dimanche 4 janvier 2009

Et je te demanderai la mer - Stéfani Meunier

Une histoire de mer, de mère aussi, et surtout de père ! Vous comprenez qu’il s’agit de relation parentale et si je rajoute qu’il y est question de trois adolescents, vous saurez que la communication est au centre de ce roman, rompu par des ères de silence, de malentendus, d’absence ou d’extrême communion. Quant à être dans le sujet, s’y greffe la séparation des parents pour cause de carence communicative, la maladie du siècle !

N’allez pas croire pour autant que ce roman soit déprimant, loin de là, puisque Stéfani Meunier a ciblé la relation communiante, celle de Dan et Léo. Pourtant, en surface, rien ne prépare ces deux êtres à cette complicité hors du commun. Dan vient de se séparer, désabusé, il devient propriétaire d’un motel, lieu idéal pour rester en marge de sa vie et pour vivre du passager. Le garçonnet, Léo, est un client du motel, en compagnie de sa mère qui noie sa vie dans l’alcool. S’installe donc cette relation homme-enfant qui, malgré qu’elle ne soit pas le centre du roman, en deviendra le cœur qui bat. C’est certainement cette relation qui m’a le plus attachée à ces lignes peut-être parce que, par cette communication réussie, se comprends la faille des autres.

L’auteure a le contrôle de son histoire et nous la dévoile consciencieusement, pan par pan, personnage par personnage. Je me suis fait penser à une visiteuse de galerie, s’arrêtant devant chaque portrait, plus que le temps d’une révérence, mais suffisamment longtemps pour décroûter la surface de la peinture et entrer là où les peurs fourmillent. Est particulièrement frappante la peur morbide de Rachel, la peur de perdre son enfant, Mario, le fils de Dan. C’est très excessif et maintenant que j’y pense, je me dis, que cette peur a été agrandie sous une lentille grossissante, que ça pourrait être grotesque mais curieusement, ce ne l’est pas. On accepte toutes les propositions de l’auteure, je me dis que c’est ça le talent de présenter des personnages et leur histoire. Pour ma part, il y a à peu près que la dernière, celle du troisième adolescent Arthur et son père immigré qui m’a laissé froide. Est-ce parce qu’elle est racontée sur le coin d’une table un soir de party ? Cela devient plutôt anecdotique, même si elle fait partie du thème, mais au moins, elle n’altère pas le rythme puisque c’est à la toute fin.

J’aime ce flirt avec le symbolisme, les corrélations entre la mer, les monstres marins et les peurs sournoises. Ce n’est pas la première fois que je le remarque mais cette auteure est très inspirée quand ses mots s’emparent de la mer, elle en fait une entité à part entière. C’est exécuté en toute simplicité, sans artifice intellectuel. Ça rajoute un assaisonnement qui se goûte particulièrement dans l’histoire de Dan et Léo, ce qui la magnifie encore plus. Quant à moi, je ne me lasse pas de cet assaisonnement et j'en aurais pris encore plus.

L’histoire s’enfile bien, se dévoile couche par couche, avec beaucoup de maîtrise. Le style est à l’image de cette maîtrise, je ne sens pas l’auteure s'y abandonner complètement, mais je vous dirai que c’est son style. Et il en faut de tous les genres, des styles. Un peu comme le style vestimentaire ; entre le négligé artistique, la tenue de ville classique, l’habillement débridé et fantaisiste, qui peut avancer objectivement que un est plus « beau » que l’autre ? C’est nettement et seulement une question de goût.

Un roman à lire si vous êtes facilement touché par les thèmes relationnels « parent-enfant », si vous aimez les histoires bien cernées et encore plus si vous appréciez qu’un auteur en tienne les brides avec expertise et savoir-faire.

Après une deuxième lecture de cette auteure, je suis en mesure de vous annoncer que la tendance se maintient et que Stéfani Meunier est une auteure que je vais suivre de près.

Et je te demanderai la mer, Stéfani Meunier, Boréal, 176 pages.

15 commentaires:

Karine :) a dit...

C'est une auteure québécoise que je compte bien découvrir! Une amie avec qui je partage beaucoup de goût m'a recommandé très fortement un autre roman d'elle et toi tu as aimé celui-ci... je note pour mon prochain passage en librairie!

Suzanne a dit...

Je n'ai lu que son premier roman: L'Étrangère que je n'avais pas détesté d'ailleurs. Alors je vais sûrement me laisser tenter par celui-ci. Belle journée dame Venise.

Maxime a dit...

Moi qui voulais amener ce roman avec moi là-bas, j'aurai bien du mal avec les 300 autres que j'amène. Il n'y a définitivement pas de place! haha. Je le lirai à mon retour alors. ^^

Venise a dit...

@ Karine : Je suis curieuse de savoir quel roman elle a aimé. Je ne sais si ça te reviendrait si je te dis le titre "Ce n'est pas une façon de dire adieu" son avant-dernier. Je l'ai lu et beaucoup aimé. Sincèrement, je pense que tu vas aimer cette auteur Karine.
@ Suzanne : J'espère que tu vas te laisser tenter. Pour toi, parce que je crois que tu vas aimer, t pour moi, car je vais avoir ton avis. Pour l'auteure, j'en parlerai même pas, c'est trop évident !
@ Maxime : Tu voulais l'apporter, toi qui m'a fait découvrir "Ce n'est pas une façon de dire adieu" et finalement, tu l'apporteras pas !!!
Là, je comprends pas. Je pensais qu'il serait parmi les premiers romans québécois dans ta valise ?! :-D

Mistral a dit...

Venise a de la classe et elle t'aime bien, Max, je crois quasiment qu'elle croit en toi. C'est pourquoi elle te crie pas après que c'est une honte, ce verbe amener, ramené dans la même phrase et utilisé à tort dans les deux cas. Elle te forge une phrase sur mesure pour toi avec le bon verbe, apporter, qu'elle rapporte en douceur parce qu'elle sait que tu vas comprendre.

Moi, je t'aime bien aussi et je crois quasiment en toi itou, mais je n'ai pas de classe, et je me fais vieux, et t'es le seul de trois hommes qui jasent ici, t'es le cadet de tous, moi je porte ma croix, toi aussi porte-là: la tienne, elle pèse tous les espoirs de tes aînés. La mienne, son poids, ma foi, ça s'explique pas, ça s'éprouve, sois patient, entre la tienne et ton dos des échos de ce que je t'écris ici te reviendront, si tu portes ta crisse de croix, pas si tu la mènes, Maxime, AMEN Nom de Dieu!

:-)

Maxime a dit...

Correction : Moi qui voulais APPORTER ce roman avec moi là-bas, j'aurai bien du mal avec les 300 autres que j'APPORTE. Il n'y a définitivement pas de place! haha. Je le lirai à mon retour alors. ^^

Venise : Oui, c'était au tout début de ma liste, mais devant il y a les deux "Trains pour Samarcande", un livre technique d'informatique, un livre sur la France versus le Québec, un Werber, parce que ça fait une éternité que j'ai envie de le lire et qu'il traîne sur ma table de chevet, probablement "Cher Émile", ... et donc je ne pense pas qu'il restera de l'espace dans ma valise. ^^

Suzanne a dit...

Ô que oui que je vais me laisser tenter puis moi où ça parle de mer.....

Mistral a dit...

You know, I really kind of like that young man...

helenablue a dit...

Je ne sais pas , mais je crois bien qu'aussi une fois de plus chère Venise tu attises ma curiosité ....
Ce thème !


(bizarre cette difficulté que j'ai avec les accents , pour moi l'accent est plus dans ce que l'on exprime que ans l'accent lui-même , pardonne -moi, ceci est un aparté)

Mistral a dit...

Blue est encore paquetée.

Ch'ti que je l'aime quand elle est grise, notre blonde Blue.

Venise a dit...

helenablue : Attends demain, ou peut-être après-demain, si ton goût de la mer persiste après mes questions de curieuse envoyées à la faiseuse de mer. J'attends ses réponses bientôt, bientôt. (un genre d'entrevue, ceci dit, sans accent aucun).
@ Mistral : Elle l'a la palette de couleurs cette helenablue ... gris jaune bleu. Voit parfois la vie en rose, voit rarement rouge, ce que j'aime beaucoup d'elle, d'ailleurs.

Et contredisez-moi pas personne, du blond, c'est jaune.

helenablue a dit...

Le goût de la mer , moins amer pour moi que celui de la mère , ne m'empêche pas de goûter quelque soit la couleur de mon âme !!
Mais vrai , Venise , rare qu'elle passe au rouge , plutôt dans des teintes subtiles , demi-teintes ...
Et je confirme , le blond , c'est jaune , ou parfois presque blanc , lumière , douceur , enchantement !

Là je ne suis plus grise d'empaquétement mais dégrisée d'enchantement !!

Amitiés ;
Blueyellowgreybutblueinfine

Mistral a dit...

Mais elle se rase, faut pas croire, elle est douce et elle sent bon, c'te Blueyellowgreybutblueinfine.

helenablue a dit...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
linerouge a dit...

Je viens de terminer la lecture du roman de Stéfani Meunier: Et je te demanderai la mer, publié chez Boréal. J'ai bien aimé, surtout le ton des différents narrateurs. Le sujet était vaste et l'auteur ne s'y est pas perdu. On prend doucement le chemin de la compassion en suivant ses personnages un peu perdu, un peu looser mais que ne se prennent pas trop au sérieux. On apprend ce que cache leur difficulté à aborder les autres et à être abordé, ce que cachent d'autres personnages secondaires sous leur froideur apparante. Le quotidien dans un motel m'a plut et je crois que je vais m'acheter un motel au bord de la mer.
Tu viendras j'espère.