l’auteure elle-même.
Ah oui, j’ai complètement oublié de vous dire qu’il s’agit de Roméo et de Juliette. Je me suis retenu de ne pas dire de Juliette et de Roméo car, après tout, c’est Juliette qui s’adresse à nous. De Roméo, on entend parler. Est-il déformé par Juliette ? Nous ne le saurons pas. C’est une histoire de confiance aux perceptions de l’auteure qui vire son cœur à l’envers, comme une poche, le retourne de tous les côtés, essayant de comprendre s’il y a du contenu. Quoi, un amour de vacances à son âge ! Quelle idée bête et dangereuse. Mais Roméo est si convainquant et les corps exultent et elle est tout à coup si jeune sous son regard ; comment résister à cette eau de jouvence ?
C’est une histoire d’amour décortiquée où la moindre graine est fouillée dans les sols fertiles et mouillées. Je ne fais pas de dessin, je vous confie le soin de trouver vos images.
Accrochée à cette écriture franche et directe, tout en pause et en prose, j’ai passé un bon « quart d’heure ». J’ai essayé autant que l'auteure de démystifier les cœurs bleus de ce monde. C’est une histoire intime, si intime que l’on ne voit plus de différence entre le « je » d’un journal et le « je » romancé. Et peut-être, y en a-t-il pas, par tout le savoir-dire et le savoir-faire d’une romancière aguerrie.
Pour les amoureux des cœurs bleus, habitant des îles, qui se rapprochent par mers et ponts.
Je n’ai pas été déçue, ni par le livre, ni par l’auteure. Je fais une séparation entre les deux (livre et auteure) mais à peine s’il y en a une. Et c’est d’ailleurs à ce moment-là que l’on ressent le plus fortement le besoin d’en tirer une.
C’est une histoire d’amour. Par ces quelques mots, tout pourrait avoir été dit. Une vraie de vraie qui torture les cœurs à ses premiers balbutiements parce que « normalement », elle ne devrait pas naître, cette histoire.
Les deux cœurs sont situés aux confins un de l’autre, chacun sur son île : l'Île de Montréal et l'Île bleue des Caraïbes. Les corps sont aussi situés aux confins un de l’autre : l’homme est plutôt au début de sa vie et la femme est plus mûre, disons. Qui se torturera le plus pour cet aspect ? La femme, bien sûr. Celle-là même qui a peur de faner, comme toutes les fleurs qui ont été fraiches. La femme sait mieux que l’homme ce qu’est de faner, ne serait-ce que parce que son système reproducteur meurt aux orées de la cinquantaine. L’homme, non, la maturité lui va même bien, le moindrement qu’il prenne soin de lui. Les langues maintenant. Elles devraient s’entremêler dans une même salive eh bien, elles sont différentes : l’espagnol chez un, le français chez l’autre.
Il y a rapidement une terre mitoyenne qui sera jetée entre les deux. Il y aura une recherche des mots mais pas des silences. C’est l’espagnol qui gagne la palme. Des poèmes en langue espagnole jonchent la terre fertile de leur amour. Je ne les ai pas lus, aucun en fait, car j’ai réalisé à la fin seulement qu’il y avait une traduction offerte par l’auteure elle-même.
Ah oui, j’ai complètement oublié de vous dire qu’il s’agit de Roméo et de Juliette. Je me suis retenu de ne pas dire de Juliette et de Roméo car, après tout, c’est Juliette qui s’adresse à nous. De Roméo, on entend parler. Est-il déformé par Juliette ? Nous ne le saurons pas. C’est une histoire de confiance aux perceptions de l’auteure qui vire son cœur à l’envers, comme une poche, le retourne de tous les côtés, essayant de comprendre s’il y a du contenu. Quoi, un amour de vacances à son âge ! Quelle idée bête et dangereuse. Mais Roméo est si convainquant et les corps exultent et elle est tout à coup si jeune sous son regard ; comment résister à cette eau de jouvence ?
C’est une histoire d’amour décortiquée où la moindre graine est fouillée dans les sols fertiles et mouillées. Je ne fais pas de dessin, je vous confie le soin de trouver vos images.
Accrochée à cette écriture franche et directe, tout en pause et en prose, j’ai passé un bon « quart d’heure ». J’ai essayé autant que l'auteure de démystifier les cœurs bleus de ce monde. C’est une histoire intime, si intime que l’on ne voit plus de différence entre le « je » d’un journal et le « je » romancé. Et peut-être, y en a-t-il pas, par tout le savoir-dire et le savoir-faire d’une romancière aguerrie.
Pour les amoureux des cœurs bleus, habitant des îles, qui se rapprochent par mers et ponts.
vendredi 26 février 2016
Les maisons de Fanny Britt
Tout le monde s’exclame en bien sur ce roman Les maisons. Il m’arrive de me méfier de l’unanimité, tout en étant très attirée, ne serait-ce que pour vérifier si je suis comme tout le monde et, surtout, ne pas passer à côté de deux heures de réjouissance livresque. Eh bien, sans plus tarder, je vous le dis, je fais partie de cette unanimité ; il faut lire « Les maisons ».
Ne vous attendez pas à une mirobolante histoire, ce n’est pas ce qu’il faut aller chercher dans « Les maisons ». Il faut être un lecteur qui n’attend pas la fin spectaculaire mais qui cherche les moyens de parvenir à des fins qui comblent.
L’histoire est ultra simple. Une mère de trois enfants, par le biais de son métier d’agent d’immeuble croise celui qui a été l’amour fou de sa jeunesse. Est-ce que cet amour aux relents idylliques va venir ébranler ce qu’elle a construit de solide avec un homme « aux mains d’ours en guise d’armure » ? Là est toute la question et là est également toute la réponse.
C’est la manière dont la réponse nous est amenée qui séduit. Qui séduit nos sens, un peu notre coeur mais surtout notre esprit. Ce n’est qu’un auteur à l’esprit finement découpé qui peut y arriver. Chaque phrase de Fanny Britt contient du sens. D’ailleurs, on a envie d’encadrer quelques phrases : Nous faisons partie d’un club, le club de celles qui ne parlent pas d’amour comme dans les annonces de lait maternisé, mais qui, dans chaque phrase, dans chaque pli de paupière épuisée, parlent tout de même d’amour et de rien d’autre.
C’est un roman qui parle de l’amour de la vie mais cet amour de la vie est déguisé en grimace. Le personnage principal Tessa ne s’aime pas et, à cause de cela, ne semble pas aimer sa vie. Pourtant, elle décrit la vie avec une perspicacité aiguisée et amusante. Qui dit mieux ? D’après l’auteure entendue en entrevue, Tessa est en colère. J’ajouterai de mon propre cru qu’elle ne se pardonne peut-être pas la banalité de sa vie. Elle aurait voulu être une star puisqu’elle étudiait en musique classique avant de devenir maman. Chose certaine, elle a l’amertume tout en joliesse. Le quotidien sent bon sous sa plume : soit une vente de sucreries pour l’école, soit l’achat d’un maillot, soit le transport d’un pont en bâtons de popsicles, tout prend une tenue ferme et rieuse. Rien n’est mou dans ce roman mais tout est tendre. Je dirais aussi que tout tend vers l’autre (mari, amant, enfant, client) dans la tension autant que dans la tendresse.
L’ex-chum de son ancienne vie devient sa question obsessive : vais-je briser ma vie pour lui ? C’est un prétexte idéal pour des retours dans le passé. Au passé ou au présent, Tessa reste toujours aussi captivante. Qu’est-ce que vous voulez, quand un personnage est intelligent, vrai, lucide ; a-t-on besoin de s’évader de lui ?
J’ai aimé que son mari soit, (je dirais même enfin !), un bel exemple d’homme à marier. Ils sont plutôt rares dans notre littérature, ça fait du bien sous une plume féminine.
Tessa est bonne à marier également, mais le seul hic est qu’elle ne le sait pas. Être une bonne épouse, une bonne mère, un bon être humain ; est-ce à dire d’être parfait et de briller comme une étoile ? Non, bien sûr. Mais d’être vrai, oui, on en réclame !
Roman d’une simplicité vraie à dévorer pour la tendresse de sa chair aigre-douce.
Ne vous attendez pas à une mirobolante histoire, ce n’est pas ce qu’il faut aller chercher dans « Les maisons ». Il faut être un lecteur qui n’attend pas la fin spectaculaire mais qui cherche les moyens de parvenir à des fins qui comblent.
L’histoire est ultra simple. Une mère de trois enfants, par le biais de son métier d’agent d’immeuble croise celui qui a été l’amour fou de sa jeunesse. Est-ce que cet amour aux relents idylliques va venir ébranler ce qu’elle a construit de solide avec un homme « aux mains d’ours en guise d’armure » ? Là est toute la question et là est également toute la réponse.
C’est la manière dont la réponse nous est amenée qui séduit. Qui séduit nos sens, un peu notre coeur mais surtout notre esprit. Ce n’est qu’un auteur à l’esprit finement découpé qui peut y arriver. Chaque phrase de Fanny Britt contient du sens. D’ailleurs, on a envie d’encadrer quelques phrases : Nous faisons partie d’un club, le club de celles qui ne parlent pas d’amour comme dans les annonces de lait maternisé, mais qui, dans chaque phrase, dans chaque pli de paupière épuisée, parlent tout de même d’amour et de rien d’autre.
C’est un roman qui parle de l’amour de la vie mais cet amour de la vie est déguisé en grimace. Le personnage principal Tessa ne s’aime pas et, à cause de cela, ne semble pas aimer sa vie. Pourtant, elle décrit la vie avec une perspicacité aiguisée et amusante. Qui dit mieux ? D’après l’auteure entendue en entrevue, Tessa est en colère. J’ajouterai de mon propre cru qu’elle ne se pardonne peut-être pas la banalité de sa vie. Elle aurait voulu être une star puisqu’elle étudiait en musique classique avant de devenir maman. Chose certaine, elle a l’amertume tout en joliesse. Le quotidien sent bon sous sa plume : soit une vente de sucreries pour l’école, soit l’achat d’un maillot, soit le transport d’un pont en bâtons de popsicles, tout prend une tenue ferme et rieuse. Rien n’est mou dans ce roman mais tout est tendre. Je dirais aussi que tout tend vers l’autre (mari, amant, enfant, client) dans la tension autant que dans la tendresse.
L’ex-chum de son ancienne vie devient sa question obsessive : vais-je briser ma vie pour lui ? C’est un prétexte idéal pour des retours dans le passé. Au passé ou au présent, Tessa reste toujours aussi captivante. Qu’est-ce que vous voulez, quand un personnage est intelligent, vrai, lucide ; a-t-on besoin de s’évader de lui ?
J’ai aimé que son mari soit, (je dirais même enfin !), un bel exemple d’homme à marier. Ils sont plutôt rares dans notre littérature, ça fait du bien sous une plume féminine.
Tessa est bonne à marier également, mais le seul hic est qu’elle ne le sait pas. Être une bonne épouse, une bonne mère, un bon être humain ; est-ce à dire d’être parfait et de briller comme une étoile ? Non, bien sûr. Mais d’être vrai, oui, on en réclame !
Roman d’une simplicité vraie à dévorer pour la tendresse de sa chair aigre-douce.
mercredi 17 février 2016
L'Heure sans ombre de Benoît Bouthillette
Qui suis-je pour dire que j’ai plus ou moins aimé ce roman, dit polar mais qui contient tout ou presque ? Je me fais courtoise et vous le présente afin que vous sachiez un peu de quoi il en retourne, même s’il est ardu de présenter une histoire aussi fertile.
Nous sommes à Cuba, en compagnie de l’enquêteur policier autochtone et chaman, Benjamin Sioui qui n’est pas là pour mener une enquête mais plutôt voir le temps venir. Bien entendu, que le roman ne serait pas aussi consistant (542 pages) si quelque entité n’arrivait pas à l’embarquer dans une histoire assez barbare, celle-ci étant la disparition d’enfants. Cette entité est ni plus ni moins qu’une déesse du panthéon afro-cubain. À noter que celle-ci se fera pressante tout au long du récit, et viendra harceler l’enquêteur celui-ci étant jeté à chaque fois dans une transe comateuse.
Le policier sera admirablement entouré pour mener son enquête, ne serait-ce que par Maeva, une belle et fascinante femme qui deviendra son acolyte à tous les niveaux. Il rencontrera également un adolescent, Elvis, avec qui il développera une solide complicité. J’ai d’ailleurs aimé suivre les aléas de cet attachement quasiment paternel, même si j’ai trouvé que le jeune agissait ni plus ni moins en héro, tellement ses émotions de tristesse étaient contrôlées.
La trame du roman est simple, très simple, menée d’une manière succincte, ce roman atteindrait tout au plus 200 pages. Ce serait sans compter la verve de l’auteur. Pour vous en donner une idée, j’ai piqué cette phrase chez Richard Migneault : […histoire d’amour. Roman policier. Thriller obsédant, velouté et passionnant. Précis de lecture et guide touristique. Recueil de poésie et délire onirique. Parsemé de mots espagnols, anglais, écrit en français, parfois en québécois…]. Et Richard M. de poursuivre : […ces incartades culturelles nous aident à garder le rythme lent de lecture, permettant de savourer toute la richesse de l’écriture de l’auteur].
Bref, ce qui a charmé l’auteur du blog Polar, noir et blanc, à savoir le rythme lent de lecture, est ce qui m’a dérangé. Ce rythme obligatoirement lent, par le foisonnement d’informations m’a fait penser plus souvent que nécessaire « Et l’histoire, est-ce qu’on la continue ? ». Si on retire ce brin d’impatience, on pourrait conclure que ces dissertations sont instructives et, pourquoi pas, faisant partie intégrante de l’histoire. N’empêche qu’un roman si touffu en prose prend un risque : devant une personne particulièrement bavarde, l’affinité doit être grande pour trouver un intérêt à chacun des volubiles apartés. Ce principe est à mon avis transposable d’auteur à lecteur.
Je suis obligé de conclure que Cuba ne m’intrigue pas particulièrement, ce dont je ne suis pas nécessairement fière, et encore moins les religions avec divinité. L’intérêt d’une personne, qui a déjà été à Cuba et dont la curiosité est resté à vif, ne part pas du même endroit que moi et peut adorer ce bouquin aux relents ésotériques qui explore Cuba sous des angles non touristiques. Par exemple, on y visite des festivals de musique que même certains Cubains ne visitent pas couramment. D’ailleurs, avis aux intéressés, les références musicales y sont très présentes.
Un polar original, sortant des sentiers battus, qui ravira les amateurs de Cuba et de verve généreuse et bien documentée.
Nous sommes à Cuba, en compagnie de l’enquêteur policier autochtone et chaman, Benjamin Sioui qui n’est pas là pour mener une enquête mais plutôt voir le temps venir. Bien entendu, que le roman ne serait pas aussi consistant (542 pages) si quelque entité n’arrivait pas à l’embarquer dans une histoire assez barbare, celle-ci étant la disparition d’enfants. Cette entité est ni plus ni moins qu’une déesse du panthéon afro-cubain. À noter que celle-ci se fera pressante tout au long du récit, et viendra harceler l’enquêteur celui-ci étant jeté à chaque fois dans une transe comateuse.
Le policier sera admirablement entouré pour mener son enquête, ne serait-ce que par Maeva, une belle et fascinante femme qui deviendra son acolyte à tous les niveaux. Il rencontrera également un adolescent, Elvis, avec qui il développera une solide complicité. J’ai d’ailleurs aimé suivre les aléas de cet attachement quasiment paternel, même si j’ai trouvé que le jeune agissait ni plus ni moins en héro, tellement ses émotions de tristesse étaient contrôlées.
La trame du roman est simple, très simple, menée d’une manière succincte, ce roman atteindrait tout au plus 200 pages. Ce serait sans compter la verve de l’auteur. Pour vous en donner une idée, j’ai piqué cette phrase chez Richard Migneault : […histoire d’amour. Roman policier. Thriller obsédant, velouté et passionnant. Précis de lecture et guide touristique. Recueil de poésie et délire onirique. Parsemé de mots espagnols, anglais, écrit en français, parfois en québécois…]. Et Richard M. de poursuivre : […ces incartades culturelles nous aident à garder le rythme lent de lecture, permettant de savourer toute la richesse de l’écriture de l’auteur].
Bref, ce qui a charmé l’auteur du blog Polar, noir et blanc, à savoir le rythme lent de lecture, est ce qui m’a dérangé. Ce rythme obligatoirement lent, par le foisonnement d’informations m’a fait penser plus souvent que nécessaire « Et l’histoire, est-ce qu’on la continue ? ». Si on retire ce brin d’impatience, on pourrait conclure que ces dissertations sont instructives et, pourquoi pas, faisant partie intégrante de l’histoire. N’empêche qu’un roman si touffu en prose prend un risque : devant une personne particulièrement bavarde, l’affinité doit être grande pour trouver un intérêt à chacun des volubiles apartés. Ce principe est à mon avis transposable d’auteur à lecteur.
Je suis obligé de conclure que Cuba ne m’intrigue pas particulièrement, ce dont je ne suis pas nécessairement fière, et encore moins les religions avec divinité. L’intérêt d’une personne, qui a déjà été à Cuba et dont la curiosité est resté à vif, ne part pas du même endroit que moi et peut adorer ce bouquin aux relents ésotériques qui explore Cuba sous des angles non touristiques. Par exemple, on y visite des festivals de musique que même certains Cubains ne visitent pas couramment. D’ailleurs, avis aux intéressés, les références musicales y sont très présentes.
Un polar original, sortant des sentiers battus, qui ravira les amateurs de Cuba et de verve généreuse et bien documentée.
vendredi 12 février 2016
Incroyables dinosaures de John Woodward
Aujourd’hui, c’est jour de chronique enfantine. Deux albums sont tombés entre nos mains. Je dis « nos » puisque Marsi a été mis à contribution pour le très impressionnant :
« Incroyables dinosaures » de John Woodward aux éditions Hurtubise.
Venise
Cet album est gigantesque (12'' x 10''), nos dinosaures peuvent donc s’y déployer avec ce qui leur est indispensable : beaucoup d’espace. D’ailleurs, il est parsemé d’échelles et de références de tailles, afin d’aider à conceptualiser les grosseurs. Il est divisé par « Les dinosaures » - « Le Trias » - « Le jurassique » - « Le crétacé » et se termine par « Une nouvelle ère ». Vous y trouvez également un glossaire complet, un index très avenant. Les splendides illustrations, exécutées par cinq mains de maîtres viennent chercher le plus indifférent des voyeurs et lecteurs.
Personnellement, même si je ne suis pas obnubilée par cet univers, j’ai parcouru ces pages les yeux exorbités, dévorant les abondantes illustrations, lesquelles sont accolées à des encadrées de descriptions pertinentes. Cet album est assurément pour tous : enfants, adultes, férus ou fascinés, tout le monde y trouve son compte. Un très beau cadeau à offrir. Demandez à le feuilleter, il est encore sur les tablettes de nos librairies, vous y trouverez plus de 60 créatures préhistoriques hautes en couleurs.
Marsi
Est-ce que la mode des dinosaures est (dé)passée ? (Rire à gorge déployée). Bien sûr que non ! Pour se remémorer comment c’était en ces temps majestueux, il y a les titres comme Incroyables dinosaures tout aussi majestueux. Cet album nous fait faire un bond de quelques centaines de millions d’années, du supercontinent de la Pangée, jusqu’au Cénozoïque. Album grandement visuel, mettant en scène les grandes vedettes animalières de notre histoire lointaine, il regorge de précieuses informations pour qui désire prendre un bain de culture paléontologique. La démesure de l’espace et du temps nous y est dépeinte à travers le regard de ces bêtes qui ont régnées sur la terre pendant si longtemps qu’il nous est à peine possible de l’appréhender. On y découvre avec intérêt, mais aussi amusement, ces phénomènes que notre planète a portés. Apprenez à reconnaître le Giraffatitan, le Citipati ou le Titanoboa…
N.B. : La couverture est splendide avec les animaux embossés. Elle vaut vraiment le coup d'oeil !
Pas évident d’être une fée des dents
Nadia Sévigny et AnneMarie Bourgeois
Je n’ai pas su résister à cet album que j’ai même fait dédicacer à l’auteur à un Salon du livre. La fée des dents est un être magique pour un évènement assez terre-à-terre : la perte des dents. Je suis sûre que ce n’est pas la première fois que l’on y fait allusion dans le monde de la littérature jeunesse mais cette fois, l’histoire y rajoute la perte des dents des personnes âgées. Autrement dit, on amène l’enfant à penser aux dentiers d’une manière franchement rigolote. À un moment donné, il y a une méprise, car cette fée des dents nommée Dentine est débutante dans le métier. Une habile manière d’apporter à l’attention des enfants que leurs grands-parents n’ont pas toujours leurs vraies dents dans la bouche. L’histoire est rondement menée, en plus des dessins aux formes arrondies qui rajoutent leur pétulant dynamisme.
« Incroyables dinosaures » de John Woodward aux éditions Hurtubise.
Venise
Cet album est gigantesque (12'' x 10''), nos dinosaures peuvent donc s’y déployer avec ce qui leur est indispensable : beaucoup d’espace. D’ailleurs, il est parsemé d’échelles et de références de tailles, afin d’aider à conceptualiser les grosseurs. Il est divisé par « Les dinosaures » - « Le Trias » - « Le jurassique » - « Le crétacé » et se termine par « Une nouvelle ère ». Vous y trouvez également un glossaire complet, un index très avenant. Les splendides illustrations, exécutées par cinq mains de maîtres viennent chercher le plus indifférent des voyeurs et lecteurs.
Personnellement, même si je ne suis pas obnubilée par cet univers, j’ai parcouru ces pages les yeux exorbités, dévorant les abondantes illustrations, lesquelles sont accolées à des encadrées de descriptions pertinentes. Cet album est assurément pour tous : enfants, adultes, férus ou fascinés, tout le monde y trouve son compte. Un très beau cadeau à offrir. Demandez à le feuilleter, il est encore sur les tablettes de nos librairies, vous y trouverez plus de 60 créatures préhistoriques hautes en couleurs.
Marsi
Est-ce que la mode des dinosaures est (dé)passée ? (Rire à gorge déployée). Bien sûr que non ! Pour se remémorer comment c’était en ces temps majestueux, il y a les titres comme Incroyables dinosaures tout aussi majestueux. Cet album nous fait faire un bond de quelques centaines de millions d’années, du supercontinent de la Pangée, jusqu’au Cénozoïque. Album grandement visuel, mettant en scène les grandes vedettes animalières de notre histoire lointaine, il regorge de précieuses informations pour qui désire prendre un bain de culture paléontologique. La démesure de l’espace et du temps nous y est dépeinte à travers le regard de ces bêtes qui ont régnées sur la terre pendant si longtemps qu’il nous est à peine possible de l’appréhender. On y découvre avec intérêt, mais aussi amusement, ces phénomènes que notre planète a portés. Apprenez à reconnaître le Giraffatitan, le Citipati ou le Titanoboa…
N.B. : La couverture est splendide avec les animaux embossés. Elle vaut vraiment le coup d'oeil !
Pas évident d’être une fée des dents
Nadia Sévigny et AnneMarie Bourgeois
Je n’ai pas su résister à cet album que j’ai même fait dédicacer à l’auteur à un Salon du livre. La fée des dents est un être magique pour un évènement assez terre-à-terre : la perte des dents. Je suis sûre que ce n’est pas la première fois que l’on y fait allusion dans le monde de la littérature jeunesse mais cette fois, l’histoire y rajoute la perte des dents des personnes âgées. Autrement dit, on amène l’enfant à penser aux dentiers d’une manière franchement rigolote. À un moment donné, il y a une méprise, car cette fée des dents nommée Dentine est débutante dans le métier. Une habile manière d’apporter à l’attention des enfants que leurs grands-parents n’ont pas toujours leurs vraies dents dans la bouche. L’histoire est rondement menée, en plus des dessins aux formes arrondies qui rajoutent leur pétulant dynamisme.
dimanche 24 janvier 2016
Le nid de pierres de Tristan Malavoy
Cette histoire commence simplement : Thomas et Laure, des amis d’enfance devenus nouvellement un couple retournent sur les lieux de leur enfance à St-Denis de Brompton. Après quelques hésitations, ils s’installent dans une vieille maison un peu décrépie mais faisant face à un attrayant lac. Thomas est un scénariste à succès et Laure, une bibliothécaire. On se tient près du livre pour gagner sa vie dans ce roman.
« Jusqu'à quel point veulent-ils un enfant ? Était-ce une bonne idée l’achat de cette maison ancestrale La Chalande qui bouffe leurs économies ? Pourquoi ce retour imprévu dans leur vie du frère de Thomas ? » entre ces questions d’ordre plutôt concret surgissent des questions d’ordre de l’esprit où règne en maître le thème des disparitions mystérieuses.
Tout au long de l’histoire du couple, plantée en 2005, et du frère qui s’y joint, s’intercalent des épisodes de l’enfance de Thomas en 1985. S’intercale également l’histoire d’un enfant abénaquis. Ces derniers textes intercalés (en italique), se lisant sur 42 pages, varient considérablement de longueur d’un segment à l’autre. Un épilogue de 18 pages nous attend à la fin et 3 pages de notes de l’auteur.
L’histoire en 2005 m’a intéressée, surtout ce couple foncièrement contemporain, une entité en soi assez captivante par leurs questions existentielles et leur manière d’être assez répandue : la femme plus centrée sur la vie du nid que l’homme dont l’esprit se plait à vagabonder. Pour ce dernier, faut dire que le travail de scénariste peu exigeant lui laisse une latitude d’horaire lui offrant l’occasion de fouiller son présent sous les éclairs illuminés du passé. En ce sens-là, les épisodes de 1985 nous aident à comprendre l’attraction qu’exerce sur lui un ventre-de-bœuf qui avale des vélos et pourquoi pas, tant qu’à y être, des vies. La vie du gamin en 1985 est habitée et je dirais que c’est lors de ses passages que j’ai le plus senti palpiter l’âme de St-Denis de Brompton.
Pour ce qui est des segments de légendes abénaquises, afin de mieux les savourer, j’ai dû les relire une fois l’histoire principale terminée.
J’en conclus que ce roman, à plusieurs partitions, entre ses visites à l’enfance, puis à l’âge adulte, puis aux légendes abénaquises fut trop morcelé pour que j’arrive à l’englober avec facilité. En plus, j’ai un moment donné réalisé que j’avais un sérieux problème de lecture : je restais imperméable au mystère qui s’en dégage. Nous avons ici une histoire mystérieuse, ou en tout cas qui veut l’être, avec ses doubles sens de vie de l’esprit, ses recherches, ses symboles et ses disparitions inexpliquées. Si on y ajoute également ses êtres différents qui la hantent, le tableau est complet. Je suis passé à côté de ce mystère, me tenant très (trop ?) près du concret. Ce qu’il m’en reste principalement est une curiosité et un intérêt certain pour ce coin de pays que l’auteur a su faire sien à chaque phrase.
Reste que, même si ce roman n’était pas pour moi, la majorité des lecteurs s’en sont délectés, voir ne serait-ce que la très belle critique de Marion Transetti à La Recrue du mois qui a entièrement embarqué dans le côté mystérieux.
« Jusqu'à quel point veulent-ils un enfant ? Était-ce une bonne idée l’achat de cette maison ancestrale La Chalande qui bouffe leurs économies ? Pourquoi ce retour imprévu dans leur vie du frère de Thomas ? » entre ces questions d’ordre plutôt concret surgissent des questions d’ordre de l’esprit où règne en maître le thème des disparitions mystérieuses.
Tout au long de l’histoire du couple, plantée en 2005, et du frère qui s’y joint, s’intercalent des épisodes de l’enfance de Thomas en 1985. S’intercale également l’histoire d’un enfant abénaquis. Ces derniers textes intercalés (en italique), se lisant sur 42 pages, varient considérablement de longueur d’un segment à l’autre. Un épilogue de 18 pages nous attend à la fin et 3 pages de notes de l’auteur.
L’histoire en 2005 m’a intéressée, surtout ce couple foncièrement contemporain, une entité en soi assez captivante par leurs questions existentielles et leur manière d’être assez répandue : la femme plus centrée sur la vie du nid que l’homme dont l’esprit se plait à vagabonder. Pour ce dernier, faut dire que le travail de scénariste peu exigeant lui laisse une latitude d’horaire lui offrant l’occasion de fouiller son présent sous les éclairs illuminés du passé. En ce sens-là, les épisodes de 1985 nous aident à comprendre l’attraction qu’exerce sur lui un ventre-de-bœuf qui avale des vélos et pourquoi pas, tant qu’à y être, des vies. La vie du gamin en 1985 est habitée et je dirais que c’est lors de ses passages que j’ai le plus senti palpiter l’âme de St-Denis de Brompton.
Pour ce qui est des segments de légendes abénaquises, afin de mieux les savourer, j’ai dû les relire une fois l’histoire principale terminée.
J’en conclus que ce roman, à plusieurs partitions, entre ses visites à l’enfance, puis à l’âge adulte, puis aux légendes abénaquises fut trop morcelé pour que j’arrive à l’englober avec facilité. En plus, j’ai un moment donné réalisé que j’avais un sérieux problème de lecture : je restais imperméable au mystère qui s’en dégage. Nous avons ici une histoire mystérieuse, ou en tout cas qui veut l’être, avec ses doubles sens de vie de l’esprit, ses recherches, ses symboles et ses disparitions inexpliquées. Si on y ajoute également ses êtres différents qui la hantent, le tableau est complet. Je suis passé à côté de ce mystère, me tenant très (trop ?) près du concret. Ce qu’il m’en reste principalement est une curiosité et un intérêt certain pour ce coin de pays que l’auteur a su faire sien à chaque phrase.
Reste que, même si ce roman n’était pas pour moi, la majorité des lecteurs s’en sont délectés, voir ne serait-ce que la très belle critique de Marion Transetti à La Recrue du mois qui a entièrement embarqué dans le côté mystérieux.
mercredi 13 janvier 2016
TOP 10 - Lectures 2015 chez Venise
1. Six Degrés de liberté de Nicolas Dickner
Pour l’architecture précise, ordonnée et complexe du récit. Pour la pleine densité du texte allant droit à l’intelligence du lecteur. Parce que j’ai tourné les pages comme si c’était un suspense et, finalement, parce que c’en est un des plus maîtrisés.
2. La chaleur avant midi de Mylène Durand
Pour avoir eu chaud en grelottant. Pour l’ambiance opaque. Pour la rigueur du style toujours impeccable. Pour tout ce que ce roman ne dit pas mais évoque. Et parce qu’il entre par les pores de la peau sans plus jamais ressortir.
3. La bête à sa mère de David Goudreault
Pour l’impertinence assumée du récit. Pour l’approche humaine et satirique de la délinquance. Pour l’humour subtil et caustique. Parce que j’ai avalé goulument la vie d’un personnage que j’aurais dû normalement détesté. Parce que l’on veut que cette histoire continue (et elle va continuer !).
4. La dernière sorcière d’Écosse de Valérie Langlois
Pour ce retour en arrière tout en continuant de se délecter du présent. Pour l’héroïne doucement féministe. Pour les scènes érotiques fortes, bien dosées et de bon goût. Pour l’histoire dans l’Histoire où l’on croit à tout, tellement qu’on en épouse tous les personnages. Parce que des sorcières, n’est-ce pas tout simplement celles que nous appelons maintenant des voyantes !
5. Le temps des bâtisseurs de Louis Caron
Pour la découverte d’un romancier qui a la trempe des grands historiens. Pour accompagner des personnages qui bâtissent le Québec, pour la permission de les suivre dans leur exil aux USA. Pour une histoire d’amour plus grande que des tralées de familles nombreuses. Parce que les rôles de femmes sont exaltées au lieu d’effacées. Pour de la rébellion intelligente, pour dénicher des précurseurs et des avant-gardistes. Pour les personnages chez qui on embrase leur « tout feu tout flamme ». Pour la fascination d'un monde en construction et parce qu’il faut des architectes québécois, aux USA ou ailleurs.
6. C’est le cœur qui meurt en dernier de Robert Lalonde
Parce que l’auteur révèle de son infiniment intime. Parce que le personnage de la mère de l'auteur englobe mille mères tout en restant unique. Pour cette prose enguirlandée qui transcende la réalité chez Robert Lalonde. Pour avoir mis le doigt sur une relation mère-fils à la plus grande satisfaction de mon voyeurisme.
7. La déesse des mouches à feu de Geneviève Petterson
Pour cette invitation cordiale d’entrer dans un groupe de jeunes pour aller fureter dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Surtout leurs cœurs. Pour cette fureur de vivre qui peut être trompeuse. Parce que cette voix de personnage qui centre l’histoire retentit d’une manière authentique, venant nous chercher là où nous sommes. Pour le 100% langage québécois sans fausse note.
8. Histoire d’un bonheur de Geneviève Dumas
Parce qu’on tente une approche du bonheur et qu’on s’y prend tellement mal. Parce que je me suis surprise à rigoler tendrement de la bourgeoisie ce qui, à mon avis, tient de la prouesse littéraire. Parce que les chassés-croisés entre personnages sont astucieux. Parce que la prose danse sans arabesque tout en tenant un rythme qui se tient de lui-même. Pour un peu de magie, comme de l'épice ajouté sur les mets de la vie au quotidien.
9. 40 choses que je veux te dire d’Alice Kuipers
Pour tout ce que j’ai appris de la jeunesse par la voix d’une jeune fille hyper organisée. Pour l’originalité de l’approche du récit par le dressement d’une liste de choses à faire. Pour les pas en arrière et ceux en avant : la vie ou pas la vie, la donner ou la retenir, ce doute qui nous hante jusqu’à la dernière seconde. Pour l’exploitation judicieuse de la différence entre l’amour et l’amitié. Pour tout ça et mes sourires laissés au coin des phrases.
10. Les têtes bouclées de Claude Lamarche
Pour mon attachement progressif et intense pour le personnage principal pourtant si discret. Pour l’avoir pleuré et m’en ennuyer encore et toujours. Parce que les Écossais qui tâchent de s’intégrer et qui s’intègrent plus que nécessaire, c’est de toute beauté à lire sous la plume simple de Claude Lamarche. Pour l’attachement filial et familial qui crée un point d’ancrage réunissant les personnages. Parce que j’ai un cœur tendre qui apprécie parfois de prendre mon temps pour entrer dans une histoire.
N.B. : Les trois romans ci-dessous ont été lus en 2015 et font partie de ma sélection, en conclure qui ne font pas partie de mon top mais seront recensés dans les semaines suivantes.
Le nid de pierres de Tristan Malavoy - - - Paul dans la Nord de Michel Rabagliati - - - L’heure sans ombre de Benoit Bouthillette
N.B : S’il y a des erreurs typographiques, veuillez être indulgents, je viens à peine de me faire opérer pour une cataracte.
N.B. : Je suis consciente que deux auteures ne vivent pas au Québec mais comme elles sont publiées au Québec, elles font partie de mes lectures.
Pour l’architecture précise, ordonnée et complexe du récit. Pour la pleine densité du texte allant droit à l’intelligence du lecteur. Parce que j’ai tourné les pages comme si c’était un suspense et, finalement, parce que c’en est un des plus maîtrisés.
2. La chaleur avant midi de Mylène Durand
Pour avoir eu chaud en grelottant. Pour l’ambiance opaque. Pour la rigueur du style toujours impeccable. Pour tout ce que ce roman ne dit pas mais évoque. Et parce qu’il entre par les pores de la peau sans plus jamais ressortir.
3. La bête à sa mère de David Goudreault
Pour l’impertinence assumée du récit. Pour l’approche humaine et satirique de la délinquance. Pour l’humour subtil et caustique. Parce que j’ai avalé goulument la vie d’un personnage que j’aurais dû normalement détesté. Parce que l’on veut que cette histoire continue (et elle va continuer !).
4. La dernière sorcière d’Écosse de Valérie Langlois
Pour ce retour en arrière tout en continuant de se délecter du présent. Pour l’héroïne doucement féministe. Pour les scènes érotiques fortes, bien dosées et de bon goût. Pour l’histoire dans l’Histoire où l’on croit à tout, tellement qu’on en épouse tous les personnages. Parce que des sorcières, n’est-ce pas tout simplement celles que nous appelons maintenant des voyantes !
5. Le temps des bâtisseurs de Louis Caron
Pour la découverte d’un romancier qui a la trempe des grands historiens. Pour accompagner des personnages qui bâtissent le Québec, pour la permission de les suivre dans leur exil aux USA. Pour une histoire d’amour plus grande que des tralées de familles nombreuses. Parce que les rôles de femmes sont exaltées au lieu d’effacées. Pour de la rébellion intelligente, pour dénicher des précurseurs et des avant-gardistes. Pour les personnages chez qui on embrase leur « tout feu tout flamme ». Pour la fascination d'un monde en construction et parce qu’il faut des architectes québécois, aux USA ou ailleurs.
6. C’est le cœur qui meurt en dernier de Robert Lalonde
Parce que l’auteur révèle de son infiniment intime. Parce que le personnage de la mère de l'auteur englobe mille mères tout en restant unique. Pour cette prose enguirlandée qui transcende la réalité chez Robert Lalonde. Pour avoir mis le doigt sur une relation mère-fils à la plus grande satisfaction de mon voyeurisme.
7. La déesse des mouches à feu de Geneviève Petterson
Pour cette invitation cordiale d’entrer dans un groupe de jeunes pour aller fureter dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Surtout leurs cœurs. Pour cette fureur de vivre qui peut être trompeuse. Parce que cette voix de personnage qui centre l’histoire retentit d’une manière authentique, venant nous chercher là où nous sommes. Pour le 100% langage québécois sans fausse note.
8. Histoire d’un bonheur de Geneviève Dumas
Parce qu’on tente une approche du bonheur et qu’on s’y prend tellement mal. Parce que je me suis surprise à rigoler tendrement de la bourgeoisie ce qui, à mon avis, tient de la prouesse littéraire. Parce que les chassés-croisés entre personnages sont astucieux. Parce que la prose danse sans arabesque tout en tenant un rythme qui se tient de lui-même. Pour un peu de magie, comme de l'épice ajouté sur les mets de la vie au quotidien.
9. 40 choses que je veux te dire d’Alice Kuipers
Pour tout ce que j’ai appris de la jeunesse par la voix d’une jeune fille hyper organisée. Pour l’originalité de l’approche du récit par le dressement d’une liste de choses à faire. Pour les pas en arrière et ceux en avant : la vie ou pas la vie, la donner ou la retenir, ce doute qui nous hante jusqu’à la dernière seconde. Pour l’exploitation judicieuse de la différence entre l’amour et l’amitié. Pour tout ça et mes sourires laissés au coin des phrases.
10. Les têtes bouclées de Claude Lamarche
Pour mon attachement progressif et intense pour le personnage principal pourtant si discret. Pour l’avoir pleuré et m’en ennuyer encore et toujours. Parce que les Écossais qui tâchent de s’intégrer et qui s’intègrent plus que nécessaire, c’est de toute beauté à lire sous la plume simple de Claude Lamarche. Pour l’attachement filial et familial qui crée un point d’ancrage réunissant les personnages. Parce que j’ai un cœur tendre qui apprécie parfois de prendre mon temps pour entrer dans une histoire.
N.B. : Les trois romans ci-dessous ont été lus en 2015 et font partie de ma sélection, en conclure qui ne font pas partie de mon top mais seront recensés dans les semaines suivantes.
Le nid de pierres de Tristan Malavoy - - - Paul dans la Nord de Michel Rabagliati - - - L’heure sans ombre de Benoit Bouthillette
N.B : S’il y a des erreurs typographiques, veuillez être indulgents, je viens à peine de me faire opérer pour une cataracte.
N.B. : Je suis consciente que deux auteures ne vivent pas au Québec mais comme elles sont publiées au Québec, elles font partie de mes lectures.
vendredi 8 janvier 2016
Le manège de Monsieur Grimm - Stéphane Choquette
Pourquoi Le manège de monsieur Grimm » s’est ramassé entre mes mains ? Parce que j’avais adoré son premier titre « La romance des ogres ». Vous savez ce genre d’auteur qui fait décoller un lecteur de la terre de son quotidien pour le faire atterrir dans une histoire ? C’est également le genre de texte où tu ne sens pas la trace de vécu ou de l'égo qui transpire entre les phrases. Stéphane Choquette est de cette race de conteur imaginatif. Un autre point le caractérise ; l’audace. Il va pousser son histoire loin, au péril de tous les excès. J’ai senti en lui un irrépressible besoin d’abandon à son monde imaginaire. Bien évidemment, il y a de fortes chances que si l’auteur se laisse entrainer par son histoire, le lecteur le suivra.
Tentons maintenant de rendre hommage à l’histoire. Nous passons quelques jours en compagnie d’un jeune garçon rempli de bonne volonté, Lucas Sinclair. C’est un élève modèle, très à son affaire, peut-être trop pour certains rebelles qui l’envient et veulent massacrer son bien-être et son vélo. Un point important caractérise Lucas, c’est son exceptionnel talent en dessin. Il préfère le cacher pour ne pas attiser la jalousie. Il cumule des dessins dans un cahier. Parce qu’il dessine, on suppose cet enfant de douze ans être doté d’une vive imagination, aussi lorsqu’il découvre dans son entourage une famille aux comportements violents et bizarres, le lecteur peut commencer par se demander si ce sont des scènes réelles ou imaginées.
Bien camouflé derrière un cabanon, Lucas découvre des scènes morbides dont l’étrangeté le perturbe (et perturbe le lecteur !). En se sauvant, il a laissé tomber son sac à dos qui contient son précieux cahier et un livre ésotérique prêté par un ex-professeur. Il devra retourner épier ce couple d’adultes et un enfant, afin de récupérer son bien. Les scènes qui se dérouleront sous ses yeux dépassent l’entendement, ressemblant en touts points à votre pire cauchemar à vie ! L’attraction de voir est incontournable pour Lucas, même s’il tremble de peur. Son imagination est stimulée et il retourne les épier dès le lendemain soir. Il va finir par entrer en contact avec eux, malgré leurs comportements menaçants. Il faut dire que la femme du couple est particulièrement gentille, elle saura comment amadouer Lucas. Elle désire un compagnon pour son petit garçon atteint d’une maladie bizarre.
Et monsieur Grimm et son manège dans tout ça ? Nous y arriverons en cours d’histoire. Ce personnage prend des allures de magicien de conte malsain. Monsieur Grimm est fascinant par son ambigüité et enferme la clé de plusieurs énigmes. À noter que toute l’action se déroulera la nuit car c’est le quart de travail de la mère infirmière de Lucas à qui ce dernier veut tout cacher de cette mésaventure. Cette mère de nature inquiète ne réalisera pas tous les dangers que son précieux et unique fils encourt.
Je le dis, si jamais vous ne l’aviez pas déjà pressenti, c’est un suspense haletant où l’on tourne les pages en tremblant de hâte. Malgré tout, j’ai préféré le Lucas du début, « mort de peur », à celui intrépide. Peut-être parce qu’il passe d’un à l’autre un peu trop brusquement. Il devient un héros, ce que je n’ai pas vu venir, surtout que l’action se déroule en à peine quelques jours. Faut dire que j’ai perdu complètement la notion du temps dans cette histoire. On aurait pu me dire qu’elle a duré des mois, je l’aurais cru. Cela participe à l’étrangeté du roman, même si cela m’a dérangé sous certains aspects, cela a modifié certains autres. J’en viens à la sauce à la saveur « horreur » qui se dépose un peu partout, cela n'en fait pas une histoire prétexte à l’horreur, par contre, petites natures, veuillez vous abstenir ! Quand il est question d’ambiance sur le mode « horreur », j’embarquais entièrement mais j’aurais fait sauter certaines scènes redondantes, reprenant les mêmes éléments que nous avions compris. Elles viennent diluer la force de frappe.
La fin, on l’a gagne, tellement plusieurs fins préliminaires défilent auparavant. La fin finale est bien tournée, je n’ai pas été déçue par son ouverture.
Un roman trépidant qui exploite le cœur d’un héros enfantin et le dévouement total de deux mères, où l’imagination foisonne et, dans la tête du gamin et, dans la tête de l’écrivain. On n’en vient à ne plus savoir qui croire !
Si vous désirez lire quelques extraits, c'est ici.
N.B. : Format de livre très agréable à tenir.
Tentons maintenant de rendre hommage à l’histoire. Nous passons quelques jours en compagnie d’un jeune garçon rempli de bonne volonté, Lucas Sinclair. C’est un élève modèle, très à son affaire, peut-être trop pour certains rebelles qui l’envient et veulent massacrer son bien-être et son vélo. Un point important caractérise Lucas, c’est son exceptionnel talent en dessin. Il préfère le cacher pour ne pas attiser la jalousie. Il cumule des dessins dans un cahier. Parce qu’il dessine, on suppose cet enfant de douze ans être doté d’une vive imagination, aussi lorsqu’il découvre dans son entourage une famille aux comportements violents et bizarres, le lecteur peut commencer par se demander si ce sont des scènes réelles ou imaginées.
Bien camouflé derrière un cabanon, Lucas découvre des scènes morbides dont l’étrangeté le perturbe (et perturbe le lecteur !). En se sauvant, il a laissé tomber son sac à dos qui contient son précieux cahier et un livre ésotérique prêté par un ex-professeur. Il devra retourner épier ce couple d’adultes et un enfant, afin de récupérer son bien. Les scènes qui se dérouleront sous ses yeux dépassent l’entendement, ressemblant en touts points à votre pire cauchemar à vie ! L’attraction de voir est incontournable pour Lucas, même s’il tremble de peur. Son imagination est stimulée et il retourne les épier dès le lendemain soir. Il va finir par entrer en contact avec eux, malgré leurs comportements menaçants. Il faut dire que la femme du couple est particulièrement gentille, elle saura comment amadouer Lucas. Elle désire un compagnon pour son petit garçon atteint d’une maladie bizarre.
Et monsieur Grimm et son manège dans tout ça ? Nous y arriverons en cours d’histoire. Ce personnage prend des allures de magicien de conte malsain. Monsieur Grimm est fascinant par son ambigüité et enferme la clé de plusieurs énigmes. À noter que toute l’action se déroulera la nuit car c’est le quart de travail de la mère infirmière de Lucas à qui ce dernier veut tout cacher de cette mésaventure. Cette mère de nature inquiète ne réalisera pas tous les dangers que son précieux et unique fils encourt.
Je le dis, si jamais vous ne l’aviez pas déjà pressenti, c’est un suspense haletant où l’on tourne les pages en tremblant de hâte. Malgré tout, j’ai préféré le Lucas du début, « mort de peur », à celui intrépide. Peut-être parce qu’il passe d’un à l’autre un peu trop brusquement. Il devient un héros, ce que je n’ai pas vu venir, surtout que l’action se déroule en à peine quelques jours. Faut dire que j’ai perdu complètement la notion du temps dans cette histoire. On aurait pu me dire qu’elle a duré des mois, je l’aurais cru. Cela participe à l’étrangeté du roman, même si cela m’a dérangé sous certains aspects, cela a modifié certains autres. J’en viens à la sauce à la saveur « horreur » qui se dépose un peu partout, cela n'en fait pas une histoire prétexte à l’horreur, par contre, petites natures, veuillez vous abstenir ! Quand il est question d’ambiance sur le mode « horreur », j’embarquais entièrement mais j’aurais fait sauter certaines scènes redondantes, reprenant les mêmes éléments que nous avions compris. Elles viennent diluer la force de frappe.
La fin, on l’a gagne, tellement plusieurs fins préliminaires défilent auparavant. La fin finale est bien tournée, je n’ai pas été déçue par son ouverture.
Un roman trépidant qui exploite le cœur d’un héros enfantin et le dévouement total de deux mères, où l’imagination foisonne et, dans la tête du gamin et, dans la tête de l’écrivain. On n’en vient à ne plus savoir qui croire !
Si vous désirez lire quelques extraits, c'est ici.
N.B. : Format de livre très agréable à tenir.
dimanche 3 janvier 2016
Ma vie est entre tes mains - Suzanne Aubry
Voici pour moi une première incursion dans le monde de Suzanne Aubry, auteure des 7 tomes de Fanette. J’y retournerai d’emblée.
Une femme, accompagnée de son enfant autiste quitte son logement de Montréal sans aviser, même pas son mari, pourtant aimant. Celui-ci, envahi d’une inquiétude insupportable part immédiatement à sa recherche sur les lieux de leur rencontre et de leur enfance. C’est un retour dans le passé et celui-ci est lourd pour plusieurs personnages, ce que l’on découvre bride par bride.
J’ai eu un peu de difficulté avec la prémisse, ce départ précipité du mari, même pas une journée après le départ de sa femme. J’y aurais vu un peu plus d’hésitation et de doute. Difficile pour moi de croire qu’il devine immédiatement où est sa femme et, surtout, pourquoi panique-t-il aussi intensément qu’instantanément ? L’auteure tente de mettre cette panique sur l'autisme de l'enfant d'une dizaine d'années mais n’est-ce pas faire peu confiance à la mère qui, vraisemblablement, doit être en mesure de prendre soin de son fils ? Une fois cette prémisse traversée, aussitôt Michel débarqué à St-Boniface, le roman est venu me chercher. J’ai aimé traverser les Prairies en compagnie de personnages bien cernés, certains ruraux. Sans l'ombre d'un doute que le lieu de l'action choisi par l’auteure amplifie l’attrait de cette histoire.
Malgré la vastitude imposante de la nature, ce n’est pas une histoire calme et à l’eau de rose. Une tragédie tirée du passé vient envenimer le passé de trois personnages masculins, dont Michel le fameux mari inquiet. S’il y a un principe à retenir de notre lecture : le passé nous rattrape toujours, aussi bien l’affronter.
Il y a quelque chose du polar dans cette manière de Suzanne Aubry de dévoiler les pans de l’histoire, couche par couche. Avec cette apparence d’enquête et de plusieurs quêtes, on affronte des personnages pris au cœur de la déroute, dont un fraichement sorti de prison. Il n’y a pas de meilleure manière pour fouiller les tréfonds d’un cœur que de le placer en situation précaire ou de crise. Les émotions vengeresses ou rancunières imprègnent plusieurs pensées et actions, la peur également, et ceci chez plusieurs personnages.
L’histoire est rondement menée, les nombreux personnages secondaires sont captivants parce que consistants. L’intrigue tient la route, même si j’ai quelques fois trouvé qu’il y avait plus de peur que de mal.
Un fait indéniable, les personnages sont fondamentalement humains et jamais foncièrement méchants. Cœurs sensibles, vous pouvez vous avancer en toute confiance.
Une femme, accompagnée de son enfant autiste quitte son logement de Montréal sans aviser, même pas son mari, pourtant aimant. Celui-ci, envahi d’une inquiétude insupportable part immédiatement à sa recherche sur les lieux de leur rencontre et de leur enfance. C’est un retour dans le passé et celui-ci est lourd pour plusieurs personnages, ce que l’on découvre bride par bride.
J’ai eu un peu de difficulté avec la prémisse, ce départ précipité du mari, même pas une journée après le départ de sa femme. J’y aurais vu un peu plus d’hésitation et de doute. Difficile pour moi de croire qu’il devine immédiatement où est sa femme et, surtout, pourquoi panique-t-il aussi intensément qu’instantanément ? L’auteure tente de mettre cette panique sur l'autisme de l'enfant d'une dizaine d'années mais n’est-ce pas faire peu confiance à la mère qui, vraisemblablement, doit être en mesure de prendre soin de son fils ? Une fois cette prémisse traversée, aussitôt Michel débarqué à St-Boniface, le roman est venu me chercher. J’ai aimé traverser les Prairies en compagnie de personnages bien cernés, certains ruraux. Sans l'ombre d'un doute que le lieu de l'action choisi par l’auteure amplifie l’attrait de cette histoire.
Malgré la vastitude imposante de la nature, ce n’est pas une histoire calme et à l’eau de rose. Une tragédie tirée du passé vient envenimer le passé de trois personnages masculins, dont Michel le fameux mari inquiet. S’il y a un principe à retenir de notre lecture : le passé nous rattrape toujours, aussi bien l’affronter.
Il y a quelque chose du polar dans cette manière de Suzanne Aubry de dévoiler les pans de l’histoire, couche par couche. Avec cette apparence d’enquête et de plusieurs quêtes, on affronte des personnages pris au cœur de la déroute, dont un fraichement sorti de prison. Il n’y a pas de meilleure manière pour fouiller les tréfonds d’un cœur que de le placer en situation précaire ou de crise. Les émotions vengeresses ou rancunières imprègnent plusieurs pensées et actions, la peur également, et ceci chez plusieurs personnages.
L’histoire est rondement menée, les nombreux personnages secondaires sont captivants parce que consistants. L’intrigue tient la route, même si j’ai quelques fois trouvé qu’il y avait plus de peur que de mal.
Un fait indéniable, les personnages sont fondamentalement humains et jamais foncièrement méchants. Cœurs sensibles, vous pouvez vous avancer en toute confiance.
lundi 28 décembre 2015
Ma vie rouge Kubrick - Simon Roy
Je suis très fière de moi d’avoir pris des notes car c’est le genre d’histoire que j’oublie. Alors, je lis mes notes et je ne me souviens guère plus de ma lecture. Ce roman m’a laissé de très légères empreintes, facilement effaçables, ce qui ne veut nullement dire que je n’ai pas aimé. C’est autre chose.
C’est l’histoire tortueuse et torturante de la famille de Simon Roy et ce dernier passe par un film pour s’exprimer. Voilà le problème en moi et pour moi : je n’ai pas vu ce film phare (chef d’œuvre, dit-on) dont il est question : « The Shinning" de Stanley Kubrick. Après ma lecture, j’ai à peine le goût de le voir.
L’auteur nourrit une attention obsessive vis-à-vis cette œuvre cinématographique. Ses drames familiaux personnels y trouvent un exutoire. Je crois énormément à une chose dans la vie : où l’on place son attention équivaut à l’eau et la lumière qui font pousser les fleurs de son jardin. Et l’engrais aussi. Simon Roy a cultivé ce film comme un jardinier obsessif, sous tous ses aspects, pas uniquement sous l’angle œuvre mais sous l’angle maître d’œuvre. Pourquoi je mets l’emphase sur ce point ? C’est que suite à cette étude maniaque, Roy débusque une multitude de synchronismes entre l’œuvre de sa vie et celle de Kubrick. Je rajoute, rien de plus normal d’après le principe du pouvoir de l’attention.
Quoiqu'il en soit, le parallèle entre les deux, sa vie et le film, est bien fait, bien exposé, littérairement bien ordonné et bien rédigé. J’imagine un instant l’intérêt du lecteur qui a adoré ce film, s’exaltant, même si The Shinning n’est pas son film fétiche. Je ne suis pas loin de penser que c’est un genre de pré-requis pour adorer ce récit, avoir vu « The Shinning », sinon, on l’aime, ce qui est déjà quelque chose en soi.
Moi qui n’ai pas vu le film vous dirai que j’ai trouvé l’auteur obsessionnel par son approche. Il place son attention sur le tragique, c’est l’angle avec lequel il aborde ses antécédents. Ce sont les racines de sa famille qui poussent en lui, il n’arrive pas à les annihiler, il porte un genre de responsabilité. Vous me trouverez peut-être catégorique car, je n’ai pas moi une famille et des secrets violents, alors c'est facile à déclarer. Il est vrai que je ne porte pas un arbre généalogique en ramifications catastrophiques.
Ce récit est plus qu’une réflexion, c’est une exploration des labyrinthes noirs de la psyché humaine, des voies impénétrables du macabre que l’on tente de pénétrer. De mes notes, je relève un extrait, p. 142 « Et je me suis demandé à quoi auraient ressemblé nos vies, si je n’avais pas été chichement pourvu d’un cœur ingrat ». J’imagine que j’ai voulu démontrer jusqu’à quel point ce récit n’est pas complaisant.
Simon Roy prétend que c’est un livre circonstanciel, un exutoire dont il a eu besoin pour retirer un poids de ses épaules. Quant à moi, je ne le crois pas, il va revenir en forme et en force. Il est clair qu’il est tissé de cette fibre qui fait que l’on prend goût à se dévoiler par l’écriture. Je suis très curieuse du prochain, sans le support d'un film : qui est Simon Roy ?
vendredi 18 décembre 2015
Une nuit, je dormirai seule dans la forêt de Pascale Wilhelmy
Voici un roman qui pourrait facilement se classer dans la section croissance personnelle. À ranger dans l’ordre du roman optimiste, réconfortant et guérisseur. C’est une histoire conjuguée au « Je majuscule » où un défi est lancé : combattre ses peurs en prenant le taureau par les cornes. Dans le milieu thérapeutique, on parle de thérapie comportementale et cognitive, avouons que l’expression est plus savante.
Je crois à l’efficacité de cette thérapie, en autant que l’on en ait le courage, que l’on soit très motivé et, encore mieux, avec de l'encadrement. Ce roman de Pascale Wilhelmy en fait le constat : on peut vaincre ses peurs. En solitaire, par la seule force de sa volonté. On a certainement affaire à une super femme. Il faut se laisser imaginer qu’il existe de ces supers femmes fortes de l’Évangile. Qui plus est, cette femme en question, la forte Emma a l’embarras du choix puisque depuis l’âge de cinq ans, elle a peur de tout : des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns … et des mains poilus. Cette dernière peur sera particulièrement placée sous la loupe et le « pourquoi » se dévoilera aussi progressivement qu’habilement.
Au départ, le ton est si insouciant, si léger et humoristique que j’ai été surprise de voir apparaitre le spectre des « mains poilues ». Peut-être est-ce une bonne manière d’amener cette problématique, en tout cas, ce fut la manière toute en subtilité de l’auteure. Après réflexion, je me suis dit que ce récit de vécu (fictif ou réel ou le mixte des deux) pourrait servir à amorcer des conversations de « secrets » de famille, de ceux sous les couvertures, si vous voyez ce que je veux dire.
Les chapitres où le ton est badin et où Emma s’attaque à des peurs anodines, je dois avouer m’être un peu ennuyé par la répétition et la trop grande simplicité du remède : passer une nuit sous les étoiles seule en forêt. Et y tenir mordicus. Je ne dévoile pas une grosse intrique puisque c’est le titre. Lorsque nous tombons dans la profondeur de LA peur principale, les révélations se corsent et ma lecture s’est avérée beaucoup plus captive devant la complexité de la situation.
En conclusion, une lecture beaucoup plus profonde qu’il n’y parait à prime abord, pour la souffrance le sourire aux lèvres. Et, assurément, un roman qui commence en brebis et finit en lionne.
Je crois à l’efficacité de cette thérapie, en autant que l’on en ait le courage, que l’on soit très motivé et, encore mieux, avec de l'encadrement. Ce roman de Pascale Wilhelmy en fait le constat : on peut vaincre ses peurs. En solitaire, par la seule force de sa volonté. On a certainement affaire à une super femme. Il faut se laisser imaginer qu’il existe de ces supers femmes fortes de l’Évangile. Qui plus est, cette femme en question, la forte Emma a l’embarras du choix puisque depuis l’âge de cinq ans, elle a peur de tout : des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns … et des mains poilus. Cette dernière peur sera particulièrement placée sous la loupe et le « pourquoi » se dévoilera aussi progressivement qu’habilement.
Au départ, le ton est si insouciant, si léger et humoristique que j’ai été surprise de voir apparaitre le spectre des « mains poilues ». Peut-être est-ce une bonne manière d’amener cette problématique, en tout cas, ce fut la manière toute en subtilité de l’auteure. Après réflexion, je me suis dit que ce récit de vécu (fictif ou réel ou le mixte des deux) pourrait servir à amorcer des conversations de « secrets » de famille, de ceux sous les couvertures, si vous voyez ce que je veux dire.
Les chapitres où le ton est badin et où Emma s’attaque à des peurs anodines, je dois avouer m’être un peu ennuyé par la répétition et la trop grande simplicité du remède : passer une nuit sous les étoiles seule en forêt. Et y tenir mordicus. Je ne dévoile pas une grosse intrique puisque c’est le titre. Lorsque nous tombons dans la profondeur de LA peur principale, les révélations se corsent et ma lecture s’est avérée beaucoup plus captive devant la complexité de la situation.
En conclusion, une lecture beaucoup plus profonde qu’il n’y parait à prime abord, pour la souffrance le sourire aux lèvres. Et, assurément, un roman qui commence en brebis et finit en lionne.
mercredi 9 décembre 2015
LA BELLE MÉLANCOLIE de Michel Jean
Si vous vous fiez aux titres et aux couvertures pour choisir vos romans, gare à vous ! Les deux nous amènent à croire à une histoire à l’eau de rose. Ce l’est oui, un peu, mais si peu.
L’homme dont il est question, Arnaud est un contrôleur d’images et de situations de crises. Il est grassement payé pour cela. Cette fois, la crise sera particulièrement éprouvante et le scandale à étouffer particulièrement répugnant. Et, qui plus est, ce scandale se déroulera loin de sa zone de confort puisque c’est dans une mine du Nunavik que la douzaine de meurtres a lieu. Si encore, il n’y avait que cette affaire dérangeante qui ravage l’esprit de l’homme au cœur de la quarantaine, il y a également une très jeune femme, une avocate qui le trouble par sa pureté. En plus, cette femme, par une ressemblance frappante avec une autre qu’il a beaucoup aimée, le ramène continuellement à son passé.
Nous suivrons donc Arnaud à ce moment charnière de sa vie où il est confronté à des choix de vie qui reposent sur des valeurs d’honnêteté. Il aurait pu s’acquitter de sa tâche et contrôler les dégâts médiatiques (la surface) sans se poser de questions sur la violence dans le Grand Nord, sans observer, sans voir, sans sentir les malaises. Il finira par décrocher de la futilité de sa tâche pour aller plus en profondeur. On le verra, entre autres, entrer en relation avec une Inuit très jeune et aux prises avec de gros problèmes.
Somme toute, cet homme qui joue avec les images part tout à coup à la quête d’une certaine vérité, et le déclencheur est cette jeune avocate, Amélie Roy, une femme qui conduit sa propre vie dans une droiture qui le surprend.
Malgré un intérêt assez soutenu, l’intrigue m’a laissé plutôt tiède et je me suis longuement interrogé pourquoi. Arnaud est le personnage principal, celui par qui tout passe, il vit au cœur d’une crise existentielle majeure qui traverse sa vie sentimentale et son travail et, pourtant, son trouble se vit tout en douceur delà, j’imagine, le titre « La belle mélancolie » qui charrie une certaine langueur. Les évènements sont certainement en crise, plus qu’il ne l’est lui-même. Il conserve une maîtrise qui, à mes yeux, a fini par s’apparenter à de la tiédeur. Ceci dit, là où j’ai senti le plus de fougue au cours de cette histoire et ceci, chez plusieurs personnages, c’est dans toutes les scènes se rapportant à la sexualité.
C’est le roman des entre-deux : la surface et la profondeur, la fabrication ou l’authenticité de l’image, le présent ou le passé sentimental, l’espace (le Grand Nord) ou la densité (Montréal) et pour cela, je me serais attendu d’y trouver plus de tiraillements du protagoniste principal et assister à des déchirements.
Je ne nie pas que le sentiment d’amour soit tangible mais on dirait qu’il arrive au personnage «malgré lui ». Personnellement, j’aurais aimé voir un Arnaud Delagrave plus énergique. Voilà c’est dit « énergique ». C’est certainement une question de perceptions, car tout est une question de perceptions, et s’il y a une chose qu’Arnaud Delagrave pourrait confirmer, c’est bien cela !
L’homme dont il est question, Arnaud est un contrôleur d’images et de situations de crises. Il est grassement payé pour cela. Cette fois, la crise sera particulièrement éprouvante et le scandale à étouffer particulièrement répugnant. Et, qui plus est, ce scandale se déroulera loin de sa zone de confort puisque c’est dans une mine du Nunavik que la douzaine de meurtres a lieu. Si encore, il n’y avait que cette affaire dérangeante qui ravage l’esprit de l’homme au cœur de la quarantaine, il y a également une très jeune femme, une avocate qui le trouble par sa pureté. En plus, cette femme, par une ressemblance frappante avec une autre qu’il a beaucoup aimée, le ramène continuellement à son passé.
Nous suivrons donc Arnaud à ce moment charnière de sa vie où il est confronté à des choix de vie qui reposent sur des valeurs d’honnêteté. Il aurait pu s’acquitter de sa tâche et contrôler les dégâts médiatiques (la surface) sans se poser de questions sur la violence dans le Grand Nord, sans observer, sans voir, sans sentir les malaises. Il finira par décrocher de la futilité de sa tâche pour aller plus en profondeur. On le verra, entre autres, entrer en relation avec une Inuit très jeune et aux prises avec de gros problèmes.
Somme toute, cet homme qui joue avec les images part tout à coup à la quête d’une certaine vérité, et le déclencheur est cette jeune avocate, Amélie Roy, une femme qui conduit sa propre vie dans une droiture qui le surprend.
Malgré un intérêt assez soutenu, l’intrigue m’a laissé plutôt tiède et je me suis longuement interrogé pourquoi. Arnaud est le personnage principal, celui par qui tout passe, il vit au cœur d’une crise existentielle majeure qui traverse sa vie sentimentale et son travail et, pourtant, son trouble se vit tout en douceur delà, j’imagine, le titre « La belle mélancolie » qui charrie une certaine langueur. Les évènements sont certainement en crise, plus qu’il ne l’est lui-même. Il conserve une maîtrise qui, à mes yeux, a fini par s’apparenter à de la tiédeur. Ceci dit, là où j’ai senti le plus de fougue au cours de cette histoire et ceci, chez plusieurs personnages, c’est dans toutes les scènes se rapportant à la sexualité.
C’est le roman des entre-deux : la surface et la profondeur, la fabrication ou l’authenticité de l’image, le présent ou le passé sentimental, l’espace (le Grand Nord) ou la densité (Montréal) et pour cela, je me serais attendu d’y trouver plus de tiraillements du protagoniste principal et assister à des déchirements.
Je ne nie pas que le sentiment d’amour soit tangible mais on dirait qu’il arrive au personnage «malgré lui ». Personnellement, j’aurais aimé voir un Arnaud Delagrave plus énergique. Voilà c’est dit « énergique ». C’est certainement une question de perceptions, car tout est une question de perceptions, et s’il y a une chose qu’Arnaud Delagrave pourrait confirmer, c’est bien cela !
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