mercredi 6 mai 2009

Townships de William S. Messier

... « s’intéresse particulièrement au vernaculaire*, ainsi qu’aux rapports entre oralité, réalisme et réalité ». Ceci expliquant cela. J’avoue, oui je l’avoue, j’ai eu besoin qu’on me situe vis-à-vis cette douzaine de brèves nouvelles nommées "récits d’origine". Les puristes diront que ça va à l’encontre de l’abandon total à un auteur et son univers. Écoutez un peu mon plaidoyer, je tenais à être juste face à ce texte. J’ai tout de suite senti que ma difficulté à apprécier ce style moderne, imagé, si habile à rendre les ambiances venait beaucoup plus de mes limites personnelles que celles de l’auteur. En fait, le style est plus que moderne, il est sauté, ce qui lui confère une originalité certaine. Et avec beaucoup d’assurance.

Je suis donc satisfaite d’avoir continué ma lecture, et même de l'avoir recommencée ! Comment ça, recommencer ? Après quelques nouvelles me faisant vivre une perplexité souffrante, j’ai repris du début en compagnie de Marc. Il a spontanément aimé et m’a amené à ouvrir l’œil et ma faculté à voir les ambiances. J'ai commencé à apprécier ces nouvelles comme autant de séquences de films qui s’animent par de nombreux détails qui projettent dans l'instant, sans passer par des explications. Surtout pas d’explications ! Vous n’en trouverez aucune, ce sont des tableaux par où voyage l’esprit, vous prenez ce que vous voulez, ce que vous pouvez.

Toutes ces histoires se déroulent dans les Cantons-de-l’Est, non loin de la frontière, le borderline, le entre-deux. La dualité de ce latin de Québécois qui rase de près les États-Unis. C’est le temps, je crois, de rappeler ces mots « oralité, réalisme, réalité ». Comment dire mieux ? Ces nouvelles ont toutes un quelque chose tirée de l’oralité, elles sont d’ailleurs transportées par une lecture à haute voix. Et puis c’est le rendez-vous avec l’étrangeté campée avec un réalisme à tout crin qui donne une saveur de franche réalité.

Nouveauté, scoop, nouveauté, scoop ...

Foin de mes propres impressions quand j’ai celles de Marc à vous présenter ! Depuis un certain temps me turlupinait l’idée d’aborder le livre dans son état d’objet. Le livre qui tient au creux de notre main et qui nous charme ... ou non. C’est un produit, ne nous le cachons pas, et si on veut qu’il le reste, ne devenant pas seulement un fichier de plus dans l’électronique, parlons-en !

J’ai placé cette requête à mon illustrateur et graphiste de mari, et pour son amour infini du livre en tant qu’objet, il a accepté. Si je me spécialise sous la couverture ...

Sur la couverture - par Marc
Que voir dans cette forme plutôt bien concoctée ? Tout d’abord, l’américanité flagrante. Le pygargue* ne ment pas. Non seulement il représente nos bons voisins du sud mais également leur influence assurée sur nos us et coutumes. Et cet oiseau, qu’est-il au juste ? Qu’une tête de peluche en fait. Une mascotte dirait-on. L’allégorie populaire par excellence, celle qui, au-delà de personnifier, nous amuse et dont on se moque. Puis, il me semble en ressortir sinon une profonde amertume, du moins une réflexion sur un coin de lit, dans la chambre terriblement neutre d’un motel « vacancy ». La réflexion d’un individu qui, sous ce grotesque casque, se pose face à sa condition. Parce que très populaires, ces récits d’origine n’en sont pas moins lestés d’une identité crue, autochtone, qui nous conduit invariablement à réfléchir aux bienfaits et aux méfaits de notre appartenance.

Et encore, ce graphisme qui tranche sensiblement avec la sobriété des lieux. Un jaune or riche, constellé de micro-étoiles présentant une rutilance solide. Du lingot aurifère ? C’est assurément d’une certaine richesse dont il s’agit ici. La nôtre. Celle que l’on répudie parce que parfois si vulgaire, mais que les nôtres adoptent une fois la porte fermée.

Mise en page et couverture M.-P. Béland.
Photographie de la couverture : Jamie Campbell
Maison d'édition : Marchand de feuilles

* vernaculaire : langue parlée seulement à l'intérieur d'une communauté, souvent restreinte
* Pygargue : Oiseau rapace diurne, brun, à tête et queue blanches, appelé aussi aigle de mer.

4 commentaires:

aka Danger Ranger a dit...

J'ai manqué le lancement de cet ami d'ami que je ne connais pas personnellement. (Il a un blogue avec Anne, sa blonde, je crois: http://twistnserve.blogspot.com/ et un MySpace aussi, sous un autre nom, faut entendre ce qu'il fait en chansons!)

Peu importe, ça y est, j'ai envie de le lire. Merci!

Venise a dit...

aka Danger Ranger : Ton commentaire me vaut beaucoup. J'étais un peu désolé du désert ici, ton commentaire en vaut dix. Je vais certainement aller faire un tour sur son blogue.

À moi de te remercier.

aka Danger Ranger a dit...

Ça me désole, un bon blogue comme le tien! (Sur le mien je chiâle justement entre autres contre les pseudo-critiques qui se contentent d'éloges vides, par exemple, sans élaborer, sans penser finalement.)

Du coup je m'en veux de ne pas être 'venu te voir'... J'ai été pas mal absent depuis un bout de temps, je me suis débattu avec un travail de fin de session qui m'irritait profondément (remis quatre semaines en retard, bâtard... je prends le B+ final avec une sniffée de sueur salée), et après j'avais une montagnes de sujets de billets accumulés (j'exagère), même pas encore épuisée, et j'étais (je suis toujours) en manque de temps pour écrire pour vrai. Repli total ou presque, mais je rebondis.

Ta générosité est inspirante.

Venise a dit...

Tu as la parenthèse inspirante toi-même "une sniffée de sueur salée" ! Un B+ pour un travail en retard, c'est excellent! Car j'imagine qu'il y a eu des points de retirés en guise de pénalité.

Tu es facile à croire quand tu dis que tu rebondis :-)