vendredi 3 octobre 2014

Chaque automne j'ai envie de mourir - Véronique Côté et Steve Gagnon

Je suis un peu mal à l’aise de vous parler de Chaque automne j’ai envie de mourir. Dans mon malaise, il y a c’est certain, l’inquiétude de ne pas lui rendre justice imputable à mon manque de mémoire devant les textes courts. Tout texte bref a la manie de se déposer sur moi aussi furtivement que l’aile d’un papillon. Vous devrez vivre avec ma lacune, je ne peux vous faire des résumés de ces quelques 37 textes.

Ce ne sont pas des nouvelles prises au pied de la définition, ce sont des textes brefs relatant les confidences de 37 auteurs différents. Où les a-t-on pêché ces auteurs ? Le concept était de faire  parler des personnes, principalement par la Toile, leur demandant de déposer ce genre d’histoire ou d’anecdote qu’habituellement on tait. Qu’on ne clame pas sur tous les toits, des secrets de bonne et même de mauvaise famille. L’exercice s’est fait dans l’anonymat le plus total.

À l’étape de l’édition, le langage a été uniformisé par le duo d’auteurs Véronique Côté et Steve Gagnon, tous deux comédiens. Ce n’est pas un hasard qu’ils soient comédiens, ces confidences ayant tout d’abord été déclamées, chuchotées bref, libérées devant un public dans le cadre du dixième festival du Carrefour international de théâtre en 2009. Fait inusité, ces représentations ont eu lieu dans les dédales des rues de la ville de Québec. C'est intéressant, après un travail de collecte de centaines de textes, on a remis au public ce qu’il avait eu la générosité de donner. Ces histoires des gens de la rue ont été remises à la rue. 

Des secrets dévoilés devant un public, déjà là, il y a un paradoxe intéressant. Ce n’est qu’en 2012 qu’on est passé au projet de les coucher entre les pages d’un livre. Bonne idée, que je me suis dit. En lisant l’avant-propos, j’avais l’eau à la bouche. Rapidement, j’ai réalisé combien les textes étaient diversifiés : les banalités côtoient les énormités. J’ai lu plusieurs textes à voix haute pour Marsi, mauvaise idée, ces textes n’ont rien de théâtral, en tout cas pas de ma bouche !

Il n’y a qu’une histoire qui m’a assez marquée pour m’en souvenir, c’est Cauchemars. La grande majorité sont déjà tombées aux oubliettes. Je suis tenté de conclure qu’un style parlé est moins mémorable pour moi. Il s’ancre moins. Pourtant, pendant ma lecture, j’étais boulimique, les avalant goulument une après l’autre mastiquant à peine les mots, en proie à une fébrilité de fouineuse. La curiosité d’écornifler son voisin, de plus en plus de voisins, est exacerbée à cette lecture.

L’uniformisation du ton est si réussie que j’ai fini par m’en lasser. Trente-sept histoires si variées, passant par tous les octaves des émotions servies par un seul et unique ton m’a eue à l’usure. Au deux tiers, un ton monocorde a remplacé les fluctuations que j’entendais pourtant au départ dans ma tête, ce qui a dérangé mon appréciation de la diversité.

Remarquez, c’est spécial de finir par se lasser de sa propre voix liseuse ! Peut-être que j’aurais aimé qu’on me lise ces textes, peut-être étais-je après tout la candidate idéale pour les entendre par d’autres voix.

À vous de tenter l’expérience.

À souligner : Ce titre a reçu le Prix des abonnés 2013 de la Bibliothèque de Québec

Chaque automne j'ai envie de mourir
Véronique Côté et Steve Gagnon
Septentrion - Collection Hamac
Février 2012 - 192 pages.




6 commentaires:

Anne a dit...

J'adore ette couverture, ça suffirait à me faire craquer (je suis horrible, je sais)

anne des ocreries a dit...

Oh, il me titille celui-là ! Je dresse l'oreille !

Topinambulle a dit...

J'aime ton parallèle entre l'intime et le public. Tu as piqué ma curiosité, car je ne savais pas que les textes provenaient de plusieurs sources différentes. Je vais tenter, oui oui ;)

Venise a dit...

Toutes les raisons sont bonnes pour craquer ! Je craque également pour des couvertures. C'est le vêtement du livre.

Venise a dit...

Anne, Tu dresses l'oreille, et ouvres l'oeil, toujours preneuse.

Venise a dit...

Topinambulle : Je suis fichument contente d'avoir éveillé ta curiosité ! Ça calme ma culpabilité de ne pas avoir fait de beaux résumés.