jeudi 5 mars 2009

HKPQ de Michèle Plomer

Hong-Kong – PQ. "On ne peut désirer ce que l’on a déjà". Déclaration simple, et qui me frappe autant que la première fois où je l’ai entendue. Michèle Plomer pense et désire Hong-Kong quand elle est au Québec et quand elle est à Hong Kong, elle pense et désire le Québec. Son dernier roman frais sorti des presses des Éditions Marchand de feuilles le 22 février a été écrit au Québec, à Magog (tout près de Eastman !), l’histoire se vit et se désire à Hong Kong. Ce fut l’inverse avec Jardin Sablier, écrit en Chine, parlant du Québec.

Habituellement, j’assemble mes idées sous forme de phrases, et c’est bien d’adon pour se comprendre. Mais avec ce roman, étrangement, ce sont des mots qui bondissent dans ma tête : zen, paix, relaxation, sensualité, dégustation, poisson, convalescence, sperme, cocon, silence, mystère, main, bulle …

Je m'arrête à bulle. C’est la clé de voûte pour entrer dans cette histoire d’une femme qui séjourne à Hong-Kong, déplaçant sa « bulle » de femme québécoise en convalescence d'amour. Elle observe la vie qui palpite dans cette cité effervescente, à travers la vitre claire de son aquarium. Elle nage dans une eau pure. Elle voit, comprend, mieux que quiconque envahi par l’action du quotidien. Cette manière de visiter HK captive, emprisonne dans le charme de la ville. Franchement, je n’aurais jamais cru prendre autant de plaisir à déguster mon poisson frais, choisi vivant dans son aquarium, dans un resto populaire de HK. J’ai appris à connaître les moeurs des Chinois, admirant leur dignité, perçant leur apparente indifférence mieux qu’en passant par n’importe quel documentaire. Parce que ce sont des images surexposées d’amour qui se déroulent sous nos yeux.

Tout est empreint d’amour dans ce roman. Et le réalisme est continuellement frôlé par du fabuleux. Du fabuleux suffisamment bien amené pour qu’on lui accorde son envie d’y croire. L’ombre du doute plane ; la réalité fraye-t-elle avec la fiction ? Une apparition ou une hallucination, une présence ou un fantôme, un rendez-vous ou un guet-apens ? Des mains ou des nageoires, des sons ou des mots de Poissonne ? Et qui est donc Poissonne ? C’est la vedette de cette histoire. Et je vous prie de ne pas rire de moi : je me suis attachée à un poisson ! Il y a de quoi, je vous assure. Et pas seulement parce que c’est un poisson rare et recherché pour certaines vertus de vie. Poissonne est le premier coup de cœur de l'héroïne, parce qu’il y en a deux. Mais je ne vous en dit pas plus, je préserve le précieux du mystère.

C’est d’ailleurs le charme absolu de ce roman, l’équilibre entre le suspense et le relaxant. Je suis attirée par les écritures à saveur poétique, qui apaise le coeur, élève l’âme mais malheureusement, petite confidence ici, il arrive que ce genre d'écriture soit relaxant au point d’en être un peu ennuyeux. J’ai eu un peu peur au début car, après tout, contempler Poissonne dans son eau laissait présager beaucoup de tranquillité !

Pour ceux qui rient encore de mon attachement à Poissonne, j’ai de petites nouvelles pour vous, cette histoire a également son lot d’enquête, de disparition, d’apparition, d’inquiétude, de vol, de mensonge. Vous voyez ce que je veux dire ? Tout n’est pas rose tendre comme la translucide Poissonne.

En sortant du grand HK, vous pensez être tout content de revenir au Québec ? Non. Eh que non ! Ça ne se passe pas comme ça. C’est quasi un cas de réservation de places pour vous envoler vers l’Empire du Milieu.

Je vous présente Poissonne :
Je m’imbibais de sa qualité de princesse africaine et de sa quiétude. Au soleil qui entrait par la fenêtre, je voyais ses os fins à travers sa peau opalescente, mais un dosage parfait de muscles et de gras lui conférait une rondeur qui donnait envie de la prendre au creux de notre main. De sa tête bombée émanait aussi de la douceur, elle avait un visage de bébé réjoui. Elle dormait les yeux fermés et battait modestement des paupières quand je lui disais qu’elle était belle.

HKPQ de Michèle Plomer - Éditions Marchand de feuilles. 225 p.

10 commentaires:

helenablue a dit...

Oh! Tu nous hameçonnes avec ta Poissonne!

Gaétan Bouchard a dit...

J'aime beaucoup ta nouvelle présentation. Ton chum a fait du beau travail pour l'en-tête. Bravo.

Suzanne a dit...

Quel beau commentaire. Fort invitant! À tel point que j'ai comme un gros désir de «rencontrer Poissonne».
À bientôt.

Allie a dit...

Depuis quelques jours déjà, il m'attend celui-là! Et j'ai très hâte de le lire :)

Frisette a dit...

Le vie est faites de coïncidences! Justement, hier soir, l'auteure était interviewée au Livre show, la seule émission littéraire qui nous reste, à la télécommunautaire. D'ailleurs, j'aime bien cette émission, malgré son manque de moyens.

Toujours est-il que l'univers de ce roman, comme tu le décris, va très bien avec l'auteure, telle que je l'ai perçue dans l'entrevue. Je ne crois pas que ça soit pour moi mais si ça t'intéresse, l'émission est habituellement disponible sur le Web.

Venise a dit...

@ helenablue : Qui est pris, veut prendre les autres !

@ Gaétan : Je lui ai transmis ton commentaire, et de la part d'un as de la couleur et la ligne, cela lui a fait particulièrement plaisir.

@ Suzanne : On s'égare un peu l'esprit ;-) mais avec de solides points de repère. Et pourquoi refuser de visiter la Chine à si bon compte ?

@ Allie : Eh bien, maintenant, c'est toi que j'ai hâte de lire !

@ Frisette : Il est certain que je vais essayer sans faute de trouver le Livre Show sur le web. Je t'avoue avoir une curiosité sans borne vis à vis cette auteure. J'essayais de l'imaginer dans ma tête en la lisant.
Merci Frisette ... et ça plaisir de savoir que tu me visites parfois incognito.

Grominou a dit...

Ce livre a attiré mon attention, car j'avais beaucoup aimé Le Jardin Sablier... Ça semble très différent, cependant!

Grominou a dit...

PS La nouvelle bannière est superbe!

Anne (Gerdel) a dit...

Bon, je reviendrai te lire. Tes billets m'inspirent.

Tourlou!

Anne
Québec

Psitt: J'ai découvert ton blogue par le biais de Béo... pas plus tard que ce matin. Oui, oui.

Venise a dit...

Anne : Ça me fait plaisir. Tu le sais que c'est notre récompense que quelqu'un apprécie, et ça a tout l'air que l'être humain ne se lasse jamais d'être récompensé !
:-)