dimanche 2 août 2009

Grande plaine IV - Alexandre Bourbaki

"Je m’aventure", avais-je annoncé. Je ne croyais pas si bien dire ! Si je n’étais pas à lire Matamore 29, je parlerais pour Grande Plaine IV d’écriture expérimentale mais, par comparaison, non, c’est autre chose mais tout aussi particulier.

J’ai tout simplement adoré les premières pages, je me suis spontanément liée avec Alexandre Bourbaki, le personnage du roman, écrivain qui déguerpit de Montréal pour une raison de surface : il découvre que son auto est largement égratignée. Sa vie aussi, probablement. Il part à l’aventure, ne sachant pas où il va déposer sa valise. J'ai aimé ce vrai de vrai regard d’écrivain qui remarque chaque détail. Il choisit de s’arrêter, lui et son chien, à Mailloux. On va vite savoir pourquoi, un village que l’on croirait directement sorti de l’imaginaire de l’écrivain, un village rêvé peut-être, je ne sais pas et accepte de ne jamais le savoir. L’aventure, c’est de ne pas savoir « avant » et parfois aussi « après » !

On soupçonne le narrateur, le personnage Alexandre Bourbaki, d’être un écrivain peu connu, si on compte sur son agréable surprise de rencontrer Petit, un fan de son petit dernier roman Traité de Balistique. Petit, le copain de Béatrice, la buandière chez qui, il s’installe devant son écran :
« Je me connecte à l’interface d’écriture du blogue et pendant une demi-heure, je fixe l’écran. Ce n’est pas l’angoisse de la page blanche, mais plutôt une totale désaffection de mon désir de sociabiliser. Je n’ai plus envie de partager avec des curieux, des inconnus, des senteux (et au travers de cette masse, trois ou quatre amis et une douzaine de connaissances), des réflexions banales sur ma vie quotidienne. Ces versions plus ou moins remaniées de notre monologue intérieur ne sont pas destinées à être partagées, et encore moins multipliées. On voudrait partager nos pensées quotidiennes comme si c’était un exploit, comme si nous étions seuls à analyser tout ce qui nous entoure ».
Petit, qui progressivement sombre dans la folie, lui remettra des cahiers de son manuscrit et Bourbaki nous les fera lira un à un. C’est ici que ça se gâte pour moi, déjà entourée d’un village bizarre dirigé par des leaders étranges qui tiennent des commerces de peinture à numéros de Molinari, ou d'autres qui fomentent une réorganisation de la nature, un propriétaire de motel au comportement étrange, une mystérieuse usine de chaises Solar tout me semblait déjà tellement baigner dans l’onirique, les manuscrits m’ont fait perdre complètement pied de la réalité. Malgré mon effort, j’ai été incapable d’entretenir de l’intérêt pour ces manuscrits écrits par une personne sur le bord de la folie. Entre la réalité et le fictif, la folie ou la raison, j’y ai laissé la mienne. Je me doute que cette ambiguïté aigüe était désirée par Alexandre Bourbaki l’auteur du personnage narrateur, Alexandre Bourbaki.

Mais finalement, c’est en m’arrêtant au mot dopplegänger (mot d’origine allemande signifiant sosie employé dans le domaine du paranormal pour désigner le double fantomatique d’une personne vivante, le plus souvent un jumeau maléfique) qu’il m’a semblé m'être un peu approché de l’idée derrière cette histoire.

Mais la sensation d’embrouillement perdure, celle de n’avoir pas vraiment compris, ou même d’avoir été bernée, ce qui me laisse somme toute une sensation plutôt désagréable.

* * *
Grâce à Réjean, je rajoute un lien vers une entrevue qui en dit long sur l'auteur. J'ai recopié le lien en espérant qu'il fonctionne.

Grande Plaine IV - Alexandre Bourbaki, Alto, 269 pages.

11 commentaires:

réjean a dit...

Je pense qu'il manquait une personne essentielle à l'écriture de ce roman, c'est Nicolas Dickner lui-même qui, contrairement à Traité de balistique, n'a pas participé à l'écriture de ce collectif, trop occupé à écrire son Tarmac. Ça paraît.

réjean a dit...

Je ne sais pas si le lien fonctionnera, mais j'attire votre attention sur cet article.
http://www.cyberpresse.ca/arts/livres/entrevues/200811/30/01-805778-alexandre-bourbaki-le-sibyllin.php.

Venise a dit...

Réjean : Eh bien ?! Me voilà en bas de ma chaise Saular !

Je ne savais pas que Alexandre Bourbaki était un trio devenu duo par la force des choses.

Alors je me ravise sur une chose, le manuscrit sous forme de cahiers n'était pas si mauvais en soi, c'est de l'avoir imbriqué qui m'a troublée, pour ne pas dire mélangée.

Je suis prête à les relire en trio. Un gros merci pour cette précieuse info !

Amélie a dit...

J'ai un souvenir un peu vague de Traité de balistique, où j'avais beaucoup-beaucoup aimé certaines nouvelles tandis que d'autres m'avait décontenancée, complètement, au point d'en être troublée. L'expérience de lecture de Grande plaine IV a l'air assez similaire ;)

Karine :) a dit...

Ca semble vraiment particulier comme truc. Je ne pense pas que mon niveau intellectuel vole assez haut présentement pour que je sois à la hauteur de ce genre de chose!! Bonne journée Venise!

Venise a dit...

Amélie : Je ne dis pas non à Traité de Balistique en me disant que de toutes manières, tout recueil de nouvelles a ses hauts et ses bas.

@ Karine : Oui, assez particulier. Aussi bien être très disposé !

CLaudeL a dit...

Il est vrai que moi aussi, à la lecture de «On voudrait partager nos pensées quotidiennes comme si c’était un exploit, comme si nous étions seuls à analyser tout ce qui nous entoure », j'aurais sauté sur le livre tellement l'extrait correspond à ce que je pense, mais suis contente que vous ayez fait l'exercice pour nous. On peut pas tout lire et on peut pas tout aimer. Même si des fois je me sens coupable de ne pas aimé un livre québécois.

ClaudeL a dit...

J'aimerais donc pouvoir éditer nos commentaires comme on peut modifier nos messages dans un blogue. Suis quand même assez orgueilleuse de mes textes comme d'autres le sont de leurs vêtements, alors je reprends:
... de ne pas aimer un livre québécois.

Venise a dit...

@ Claudel : Eh bien moi c'est d'influencer les personnes dans leur lecture du Québécois qui me trouble un peu. Je dis un peu, je pourrais aussi dire un soupçon, puisque c'est la règle du jeu de la vie. S'il arrive que j'influence une personne à en lire, il arrive que j'influence une personne à ne pas en lire !

Pour ce qui est des fautes d'inattention dans les commentaires, moi aussi, je m'en mors les doigts de ne pouvoir les reprendre. J'ai les doigts tout mordus mais je continue ! (ah, que je suis drôle ce matin).

Suzanne a dit...

Je ne sais si je lirai...Je vais y penser encore. Belle journée

Venise a dit...

Suzanne : Y penser en le feuilletant. Si tu étais à mes côtés, je te le prêterai avec plaisir. En fait, je le remets en circulation à la Bouquinerie de Sherbrooke.