mardi 26 juin 2007

La critique littéraire en deux temps


On ne peut aborder le sujet de la critique littéraire en un seul billet. Impossible ! C'est un sujet trop chaud, trop brûlant. Ils brûlent les mains et bien des gorges. Surtout les gorges.

Qu'est-ce qu'un critique littéraire ? Pour ces questions à saveur émotive, je m'en remets à monsieur Le Petit Robert pour sa réputée neutralité. Voyez vous-même comme, dans ce cas-ci, le ton l'est : « Émettre un jugement faisant ressortir les défauts (de qqn, qqch) : blâmer, condamner, censurer, contredire, dénigrer, désapprouver, réprouver ». Après une telle définition, on ne se demandera plus (en passant, qui se le demandait encore !?) pourquoi les critiques littéraires sont si peu aimés, ausssi peu que les Aubergines d'ailleurs ! Je parle de la police française surnommée « Aubergine » à cause du costume de cette couleur. C'est quasiment tentant de parler de police littéraire, tellement il lui arrive de condamner un livre dès sa sortie ! D'utiliser la contravention et la matraque à profusion. Mais je ne le ferai pas, ce serait un jugement sur le Jugement !

Ce n'est pas d'un jugement dont un livre a besoin mais bien d'une évaluation. Voilà pourquoi je préfère le terme commentateur littéraire. Il sonne mieux à mes oreilles. Ce qui ne veut pas dire que le travail du commentateur soit plus facile, bien au contraire. Je suis très impressionnée par les commentaires consciencieux. Mais encore là ; Qu'est-ce qu'un commentaire consciencieux ? Question que je ne poserai pas au Petit Robert puisque ma propre réponse m'est venue par une démonstration exemplaire. J'ai trouvé dans le dernier numéro de « Entre les lignes » un commentaire sur « Espèces en voie de disparition ». Pas de confusion ici, Robert Lalonde, l'auteur, ne nous offre pas un essai sur les bons commentateurs, des espèces en voie de disparition ! Il nous offre onze histoires sur un « type de personnes que l'on rencontrerait de moins en moins : des gens biens, qui sont ce qui se fait de mieux parmi les humains, des gens qui savent aimer, qui savent vivre, qui savent que le simple fait de respirer et de sourire suffit à donner un sens à la vie. Des gens dont les sentiments ont la sincérité des émotions animales. Des hommes et des femmes qui, confrontés aux contraintes des convenances et des conventions, éprouvent l'épouvante de vivre à côté de la vie». C'est ainsi que Pierre Monette a entamé son commentaire.

Mais ce n'est qu'un début. À un moment donné (demain, je vous transcrit l'évaluation au complet), vous le verrez, il s'enflamme. On voit que le commentateur a réellement apprécié le bouquin mais à travers le tumulte de son amour de l'oeuvre, il nous sert tout de même les faiblesses.

Voilà ce qui m'impressionne : arriver à relever les travers, même quand on a beaucoup apprécié. Et l'inverse est aussi vrai - sinon plus ! - ; sortir les points forts même quand on ne prise pas du tout une oeuvre. C'est à ce moment que l'on s'éloigne le plus du jugement pour frayer avec l'évaluation qui, somme toute, est beaucoup plus difficile car plus nuancée. C'est si facile de dire « J'aime ou je n'aime pas », c'est « Bon, ou ce n'est pas bon » mais en étayer les raisons est une tâche délicate, précise et qui exige, peut-être, de faire partie d'espèces en voie de disparition !

J'ai bien dit « peut-être » car j'espère bien que non. Et il n'est pas bête, à mon avis, de mettre de l'avant les êtres en voie de disparition - merci à Robert Lalonde ! - car c'est, à mon avis, se donner une chance qu'ils ne disparaissent pas. À partir de ce moment-là, on leur donne l'occasion de nous servir d'exemple, assez souvent sans même qu'ils ne le sachent, comme c'est le cas ici. Pierre Monette ne sait pas que je le sers en exemple et les personnes décrites par Robert Lalonde ne savent probablement pas qu'elles lui ont, un jour, servies d'exemple.

À demain !

2 commentaires:

Carole a dit...

Vraiment très intéressant ton billet Venise. J'ai hâte de lire la suite demain.

Lucie a dit...

Décidément, Robert Lalonde est dans ma carte du ciel de lectrice ces jours-ci (voir mon blogue)! Je reviens demain pour la suite...