jeudi 30 avril 2009

Tarmac de Nicolas Dickner

Je sors de mes sentiers d’éclaireuse de premières œuvres et me dirige droit sur une réputation. Tarmac serait, paraîtrait-il, entre toutes les mains, aussi bien chez l'étudiant où il faut absolument le lire pour être dans le coup (selon Maphto) que chez la critique qui le lit et l’encense.

Devant tant d’engouement, de mode et de vague, je me pousse à sortir de mon silence pour vous présenter Hope et toute sa lignée. Seraient inscrits dans les codes génétiques de cette famille l’urgence de connaître la date de la fin du monde sinon leur esprit bascule dans la folie. Pour éviter de dire que cette prémisse n’a aucun sens, je lui en ai trouvé un. Ce serait une manière d’incarner la conscience aigüe d'une date de péremption de la planète et son homo sapiens.

Est-ce parce que la psychose de sa mère se présente comme une problématique quotidienne mais Hope nous entraîne dans un monde saugrenu qu'on accepte comme si la folie était un facteur naturel et incontournable. Faut dire que Hope est dotée d’une intelligence qui erre bien au-dessus du convenu. Entre cette jeune femme en quête absolu d'une révélation ésotérique, Bauermann Michel, son chaste copain et toute sa lignée qui s’occupent d’une bétonnière, le contraste est grand. Ces jeunes, aux vécus antipodes se rallient et, étrangement, forment un tandem solide. Ce ne sera pas le seul puisque cette Hope semblerait attirer la dévotion d’un allié, naturellement, sans même le demander. On l’aidera d’une manière importante à s’occuper des côtés bassement matériels de la vie.

Je qualifierais cette histoire d’amusante, toute en finesse, et qui déjoue nos pronostics les plus intelligents. En toute simplicité, elle nous entraîne vers du non explicable, je vous encourage à parfois déposer votre chapeau rationnel. Malgré certains « voyons donc, ça se peut pas », j’ai poursuivi, jouant le grand jeu et je m’en suis sortie gagnante. Ne serait-ce que pour la manière empruntée par l'auteur ; un texte tout à fait savoureux à déguster en 97 mini chapitres titrés d'une manière amusante. L’observation curieuse et pointilleuse de l’auteur se distille et s'égare dans plusieurs champs, domaines, expertises et fait naitre un sourire au coin de presque chaque paragraphe. Devant tant de sarcasme émis sur un ton candide, je craque !

À travers les personnages, le message éditorial se délie mais il y en un qui prime, le comportement anti-écologique des années 90, démontre que la collectivité ignore qu’elle fait tout pour s’enterrer vivante. Dickner maîtrise l’art d’actualiser un sujet, qu’importe l’année à laquelle il campe son histoire, son propos cible des préoccupations hautement contemporaines. C’est sa force. En entrevue, je l’ai entendu dire qu’il part d’une idée et ensuite trouve les personnages et l’histoire pour la servir. Je ne sais pas si c’est parce que je le savais mais cela m’est tout de suite apparu évident. Histoire et personnages étaient au service de cet avertissement général : « Attention, si on continue à traiter la Terre comme un produit de consommation « meilleur avant », la fin est proche !

À ce compte, aussi bien espérer que plus d’une « Hope » soit à l’affût de la date de la fin de monde, ainsi réussira-t-on peut-être à la repousser, sinon même (rêvons un peu), à l’éviter.

14 commentaires:

Mistral a dit...

Dans l'intérêt de la transparence, avant de parler de Nicky, je dois préciser que Ven est ma meilleure amie que j'ai jamais vue de ma crisse de vie...

(Et inversement).

Mistral a dit...

Pas vrai. A m'a vu. A s'est tirée. Héhé...

helenablue a dit...

Avec ce que tu en dis, Venise, je fonce me le commander... Pas pour être dans l'coup!! mais tout ce que tu m'en dis me parle et le thème abordé, et la manière.
Te dirais!

helenablue a dit...

Oh! Mistral, toi aussi...

Allie a dit...

Il m'avait fait de l'oeil à la librairie la fin de semaine dernière... Finallement je ne l'ai pas pris. J'ai un problème avec les livres trop encensés... je finis par avoir peur de les lire de peur d'être déçue, comme ça m'est arrivé trop souvent. Pourtant Dickner titille ma curiosité. Nikolski me tente. Et maintenant ce Tarmac. Il faut décidément que je franchisse le pas...

Dominique Blondeau a dit...

Bonjour Venise,

je crois qu'il y a plusieurs manières d'aborder ce roman.

J'en parlerai dans une dizaine de jours dans Ma page littéraire.

Merci de ton commentaire.

réjean a dit...

C'est rythmé, amusant, plein de détails surprenants. L'imagination est au rendez-vous, ce qui me plaît. Je dirais même que je trouve ce roman de Dickner plus achevé et plus percutant que Nikolski. La structure en est plus simple aussi. Ma seule réserve, le voyage au Japon comporte quelques longueurs. Ça aurait pu être un brin resserré. Bref, j'ai bien aimé.

Venise a dit...

@ Mistral : La prochaine fois sera la bonne. Faut le dire, on a aussi joué de malchance ... mais le meilleur est à venir !

Venise a dit...

@ Hélène : Le fond, la forme, tout y est. En plus le texte est divisé en 97 mini chapitres, ou capsules, et chacun est titré. Toujours en entrevue, il dit s'être amusé à trouver les titres, exercice qu'il adore. J'ai apprécié, assez que parfois je retournais la page pour relire le titre. Il y a des sourires partout.

Venise a dit...

Allie : Eh bien, là, il ne te fait plus de l'oeil, il te fait les gros yeux :-). J'ai tellement le goût de te dire que tu te prives d'un grand plaisir, mais je le dirai pas, cela rajouterait à la pression.

Je te comprends pour la pression, j'en avais d'écrire le commentaire. Je me suis même abstenue cette fois de lire les autres. Sais-tu ce qui m'a aidé, et qui m'aide toujours, je me rappelle que nous ne sommes pas deux à vivre un événement de la même manière, nous ne sommes pas deux à lire de la même manière. Autant, il va y avoir de lecteurs, autant il va y avoir de Tarmac.

Venise a dit...

@ Dominique : Vous dites, "plusieurs manières d'aborder ce roman". Même si c'est vrai pour tous les romans, peut-être l'est-ce particulièrement pour certains, en tout cas c'est ce que vous semblez prétendre.

En tout cas, le plaisir est de partager nos "manières", nos visions. Je viens justement de dire à Allie, qu'autant il y aura de lecteurs différents, autant il y aura d'histoires différentes, toujours titrées Tarmac,

Venise a dit...

@ Réjean : J'avais hâte de savoir, j'avoue que ça me fait plaisir que vous l'ayez aimé. C'est vrai qu'il se permet des prémisses assez fantaisistes, qui décollent du réel.

Personnellement ce qui me frappe le plus est sa manière de raconter, parce que l'histoire est très simple et tient en quelques lignes. Dickner a beaucoup à dire, c'est un butineur. C'est sa nature profonde d'aimer fouiller, surtout l'étrangeté et il en récolte assez pour que ça ne sorte pas en banalités. Quand on en est à un humour si fin, c'est même plus que réfléchi, c'est assimilé.

Epicure a dit...

Je termine à peine Tarmac moi aussi. Qu'ajouter de plus? J'en parlerai sûrement bientôt moi aussi, mais pour le moment je seconde totalement les propos de ce billet!

Venise a dit...

@ Épicure : Tu décantes un peu. C'est qu'il faut trouver les mots pour essayer de bien rendre notre senti. Moi aussi, j'ai attendu deux jours avant de me lancer.