Faites comme chez vous

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c'est recevant !

dimanche 25 novembre 2018

Madonna en 30 secondes de Billy Robinson

Aimez-vous Madonna ? J’imagine que la plupart des personnes qui tendront la main vers ce très bel album, répondront « oui ». Pour ma part, je ne l’aimais pas particulièrement, par contre, j’étais, et je le suis encore plus, consciente de son apport en ce bas monde.

Cet album est vraiment attrayant pour les yeux, et même pour le toucher avec son cartonné rigide, im
itation papier Kraft.  Vous aurez du plaisir à feuilleter les épaisses pages glacées garnies de moult images colorées. Le visuel est vif et saisissant. Tout est en place pour donner le goût de lire.

Après la forme, le fond maintenant. Disons d’emblée que c’est un album hautement formaté. Je vais tenter de clarifier les divisions.  Quand vous ouvrez l’album, vous avez à gauche : du texte, et à droite : une image. Le texte de droite est divisé en trois parties :
« Aperçu en 30 secondes » : La plus longue partie qui étale le sujet.
« Condensé en 3 secondes » : Un résumé de la partie ci-dessus
« Réflexion en 3 minutes » : Un aspect connexe qui mérite de s’y arrêter 

On trouve également de temps en temps dans le coin droit un « Saviez-vous? » , puis s’ajoutent dans la marge : une fiche technique et une énumération des sujets connexes et à quelles pages.

Il y aurait sept chapitres. Je dis « aurait », comme si je n’en étais point sûre (!), c’est que je n’ai pas eu l’impression qu’il n’y avait que sept. L’album se présente en tellement de divisions que j’en ai perdu la vue d’ensemble. Faut dire que Madonna est une personne complexe, qui porte plusieurs chapeaux,  ce qui rend difficile d’isoler un thème. C’est ce qu’il m’a semblé. Et puis, après tout, englober 35 années d’une carrière remplie et tumultueuse, et cela en 150 pages, c’est carrément un exploit.

J’ai évidemment beaucoup, et encore plus que beaucoup, appris sur Madonna. N’oubliez pas que je partais de rien, ou à peu près. Pour tout vous dire, je ne savais même pas que Madonna est son vrai prénom, le même qu'a porté sa mère. Bien sûr, je me suis demandé si une personne qui a suivi de près cette incroyable carrière en apprendra pour la peine. Je risque un « oui ». Les « saviez-vous » et les « réflexions en 3 minutes » nous réservent des détails qui frappent, qui m'apparaissent précis et pointus.

Madonna n’est pas qu’une artiste hyper performante sur scène, elle est un être qui s’investit et qui investit de sa fortune dans des œuvres caritatives, ainsi que dans l’enfance puisqu’elle a adopté plusieurs enfants. Une femme avec des valeurs, des principes, capable de pousser les extrêmes toujours plus loin. On l’a régulièrement traitée de provocatrice à vide, cet album nous montre la réflexion derrière la plupart de ses extravagances. Faut dire que l’auteur du volume, et il est à peu près temps que j’en parle, est un fan irrémédiable de la carrière fulgurante de Madonna.  Il y a consacré temps et énergie depuis 1985, et si vous voulez en avoir une idée cliquer sur "fan phénoménal" et vous aurez droit à un vidéo de sa Madonnathèque. Cette passion le rend digne de confiance dans les affirmations qu’il avance. Il est à noter que Billy Robinson a fondé en 1996 le premier site web francophone consacré à cette illustre star de la Pop.

Autant les divisions et subdivisions sont intéressantes, étayant les compartiments de la vie de la star, autant elles morcèlent l’idée globale que l’on peut tirer du personnage Madonna. Faut dire que je suis une habituée des biographies où l’on entre dans la vie qui déboule en un fil continu comme si c’était un roman. Il faut s’attendre à autre chose de cet album qui compile et divise. Encore là, les vrais adeptes de Madonna sauront mieux que moi enchaîner les faits sa vie et en faire un tout homogène, parce que moi lorsque j’ai fermé le couvercle sur ces données, j’ai vu et je vois encore Madonna en mille et un morceaux.  D’ailleurs, par certaines divisions qui se chevauchent, on évite mal certaines informations qui se dédoublent. Mais qu’importe, ce n’est pas très dérangeant, ça confirme et aide à mémoriser les moments forts de sa vie.

Pour terminer en images, les montages d’illustrations et de photos prennent d’assaut la moitié gauche de l’album et, pourtant, aucune mention autre que celles que l’on retrouve habituellement en petits caractères sous la couverture. J’y ai repéré que la direction artistique a été commise par René St-Amant et le défi Maquette et illustrations a été relevé par Nathalie Duperré. Sans ces images excitantes, ce livre sortirait amoindri, ses artisans méritent à mon avis une attention particulière. D'ailleurs, si Billy Robinson, par sa Madonnathèque a participé à nourrir ces images, il aurait été intéressant de l'apprendre d'une manière ou d'une autre.

Je sors heureuse de mon initiation, je saisis maintenant l'ampleur du phénomène Madonna. L’album est si attrayant, je n’hésite pas à le classer parmi les « beaux livres » et, fait rare, à un prix abordable : 22.95$. C’est la première fois que je souligne un prix, parce que je considère que pour un album de cette qualité, qu’on se plait à feuilleter de nouveau et à conserver précieusement, le prix est franchement modique.

J’espère que Le Père Noël n’oubliera pas de le déposer au pied du sapin, pour éviter des représailles des fans de Madonna !

vendredi 9 novembre 2018

Turbulences du coeur de Nathalie Roy

Nathalie Roy se définit comme une romancière d’histoires au féminin.  Turbulences du cœur est son dixième roman et, au lieu, d’y aller avec du familier, du connu, du confortable la "femme", elle s’est lancée avec un protagoniste principal masculin : Louis-Philippe Rousseau.

J’avais une toute petite crainte en commençant à lire, car franchement Nathalie Roy connait la femme sur le bouts de ses doigts : son sens du détail, son habilité à se dévouer, ses goûts, ses habitudes et ses attirances. Je me demandais si son homme serait aussi crédible. Le test est passé, j’ai cru à ce bon diable en mal de changer de vie !

On surprend ce grand avocat à l’orée de la quarantaine, et si on fait le calcul, il engendré son ado de 15 ans à l’âge de 24 ans. On se doute bien que sa fille, Romy a été, jusqu’à date, une empêcheuse de tourner en rond dans sa vie de « quasi » célibataire. Jusqu’à date, Romy était la fille à sa maman, Louis-Philippe devenant père de fin de semaine uniquement. C’est que monsieur est un avocat ambitieux dans un grand bureau où on carbure au travail. 

Les premiers chapitres nous exposent cette vie réglée au quart de tour, avec parfois des éclaircies dans le cerveau de l’homme où s’infiltrent ces questions ; est-ce que j’aurais laissé passer la femme de ma vie ? Suis-je en train de négliger ma fille ? Est-ce que mon précieux assistant, William a raison de se plaindre d’une surcharge de travail ?

Nathalie Roy joue des relations homme-femme, comme un chat avec une souris, habilement et dans le plaisir de la capture. Sa force est indéniable : lorsque le personnage est convaincu d’aimer pour la vie, le lecteur l’est tout autant. Pour mon plus grand plaisir, je me suis fait prendre dans la souricière à quelques reprises, je n’avais pas vu venir le dénouement et tant mieux ! J’aime être déjouée.

Le roman commence lentement, comme un lourd véhicule qui doit réchauffer son moteur avant de s’élancer à bonne vitesse. La peur de m’ennuyer dans du convenu m’a effleuré et puis, hop, on change de continent, le rythme change, la routine casse. On a un condo et des plages à visiter en Floride. J’ai senti l’auteure bien connaître les lieux et son plaisir d’y séjourner était palpable.

Tout en défilant l’histoire principale, différents thèmes sont abordés : le transgenre, l’homosexualité féminine, la filiation reniée. Évidemment, ce n’est pas un drame psychologique mais si on veut s’y arrêter, il y a une amorce de réflexion.

Pour être honnête, ma relation préférée est la progressive prise en charge de l’adolescente par le père. L’adolescente est bien campée, le casting est excellent ! Le père y met du sien pour rattraper le temps perdu et l’ensemble parait plausible. C’est une lecture qui peut faire du bien à des pères qui ont perdu la foi en leur capacité paternelle. L’auteure donne le droit de croire qu’il est possible de renouer avec notre enfant si on est motivé.

Je dois m’en confesser, j’ai eu de la difficulté avec la personne de mon âge qui pourrait être mon amie et je nomme ici : Marguerite, la mère du protagoniste. Avec son « je sais tout et je te connais tellement, et ces incessants lapineau », elle avait de quoi m’énerver. En fait, je trouvais Louis-Philippe bien bon de la trouver charmante. Peut-être est-cela la plus grosse différence entre un homme et une femme dans la relation à sa mère, l’homme est plus clément. Tant mieux pour lui, s’il roulait les yeux d’agacement et finissait par sourire d’indulgence ! Pour moi, le charme n’a pas passé la rampe. Trop d’amour et d’attention, c’est aussi pire que pas assez ! Je lui accorde cependant qu’elle est une femme déterminée car elle aura gain de cause (un secret à découvrir).

Est-ce que l’on peut conclure pour autant que je suis allergique aux portraits de femmes fortes, se tenant près d’une femme idéalisée ? Non, car il y a une femme fascinante dans cette histoire et celle-ci, je fais plus que l’endosser, je veux la voir vivre sous mes yeux. Et je risque d’être exaucée … en dire plus serait trop en dire.

Allez, faites comme l’auteure, n’ayez pas peur de l’homme, et plongez dans son cœur, malgré les turbulences.

Turbulences du coeur
Nathalie Roy
Libre Expression
344 pages
Sortie en octobre 2018

samedi 27 octobre 2018

L'Inextinguible de Maxime-Olivier Moutier

J’ai lu ce livre quand il est sorti début 2018. Ce sont 15 entretiens menés par Paula Singer (un pseudo, selon ses dires). J’aime le genre « entretien » et ma curiosité est toujours en alerte devant Maxime-Olivier Moutier, cet être tellement confortable dans son unicité.

Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais ce livre a fait une mini tempête dans les médias autour du mois de février 2018. Je vais utiliser la fameuse expression « une tempête dans un verre d’eau ». Des journalistes aguerris se prenaient la tête : « Est-ce que Paula Singer est vraie ou fictive ? ». Autrement dit, est-ce que l’étudiante qui a initié les entrevues, accompagnée d’une autre étudiante, Sophie Galarneau sont de pures inventions issues du cerveau désordonné et égocentrique de Moutier ? Je n’avais jamais vu des intervenants du domaine littéraire s’arrêter à cette question bêbête : vrai ou faux ? Depuis quand c’est important de départager le vrai du faux en littérature ! J’ai eu beau chercher, même après ma lecture, la question du siècle perdure : pourquoi diable avoir tant accroché sur le vrai ou faux !

Le livre est généreux, parce que Moutier l’a été. Il a répondu à toutes les questions de ces jeunes dames. J’ai certainement appris à mieux le connaître et je n’ai pas été déçue une miette du personnage. Je dis « personnage », au lieu de personne parce que Maxime Olivier Moutier est si particulier, si poussé comme être humain, que j’ai tendance à le prendre pour un personnage. D’ailleurs, se prend-il pour tel ? C’est intéressant de se poser la question. Ses affirmations sur le féminisme ou n’importe laquelle des énormités qu’il énonce, dans un semblant d’indifférence, ne me font pas frémir. Je prends toujours ce qu’il dit avec un grain de sel. Il a besoin de vérifier la vérité en la retournant de tous les côtés pour en apercevoir les aspérités. Il la tient loin de lui, ce qui lui confère du recul, générateur de plein de déductions. Il ne faut donc pas prendre ce qu’il dit au pied de la lettre. Il explore. Il analyse.

Les entretiens auraient pu être banals, car les questions l’étaient. Cela a tombé sur la bonne personne, car rien n’est banal avec M.O.M., ni son enfance, ni ses métiers, ni ses études, ni ses opinions. Qui connaît un peu le pouvoir de la psychanalyse a une idée du fonctionnement d’une personne comme lui. Il s’analyse au fur et à mesure qu’il vit. Une psychanalyse, ça ne se complète jamais, tant qu’il y a de la vie, il y a de la matière à analyser. C’est la science de l’étude de soi, de cette relation subtile et laborieuse entre le conscient et l’inconscient.

Si vous êtes curieux de la psychanalyse, allez-y allègrement, lisez L’inextinguible et si vous êtes curieux tout court, lisez ce bouquin qui ne se compare à aucun autre. Peut-être trouverez-vous pourquoi, il faut autant détecter si l’intervieweuse est fictive ou non ! Vous vous en sortirez avec une meilleure connaissance de la psychanalyse, et pas seulement parce que l’interviewé est psychanalyste, plus parce qu’une passion l’allume. Il est convaincu du bienfait de l’analyse sur une personne. Il fait allusion à plusieurs reprises à Lacan, un pair de Freud, si j'ai bien compris. Ça a piqué ma curiosité et j’ai trouvé ceci : Quel est le but de la psychanalyse lacanienne ? Cerner l’origine de nos névroses grâce à la parole et au décodage de notre inconscient. Sa spécificité ? Des séances à durée variable.

Bref, Maxime-Olivier Moutier est le serviteur royal de la polémique. Il y croit énormément car, selon lui, elle sert : « à se rappeler que nous ne possédons jamais la vérité et que nous nous trompons tout le temps ». J’aime cette humilité. Ça va le changer, lui qui se fait continuellement traiter d’imbu de lui-même ! J’aime les gens qui questionnent sans cesse leurs réponses, et Moutier est de cet acabit.

J’ai moi aussi réalisée combien je suis unique (sans prétention !), en prenant possession de ce « 352 pages ». Contrairement aux critiques, j’ai aimé les notes post-entrevues de Paula Singer et ses disdascalies. Les précisions étaient consignées en limpides phrases brillantes de banalités, mon esprit n’avait plus d’autre choix que d’atterrir tout en douceur de son vol plané. En plus, elles m’intriguaient ces étudiantes. Je les trouvais plus mystérieuses que l’interviewé de qui, on s’attend à tout, ce qui sert de pare-surprise. 

Pour ce qui est de la fin, car une fin à la fin il y a, je la laisse en suspens. Personne n’y est resté indifférent, et moi non plus. Pour garder un peu du suspense, je parlerais d’une cerise sur le sundae de tout bon voyeur qu’est le lecteur.

L'Inextinguible - Entretiens avec Maxime-Olivier Moutier
Initiés par Paula Singer
Collection Hamac
2018 - 352 pages

dimanche 21 octobre 2018

Une sentinelle sur le rempart - Jean Lemieux

J’éprouve un peu de vertige au-dessus de cette feuille blanche, suite à tout ce temps passé à ne pas commenter mes lectures. Heureusement, ce livre est tout simple sous sa forme de récit. Par « récit », on s’entend sur du vécu non déguisé : deux bonnes grosses tranches de vie.

J’étais curieuse de ce titre car, jusqu’à date, j’avais lu le docteur Jean Lemieux comme auteur de polar. J’aimais ses histoires policières se tenant près de l’humain. Réalistes, quoi ! Eh bien, cette fois, j’ai été gâtée sous l’angle du réalisme puisque c’est sa vie telle quelle : de médecin résident aux Iles-de-la-Madeleine, chapitres qui alternent avec sa vie de médecin senior, cette fois à Québec, dans un hôpital psychiatrique

Si on se base sur le fait que docteur Lemieux vient à peine de prendre sa retraite, dans les chapitres relatant sa vie de chef de service à Québec, on y aborde les conséquences de la réforme radicale du ministre Barette. Rare est l’opportunité de lire de l’actualité récente à ce point, ne serait-ce que pour cet avantage, sa lecture vaut déjà la peine. 

J’ai bénéficié d’un autre privilège et c’est celui d’échanger quelques phrases avec Jean Lemieux au Salon du livre de l’Estrie. Je lui ai parlé de ma difficulté de m’adapter à l’alternance d’un chapitre à l’autre, passant de son monde de jeune homme rempli d’idéaux à l’homme mûr pour un changement dans sa vie. L’écart entre les deux mondes est immense et ça tient le lecteur alerte ! Cette manière de raconter lui est venue naturellement, m’a-t-il confié et, en même temps, il comptait sur les chapitres de ses débuts pour adoucir l’âcreté des chapitres plus actuels. Mission accomplie puisque que, même les catastrophes imminentes me laissaient assez sereine. Je suis restée suffisamment calme devant certaines atrocités, pour finir par me demander si j’avais perdu ma compassion en cours de route !

J’échafaude l’hypothèse qu’il n’y a pas que l’alternance des deux époques qui a attendri la dureté du propos. Je crois que le contrôle qu’exerce l’auteur, pas uniquement la maîtrise de l’écriture, y est pour beaucoup. Je vise aussi la voix du narrateur empreinte d'un recul évident devant l’adversité. D’ailleurs, je pourrais même, si je le voulais, me conforter dans mon impression en avançant que le médecin a de plein gré, et rapidement, choisi d’œuvrer avec les malades psychiatriques. Il faut y voir la démonstration d’un esprit solide. D’ailleurs, sous sa plume, l’anormalité apparait si naturelle, que j’ai dû parfois convaincre mon cerveau que ce n’était pas là des comportements courants qui m’étaient décrits.  C’était beau à voir, je l’avoue. Aborder la différence avec une attitude aussi ouverte, on voudrait tous atteindre cette acrobatie de l’esprit. Peut-être que l’écrivain me dirait qu’il y a un monde entre la phase de l’écriture et celle du vécu, je suis bien prête à le croire. Arrêtons-nous un instant au titre : « Une sentinelle sur le rempart » à laquelle l'auteur s'identifie. Y a-t-il plus stable qu’une sentinelle qui veille ? Et celle-ci se tient sur le rempart ; une muraille qui protège. Je vous laisse conclure : l’image offre une double protection.

Les lieux importent dans cette histoire vécue. Plusieurs années s’écoulent aux Iles-de-la-Madeleine et ce n’est pas pour déplaire. On se sent un brin dépaysé et que grand bien nous fasse. Que le docteur Lemieux ait élu domicile sur une île est assez révélateur. Le côté paisible de l’endroit, sa population restreinte, ses vents forts qui balaient, ont certainement aidé à évacuer les cas lourds rencontrés à l’urgence, car cas lourds il y a, et amplifiés, par l’absence de moyens.

Plus je tente de rendre justice à ces récits qui se côtoient, et plus je réalise que Jean Lemieux ne l’a pas eu facile. Au cours de ses premières années, les moyens manquaient à cause principalement de la distance et dans ses dernières années, les moyens manquaient à cause des failles du système imputables à la réforme Barette.

J’aborde ce récit comme un cadeau, en considérant que l’écrivain a fait des pieds et des mains pour arriver à le pondre rapidement. Je ne sais pas quelle en était la motivation première mais j’ose croire que ça se voulait un témoignage incisif sur la situation médicale qui ne tient pas la route au Québec par les temps qui courent.

Discours de fer dans une plume de velours

Une sentinelle sur le rempart
Parcours d’un médecin
Jean Lemieux
Québec-Amérique

jeudi 18 octobre 2018

Passer le mot à la Volumineuse !

Belle lurette que je n’ai pas écrit sur mon blogue, Le Passe-Mot, que j’appelais aussi mon carnet littéraire. Depuis des mois, je pense y revenir. Plus qu’un écran m’en empêchait, plus qu’une glace épaisse m’en séparait, j’avais à fendre une frontière creusant ses racines dans des terres inconnues. Des terres innommables.

Et puis, ça y est, me voici, enfin transformée. Pour le mieux, de cela je suis certaine. J’ai pensé marquer ce changement d’attitude par un changement visuel. Nous, les Québécois avons cette tendance à marquer nos changements, le gouvernement fraichement élu en est une démonstration patente. Donc, au lieu de lire « Le Passe-Mot de Venise », vous lisez « La Volumineuse ».

Sous cette nouvelle appellation, je vais lire autant qu’auparavant, et toujours de la littérature québécoise. Cette motivation n’a pas changé d’un iota. D’ailleurs, ce n’est pas parce que j’étais absente que je n’ai point lu. Sainte-bénite, que j’ai lu ! Pas de la même manière cependant. Maintenant, j’avale d’une traite, sans dédoublement du « je » ; un qui compile, un qui assimile.

Si je faisais une pile de ce que j’ai lu, elle s’écroulerait. Aussi, je vais parsemer des lectures passées parmi des actuelles. La Volumineuse sera gourmande. Il lui arrivera d’avaler sans avoir mastiqué. C’est permis et je me le permettrai. Au Passe-Mot, la tendance penchait un peu trop à pondre des textes journalistiques, ou qui se prenaient pour tels. Fini cet apparat, je m’allège. Je ne triturerais plus mon cerveau de justifications, surtout pour mes « j’aime pas ». Des « j’aime », c’est facile à lancer et aussi facile à étayer. Tandis que les fameux « j’aime pas » me grugeait de l’intérieur. Je me laissais intimider par eux, m’imposait le devoir que les lecteurs en comprennent les raisons. Le milieu est petit au Québec, et de plus en plus d’auteurs me lisaient et réclamaient de comprendre. J’en étais à les entendre crier derrière ma tête quand, dans les faits, ils ne faisaient peut-être que murmurer. Mon sentiment du devoir étant exacerbé, cela retirait du plaisir de partager.

Parlons-en du plaisir ! Je suis revenue sur cette voie. Je repars en neuf, habillée d’une nouvelle attitude. J’ai déposé mon égo dans la marge. C’est fou ce qu’une réputation, qui s’étage pierre après pierre, peut devenir lourde si on n’y prend garde. J’ai vécu beaucoup, beaucoup de choses durant cette période de deux ans et j’avance aujourd’hui avec de nouvelles dispositions d’esprit.

La Volumineuse n’est pas que gourmande de dévorer des livres, elle est rieuse, lumineuse, s’anime de la joie de s’exprimer sur le milieu littéraire. Dans ce juste milieu que Marsi et moi occupons, on tente de tenir l’équilibre entre deux pôles : le paraitre et l’être. Il est clair que je vais vous parler de Marsi (vous avez vu, il apparait dans ma nouvelle bannière !) dont le talent se confirme dans une œuvre animalière. Je vais partager sa carrière qui prend de l’essor, sa manière de le vivre, et la mienne aussi. Il m’offre le cadeau de sa parole et j’aime la porter haut. 

Je n’ai pas que fait le ménage dans ma tête, dans mes genoux également. Je porte deux genoux flambant neufs, suite à deux opérations. « Nickel », comme disent les jeunes ! Deux yeux neufs, également (des lentilles intraoculaires).

Je me lance donc, et j’ai hâte de vous parler de ces trois titres assez récents et fraichement lus :
- L’Inextinguible de Maxime-Olivier Moutier – Collection Hamac-Carnets
- Une sentinelle sur le rempart – Parcours d’un médecin –Jean Lemieux -Québec-Amérique
- 160, rue Saint-Viateur Ouest – Magali Sauves – Mémoire d’Encrier
**Deux premiers titres reçus en exemplaire de presse

J’espère que vous me suivrez. 😊 - Personne n’écrit uniquement pour soi ! Par contre, je me suis souhaité, avant même d’écrire la première ligne, de rédiger un peu plus pour moi. C’est fou, n’est-ce pas, de devoir se forcer pour se destiner une action ! Les altruistes doivent pencher vers eux et les égocentriques, vers les autres. Pour atteindre et chérir l’équilibre. J’ai pris conscience que si on ne retire plus de plaisir d’une action, on finit par braquer le projecteur sur l’autre, et l’autre, eh bien lui, perd une part de liberté de réagir. 

J’ai parlé du fond, je me promets également de ne pas m’en faire autant pour la forme, je parle des fautes de français, ou des coquilles. Parce que oui, j’en fais, et parfois par ignorance (les plus dures à me pardonner !) d’autres fois, par distraction. Nous, les blogueurs, nous ne bénéficions pas de correcteurs. Les écrivains et les journalistes, même les plus chevronnés, en bénéficient et en sont grandement soulagés. Il me semble qu’ils devraient, plus que quiconque, être conscients qu’il n’est pas évident ce recul indispensable à une relecture correctrice.

Lors de mes derniers billets du Passe-Mot, Marsi devait me lire avant que je publie. Durant sa lecture et mes nombreuses relectures, je serrais les dents, stressée plus que nécessaire. Fini les dents serrées ! La Volumineuse ouvre grand la bouche pour accompagner chaque éclat de rire et et chaque éclat de dire.

Pour le plaisir, bienvenue chez La Volumineuse !

mardi 29 novembre 2016

Journée de récolte

Anne-Brigitte Renaud, auteure & éditrice
Dimanche fut une excellente journée pour Marsi et moi. Il en faut de ces jours vécus comme des encouragements évidents, qui nous disent à voix haute que nous sommes sur la bonne voie.

Michèle Plomer, auteure & éditrice
C’est la littérature qui a remercié les artistes que nous sommes, par l’intermédiaire de deux éditrices et auteures : Michèle Plomer et Anne-Brigitte Renaud. Je vous explique comme cela s’est passé.
Ces deux femmes ont décidé l’an passé de se lancer dans la grande aventure de l’édition, mettre en livres des œuvres qui se démarquent aux Éditions qu’elles ont nommées « Chauve-Souris ». Comme on n’est jamais mieux servis que par soi-même, elles ont commencé par une œuvre de leur cru « Sueurs froides » et suivait cette année le premier titre d’une jeune auteure estrienne du nom d’Annie Lagrandeur.

Annie Lagrandeur - Auteure
Hier, c’était donc son lancement à la Maison bleue près du Parc Howard à Sherbrooke. L’Association des auteures et auteurs de L’Estrie niche dans ce bâtiment et c’est eux que l’on doit remercier pour cette superbe idée d’organiser des lancements brunchs à 11 h 00 les dimanches (relâche l’hiver). Mais ce n’est pas tout. En plus d’offrir les lieux, trois grandes pièces, on demande aux organisateurs de l’évènement d’inviter un artiste. C’est là que Marsi entre en scène puisqu’il a été l’invité de ces dames.

Nous avons naturellement assisté au lancement de « La charmeuse de vent », un premier roman né après un séjour en Chine et au Japon. « Annie Lagrandeur explore l’âme d’un jeune Québécois amoureux d’une Chinoise aussi difficile à saisir que le vent ». On remettait avec chaque exemplaire une plume… À la lecture, nous découvrirons probablement le sens de ce geste.

Marsi entouré de son ours et son orignal
Voici un porc-épic marsien !
Pour Marsi, cinq chevalets étaient installés dans la pièce d’entrée où cinq tableaux animaliers jetaient leur énergie paisible. C’est que depuis un an, mon bédéiste préféré se plait à faire naître des animaux à la plume, où les infimes détails côtoient les masses pleines. Comme je lui dis souvent, je crois bien qu’il a trouvé sa ligne ! Se crée un contact entre l’œuvre et celui qui la regarde car vous êtes plusieurs à adopter ces bêtes stylisées. Hier, la magie a opéré puisque quatre œuvres se sont vendues, voilà pourquoi je parle d’une journée de récolte pour nous.

Les yeux fermés sur leur monde intérieur.
Un perroquet - Un boa

Ça faisait bien du monde heureux hier.

mercredi 16 novembre 2016

Mission Katy Cosmik ou retour de Venise

Je suis un peu gênée... nerveuse en tout cas. Malgré la réputée citation; charité bien ordonnée commence par soi-même, je suis gênée de rouvrir Le Passe-Mot avec une de nos créations « Mission Katy Cosmik ». J’ai longuement réfléchi, trop, va s’en dire. Avec quel article renouer avec Le Passe-Mot, avec vous mes lecteurs ?

J’ai vécu un mois et demi sabbatique et je vous l’ai fait vivre sans le moindrement vous en aviser. Je n’ai pas trouvé cela chic de ma part. Mais que voulez-vous, il arrive parfois dans cette vie pas toujours facile que nous nous sentions coincés, gelés, ou peut-être simplement lasses et épuisées.

C’est bien sûr ce qui m’est arrivé mais plus encore; j’ai subi une deuxième chirurgie en un an. Disons que j’en ai ma claque du médical ! Si encore le médical ne venait pas tempérer mon goût pour la lecture. Depuis un mois, je ne lis plus. J’ai recommencé hier soir. Bais oui, hier soir. Pour cela, j’ai dû me pardonner la dizaine de livres qui attendent d’être commentés et pour lesquels, ô calamité, je n’ai pris aucune note. Oui, aucune note, là j’avoue que ce n’est pas l’idée du siècle. Habituellement, j’aime faire passer une histoire romancée par le filtre du temps ; qu’est-ce qui m’en reste après 1 ou 2 mois ? Mais là, certains, ça fait 3 mois, si ce n’est pas 4.

Comment vais-je les aborder ? Je ne peux pas présenter une critique en bonne et due forme, non. Je donnerai mes impressions. C’est différent, des impressions. Une critique doit inclure l’ensemble de l’œuvre, les impressions peuvent exposer le plus, ou le moins frappant. J’irai ainsi pour les dix prochains titres, après je reprendrai ce que je juge comme de bonnes habitudes ; prendre des notes et faire un effort d’englober l’œuvre.

Avec des impressions, il se peut que certains commentaires soient courts. Ça peut paraitre injuste. Quand on aime une œuvre, de dire qu’on l’a aimée en peu de mots passe très bien, cependant quand on ne l’a pas aimée, le communiquer en peu de mots peut être vu comme un manque de respect. Je le conçois, de là mon malaise et de là les excuses que je présente ici sans ambages.

Ouf… Je me sens un peu soulagée. J’ai descendu la barre, vous savez cette barre que l’on se place haute parfois ? Nous, les dévoués blogueurs bénévoles devons vérifier où est placé cette barre pour arriver à continuer. À persister dans le plaisir.

C’est quand même impressionnant de voir que Le Passe-Mot a roulé sans moi pendant un mois et demi. Avec presque autant de visiteurs, c’en est troublant et même touchant. La bestiole vit sans sa nourricière, n’est-ce pas beau !

Je suis de retour. Je ne dirai pas pour de bon, car on ne sait jamais ce que le mauvais a à dire. Il s’exprime comme il veut et comme il peut.

N’empêche que Mission Katy Cosmik, l’œuvre de Marsi et de moi (oui, oui, mon nom y est) est sur les tablettes des librairies et même ce vendredi et samedi, nous serons côte à côte au Salon du livre de Montréal.

Kiosque Québec/Amérique-Stand 260

Vendredi : 13 h à 14 h
Samedi : 11 h à 12 h

J’espère que vous viendrez nous voir. Nous jaser ça.

dimanche 2 octobre 2016

Télésérie d'Hugo Léger

Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, du même auteur, j’avais placé « Le silence du banlieusard », premier de mon top 10 en 2013. C’est dire que j’avais des attentes face à ce titre.

Vous savez combien nous, les Québécois, sommes friands des téléséries. Hugo Léger s’approche de cette réalité, à sa façon, par le biais du vedettariat. Un homme simple et pas seul, avec une conjointe qu’il aime, tombe en amour de la vedette d’une télésérie très populaire. C’est un peu gênant pour lui, il se prend au jeu au point tel qu’il cache de sa conjointe pour savourer sa vive émotion, face à face avec son téléviseur. Il aime tout de cette vedette, qui incarne à l’écran une procureure, et s’imagine qu’ils ont des atomes crochus. On le voit fortement entiché, pas loin d’être hypnotisé.

Cet homme pratique le métier rare et inusité de comportementaliste canin. Son travail l’amènera à côtoyer cette vedette sacrée de l’écran.

J’ai beaucoup aimé le début de l’histoire lorsque l’homme est ensorcelé par les images envoûtantes d’un écran. L’amour qui paralyse, qui donne un choc ramène à une émotion que nous avons déjà presque tous déjà éprouvée : l’idolâtrie. Qui n’a pas à tout le moins déjà voué un amour démesuré et déconnecté pour une personne loin de soi : chanteur, animateur, comédien, magicien ? Être un fan, n’est-ce pas cette émotion mais en plus mesurée ? Cette partie du roman contient sa part de magie et de mystère, lesquels j’ai appréciés.

J’oubliais de vous parler d’une audace de l’auteur : il a entrepris de nous décrire chaque épisode de la télésérie. Nous lisons donc une télésérie. Gros défi qu’il s’est donné puisque regarder du fictif à l’intérieur du fictif est un concept amusant mais qui ne tient pas nécessairement en haleine. Le lecteur ne perds jamais de vue, que ce qu’il lit est fictif et ne se laisse pas obligatoirement obnubilé comme le personnage de Xavier Lambert.

J’avais évidemment hâte de savoir qu’est-ce qu’il arriverait à ce Xavier : allait-il quitter sa conjointe pour un sentiment issu hors de sa vie ? Est-ce que le fait qu’il soit tombé éperdument amoureux signifiait qu’il n’aimait pas vraiment sa conjointe ? Était-ce, comme la croyance populaire le veut, nous commettons un acte extraconjugale parce qu’il y a déjà une fissure dans notre relation ? J’avais à cœur ces questions et les possibles réponses m’interpelaient.

C’était sans compter que l’auteur ne m’amènerait pas nécessairement dans ces dédales, en fait, qu’il serait même tenté de les contourner.

Revenons au fait que notre homme est comportementaliste canin, ce qui l’amènera à fréquenter la fameuse vedette de son écran. Celle-ci deviendra un être de chair et d’os, faisant partie intégrante de son quotidien. Je vous avoue ma déception. C’est comme si la magie avait disparu d’un coup de baguette. La sublimation s’est volatilisée et nous nous sommes retrouvés au cœur d’une banale histoire de trio amoureux. Le questionnement perdait du coup beaucoup de sa subtilité.

Et c’est sans compter que je ne sois pas arrivé à croire au métier du protagoniste principal. Je n’ai pas vu Xavier Lambert, incarnant un comportementaliste canin. Pour un roman qui aborde l’apport et la portée du fictif dans nos vies, ce métier est resté pour moi une mise en scène avec tout le côté artificiel que laisse parfois le fictif quand le rendez-vous est manqué.

Un roman concept, auquel on ne peut reprocher le manque d’audace mais qui, malheureusement, survole le thème abordé.

mardi 6 septembre 2016

Ça peut pas être pire de Nathalie Roy

Vous voulez prolonger votre été ? Voici le titre idéal pour le faire.

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve à la couverture un aspect un peu vieillot, des années 60 ou 70. Je suis peut-être dans le champ mais c’est ainsi que je la perçois. Eh bien, ma surprise a été de réaliser combien ce roman est moderne.

Il s’agit de Valéry Aubé, jeune femme de 34 ans, qui vient de perdre son emploi dans le secteur de la mode, gérante de boutique pour tout vous dire. J’avoue avoir été contente de la voir se diriger ailleurs. Je n’avais pas vraiment le goût d’errer dans la fripe et les bijoux, de survoler pendant tout un roman le domaine de l’apparence. Oui, je l’avoue, j’avais peur de tomber dans la superficialité. Pour moi, avec tout ce qui fraye avec la chick lit, c’est un risque.

Nathalie Roy m’a encore surprise. Tous les ingrédients y étaient ; une fille sensible aux beaux mâles, une ambitieuse en vacances, une rigolote placée dans des situations qui ne la mettent pas à son avantage, sa meilleure amie de fille qui finit par apparaitre dans le décor. Une femme qui adore son père, déteste sa mère. Il me semble que les ingrédients peuvent mener à du assez convenu. Et pourtant ! J’ai été quelques fois déjouée et surtout j’ai cru à cette femme qui est sortie de son état de papier, devenant un être humain en chair et en os. S’est profilé progressivement un bel équilibre entre ses limites et ses élans, ce qui finit par rejoindre la plausibilité. L'auteure manie l’art de prendre un personnage, nous le présentant afin que l’on s’en fasse une amie. Tout faire pour qu'on s’y attache. Et comme dans la vie, cela se déroule progressivement, et donc, plausiblement.

On m’a parfois prise par surprise, ce que bien sûr, j’adore. Autant j’ai été surprise, autant j’ai reçu de confirmations de mon intuition et de mon sens de la déduction : kif-kif.  Mais de savoir de quoi il en retourne ne retire pas nécessairement le plaisir, c’est parfois rassurant et réconfortant dans notre monde où il arrive que la pelouse nous soit retirée de sous le pied.

Où se plante l’action de notre chère valeureuse Valéry ? À Magog. Bais oui, exactement où j’habite ! Par contre, elle habite cette ville touristique le temps des vacances. Elle vit une situation précaire. Elle a loué un chalet d’un vieil homme qui la connait depuis l’enfance. On est loin du grand confort ou du luxe, je vous l’assure.

Il sera également beaucoup question de vin, pas parce qu’on se saoule allègrement mais parce qu’on le fabrique méticuleusement. Professionnellement. Et notre Valéry s’en mêlera, son amie et des beaux mâles. Il y a vraiment de quoi s’amuser, se distraire, assimilant mine de rien quelques messages d’affirmation de soi. Belle quête de maturité.

Jusqu’à date, je n’ai pas encore été déçue par cette auteure. 

vendredi 19 août 2016

Volet adolescence aux Correspondances d'Eastman

G. Catherine Desmarais
D. Amélie Boivin-Handfield
Les Correspondances d’Eastman ont tenté une première approche auprès des adolescents avec le volet « Raconter entre deux âges », animé par Amélie Boivin-Handfield.

Le format se présentait en 3 parties :

1. Entrevue avec Catherine Desmarais, auteure de la série Cendrine Senterre publiée aux Éditions Michel Quintin. Jeune femme qui habite Sherbrooke, professeur de littérature au CEGEP de Drummondville, elle a puisé dans sa propre adolescence pour son personnage d’adolescente. Celui-ci a connu l’anorexie, entre autres sujets typiquement « ado ». Le troisième tome est dans la couveuse, c’est dire que le personnage de Cendrine a su captiver les jeunes. Je n’en doute pas car l'auteure a le cœur jeune, c’était évident lors de la brève entrevue. Une demi-heure, ça passe ultra rapidement.

Jean-Vincent Roy
2. Exposé de l’historien Jean-Vincent Roy qui poursuivait le but de tout nous montrer sur les procédés créatifs de production dans le monde du jeu vidéo. Il a échangé à peine cinq minutes avec l’animatrice et, ensuite, il a débuté son enseignement, vidéo et baguette en main, le souffle court, tellement il se pressait de nous expliquer les schémas. Cet univers aurait mérité minimum une heure. Ce fut dérisoire pour l’assistance et souffrant pour notre historien. Il est dommage que l’entrevue n’ait pas duré toute la demi-heure. Ses anecdotes d'historien qui oeuvre pour rendre hommage à la véracité des jeux étaient suffisamment riches pour la remplir. Nous avions affaire à un métier inusité et on aurait dû s’y arrêter.

Un homme lucide est un homme qui voit même les yeux fermés
3. Entrevue avec Patrick Sénécal : Le dessert. Et il s’est savouré longuement. La rencontre devait durer une demi-heure, elle s’est prolongée au-delà d’une heure. Un cadeau que l’on a voulu offrir à ses fans, j’imagine. Je me suis dit, pas besoin de prendre de notes, c’est bref une demi-heure… eh bien, aujourd’hui, je dois me soumettre à ma mémoire.

Ce qui m’a frappé est son implacable lucidité qui l’entraine inexorablement sur une voie critique. Voici, en quelques mots, l'effet que m'a fait l'homme.

J’avoue, ô calamité, n'avoir jamais lu un de ses romans, seulement certaines nouvelles, que j’ai toujours trouvées excellentes d’ailleurs. Pourquoi ne pas le lire ? Par peur d’avoir peur, d’être dégoûtée, d’être bouleversée. Aujourd’hui, je suis prête à le lire. Après l’avoir entendu, je suis rassurée. La violence de ses romans n'est pas un moyen facile et sensationnel d'attirer certains lecteurs. C’est pourtant tentant la facilité. Par exemple, il a une facilité à écrire des scènes de meurtres où il y a de la violence. Bonne raison alors de mettre la pédale douce. Il n’accepterait pas que ça devienne un défoulement, à commencer pour lui et ensuite pour les autres. Il prime la loyauté à l’égard de son histoire, c’est elle qu’il doit honorer. En tout cas, il m'en a convaincu. Faut dire qu’il est saprément convainquant ! Probablement parce qu’il est honnête. Je ne l’ai jamais senti là pour leurrer ou beurrer épais.

Je vous jure... qu'il a ouvert les yeux pendant l'entrevue !
Il ne fait pas dans la dentelle, c’est un homme direct qui ne glousse pas de plaisir quand on le complimente. Par exemple, l’animatrice qui se faisant une gloire de bien le connaître, se demandait comment cela faisait-il qu’il n’y avait pas plus de films tirés de ses romans. D’après elle, le succès financier était absolument certain en additionnant tous ses lecteurs fans. Eh bien, non, c’est l’auteur qui a mis le pendule à l’heure. Qu’est-ce que 2,000 lecteurs fans… et iront-ils tous voir le film ? Ne nous emballons pas, il reste un risque financier, nous ne sommes pas aux USA.

Justement, c’est un homme qui ne s’emballe pas. Il écrit par nécessité, sinon il exploserait, c’est la conclusion que j’ai tirée. Il écrit du matin jusqu’à environ 15 h 30 mais lorsqu’il enseignait en même temps, les heures qu’ils attrapaient au fil de la vie devenaient extrêmement précieuses. Il a un souvenir clair de ce temps-là. Je gagerais qu’il a conscience d’être chanceux de vivre de son art au Québec. Mais précisons. Il y a, oui, une part de chance mais, surtout, il y met du sien. Vous pensez que sa longue expérience et son assurance lui permettent de relâcher sa vigilance ? Eh, que non ! Il pond quatre versions de son œuvre. Et à chaque version, c’est le tour de telle ou telle personne de la lire. Par exemple, sa femme (dans la salle), très précieuse critique, lit la deuxième version. Elle connaît son œuvre, elle connait l’homme et est dotée d’un sens psychologique probablement développé vu sa profession de psychologue. Son rythme ? Une publication par année, ce que son éditeur respecte.

J’ai beaucoup apprécié cette rencontre à la consonance vraie et généreuse. Presque chaque personne dans l’assistance a pu poser sa question. Je suis cependant déçue que Patrick Sénécal n’ait pas été invité sous la tente Québecor à un Café littéraire. Je détache les syllabes « lit-té-rai-re ». Pourquoi a-t-il été relégué au volet adolescence ? Ses lecteurs sont loin d’être seulement des adolescents ou même la jeune vingtaine. Il rejoint tous les âges et son art n’en est pas un à part. Je souhaite qu’il soit réinvité. Il en a long à dire, est un auteur extraverti et franchement articulé. On ne s’ennuie pas une seconde en sa présence.
N.B. : Je tiens à préciser que je ne vous ai rendu qu’un cinquième de tout ce qu’il nous a donné à cette soirée cadeau.  

mardi 9 août 2016

Les cocasseries des Correspondances d’Eastman (en vrac)

Voici cette petite récréation avant la poursuite de mes comptes-rendus de Cafés littéraires. Je vous ai colligé des cocasseries en vrac.

Marsi - Photo Martine Doyon
Patrick Sénécal
Photo : Karine Davidson-Tremblay
Un bédéiste fait dans l’horreur
Pendant que j’étais à l’activité « Raconter entre deux âges », volet pour les adolescents, entre deux rencontres, je suis allé rejoindre Marsi qui était à dessiner dans notre auto. Il me dit tout de go, une dame est venue me voir et m’a demandé si j’étais Patrick Sénécal. J’ai tout à coup bien regardé mon chum réalisant que, en effet, il ressemble à notre spécialiste de l’horreur. On peut d’autant plus s’y méprendre que Patrick Sénécal était attendu pour la troisième rencontre*. *J'en parlerai sous peu

L’Apocalypse en retard
Après le Café « Apocalypse du paysage », ce fut la Grande entrevue avec Jocelyne Saucier. Vers la fin, à la période des questions, une averse s’est mise à tomber tellement fortement que même en gueulant dans le micro, plus personne ne s’entendait. Je me suis mise à rire en même temps que certaines autres personnes. Je ne sais pas si, comme moi, elles ont pensé que le grand succès de cette auteur est « Il pleuvait des oiseaux » et que nous étions au cœur du thème « Habiter le paysager ». En tout cas, la sensation était nette et limpide : nous habitions le paysage et il pleuvait des cordes.

Épreuves
J’ai voulu faire dédicacer « La fiancée du facteur » à Denis Thériault, cet auteur dont je tire une fierté de me prendre pour son ambassadrice. Je lui ai présenté mon exemplaire de presse qui était une épreuve hors commerce, où il est étampé à l’intérieur « Épreuves ». Il en n’avait jamais vu l'apparence, étant en Angleterre quand ils sont sortis. Il a comparé avec le vrai exemplaire et l’a trouvé très bien fait. Vous imaginez combien j’étais contente de lui montrer une nouveauté, les rôles étant enfin inversés !

Première fois
Lors du Café « Apocalypse du paysage », j’étais assise à côté d’une dame, une bibliothécaire. C’était sa première fois. Elle avait choisi le forfait du dimanche parce qu’il y avait une de ses écrivaines préférées : Jocelyne Saucier. Je suis toujours émue de rencontrer des personnes qui en sont à leur première fois, elles affichent une candeur, n’ayant aucune idée de ce qui les entend : une dépendance à vie. D’ailleurs, j’ai été reçu par une bénévole pour réclamer ma cocarde de presse et elle s’est empressée de me dire « C’est votre première fois, n’est-ce-pas ? ». Oui, c’est la douzaine fois que c'est ma « première fois ».

Le fictif, c’est vrai
Jocelyne Saucier, oui j’y reviens à cette grande dame de la fiction. Elle en a profité pour préciser, pensant probablement à la vague d’autofiction, qu'elle affectionne la fiction à l’état pur. Durant l’entretien, elle a tenté de convaincre l’assistance que des familles de 22 enfants, cela existe en Abitibi. « Cela existe, vous savez ! », nous assurait-elle en nous regardant. Quand est venu le moment des questions, il y eut trois personnes qui, à tour de rôle, se sont présentées comme étant nées d’une famille de 20 enfants et plus. L’auteure a écarquillé les yeux autant que les oreilles. Elle n’est finalement pas tant dans la fiction qu’elle le pense avec Les héritiers de la mine.

Verte jalousie

J’ai l’habitude de montrer mes photos en primeur à Marsi. Je les fais dérouler quand tout à coup, je vois ses traits se figer… je le regarde et regarde ce qu’il regarde : la chemise de Tristan Malavoy. C’est que Marsi est un animalier, ou un St-François d’Assise comme vous voulez, alors il a commencé à dessiner une collection d’animaux à la plume*. Du premier coup d’œil, vous allez comprendre pourquoi il s’est tout de suite dit : « Je veux cette chemise ! ».*je vous montrerai sa collection un de ces jours
Cocasseries picturales
Qui a une fleur dans les cheveux ?
Claudia Larochelle
Deux têtes valent mieux qu'une
Qui applaudit qui ?
Kim Thùy et Denis Thériault
Je lis debout
Attachons nos cheveux pour ...
... mieux entendre

dimanche 7 août 2016

Chemins et sentiers - Café littéraire des Correspondances d'Eastman

Animation : Sarah Rocheville – Invités : trois poètes dont deux, Tristan Malavoy et Corinne Larochelle qui se sont lancés dans l’écriture d’un premier roman. Tandis que Jacques Boulerice fait son petit bonhomme de chemin depuis les années 80 et a une vingtaine d’œuvres à son actif.
Œuvres sous la loupe :
Le nid de pierres – Tristan Malavoy
Le parfum de Janis – Corinne Larochelle
Un autre jour – Récit de voyage sur des bancs publics – Jacques Boulerice et Madeleine Ghys

Sachez qu’il y a un ingrédient essentiel à un Café et c’est le grain qui le fait âcre ou doux, profond ou léger : c’est l’animation. Sarah Rocheville avait non seulement lu les trois bouquins mais les avait passés à la moulinette. Elle les avait creusés et j’ai surpris quelques étonnements dans la figure des écrivains, ce que j’aime beaucoup. Elle a également décrit les trois styles ce qui a amené une cocasserie que je vous raconte ci-dessous. Quand l’écrivain nous entretient de son œuvre, il a le contrôle, mais lorsqu’on le lui en parle, il devient vulnérable et j’aime la voir exposée sur la scène, cette vulnérabilité qui fait d’eux des artistes.

Corinne Larochelle était très à l’aise sur la scène, avait certainement le goût d’être là et nous a rapidement parlé de sa mère. Mais pas suffisamment. Je crois qu’il faut lire Le parfum de Janis pour saisir qui était cette mère dont elle a dû faire œuvre de se détacher à l’âge de 40 ans. Oui, c’est ça, 40 ans, c’est dire combien cela s’annonce ardue sur le corps émotif. Si on amène le paysage dans l’histoire, elle a eu besoin de s’exiler pour atteindre cette manœuvre délicate. La beauté des paysages l’a aidé. Va savoir. Il y en a pour qui c’est le choc de la misère qui leur sert de déclencheur, pas elle. L’animatrice s’est tellement enthousiasmée sur ce titre qu’elle m’a certainement transmis le goût de le lire. 

Je dois le dire tout de suite, Tristan Malavoy était très en forme. Il parlait avec aisance de son œuvre, allait au-delà des questions, nous avions l’impression qu’il se sentait chez lui. D’ailleurs, ses parents étaient dans l’assistance. Cela m’a fait un bien immense de le rencontrer en dehors de son rôle d’animateur. Son rôle n’est jamais loin de lui et ça se voit. Remarquez, c’est très subtil, mais c’est un réflexe intérieur présent. Il a été touché de retrouver, à travers les sentiers Le portage des mots (je n’ai jamais le temps d’y mettre les pieds) un tangible nid de pierres pour représenter son œuvre. On a également abondamment parlé du ventre de bœuf, cette terre moelleuse qui aspire, un paysage crucial dans son premier roman.

Tristan Malavoy se questionne car il a l’impression de tomber quand il n’écrit pas. Pourquoi se casser la tête à écrire le paysage au lieu de le contempler ? Il doit insuffler de la vie à ses paysages intérieurs, sinon il se dessèche avec eux.

La cocasserie a éclaté dans toute sa splendeur. Je vous raconte. Sarah Rocheville, une animatrice qui se mouille jusqu’à l’os, a décrit chaque style, avançant entre autres à Corinne Larochelle : « Votre écriture n’est pas jolie ». Ça passe drôlement mais personne n’a rien dit. Elle le répète à Tristan qui sort un gros « Pardon ! » sur un ton faussement offusqué. L’assistance éclate de rire. Une fois au tour de Jacques Boulerice de parler, celui-ci prend les devants et annonce « Mon écriture n’est pas jolie ». Ce fut le délire de rire sous le chapiteau. C’est devenu la blague récurrente. L’animatrice s’est défendu le mieux qu’elle pouvait : c’est le plus beau des compliments à ses yeux. Tristan Malavoy a suggéré de changer le mot jolie pour fleurie.

Nous n’en sommes pas à la seule bévue, en autant que l’on nomme bévue ces étonnants accidents de parcours. La deuxième arrive directement de la bouche de Tristan Malavoy qui discourait sur ce qui est littéraire et ne l’est pas, avançant que personne ne veut écrire des « cartes postales » quand, tout à coup, Jacques Boulerice arrive avec un « quoique … » et montre les cartes postales qu’il avait entre les mains. 

L’œuvre de Jacques Boulerice est faite de 52 cartes postales. Elles ont été envoyées à 52 personnes en 52 semaines. Des photos de bancs publics les accompagnent. Cette œuvre très accessible, pourtant dans les beaux livres, m’attire. Monsieur Boulerice est un homme qui réagit par images, ce qui en fait un homme d’anecdotes. Les anecdotes qu’il a choisi de nous raconter venaient toujours combler ou compléter ce qui venait d’être dit. Je me souviens d’une phrase lourde de sens « On écrit pour s’assurer de la présence de l’autre » … N’est-ce-pas ?

Notre animatrice intense, tenant à approfondir le thème des Correspondances Habiter le paysage, revenait inlassablement avec cette question : Qu’est-ce que le paysage ? Les auteurs ont même eu l’audace de dire qu’il n’y a pas de paysage sans artistes. Heureusement, avec les questions et remarques de l’assistance, nous nous sommes entendus pour un paysage vaste (tout serait un paysage !) qui n’existe pas vraiment sans celui qui l’observe. On a également parlé d’encadrements. Nettement, l’écrivain encadre le paysage, décide du début et de la fin, le découpe et en fait un tableau. Je l’ai compris à peu près ainsi mais sûrement que d’autres l’expliqueraient mieux que moi.
En tout cas, ces questions méritent réflexion et voilà pourquoi Les Correspondances d’Eastman sont si intéressantes. Nous partons avec dans notre mallette plein d’idées avec lesquelles jongler. Et bien sûr, des propositions réjouissantes et des livres dédicacés.

lundi 1 août 2016

Les Correspondances d'Eastman 4 au 7 août !

Habiter le paysage, voici le thème de cette 14e Édition que l’on nomme cette année « Festival littéraire ». Je suis contente que l’on ose l’appellation « festival », car les années filant, c’est devenu une festivité complète où spectacles musicaux et théâtraux se rajoutent aux Cafés littéraires, ainsi qu’aux traditionnels jardins d’écriture.

Se rajoutent à chaque année des nouveautés, particulièrement le volet jeunesse et sa panoplie de formes : « La boite à piton », « La grande chasse au trésor », «L’heure du conte », « La bulle de lecture ». Les enfants bénéficient de l’équivalent des « cafés littéraires » qui prennent des allures d’atelier ou d’animation avec soit, Andrée Poulin, Marie-Charlotte Aubin, Claudia Larochelle ou bien d’autres. - Gratuit pour tous -

Soit dit en passant, toute activité est gratuite pour les enfants de 16 ans et moins.

Cette année, nouveau volet qui se différencie du Café littéraire avec sa formule plus courte de 40 minutes, ayant lieu samedi en fin d’après-midi. L’activité générale se déclinant en trois parties, animée par Amélie Boivin Handfied se nomme « Raconter entre deux âges ». À 17 h, « La littérature adolescente », cet univers narratif riche, à 17 h 40 « Raconter et mettre en scène dans le jeu vidéo » et on termine par « L’horreur au quotidien » à 18 h 20 avec Patrick Sénécal.

En plus des nombreux Cafés littéraires, dont un face-à-face avec le porte-parole Thomas Hellman, l’on trouve un souper littéraire avec Marie-Andrée Lamontagne, une classe de maîtres avec Sylvie Massicotte et trois grandes entrevues : une avec Marc Séguin, une autre Pierre Morency, une dernière avec Jocelyne Saucier. Quoi d’autre ? Ma foi, que dire d’un pique-nique littéraire avec Kim Thùy*, un thé littéraire avec Perrine Leblanc*, des sentiers de lecture avec Louise Warren*, ou Perrine Leblanc*. À noter que ces dernières activités sont gratuites avec le stylo* (précisions ci-dessous).

Pour l’activité la plus fréquentée, les Cafés littéraires sur la Terrasse Québécor, en plein air mais avec un toit, je vous jette quelques noms en pâture, nomenclature que vous irez bien sûr compléter sur le site des Correspondances : Denis Thériault, Tristan Malavoy, Élise Turcotte, Anaïs Barbeau-Lavalette, Samuel Archibald, Elsa Pépin … et plus … et plus … et plus ! Pensiez-vous que c’est tout ? Mais que non ! Après tout, je tente présentement de vous résumer un dépliant de 12 pages, double largeur ! 

Comme je vous le disais, il y a des activités gratuites, en autant que l’on se procure le très joli stylo à l’effigie des Correspondances au coût de 13 $ (11$ tarif réduit). Il vous permet d’aller écrire vos lettres dans les jardins sans vous soucier du papier, de l’enveloppe et de l’affranchissement. Bien entendu, ce stylo différent à chaque année, vous le conservez précieusement. Soyez certains que j’ai ma collection ! Toujours avec le stylo, il y a des activités d’écriture interactive, par exemple les cartes postales en haïsha, et une magistrale, le Poème Cordillère, une animation d’écriture avec des machines à écrire dans les jardins. Le but est de créer un long poème qui sera ensuite diffusé sur le web.

Votre dent culturelle est toujours aiguisée ? Il y a bien sûr les spectacles pour vous rassasier. Par exemple, samedi, notre poète nationale Hélène Dorion s’adjoint les Violons du Roy pour nous proposer des bribes de son œuvre. Il y avait bien jeudi soir où Marie-Thérèse Fortin chante Barbara, mais paraitrait-il que les billets se soient envolés. Rabattez-vous alors sur le spectacle de vendredi qui met en vedette notre Anne Hébert. Trois comédiennes visiteront sa vie, fouilleront sa mémoire et son œuvre. Suivra de près un spectacle interdisciplinaire avec Nathalie Watteyne et François Hébert. Il y aura du jeu et de la complicité dans l’air du Cabaret Eastman.

Mon doux, ai-je tout dit ? Bien sûr que non ! Même en visitant le site web, vous n’arriverez pas à saisir parfaitement de quoi il s’agit. Les Correspondances d’Eastman, c’est un évènement qui se vit, qui se sent par la peau du cœur et qui s’habite par les cinq sens.

Venez habiter le paysage. - Rendez-vous : village d’Eastman du 4 au 7 août.   

P.S. : Ah oui, j’oubliais… il y a des expositions, une harpiste dans la nature, la clôture d’un concours, le Salon des artisans, le portage des mots, oh misère, c’est trop… trop… trop… pu capable ! :-)

mercredi 27 juillet 2016

L'affaire Guillot de Maryse Rouy

J’en suis au troisième tome des chroniques de Gervais d’Anceny, nous commençons donc à être de bons vieux chums (!). C’est que l’on s’attache tout doucement à cet oblat qui, cette fois, a déserté son monastère dès la première page. Nous commençons à suivre sa mission et pas n’importe laquelle : par le prévôt de Paris, il est chargé d’apporter une missive de la part du roi et destinée au pape d’Avignon. Bref, il sert de pont au roi et au pape !

Cette affaire fera languir notre oblat, plutôt du genre impatient, puisqu’arrivé à Avignon, il devra attendre longuement des nouvelles d’un moine qui doit lui remettre un pli dans le plus grand des secrets. N’oubliez pas, ce sont des chroniques et, en tant que telles, il va de soi de relater des scènes par petites touches qui finissent par former un tout. Autrement dit, nous arpentons la ville et ses modes de vie en emboitant le pas de l’enquêteur et ses deux compagnons, Perrin et Valentin, pour ceux qui suivent la série. À travers ces allers et venues, nous découvrirons le splendide palais papal (ça se prononce bien, n’est-ce pas, palais papal !) avec sa bibliothèque exceptionnelle et ses cuisines à la fine pointe de la modernité d’alors.

Durant cette attente, comme l’esprit de Gervais d’Anceny est libre et disponible, un voisin de son hôte (un drapier) lui demande d’élucider la mort de son frère, déclarée naturelle, constatation devant laquelle il éprouve de sérieux doutes. Notre Gervais saute sur l’occasion pour tuer le temps, sans croire à fond aux doutes du voisin. Cette enquête inespérée lui permettra d’entrer dans l’univers des négociants, fouillant un domaine qu’il connaît peu : la fabrication de la pâte à papier dans des moulins à la technologie assez inusitée. En tout cas, inusitée à nos yeux !

En résumé, il y a deux intrigues et elles occupent le lecteur sans le submerger. Je dirais même, nous sommes loin d’être submergés, puisque tout se déroule au ralenti, nous faisant clairement percevoir le temps passant à un autre rythme par ces temps anciens. On a le choix d’en être agacé ou d’admirer les us et coutumes de ce siècle où rien ne se passe comme maintenant.

L’enquête nous fera mettre le chapeau de la culpabilité sur la tête de un ou de l’autre personnage, dont une splendide dame, la veuve du défunt qui est maintenant l’épouse de son frère. Les écheveaux se démêleront petit à petit, et je le répète, il n’y a pas de presse en la demeure. Grand bien fasse à Gervais D’Anceny qui ne sera pas toujours au maximum de sa forme. Euh … en aurais-je trop dit ?

Deux solides intrigues qui se tiennent et tiennent en haleine en autant que l’on se module à un rythme qui prend son temps.

mercredi 13 juillet 2016

Bobos - Chroniques de la petite douleur de Hugo Léger

Voici un extrait de Chroniques de la petite douleur, en fait une chronique d'à peine 5 minutes. C'est savoureux, finement humoristique, et imagé. Les illustrations sont habiles, hautement graphiques et humoristiques et sont signées Sébastien Thibault. On traite aujourd'hui de la crampe au mollet. Allez... sans plus tarder, place à l'humour !
N.B. : La prochaine fois, sur la vidéo, je prendrais le temps de vous saluer !

mardi 28 juin 2016

VI de Kim Thùy

J’approche les écrits de Kim Thùy avec un respect teinté de délicatesse. Il me semble que je dois bien ça à celle qui nous présente sa vision du monde avec plusieurs égards. Lire Kim Thùy entraine de se placer au diapason du recueillement. Elle va cueillir les mots pour nous, un à un, et nous les présente à la hauteur du cœur. Pas à la hauteur de nos yeux mais du cœur. On doit donc pencher un peu la tête pour respirer chaque fleur avant l’effluve du bouquet final.

Que signifie ce titre VI, sonnant comme « vie » à nos oreilles francophones ? En Vietnamien, Vi penche vers l'inVIsible, puisque cette syllabe signifie littéralement précieuse minuscule microscopique. Veut-on une telle condition pour son enfant ? La discrétion jusqu’à l’invisibilité, c’est fort comme image ! Pourtant, c’est le prénom que Kim Thùy a reçu à sa naissance.  Vous demandez à comprendre pourquoi un tel prénom ? Cela tombe bien, car l’auteure nous le raconte.

La réponse se présentera d’une manière indirecte, elle n’a pas l’habitude de parler d’elle au « JE majuscule ». Elle nous entretiendra de ses parents, du couple qu’ils ont formé (pardon, je ne suis pas arrivé à savoir s’ils en forment encore un !). Quand elle parle de ses parents, je l’ai trouvée passionnante, probablement parce qu’ils restent encore un mystère pour elle. Voici d’ailleurs, à mon avis, tout le charme de l’écriture de cette auteure ; elle donne l’impression de nous en dire beaucoup, tout en gardant l’ensemble suspendu dans des auras de mystère.

Bien entendu, le lecteur en veut toujours plus. Le mot « fin » ne s’écrit jamais chez Kim Thùy remplacé, plutôt par son homonyme « faim ». Nous terminons nos lectures de chacun des chapitres (certains sont micros mais toujours coiffés d’un titre), éprouvant une lancinante faim d'en connaitre un peu plus sur elle : son pays, son origine, sa parenté, ses frères, ses amours, son exil, son arrivée, son travail …

Fait remarquable (pour moi en tout cas !), elle nous parle d’un amour dévorant. Facile peut-être d’être dévoré quand on correspond à la définition de son prénom « minuscule ». J'ai été très émue lorsqu'elle nous a raconté cette histoire. Lors d’une entrevue, j’ai bien aimé son expression « on doit apprendre à être présent dans sa propre vie ». Ce sont les origines de cet apprentissage que nous observons dans ce roman à chapitres morcelés.

Je lance le mot « morcelé » car oui, au départ, j’ai été secouée par le morcellement. L’amoureuse des liens que je suis étais avide. Il me manquait ces liens que l’on fait habituellement pour moi, cette lecture un peu paresseuse d’un chapitre qui se relie automatiquement à l’autre et ainsi de suite. C’est oublier qu’avec Kim Thùy, le lecteur doit travailler un peu, entre chaque ligne et entre chaque chapitre, il a son mot à imaginer, et possiblement à écrire, si ça lui chante.

Voilà pourquoi j’ai hâte d’avoir le temps de le relire. Je crois avoir laissé des espaces vides. Peut-être y a-t-il des liens que j’ai échappés, peut-être n’ai-je pas soupesé chaque mot de ces chapitres qui se présentent comme autant de cartes postales destinées aux lecteurs. 

C’est à lire, c’est à relire, car je suis sur ma faim.