lundi 25 mai 2009

Figurante d'ambiance

Voici ma journée, je vous l’offre sur un plateau ... de tournage. À ceux à qui ça tente. Aujourd’hui, et jeudi j’y retourne, j’étais à Montréal dans un lieu de prière sur St-Denis converti, le temps d’un tournage, en quartier général. Cette fois, l’administration (portables, cellulaires, paperasse), coin coiffure/maquillage, les comédiens et les figurants d’ambiance (le nom officiel !) dans la même pièce. Disons que les sept figurants que nous étions avions intérêt à nous faire discrets. Les conditions varient d’une figuration à l’autre. Comme pour un voyage, l’on part avec sa valise sans connaître le , le comment et le avec qui. Plutôt une aventure, puisqu’en plus, on ne connaît pas l’heure exacte à laquelle prend fin le voyage.

Avant de plonger dans cette journée, voici ce sommaire :
Télésérie québécoise « Ni plus ni moi » jouera à Série Plus, six épisodes d’une heure.
Comédiens principaux aujourd’hui : Emmanuel Bilodeau, Edith Cochrane
Lieu du tournage, tout à côté du quartier général (parfois l’on doit se déplacer en minibus) : Snack-Bar d’un quartier ouvrier. Figurants : clients du snack-bar accentuant l’ambiance de pauvreté de la classe ouvrière.

À l’arrivée, aussitôt le bonjour et le formulaire rempli, je me dirige vers la costumière et ensemble on fouille la valise. La demande que l’on m’avait faite au téléphone la veille: trois ensembles de vêtements, couleurs ternes avec de l’usure. Seulement deux de mes ensembles ont été approuvés, s’y trouvait un vert trop éclatant (voyez un vert sapin !).

Après, l’attente. Essayer de lire malgré le fort bruit ambiant, c’est très exigeant, ce qui fait qu’on se retrouve souvent à bavarder. De toutes manières, j’étais en compagnie de deux danseurs professionnels et leur conversation était passionnante. De temps en temps, la troisième assistante arrive dans le local, nous pointe du doigt « toi, viens ! ». La première fois, je n’ai pas eu le temps de mettre le pied dans le casse-croute, on m’a congédiée. Ils conversent à travers leurs oreillettes et micros et en résultent de nombreux changements. Et le cafouillis propre à la méthode du fur et à mesure. La deuxième fois, j’ai réussi à mettre le pied mais quelques minutes seulement puisque, après discussion de vive-voix et devant moi, on préfère me garder pour personnifier la femme du couple qui entre à la dernière scène.

Remarquez, le paragraphe ci-dessus équivaut à 4-5 heures d’attente. Si vous y rajoutez le dîner où les figurants apportent leur lunch ou vont manger au resto (un vrai !) sans encore avoir été utile, ça impressionne. Mais vers 16 h 00, cette fois semble la bonne, par contre on hésite sur le choix de mon partenaire. Quatre hommes ayant été surexposés, il n’en reste plus de mon âge. La responsable en pointe un et tâte le terrain pour connaître son âge et fièrement il proclame : 80 ans jeudi ! Estomaquée, elle réplique, je vous en donnais 65. Ne me les donnez pas, je les ais déjà !
Vif d’esprit en plus.

Après une heure sur le plateau à épier un autre couple « Emmanuel B. et Edith C. se donner la réplique dans le fond de la cuisine du casse-croute, nous faisons la scène qui consiste à nous diriger vers les tabourets et s’asseoir au comptoir. Point. À quelques reprises d’accord, mais point. Ensuite, retour au quartier général mais pas pour longtemps. On a besoin de passants sur le trottoir faisant l'arrière-plan humain d’Émmanuel Bilodeau. Qui n’a pas déjà été un passant dans sa vie ? La seule différence est qu’il faut respecter les signaux, courir pour revenir à sa position de départ et entendre le « moteur ... action » à travers les coups de klaxons et le trafic de 5 h. Nous avons exécuté allègrement nos allers-retours pendant une demi-heure, une dame en faisait elle aussi, bénévolement (elle attendait quelqu’un !), et nous trouvait bien comiques de faire semblant.

C’est vrai que c’est comique "faire semblant", surtout d’une manière aussi sérieuse, et coûteuse.

Jeudi, avec cette même équipe, le tournage sera de soir-nuit et cette fois, le plateau sera dehors. Pour faire quoi, comment, où, qui, et avec qui ? Je le saurais la veille, en autant qu’il y ait un lendemain puisque s’il pleut, le voyage est annulé ... même si la valise est prête.

Quand je vous dis, l’aventure ! Du "faire semblant" et de l’aventure. De l’enfance à la manière adulte.

* * *
N.B. : Même si figurante d'ambiance, je n'ai pas l'impression d'arriver à vous rendre l'ambiance qui règne sur ces plateaux ...
Article de Hugo Dumas qui en dévoile long sur la série.

13 commentaires:

Maxime a dit...

J'adore quand tu nous parles des plateaux où tu fais de la figuration. Super intéressant. ^^

réjean a dit...

Vous nous le direz quand ça passera à la télé. Je veux absolument vous voir.

Venise a dit...

@ Maxime : Tu fais bien de me le dire, c'est justement la question que je me pose à chaque fois ; est-ce que ça intéresse ? Je ne suis pas arrivé à rendre l'ambiance et les cocasseries qui s'y passent pour toutes les lignes utilisées à situer le contexte. En tout cas, je peux dire que Emmanuel Bilodeau est un être charmant, d'une grande simplicité et qui ne lève pas le nez sur les figurants. Tout le monde fait partie de la grande famille humaine pour lui, et ça saute aux yeux.

Venise a dit...

@ Réjean : J'ai bien l'impression que cette fois, ça ne vaut absolument pas la peine. Je serai une ombre, c'est tellement fugitif que moi-même j'aurais de la difficulté à me repérer ! Et en plus, je ne saurais pas vraiment quand cela sera diffusé, 80% des figurations que je fais, je ne les vois pas (je ne capte pas le canal Série +) et ça ne me dérange pas.

Par contre, j'ai une exception et c'est Babine, (conte de Fred Pellerin réalisé par Luc Picard), j'aurais tellement aimé me voir ! Mon costume de laitière était particulier, j'étais très fière du personnage et en plus, ils avaient braqués la caméra sur ma balade de laitière tirant sur son chariot de vieilles bouteilles de lait qui s'entrechoquaient. Tu te sens vraiment ailleurs, presque sur une autre planète ! Par contre, ils ont décidé de couper au montage, alors la laitière est morte avant de vivre. Elle n'a vécue que dans l'utérus du tournage.

Hier, j'ai eu une minute(j'exagère à peine) pour féliciter Emmanuel Bilodeau pour sa défense de La fabrication de l'aube au Combat du livre, après un petit effort de mémorisation, il s'est souvenue de la Venise qui laissait des commentaires nourris à chacun des participants du Combat. Il est vraiment charmant et Édith Cochrane tout autant. C'est important, surtout quand on partage la même pièce pour se préparer, et si je me souviens bien (ça fait quand même 15 ans que j'en fais !), c'est la première fois que je vois une telle proximité.

Beo a dit...

J'adore aussi, lire ces détails de tes journées de tournage et je trouve que tu nous rends très bien l'ambiance :)

réjean a dit...

Venise, voir votre ombre me suffirait...

Venise a dit...

@ Béo : Ça tombe bien, je pense à toi quand je les écris. J'aime t'apporte du Québec sur un plateau de "Silence, on tourne !"

Venise a dit...

@ Réjean : L'ombre de Venise passe encore, mais l'ombre d'une figurante, c'est presque transparent !

Malgré tout, je prends votre remarque avec un sourire pour tout le plaisir qu'elle me fait :-)

Trader a dit...

L'expérience des plateaux de tournage est apparemment très révélateur du véritable caractère des artisans du cinéma et surtout des acteurs.

J'avoue que je serais bien curieux de connaître ce milieu.

Venise, te gêne surtout pas de parler de ce que tu veux.

Venise a dit...

Trader : Peut-être que ceci t'intéressera. Il est dommage que le cinéma québécois manque de moyens financiers, on arrive pas à y voir complètement clair à cause de ce facteur.

Exemple le plus frappant pour la figurante que je suis : quand après 6 heures de tournage (l'UDA protège ses membres, c'est le maximum d'heures sans avoir une pause d'une heure) arrive l'heure de se nourrir, c'est là que la différence entre comédiens et figurants est la plus évidente. Les comédiens ont droit au service du traiteur, ils n'ont donc pas à débourser, ni à se déplacer.

Ce qui n'est pas le cas pour les films américains par exemple, qui nourrissent tout le monde. Il y a des exceptions chez le Québécois, comme dans Babine de Luc Picard, la figuration a été nourrie. Un autre cas où nous sommes obligatoirement nourris, c'est quand on nous prête des costumes d'époque ... on ne peut pas sortir ainsi revêtus.

Pourtant, depuis le nouveau règlement de l'UDA obligeant chaque production à prendre 15 membres, 10 stagiaires avant de piger dans les figurants payé comptant, plusieurs comédiens qui ont peu de contrats font de la figuration. Quand ils ont ce titre, ils n'ont pas le droit aux avantages des comédiens.

Ça peut malheureusement créer de bizarres d''ambiances parfois. Ça ouvre les portes à un genre de snobisme, ce genre de distinction déplaisante les "petits" et les "grands", les "plus", les "moins".

D'ailleurs, les collations substantielles, assez souvent, ils les partagent avec nous, en autant qu'il en reste ! Je parle beaucoup de bouffe n'est-ce pas ? C'est que c'est un élément très important sur les tournages, il y a des tables de collations qui sont toujours remplies, plus des collations substantielles, comme des sandwiches chauds ou des salades. J'ai su que rien de pire que la faim pour rendre les gens impatients, et comme les techniciens tournent presque toujours 12 heures (ce sont les premiers arrivés sur un plateau), il ne faut surtout pas qu'ils s'impatientent, ni les comédiens principaux en fait, sinon le tournage est foutu.

C'est si important que certaines personnes quand on leur demande, est-ce que c'était un bon tournage ... elles parlent de bouffe ! Faut dire qu'il y a des figurants qui en profitent pour bien manger (ce qui ne semble pas toujours le cas), et cela seulement avec les collations !

Il y a tant à dire dans ce milieu que depuis quelques années, j'envisage de tout simplement tenter d'en faire un livre d'infos et d'anecdotes. Ce que je déplore est que depuis la quinzaine d'années que je le fais, je n'ai malheureusement pas pris de notes. J'en avais pourtant des savoureuses que j'ai oubliées, surtout dans le temps que je faisais du cinéma américain (ou qui se faisait !) à Montréal, par exemple Eddy Murphy qui défendait aux figurants de le regarder !!!

Trader a dit...

Tiens, une petite anecdote sur Bruce Willis (sur un plateau de tournage américain et rapportée dans une section potin d'un magazine).

Willis aurait commandé des beignets et il tenait qu'ils soient apportés à lui dans une boîte métallique fermée à clé!

La confiance règne, de toute évidence...

Les autres anecdotes sont les crises de nerfs entre acteurs. La dernière en date est celle mettant aux prises Gweneth Paltrow (que j'aime bien) à Scarlett Johansson...

J'aime bien les potins!

helenablue a dit...

Passionnant tout ça , Venise , me lasse pas de t'écouter...
Amitiés.
Blue

helenablue a dit...

Pour ma part j'ai eu deux fois l'occasion de me retrouver sur le tournage d'un film , ainsi j'ai pu voir de très prêt Isabelle Adjani et Michel Serrault , un grand Monsieur !
Une autre fois Patrick Bouchitey ..
Je trouve que les ambiances sur les tournages sont impressionnantes tant il y a de monde partout, on comprend aussi que le cinéma est une grande histoire d'équipe , de famille presque.
Je suppose que pour la télé c'est pareil.
Et puis on est complétement dans un autre monde...

J'ai vraiment bien aimé que tu nous parles de tout ça...
Raconte encore ...
Please...


( C'est vrai aussi j'ai dansé avec Alain Delon , mais là c'étati à une party et non sur le tournage d'un film ...
:-) Là où je me suis rendu compte qu'il était disons plus petit que moi ...
:-)
C'est amusant d'approcher tout cela de prés, non ? )