vendredi 13 août 2010

L'Absent - Café littéraire Correspondances d'Eastman

Nous en sommes au Café littéraire du samedi matin, L’Absent, où je m’assois devant Alain Mabanckou (A.M.), Joël Des Rosiers (J.D.R), Hélène Dorion (H.D.), Dany Laferrière (D.L.). De grosses pointures. Il y a une fraîche odeur de poésie dans l’air, deux poètes nettement identifiés comme tels (J.D.R et H.D.), Dany Laferrière la courtise mais, ce matin-là, c’est la prose imagée et poétique d’Alain Mabanckou que j’allais découvrir. Pousser certaines idées hors du raisonnable et du raisonné m’apparait poétique, comme écrire les Mémoires d’un porc-épic. J’ai trouvé bien amusant que A.M. raconte la réception de ce roman en France accueilli par des « Oh » et des « Ah » d’effarement devant ce farfelu aberrant de donner le personnage principal à un porc-épic dans un roman pour adulte. Il a osé, et récolté Le Renaudot. Ce n’est pas rien, et maintenant que j'ai entendu ce conteur débordant d’humour imaginative, c'est plus facile à comprendre.

Joël Des Rosiers n’est pas que poète, il est chirurgien et psychiatre. Essayiste aussi. En 1999, il reçoit le Prix du Festival international de poésie et le Grand Prix du livre de Montréal pour Vétiver. Il a une renommée, comme on peut l’avoir en poésie devant public réduit. Même si je ne suis pas une fervente de poésie, j’ai tout de même son recueil « Savanes » dédicacé... que j’ai peiné à lire. J’ai aussi peiné à comprendre les théories qu’il nous a exposées en ce samedi matin. Je ne suis pas surprise que cet auteur soit essayiste, il aime expliquer et il explique longuement. Un être érudit, original, mais a-t-il le don de la communication ? Je n'en suis pas sûre ! J’ai même eu l’impression (j’ai bien dit l'impression !) que l’animatrice, Danièle Bombardier hésitait à lui redonner le micro, tellement il le tenait longtemps une fois qu'il l'avait. Un homme avec une belle prestance (vous me surprenez en flagrant délit de futilité !)

Dany Laferrière me surprend toujours par la justesse de ses interventions, assez que je finis par me demander ; mais lui arrive-t-il d’être à court d’inspiration ? Il jongle vite et efficacement dans sa tête. Il saisit le présent, les autres qui l'entourent en font partie , il prends de grandes inspirations de l’autre. Je me suis plu à l’observer "regardant" et l’observer "écoutant". J’étais fasciné et me disais, que va-t-il sortir, que prépare-t-il dans sa tête en cet instant ? Par exemple, il me semblait captivé par les propos d' Hélène Dorion et là, j’avoue le comprendre tout à fait. Cette dame m’a secouée (je l’ai gardée pour le dessert comme vous voyez !), coup de cœur des Correspondances, en tant qu’auteure possiblement, ce que je pourrais dire après l'avoir lu, mais en tant qu’être humain qui regarde la vie, oui. Si ses textes sont comme elle, ils vont plus loin que la poésie ; ses notions de la vie englobent la poésie, la comprennent. C'est évident que mon coup de cœur vient d’affinités de perceptions. Une poésie spirituelle, une poésie qui donne du sens par la voie des sens. Après le Café littéraire, mystère, tous ses livres étaient disparus. J’ai hâte de la lire, j’ai été à la librairie aujourd’hui, je n’ai trouvé aucun de ses titres. Sous l’arche du temps m’intéresse pour ce qu’on en dit : « ouvrage qui regroupe des essais autour de l’écriture, de la littérature et de la place de l’art dans la société ». Ou le récit «Jours de sable » pour lequel j'ai entendu plusieurs s'exclamer. Si vous êtes comme moi et la connaissez pas ou à peine, Hélène Dorion est traduite et publiée dans plus de quinze pays, son œuvre lui a mérité plusieurs distinctions et prix littéraires, dont le Prix du Gouverneur général du Canada, le Prix Alain-Grandbois, le Prix Aliénor, le Prix International de Poésie Wallonie-Bruxelles et le Prix du Festival International de Poésie de Roumanie.

Pour terminer en beauté sur dame poésie, cette mal aimée, souvent parce qu’elle fait peur, ce que Dany Laferrière a proféré peut être pris pour une banalité, mais elle m’a donnée toutes les permissions. Je vous la déclare en mes mots : ne lisez pas la poésie de bout en bout, elle se glane, se pécore, se savoure petite bouchée par petite bouchée ...

6 commentaires:

ClaudeL a dit...

Comme je n'ai pas assisté à ce café, merci de faire beaucoup plus que rapporter, tu donnes ton avis et c'est ce que je recherche.

Surtout pour Hélène Dorion dont je ne connais pas les écrits.

Il y a des éditeurs qui auraient avantage à faire leur travail: quand il sait (le savaient-ils?) qu'un auteur sera présent à tel endroit, fournir des livres au libraire de la région et donc aux Correspondances. C'est arrivé à quelques reprises qu'il en manquait.

Ginette a dit...

Moi j'ai presque fini "L'étreinte des vents" d'Hélène Dorion.
C'est en effet un livre plein de poésie qui se lit à petites bouchées.
Il vaut mieux le posséder. Mais il ne faut pas non plus l'oublier car on perd le fil.

Venise a dit...

Claudel : Je ne sais pas exactement comment fonctionne l'organisation des livres des auteurs invités, mais c'est Archambault, un solide commanditaire des Correspondances qui s'en occupe. C'est un fait qu'il est déplorable d'avoir tant de difficulté à mettre la main sur certains livres. Pour Hélène Rioux (il y avait 2 Hélène), j'étais tellement désolée ... et elle aussi. Il n'y avait que 4 livres et ils sont bien évidemment disparus le temps de le dire.

Venise a dit...

Ginette : Vous aimez alors ? Par petites bouchées pour l'assimilation. J'ai hâte de déguster.

anne des ocreries a dit...

Ah, ausujet de la poésie, c'est exactement mon opinion ! ayez plusieurs poétes, ici ou là, chez vous. Au hasard du moment où vous passez devant, prenez un livre, ouvrez-le n'importe où, et lisez, glanez la page que vous avez trouvé, et laissez les mots chanter jusqu'à votre âme, en un court instant. Puis, vaquez, toujours sans en avoir l'air, avec comme le parfum de la parole évanescent dans votre souvenir.....ça fera son oeuvre en vous, souterrainement !!
C'est ainsi que j'aime à lire la poésie, et ça me va bien. Essaye !

ClaudeL a dit...

Habituellement, quand un auteur sait qu'il va en quelque part, il en touche un mot à son éditeur qui voit à ce que les libraires de l'endroit aient tout ce qu'il faut.
Et si un libraire sait qu'un auteur va venir dans son coin, il téléphone à l'éditeur et demande des exemplaires supplémentaires. Surtout si les dits livres datent d'avant 2010.

Bref, une affaire d'équipe, chacun doit faire un ti-bout.